PARTIE I, CHAP. XIV. u
Bergers , je viens vous déclarer , à la face du ciel et devant ce cercueil , que ma liberté m'est chère , que j'en veux jouir à jamais. J'en acquis le droit en naissant , je l'emporterai dans la tombe. Cessez donc de vaines poursuites/cessez des plaintes injustes; et si ma beauté trop vantée est fatale à votre repos , fujez , et laissez-moi le mien.
Après ces paroles , elle se retire , et s'enfonce dans la montagne. Tout le monde demeura frappé de son esprit comme de ses charmes. Malgré ce qu'elle avait dit , quelquesuns , qi^cntrainait déjà le puissant attrait de >i vue, se préparaient à la suivre; mais don Quichotte , se rappelant que l'honneur des '•(•lies était sous sa garde, porta la main sur ')n épée : Qu'aucun ne bouge, dit-il, s'il ne eut s'attirer mon indignation. Maicelle nous ■ prouvé dans son éloquent discours que la mort de Chrysostôme ne pouvait lui être im- >iitée : hommage, honneur à sa beauté, mais
(spcct a sa sagesse
Soit à cause des menaces dé don Quichotte , ou fies prières d'Ambroise, qui voulait achever les funérailles, personne ne suivit la bergère. Le corps du maliieureux pasteur, baigné des larmes de ses amis, fut descendu dans la fosse. On la couvrit de rameaux, de guirlandes; el
lO.
ii4 DON QUICHOTTE.
sur la pierre qui la fermait Ambroise écrivit ces mots :
Ci gît l'amant le plus fidèle ; L'amour seul causa son tiépas :
Passant , tremble de voir Marcelle ; * Pleure, mais ne t'arrête pas.
Les bergers se séparèrent, et don Quichotte dit adieu à ceux qui l'avaient si bien reçu. Vivalde et son compagnon le pressèrent de venir avec eux à Séviile , en l'assurant qu'aucun lieu du monde n'était plus propre à lui fournir des aventures. Notre chevaliêi" les remercia; mais il leur dit qu'il désirait auparavant de nettoyer ces montagnes de quelques malfaiteurs qui les infestaient. Les deux gentilshommes le laissèrent dans ces bonnes dispositions. I /^A