STATUE ÉQUESTRE DE GATTAMELATA
traits distingués, mais que le rude métier des armes a sillonnés de rides profondes, son regard fixe, légèrement voilé, qui suit avec anxiété les péripéties d’une bataille, sa main droite enfin, levée, et tenant le bâton du commandement : tout contribue à donner une idée parfaite d’un général sérieux et expérimenté; comme, de son côté, la statue de Colleoni exprime à merveille le caractère impétueux et violent du grand capitaine. L’exécution répond d’ailleurs on ne peut mieux à cette manière de concevoir la personnalité du héros; elle est dans toutes ses parties d’une perfection achevée, rare même chez Donatello, et la position du monument ne fait pas assez ressortir ces qualités. Cela est vrai surtout de la tête et des mains du cavalier, ainsi que de l’ornementation de la selle et des armes, où l’artiste a donné libre carrière à sa féconde imagination. On ne peut pas en dire autant de la fonte qui, du reste, n’est pas l’œuvre de Donatello lui-même; le bronze est très-mince, dans certains endroits, souvent il est bosselé et parfois troué. Mais il faut reconnaître que la tâche était extrêmement difficile, même pour le fondateur.
LE MAITRE-AUTEL DU SANTO
ous avons déjà fait remarquer précédemment que les études et travaux préparatoires que nécessitait la création du Gattamelata laissaient de nombreux loisirs à Donatello. 11 en profita pour accepter, dans cette ville de Padoue, où il était venu exercer son talent, d’autres commandes, qu’on s’empressa de lui donner. C’est à ces circonstances qu’on doit la magnifique décoration du maîtreautel de la Chiesa di San Antonio, dite il Santo. A en juger par les documents détaillés qu’on trouve dans les archives de cette église, la commande n’a pas dû être faite en une seule fois. On demanda d’abord au grand artiste un Crucifix, et ce n’est que deux ans plus tard, avant que celui-ci ne fût entièrement terminé, qu’on le pria d’achever l’ornementation de cet autel.
C’est précisément à propos de ce Crucifix qu’on mentionne pour la première fois la présence de Donatello à Padoue : le 19 juin 1444, il reçoit de l’Area (fabrique) du Santo un à compte sur le prix d’exécution du modèle en cire d’un Crucifix. Il résulte d’un second payement de la même année, que Giovanni de Pise était occupé à ce travail en qualité d’aide du maître. La fusion et les ciselures étaient complètement finies en 1448; car, à cette époque Nicolo, un autre élève de Donatello, touche une certaine somme pour le polissage. Le 23 juin de l’année suivante. Donatello, après avoir doré le diadème du Christ, reçoit le complément de sa rémunération. Les livres de l’église mentionnent un payement effectué à la date du 6 juin 1448, à titre de dernier à compte sur le prix des statues des saints. Cependant, ce ne doit pas être le solde de ce qui était dû à Donatello, puisqu’il est obligé, en 1436, de s’en remettre aux soins d’un avoué pour faire rentrer le reste de ses honoraires. Quant à l’époque d’exécution des différents bronzes, nous ne saurions la préciser, sauf celle du Saint François et du Saint Louis; ils ont été commandés à l’artiste le 23 juin 1446, en même temps que les reliefs de la Vie de saint Antoine, et moyennant 40 ducats. Il est probable que les autres figures datent d’une époque antérieure; ce sont celles de la Vierge
LE MAITRE-AUTEL DU SANTO
avec l’Enfant, de Saint Antoine de Padoue, de Prosdocimus (missionnaire de Padoue), de Saint Louis, de Saint Daniel et de Sainte Justine.
Comme l’ancien maître-autel a subi une transformation totale au milieu du XVII1 siècle, et que ses ornements plastiques ont été dispersés dans les différentes parties de l’église, nous sommes obligés, pour nous représenter la place occupée autrefois par les statues, de nous en rapporter au travail malheureusement trop superficiel et trop incomplet, de 1 ’Anonimo (publié par Morelli). Néanmoins, telle qu’elle est, cette description nous permet de nous faire une idée du groupement primitif.