PABTIE II, CHAP. XII. 29T
Je vais vous mettre au taiX, mon ami : c'est loisqu'on est témoin d'une bataille de ne point rester oisif. — Qu'entendez- Tous par ces paroles ? — J'entends que pendant le combat de dos maîtres nous jouerons aussi des couteaux. — Ab ! c'est la coutume d'Andalousie P — Oui, c'est un ancien usage, auquel on ' ne peut guère manquer; ainsi, mon confrère, préparez-vous. — Honsiear, j'ai l'honneur de vous dire que cet usage, fort vilain, est particulier à votre pays. Mon maître, qui conaatt assarément bien toutes les ordonnances de la chevalerie , ne m'a jamais dit que les écu;ers fussent obligés de se battre entre eux. Mois enfin , en supposant que ce soit une de vos lois , il doit y avwr une punition pour ceux qui manquent à la loi ; or, je vous déclare d'avance que je me soumets à la punition. D'ailleurs , je n'ai point d'épée. — A cela ne tienno, mon cher ; j'ai avec moi deux grands sacs de toile; vous en prendrez un , moi l'autre, et nous nous battrons à coups de sac. — Comme cela je veux bien ; celni qui frappera le mieux ne risquera que d'âter la poussière de dessus l'habit de son ennemi. —Sans doute ; mais je dois tous prévenir que de peur que le vent n'emporte les sacs nous aurons soib de mettre dans chacun une douzaine de gros cailloux.— Seulement] Diable! commevous; allez! Cest avec cet édredron-là que vous faites vos oreillers? Oh bien! monsiear, je vous déclare que vos sacs seraient remplis d'éloapes de soie, que je ne me battrais point. Laissons h nos maîtres cette folie ; vivons et buvons , croyez-moi. Avez-vous peur que la mort ne vienne nous prendre trop tard ? Allez , allez , soyez tranquille ; ne cueillons pas le fruit vert, il tombe assez de lui-même quand il est mûr. — Cependant nous ne pouvons nous emp£cber de nous battre au moins une demi-heure. — Pas une seule minute. Il serait beau, vraiment, qu'après avoir bu ensemble de ce bon vin que vous m'avez donné si généreusement , nous allassions nous échiner! Non, non, il n'en sera rien, je ne peux me battre qu'en colère , et je n'aurai jamais de colère contre quelqu'un aussi aimable que vous. — Pardonnez-moi, je sais un moyen : avant de commencer je vous donnerai, si vous voulez, une demidouzaine de sonSlers; cela réveillera votre colère, fdt-elle plus assoupie qu'une marmotte. — Non, monsieur; il vaut beaucoup