ACTE Y
SGENK PREMIERE
I). ALYAR, D. ELVIRE D . A L V A R
Enlîn. après un sort à mes vœux si contraire,
Je dois bénir le ciel qui vous renvoie un frère;
Puisque de notre reine il doit être l'époux,
Cette heureuse union me laisse tout à vous.
Je me vois affranchi d'un honneur tyrannique, 1465
D'un joug que m imposait cette faveur publique,
D'un choix qui me forçait à vouloir être roi :
Je n'ai plus de combat à faire contre moi.
Plus à craindre le prix d'une triste victoire ;
Et l'infidélité que vous faisait nm gloire 1470
Consent que mon amour, de ses lois dégagé.
Vous rende un inconstant qui n'a jamais changé.
D . ELVIRE
^'ous êtes généreux, mais votre impatience
Sur un bruit incertain prend trop de confiance;
Et cette prompte ardeur de rentrer dans mes fers 1475
Me console trop tôt d un trône que je perds.
]\Ia perte n'est encor qu'une rumeur confuse
146't. \oilà don Alvar délivré du le dire. Mais ne niontrc-t-il pas qucl-
rôlc de prétendant malgré lui, qu'il que précipitation à transformer sou
soutenait par devoir et par point d'hon- espérance en réalité? D. Elvire a rai-
iieiir ., |);ir <i irloirc », connnc il va sonde s'étonner.
Qui du nom de Carlos, malgré Carlos, abuse;
Et vous ne savez pas, à vous en bien parler,
Par quel offre et quels vœux on peut m'en consoler. 1480
Plus que vous ne pensez la couronne m'est chère ;
Je perds plus qu'on ne croit, si Carlos est mon frère.
Attendez les effets que produiront ces bruits;
Attendez que je sache au vrai ce que je suis,
Si le ciel m'ôte ou laisse enfin le diadème, 1485
S'il vous faut m'obtenir d'un frère ou de moi-même,
Si, par l'ordre d'autrui, je vous dois écouter,
Ou si j'ai seulement mon cœur à consulter.
Ah! ce nest qu'à ce cœur que le mien vous demande. Madame, c'est lui seul que je veux qui m'entende; 1490 Et mon propre bonheur m'accablerait d'ennui. Si je n'étais à vous que par l'ordre d'autrui. Pourrais-je de ce frère implorer la puissance Pour ne vous obtenir que par obéissance, Et, par un lâche abus de son autorité, 1495
M'élever en tyran sur votre volonté ?
D . ELVIRE
Avec peu de raison vous craignez qu'il arrive
Qu'il ait des sentiments que mon âme ne suive :
Le digne sang des rois n'a point d'yeux que leurs yeux,.
Et leurs premiers sujets obéissent le mieux. 1500
Mais vous êtes étrange avec vos déférences,
Dont les submissions cherchent des assurances.
1481. Et c'est justement cette ainbi- exemple de l'obéissance,
tion qui glace ce caractère de D. El- 1502. Mauvais style abstrait, trop-
vire : elle est trop princesse, et pas fréquent chez Corneille : D. Elvire
assez femme. veut dire que la soumission apparente
1491. D'ennui, de chajjrin ; voyez la de Don Alvar n'a qu'un but, lui arra-
note 7 de la p. •'54. cher une promesse sûre. — Corneille
1490. D. Alvar a toujours été écrit plus souvent submission que sou—
délicat. mission. « Nicot (1606) écrit souhmis-
1500. Cela dépend : au temps même sion ; Furetière (1690) et l'Académie
de Corneille, Gaston d'Orléans, Condé, (1694), sousmission. Quant à Richelet
]\Imc Je Longueville, ces « premiers (1680), qui s'attache à simplifier l'or-
sujels » de Louis XIII et d'Anne d' Au- thographe, et à la rapprocher de la
triche, tous du « sang des rois », n'ont prononciation, il donne soumission. »
pas toujours donné l'irréprochable (Marty-Laveaux.)