PARTIE I, CHAP. XXIL
espérer d'échapper qu'en nous dispersant et nous cachant. INous prions votre seigneurie de vouloir bien chani;er cette ambassade à madame Dulcinée du Toboso contre un certain nombre d'ave maria dits à l'intention de cette belle dame. INous serons très exacts à prier pour elle , parce que cela se peut faire en tout fcMips et en tout lieu; mais imaginer quenous allons retourner auxognons d'Egypte, c'est-à.-dire reprendie nos fers, cela est aussi impossible que de cueillir des poires sur cet ormeau. Pardieu I s écria don Quichotte en colère, don Ginésille de Parapilla, et don fils de catin que vous êtes , vous irez tout seul, vous qui parlez, chargé de votre belle chaîne.
Passamont n'était point patient. Il fit un signe à ses compagnons, qui, s'éloignant aussitôt , firent pleuvoir tant de pierres sur don Quichotte, que son bouclier ne pouvait suffivit à l'en garantir. Rossinante ne remuait non plus qu'une souche. Sancho s était mis à l'abri derrière son une. Le mallieureux chevalier fut atteint et renversé. Dans l'instant les galériens fundent sur lui, lui ôtent le bassin ù barbe, dont ils lui donnent cinq ou six coups sur les épaules , le jettent contre la terre , et dépouii-
1! notre hérf»» d une c^asaque qu'il portait r><:s armes. ll> a<uaiviii pris jusqu'à ses
chausses , si les cuissards ne les en eussent empêchés. Sancho en fîit quitte pour son manteau. Après s'être partagé le butin , les galériens s'échappèrent par diverses routes, plus occupés de fuir la Sainte-Hermandad que d'aller trouver madame Dulcinée. Don Quichotte et Rossinante restèrent couchés l'un auprès de l'autre , tandis que Sancho , ramassé en boule, tremblait de toutes ses forces entre les jambes de son âne, qui baissait tristement la tête et secouait les oreilles , croyant toujours entendre siffler les pierres.