PARTIE I, CHAP. V. 5i
répondait le curé , nous nous sommes trop endormis sur le danger de ces livres ; mais demain ne se passera pas sans que j'en fasse un grand exemple. Ils ont perdu mon meilleur ami , je ne veux plus qu'ils perdent personne.
Us en étaient là quand le laboureur qui conduisait don Quichotte frappe à la porte en fiiaut î ouvrez, ouvrez, s'il vous plaît, au marquis de Mantoue , au seigneur Beaudoin (jui revient blessé, et au Maure Abindarraës que le gouverneur d'Antequerre amène prisonnier de guerre. A ces mots tout le monde < ourt; et les uns reconnaissant leur ami, l'autre son maître , l'autre son oncle , ils se piessent d'embrasser don Quichotte, qui ne pouvait ' scendre de dessus soft âne. Arrêtez, leur dit le héros ; je suis blessé , grièvement blessé par la faute de mon cheval. Il faut me porter dans mon lit, et faire venir, s'il est possible, la
:^e Urgande, afin qu'elle visite mes plaies.
••ntendez-vous ? cria la gouvernante; ne l'a-
lis-je pas deviné ? Venez, venez avec nous , monsieur; nous saurons bien vous guérir sans que cette Urgande s'en mêle. Ah! maudits soient encore une fois ces chiens de livres qui vous ont mis dans ce bel état !
On porta don Quichotte au lit; et comme , ,!, fliii /Il iMt c... Iil. tinv"»;. on |>araissait sur-
pris de n'en point trouver : Je ne suis que froissé, dit-il, parce que je suis tombe avec mon cheval en combattant dix géans les plus terribles qu'on puisse voir. Ah! ah! reprit le curé , il y a des géans dans l'affaire ! demain . sans plus de retard , les livres seront brûlés.
On fit à don Quichotte d'autres questions . auxquelles il ne répondait qu'en demandant à manger et à dormir. On lui obéit -, et , pendant ce temps, le laboureur raconta comment il avait trouvé don Quichotte , et toutes les folies qu'il avait dites. Cet entretien confirma le curé dans la résolution qu'il avait prise. Le lendemain , de bonne heure , il alla chercher son ami maîtie Nicolas le barbier , et se rendit avec lui à la maison de don Quichotte.