‹ Don Quichotte de la Manche, traduit de l'espagnolChapitre 26 sur 119 · PARTIE 1, CHAP. V · texte numérisé non relu

PARTIE 1, CHAP. V

rumauce lamentable que l'auteur fait dire à Beâadoin :

Je meurs, ô beauté cruelle,

Daignes-tu plaindre mon sort ? ,

Te soupçonner infidèle

M'est plus affreux que la mort.

Noble marquis de Mantooe ,

Mon oncle et mon bienfaiteur —

ijoiume il prononçait ces vers, un-laboureur de son village , qui venait de porter du blé au moulin, passa sur la route, et, s'approchant de cet homme qui semblait se plaindre , lui demanda quel mal il avait. Don Quichotte ne ^outa point que ce ne hit le marquis de Mantoue son oncle , et ne lui répondit qu'en continuant la romance , dans laquelle il lui détaillait et son malheur et les amours du fils de l'empereur avec sa femme. Le laboureur , qui ne comprenait pas bien le sens de ce qu'il disait , lui détacha la visière à demi brisée , nettoya son visage couvert de poudre, et, le regardant avec attention , ne tarda pas à le reconnaître. Quoi ! c'est vous, dit-il, seigneur Quixada ( c<: oui prouverait que c'était son vrai nom )! Qui a pu mettre votre seigneurie dans cet éta^? A toutes ces questions point de réponse que la romance. Le bon laboureur

s'occupa de lui ôter sa cuirasse , pour voir s'il n'était point blessé. Il ne vit de sang nulle part. Alors il le releva , le soutint , et , non sans peine , parvint k le mettre sur son âne , afin qu'il fût moins secoué dans la route. Ensuite il ramassa ses armes , jusqu'aux morceaux de la lance , les attacha sur Rossinante , prit sa bride d'une main , le licou de l'âne de l'autre, et s'achemina vers son village, rêvant en lui-même à ce que pouvait signifier tout ce que disait don Quichotte.

Celui-ci , que ses contusions faisaient tenir un peu de travers sur l'âne , levait les yeux au ciel , et poussait de si gi^ands soupirs , que le laboureur se crut obligé de le questionner de nouveau. Mais le diable , qui semblait se plaire h présenter à la mémoire du chevalier tout ce qu'il avait jamais lu, lui fit oublier dans l'instant l'aventure de Beaudoin pour lui rappeler celle du Maure Abindarraès , lorsque le gouverneur d'Antequerre , après l'avoir fait prisonnier, le conduisit dans sa forteiesse; de sorte que cette fois il répondit au laboureur ce que répond à Rodrigue de Narvaës , danr la Diane de Montemayor, l'Abencerrage cap tif . A la fin de ce long discours ,, il ajouta : Seigneur don Rodrigue, il est bon que vous sachiez que cette belle Xarife dont je vions de

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