‹ Don Sanche d'AragonChapitre 53 sur 111 · SCENE III · texte numérisé non relu

SCENE III

Consens-tu qu'on diffère, honneur? le consens-tu?

Cet ordre n'a-t-il rien qui souille ma vertu?

N'ai-je point à rougir de cette déférence 005

Que d'un combat illustre achète la licence ?

Tu murmures, ce semble? Achève; explique-toi.

La Reine a-t-elle droit de te faire la loi ?

Tu n'es point son sujet, l'Aragon m'a vu naître.

0 ciel! je m'en souviens, et j'ose encor paraître! 610

Et je puis, sous les noms de comte et de marquis.

D'un malheureux pêcheur reconnaître le fils !

60:^. Ces apostrophes tout abstraites, cette forme active empruntés à nos

dont Corneille abuse un peu, ont été vieux auteurs.

ridiculisées par Scarron . Jodclet 604. Sa « vertu », c'est ici son hon-

s'adresse à ses dents qu'il nettoie : neur, sa renommée de bravoure. C'est

Soyez nettes, mes dents, l'hoaneur vous le le sens latin. Voyez le même mot dans

[commande, un sens analogue au vers 159.

Dans un monologue burlesque en 606. A' vu. : (^hj d'un combat... (1055.)

stances, Béatrix s'écrie de même : Il faut avouer qu'avec qui le sens pa-

Pleurez, pleurez, mes yeux: l'honneur vous le raîtrait plus clair : cette déférence au

[commande, prix de laquelle j'achète le droit de

On trouvera encore consentir pris acti- me battre.

vement aux vers 1009 et 1444. InL Go- 609. Var. : L'Aragon t'a vu naître.

defroy cite de nombreux exemples de (1055.)

Honteuse obscurité, qui seule me fais craindre ! Injurieux destin, qui seul me rends à plaindre ! Plus on m'en fait sortir, plus je crains d'y rentrer. Et crois ne t'avoir fui que pour te rencontrer. Ton cruel souvenir sans fin me persécute; Du rang où l'on m'élève il me montre la chute. Lasse-toi désormais de me faire trembler ; Je parle à mon honneur, ne viens point le troubler. Laisse-le sans remords m'approcher des couronnes, Et ne viens point m'ôter plus que tu ne me donnes. Je n'ai plus rien à toi : la guerre a consumé Tout cet indigne sang dont tu m'avais formé; J'ai quitté jusqu'au nom que je tiens de ta haine, 025

Et ne puis.... Mais voici ma véritable reine.

Page 1