CONSEILLER ET SECRETAIRE DE MONSEIGNEUR LE PRINCE DORANGE
Monsieur,
Voici un poème d'une espèce nouvelle, et qui n'a point d exemple chez les anciens. Vous connaissez l'humeur de nos Français; ils aiment la nouveauté; et je hasarde non tant meliora quam nova, sur l'espérance de les mieux divertir. C'était l'humeur des Grecs dès le temps d'Eschyle, apuâ (/nos
Illecebris erat et grata novitate morandus Spectator *.
Et. si je ne me trompe, c'était aussi celle des Romains :
Nec minimum meruere dccus, vesligia Grœca
Ausi deserere
Vel qui praetextas, vel qui docuerc togatas '.
Ainsi j'ai du moins des exemples d'avoir entrepris une chose qui n'en a point. Je vous avouerai toutefois qu'après
1. Corneille avail écrit dans l'avis Au lecteur du Menteur : « Je me défierais peutêtre de l'estime extraordinaire que j'ai pour ce poème, si je n'y étais confirmé par celle qu'en a faite un des premiers hommes de ce siècle, et qui non seulement est le protecteur des savantes muses dans la Hollande, mais fait voir encore par son propre exemple que les grâces de la poésie ne sont pas incompatibles avec les plus hauts emplois de la politique et les plus nobles fonctions d'un homme d'Etat. Je parle de M. de Zuylichem, secrétaire des commandements de monseigneur le
prince d'Orange. » — Constantin de iluyghens de Zuylichem est le père du fameux astronome Christian Iluyghens.
Né à la Haye en 1596, il mourut fort âgé en 1C87, après avoir publié 14 livres de poésies latines, Momentn desultorin, et des poésies flamandes. L'importance de son rôle politique est exagéré par Cijrneille reconnaissant : nous savons seulement qu'il fut secrétaire des con>mandements de Henri-Frédéric, prince d'Orange, puis de Guillaume II et de Guillaume III.