On a conserve l'ortViographe du xvii'^ siècle
Esta arrog-ancia Es hija de la ignorancia Soldado, no porfieys.
Passad a vuestro lugar.
Ko soy necio, ni porfio ;
El lugar que es noble es mio.
Si este es noble, aqui hé de eslar.
Qualquier soldado adquiriô
Nobleza y blason honrado.
Pues que ha de hazer un soldadi»
Tan valiente como yo I
Hijos do sus obras son
Los hombi'es mas principales,
Y con ser mis obi'as taies, Oy no quiero esse blason.
Hijos de mis pensamientos Soy agora, y noble tanto, Que hasta los cielos levanto Maquinas sobre los vientos.
El valor los nobles haze,
Y assi por examen sobra Mirar como el hombre obva,
Y Jio mirar como nace.
Si atencion, Rcyna, me dieres, Lo que se do mi dire.
Oye, Porcia, este es el hombr( Que te he dicho tantas vezes.
Porcia Grande reprehension merecos :
Mira tu fama, y tu nombre, Snjeta essa inclinacion.
Mo arrebatan las estrellas 1:1 aima.
Porcia No fuercan ellas Las aimas que libres son.
Carlos La piedad de un pescador De essas playas me han criado, Que los cielos rig-urosos Aun cl padrc me negaron.
Como se cuenta de Venus, Podrè dezirte que traygo Origen del mar ; mis padres Son sus olas, y penascos.
A ser barbai'o, o gentil, Pensara, como Alexandre, Que Jupiter me engendré, Dios de los truenos y rayos.
Como Romulo naci,
Y entre los redes y barcos, Insidias de lienço y aya Contra pezes argentados.
Solo a los pezes del signo Dava mi ambicion assalLo, Trepando es feras y cielos Pensamientos soberanos. Nino penetrava cl mar,
Y de mi no se ha librado El coral que nace verde, Muere rojo, y vive blanco.
Cale sus senos obscures, Dando treguas con mis braços, A las batallas civiles
De los delfines bizarros.
Glovos de nieve formava Entre los azules campos, Adonde formau los vientos Promontorios de alavastro.
Creci, y crecieron con migo PU valor, y animo tanto, Que no caviendo en la esfcra De prudentes y templados, Rompian por dilatarse A estremos de temerarios, Que el valor, sin este estremo, Ni es famoso ni es honrado.
A la guerra me encline, Que su opinion y mi braço, Es cl crisol, que examina Los pensamientos mas altos.
Segui con animo noble
Las valideras de Eduardo, Quando en la fertil Calabria Yencio a los Napolitanos, El primero fuy, el primero Que en el muro de Casano, Trepaiido por una pica, Un tafelan encarnado Poi* validera tremolé.
Testigos son deste caso,
Los que el asiento me iiieg'an..
Mi principio, Reyna, es este.
Este es el caudal que alcanco, rs'i soy mas, ni tengo mas, El mundo me llama Carlos; Los soldados, el prodigio ; El cuerdo, los cortesanos :
Estos me llaman pleveyo, Y yo tu bechura me llamo
Reyna -Mis pensamientos se inclinan Prodigiosamente a Carlos; Sin que pueda sugetarlos La razon, sueltos caminan Sin l'reno ; Porcia, que harè ?
Porc i a Yencerte. y considerar Que ères Reyna, y bas de dar A Sicilia Rey, que este De todos bien admitido; Corrige el gusto a tus ojos.
No te entreguen tus antojos A un bombre no conocido.
Reyna Sientate, Carlos, que yo Instituyo en ti nobleza.
Carlos Viva, Senora, tu Alteza Los afios del fenix !
{Vase a sentar.)
Reyna Sientate, Carlos, que yo Instituyo en ti nobleza.
D U il u E Senora, si vuestra Alteza A los Titulos no g-uarda Sus dei-echos, acobarda
Y aniquila la nobleza De su reyno.
Yo no heredo En aqueste reyno mio Las deudas del Rey mi tio?
Siendo assi, no solo puedo, Sino devo, con derecho, Dar a un soldado gallardo Las mercedes que Eduardo Yiviendo le hubiera hecho ;
Y ansi, aunque esse asiento es Yuestro, honor yo le fio :
Tomad esta vez el mio.
Passad al banco, marques.
Marques sois de Terranova.
Carlos Competir, Senora, puedes, En magnifico blason, Con Alexandro, pues son Mas prodigas tus mercedes.
Como es tu deidad sagrada Imagen de Dios, tambien Le imitas haziendo bien, Y en hazer algo de nada.
Beso mil vezes tus pies; Tu reyno excéda a este mar; Cavalleros, den lugar.
En hora buena, marques.
[Sientase.)
Dà tu este ramo de flores Al varon que reyne y vença, Para que assi la verguenca INo me dé nue vos colores
Carlos
Senora, Daras la mano al que aqni Diere yo estas flores ?
Si.
Carlos Pues sepan todos agora, Que el que mas las merecio Y el que digno délias es.
Es solamente cl marques.
Que marques es esse?
Carlos
Yo.
.\ mi mismo me las doy.
Rey por rey, Carlos lo sea.
u Ou serait tenté de croire, en lisant les premières lignes le largunient de Don Souche </'^râfC'0« et certains détails qui ? V rencontrent un peu plus loin, que cette pièce est fondée iur une donnée historique i. Corneille raconte sous une forme ont il fait pr<^cisc et affirmative, de nature à faire illusion. |ue « Don Fernand, roi d Aragon, chassé de ses étals par la 'évolle de don Garcie d Ayala, comte de Fuensalida, n avait )lus sous son obéissance que la ville de Calatayud et le erritoirc dos environs » . lorsque la reine Léonor, sa emme. lui donna le fils qui sera le héros du drame, et dont El reconnaissance a lieu « après la chute de la tyrannie de )on (iarcie et de Don Ramire son fils, tués en la prise de aca ». Pourquoi ce luxe de noms propres et cette apparence lexactitude. d'ailleurs inutile à l'intelligence de l'œuvre du )oète ? X aurait-il point emprunté à quelque chroniqueur ces aits destinés à encadrer une intrigue romanesque et à lui uiprimer un caractère de réalité ?
1. Celte note sur l'argument de Don Sanrhe d'Aragon est de M. Roques.
Cependant il n'en est rien. Tout cela est de pure invention, ainsi que Corneille le déclare d'ailleurs en tète de l'examen de sa pièce ; et l'on ne trouve rien dans les vieux historiens „ qui ressemble de près ou de loin à cette histoire supposée. En effet il ne saurait être question ici que de Ferdinand, infant de Castille, frère du roi Henri III, régent de Castille , pendant la minorité de Jean II et roi d'Aragon (1412-1416) j sous le nom de Ferdinand 1°''. Il n'existe après lui d'autre ; Ferdinand d'Aragon que le mari de la grande Isabelle de Cas- I tille. Or voici ce que l'histoire nous apprend de plus saillant j sur ce prince dont Corneille a emprunté le nom.
Il est bien vrai qu'avant d'être appelé au trône d'Aragon, i à la mort du roi Martin, Ferdinand avait fait la guerre contre ' les Mores et qu'après la victoire d'Antequera, il était entré ] vainqueur dans Séville (v. Bon Sanche, I, 3) ; il est vrai aussi qu'il comptait parmi ses compagnons un brave soldat du nom i de don Sanche; mais celui-ci, loin d'être un {Ils de roi secrè- î tement élevé par un pécheur, n'était autre qu'un prélat guer-J rier, don Sanche de Rojas, évoque de Palencia et plus tard! archevêque de Tolède. ;
Don Fernand, désigné pour régner en Aragon par le libre j choix des Cortès du pays, comme neveu du roi Martin pari sa mère Léonor de Castille, reçut l'hommage des seigneursi aragonais, à l'exception du seul comte d'Urgel ; mais loin d'être] expulsé par lui de ses états, comme le don Fernand de Cor-i neille par ses vassaux rebelles, il lui lit une guerre heureuse, s'empara de sa personne, et l'envoya captif à Ureiia en Castille, puis à Jativa, dans le royaume de Valence, où il mourut. i Ferdinand, réputé pour sa justice, sut maintenir l'ordre efc la paix intérieure dans les royaumes d'Aragon et de Castille. j Il mourut de maladie à Igualada, comme il se rendait dans; ce dernier pays pour le détacher de l'obéissance à l'antipape' Benoit XIII. Nous voilà donc bien loin des tristes avcnturesj dont Corneille accable son Fernand d'Aragon. I
Le souvenir de ses vertus royales Ut que son fils lui suc-^ céda sans encombre. « Fue recihido pov rey y senor... sin!^ contradiccion alguna. » Don Ferdinand eut encore deux hllesi; et trois fils, dont l'un se nommait Don Sanche comme 1^ héros de Corneille; mais il mourut un peu avant son pèreJ Aucune des lilles de Ferdinand ne porta le nom d'Elvire. \ Voilà ce que nous trouvons au sujet de ce règne dans la;
Crônica de Juan II, attribuée à Fernaad Ferez de Guzmau, et dans les Generaciones y Senihlanzas de ce Plutarque espagnol. Corneille a-t-il eu connaissance de ces écrits? On uoserait 1 affirmer. Mais il lisait, comme le prouve la préface du Cid, l'Histoire du P. Mariana, qui résume les ouvrages antérieurs. Il faut avouer qu il ne s est guère mis en peine, dans cette circonstance, du respect dû à la vérité historique, dont lappui, dit-il à M. de Zuylichem, est nécessaire à la tragédie ; mais dont il a cru pouvoir se passer, dans le dessein qu'il avait formé de composer un poème d une espèce toute nouvelle. Il a donc fabriqué de toutes pièces un chapitre de l'histoire d'Aragon. »
YI
Il me semble qu on peut se rendre bien compte mainlenant de la façon très ingénieuse dont Corneille compose une « comédie héroïque ». Dans la tragédie pure, dans Horace, Cinna, Pompée, il modifie souvent assez profondément l'histoire; dans la tragi-comédie, il la falsifie avec sérénité et comme de parti pris. Les libertés qu'on peut prendre avec les Horaces, avec un Auguste ou un Pompée, sont limitées. Avec Don Sanche, on sort de l'histoire pour entrer dans ie roman. Le Cid reste à part, œuvre unique, où la légende et l'histoire, lépopée et le roman se fondent dans une harmonie très éclatante et très douce. Mais quand Corneille, naturellement romanesque, ne prend pas dans l'histoire un point d appui solide, il verse bientôt dans la fiction, il s y ■établit, il s'y complaît. La cour de la reine de Castille dans Don Sanche n'est guère moins idéale que la cour du roi d l^cosse dans Clitandre. Seulement, Clitandve est d'un jeune 4Jvocat normand, très ingénieux et un peu gauche, qui est invraisemblable avec candeur, absurde avec délices; l'auteur <le Clitandre a depuis écrit Polyeucte et le Menteur; il va ■écrire Nicomède.
Une pièce espagnole lui tombe sous les yeux : elle faisait peut-être partie d'un recueil factice, comme celui de l'Arsenal, où les auteurs les plus divers sont jetés pèle-mèle ; et peutêtre il n'a pas eu la certitude que la pièce fût de Lope de Vega, •car, dans son Examen, il cite le titre de la comédie sans citer
lo nom du poêle. Une erreur récente devait 1 incliner à la prudence : dans VEpitre du Menteur, où il demandait qu'il lui fût permis, malgré la guerre des deux couronnes, de trafiquer, de piller même chez les Espagnols, il avait cité pour son modèle le grand Lope de Yega. Mais dans V Examen il avait dû écrire ensuite : « On la attribué (le sujet) au fameux Lope de Yègue: mais il m est tombé depuis peu entre les mains un volume de don Juan d Alarcon, où il prétend que cette comédie est à lui, et se plaint des imprimeurs qui 1 ont fait courir sous le nom d un autre. Si c'est son bien, je n empêche pas qu'il ne s'en ressaisisse. De quelque main que parte cette
comédie, il est constant qu'elle est très ingénieuse » Cela
est d'un homme que ne tourmente pas la soif de remonter aux sources. Mais la Suite du Menteur sera « sans contredit » de Lope, et ce ne sera pas, pour employer la propre expression de Corneille, « le dernier emprunt ou larcin « qu'il fera aux Espagnols.
On conçoit avec quels sentiments Corneille dut lire la première journée de el Palacio confuso ; une belle scène ou plutôt un bel effet dramatique y brillait, encadré dans une féerie; il laissa la féerie et prit le coup de théâtre. Peut-être il ne connut la comédie de I^ope qu'après le roman du sieur de Juvenel, car c'est à celui-ci qu'il emprunte lidée maîtresse de son œuvre, dont le conseil tenu par la reine au premier acte n'est qu'un épisode éclatant : c'est l'idée d'un jeune prince dont la véritable origine est ignorée de tous et de luimême, qui se sent prince, pourtant, par le cœur, et qui est enfin reconnu prince par la naissance. Dans l'espagnol, la reconnaissance finale est un dénouement quelconque et dont l'action pourrait se passer; ce n'est pas comme prince que Carlos se fait aimer de la reine et l'épouse; les aventures dont il est le héros ou le jouet découlent de ce mariage, non de sa situation incertaine. Dans l'espagnol, d'autre part, le lieu de la scène est la Sicile, tandis que le roman français transporte l'action en Espagne, où Corneille la laisse, avec raison : raffinements de l'amour et de l'honneur, héroïsme empanaché et galanterie quintessenciée, couplels éloquents jusqu à l'emphase et conversations subtiles jusqu'à la préciosité, tout indique, impose à don vSanche pour pairie la patrie de Rodrigue. Mais Corneille, plus Espagnol au besoin que les Espagnols, et jamais plus créateur que lorsqu il
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imilo, reste Français ci Xormand pour discerner ce qu il ne faut pas imiter. Ce qu il a emprunté à Lope, on la vu : ce qu'il a dédaigné, on no le verra pas moins clairement si Ion embrasse d'un coup d œil une notable partie de la scène :
La Rein F.
Que les Grands s assoient.
Le Duc
Nous vous devons oliéissance. amour el toi. (Le duc, le comte et le noble s'assoient, et Carlos va pour s'asseoir.)
Le C o .m t e
Il ny a point ici de place pour vous, soldat : c est de 1 autri^ côté qu il vous faut seoir.
Si vous avez su mappeler soldai, comte commenl ne savez-vous pas que je suis noble?
Le Duc
Celt(^ arrogance esl fille de 1 ignorance : soldat, ne vous obslinez pas : passez à la place qui vous convieiil.
Je ne suis ni ignorant ni obstiné : la place réservée au noble est la mienne: si celle-ci est telle, c est là que je dois être. Le premier soldai venu peut à 1 occasion acquérir noblesse et blason honoré: que sera-ce donc d Un vaillant soldat tel que moi.' Les hommes les plus considérables sont (ils de leurs œuvres el puisque mes œuvres sont si grandes, je ne veux point aujourdhui de ce blason. Je suis maintenant le fils de mes pensées, et si noble que j'élève jusqu'au ciel et au-dessus des vents lédiflce de mes rêves. Cest la valeur qui l'ait les nobles, el point n est besoin d autre preuve de noblesse que de considérer commenl l'homme agit, sans
l'echercher comment il est né Si tu me prêtes attention.
Reine, jeté dirai c(> que je sais de moi-même.
Ecoule, Porcia ; voici Ihomme dont je lai parlé si souvent.