PARTIE II, CHAP, XII. S
ceux do fameat Hercule. L'un de ces traTWji était à peise achevé, que Cassildée m'en imtiqaait un antre, m'auurant toujoursen vainque ceserait le dernier. Cest ainsi qu'elle exigea que j'allasse défier à Séville cette célèbre géante DOmmée la ûiralda ', qui, sans jamais changer de plar«, se donne un ai terrible mouvement. J'allai , je vis, je vainquis : je fixai la Giralda, grâce à un vent du nord qui souffla pendant une semaine. Après cet exploit, Cassildée me' prescrivit de peser lei énorme.s pierres des taureaax de Guisando; entreprise plus digne d'un crocheteur que d'un chevalier. Elle voulut encore que me précipitant dans le profond abtme de Cabra je lui racontasse les merveilles qu'il renfermait. Je vins à bout de tout , seigneur. Alors l'inexorable Cassildée me commanda de parcourir l'Espagne, et délire avouer, le fera la main, à tous les ciievaliera errants de cette contrée que ma dame l'emportait en beauté sur toutes les princesses du monde. Vous me voyez occupé de cette difficile entreprise. Pai déjà vaincu une foule de eiievalîers , parmi lesquels le triomphe dont je m'bonore davantage c'est d'avoir forcé le plus grand , le plus redoutable de nos guerriers , le fameni dou Quichotte de la Manche, à convenir qoe sa Dulcinée n'était pas digne de disputer la palme à Cassildée de Vandalie. >
A ces paroles, Qotre héros eut besoin de faire nn effort pour réprimer sa colère et ne pas répondre par on démenti. •< Seigneur , dit-il le plus doucement qu'il loi fut possible , je ne m'oppose pointàceque vous ayez vaincu beaucoup de chevaliers espagnols ; mais j'ai de fortes raisons de vous assurer que celui ■qm vous avez pris pour don Quichotte n'était pas ce guerrier célèbre : vos yeux sans doute furent abusés. — Comment! que voulez-vous dire !■ Tui si bien vaincu don Quichotte , que je vais vous le dépeindre. Cest un grand homme , maigre , sec , dont le visage est long , dédiamé , le nez aquilin , les moustaches noires et pendantes; il a pris pour sou surnom celui de chevalier de la . Trisle Figure ; son écuyer est un laboureur appelé Snncho Pani^a;
■ C'tal une figure ctdottale, de brame doré, peauit viii|!tJiiiitqiiliitaiii,et tormant cepenilanl une brouette tcto-mobile , m unimel de la tour qui Met de clocher i la eafltédrate de SéviUa.
396 DOK QUICHOTTE.
le vigoureux coursier qui le porte dans les batailles se nomme Rossinante ; sa dame , Dulcinée du Toboso , ci-devant Aldonza LaureDzo, dont ilachaDgélenom, comme j'ai fait pour la mienne, qui s'appelait simplement Caasilde , et que j'appelle Cassildée. Voilà , ce me semble , assez de détails ; et si malheureusement ils nevous suffisent pas , je porte une épée , seigneur, qui prouve tout ce que j'avance. — Avant d'accepter cette preuve , je dois vous répondre, seigneur, que ce don Quichotte dont voua parlez est mon ami le plus tendre, le plus inséparable, le plus intime; que tout ce que je puis faire pour accorder en ce moment la politesse et la vérité, c'est d'imaginer que les enchanteurs enuemis de don Quichotte ont donné ses traits, sa figure, que vous avez exactement dépeints , à quelque guerrier vaincu par vous. Ce n'est pas la première fois que leur effroyable malice employa ces moyens affreux pour ternir la gloire de celui qu'ils détestent. Hier encore ils out transformé la divine Dulcinée en une vile paysaime. Ne doutez pas qu'ils n'aient de même métamorphose mon ami ; n'en doutez pas , je vous te répète : si je pensais que sur ce point il vous restât la moindre incertitude je vous dirais alors, seigneur, que voici don Quichotte lui-même, prSt à vous détromperàpiedcommeàcheval. »
En disant ces mots , le héros se lève et met la main sur son épée. L'inconnu le regarde sans s'émouvoir : > J'aime fort , répond-il, que l'on me détrompe; et s'il faut vous partbr avec franchise , celui qui vous vainquit transformé ne sera pas fâcbé de vous vaincre en propre personne. Mais les exploits de nuit ne plaisent qu'aux brigands : attendons que la belle aurore puisse éclairer notre combat. J'y mets l'expresse condition que le vaincu demeurera soumis aux volontés du vainqueur , pourvu qu'il ne luiprescriveriendecontraireauxloisdela chevalerie. —J'aurais dicté moi-même ces conditions , reprit le lier don Quichotte. ■ Anstilât les deux héros vont' éveiller leurs écuyers,et leur commandent de tenir prêts leurs chevaux au point du jour, pour vider cette grande querelle.
Sancho, surpris et tout efhrayé , demeura muet à cet ordre. ■ Frère, lui dit l'écuyer inconnu , vous êtes instruit sans doute delà coutume d'Aïulaloone?— Hou, rendit letriste Sancho.—