‹ Don Sanche d'AragonChapitre 97 sur 111 · ACTE · texte numérisé non relu

ACTE

La gloire de mon nom vaut bien qu'on la retienne; Mais son plus bel éclat serait trop acheté, Si je le retenais par une lâcheté. 1640

Si ma naissance est basse, elle est du moins sans tache; Puisque vous la savez, je veux bien qu'on la sache.

Sanche, fils d'un pêcheur, et non d'un im|)osteur, De deux comtes jadis fut le libérateur; Sanche, fils d'un pêcheur, mettait naguère en peine 1645 Deux illustres rivaux sur le choix de leur reine;

Sanche, fils d'un pécheur, tient encore en sa main De quoi faire bientôt tout Iheur d'un souverain; Sanche enfin, malgré lui, dedans cette province. Quoique fils d'un pêcheur, a passé pour un prince. 1650

Voilà ce qu'a pu faire, et qu'a fait à vos yeux Un cœur que ravalait le nom de ses aïeux. La gloire qui m'en reste après cette disgrâce Eclate encore assez pour honorer ma race, Et paraîtra plus grande à qui comprendra bien 1655

Qu'à l'exemple du ciel j'ai fait beaucoup de rien.

D. LOPE

Cette noble fierté désavoue un tel père.

Et, par un témoignage à soi-même contraire,

Obscurcit de nouveau ce qu'on voit éclairci.

Non, le fils d'un pêcheur ne parle ])oint ainsi, 1660

Et son âme j^araît si dignement formée

<lon M;inrit|ue vis-à-vis de lui lui donne le droit de soupçonner qu'on lui tend un piège.

1642. Vak. : Puisque vous le savez.

1648. Tout iheur; voyez la note du viis .522.

1649. Dedans celle province, dans cet t-tat; voyez, pour dedans, le vers 217, et, pour province, le vers 1157. — L'orjrueil humilié de Carlos prend ici sa revanche.

1652. Que ravalait, que sa naissance rabaissait, ou plutôt faisait paraître plus iias, dépréciait.

Quelle incealilé ravale la vertu?

{Cid, l.il.)

1656. "Ces traits hardis surprennent souvent le parterre; mais y a-t-il rien de moins convenable que de se comparer à Dieu ? Quel rapport les actions du soldat qui s'est élevé peuvent-elles avoir avec la création ? On ne saurait être trop en trarde contre ces hyperboles audacieuses, qui peuvent éblouir des jeunes gens, que tous les hommes sensés réprouvent. » (Voltaire.) C'est peut-être condamner d'un peu haut une rodomontade espagnole, qui est assez bien dans le ton général de la scène.

1660. C'est bien clair! Ce langage est noble; il est donc d'un gentilhomme.

1661. Si dii;ncmenl formée, expression un peu faible et vague pour : si bien née.

Que j'en crois plus que lui l'erreur que j'ai semée. Je le soutiens, Carlos, vous n'êtes point son fils : La justice du ciel ne peut l'avoir permis; Les tendresses du sang vous font une imposture, 1005 Et je démens pour vous la voix de la nature. Ne vous repentez point de tant de dignités Dont il vous plut orner ses rares qualités : Jamais plus digne main ne fit plus digne ouvrage, Madame; il les relève avec ce grand courage; 1670

Et vous ne leur pouviez trouver plus haut appui, Puisque même le sort est au-dessous de lui.

D. ISABELLE

La générosité qu'en tous les trois j'admire

Me met en un état de n'avoir que leur dire,

Et, dans la nouveauté de ces événements, 1075

Par un illustre effort prévient mes sentiments.

Ils ])araîtront en vain, comtes, s'ils vous excitent A lui rendre l'honneur que ses hauts faits méritent, Et ne dédaigner pas l'illustre et rare objet D'une haute valeur qui part d'un sang abjet : 1680

166't. C'est pourquoi U. Elvire, au vers 1563, accusait le ciel d'injustice.

1GG5. Le:; tendresses ; on a déjà rencontré plus d'un de ces pluriels abstraits. Quelqu'un auprès de vous m'a fait cette imî posture .

(Menteur, lOo^.) Dans le vers du Menteur, faire une injposlure signifie calomnier. Ici, k'ous font celle imposture veut dire l'ous trompent.

1668. Il vous plut orner. Dans l'emploi impersonnel, dit Littré, l'infinitif qui suit le verbe plaire est mis souvent satis préposition : u Vous /;/a;7-(7, don Juan, niiiis éclaircir ces beaux mj^stères ? » (Molière, Festin de Pierre, I, 3.) Voyez Horace, 1540, et Bodogiinc, 460.

1070. Par un illustre effort, par un effort éclatant, par un élan de rare générosité ; voyez la note du vers 1)5.

16TT. Ils paraîtront ■ en vain. Ce vers manque au moins de clarté, car ce n'est pas en vain, semble-t-il, qu'elle les exprimera, s'ils produisent ce bon effet ; mais elle veut dire justement qu'elle n'a nul besoin désormais d'exprimer ses propres sentiments si c'est pour les exci-

ter à rendre justice à don Sanche, car ils l'ont déjà fait et par là l'ont prévenue.

1679. Et ne dédaigner pas, et à ne pas dédaigner, construction familière à Corneille : il supprime souvent « devant le second régime.

Uédiiil à te déplaire, ou souffrir un affront.... [Cid. 883.)

1080. V.\R. : Qu'affronte un sang abjet. (1650-56.) Voyez, sur affronter, la note tlu vers 1592. — En écrivant «/^yVf, Corneille n'use point, comme le croit Aimé Martin, d'une licence poétique, et ne cède pas à la tyrannie de la rime. Même au milieu des vers, a/yeci est orthogra- ])hié abjet, el M. Marty-Laveaux observe même que Furetière préférait cette orthographe, générale au xvii<= siècle en prose aussi bien qu'en vers. M. Godeiroy cite Ronsard, qui écrivait venin infait pour infect, et faisait rimer ce mot avec fuit. Et pourquoi n'écrirait-on pasaùjet,commeon6critsiijet,projet, etc., tous mots qui ont la même étymologie ? Ahjet rime avec objet dans Méliie, 450, et la Galerie, 1188; avec projet, dans

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