‹ Donatello a PadoueChapitre 9 sur 10 · LES ANGES CHANTANTS · texte numérisé non relu

LES ANGES CHANTANTS

PLANCHES XII à XXIII.

est le 27 avril 1446 que l’Area du Santo commanda, en même temps que les Symboles des Apôtres, dix bas-reliefs en bronze, représentant des Anges; le marché ne fut pas conclu seulement avec Donatello, mais aussi avec cinq de ses élèves ou aides (garioni). Ce sont : Giovanni da Pisa, Urbano da Cortona, Antonio di Cellino da Pisa, Francesco del Valente et le peintre Niccolô. On fixa les honoraires à 12 ducats par bas-relief. Tout se trouva payé dans le courant de l’année 1447. Tannée suivante Donatello touchait une nouvelle somme pour un onzième ange, ajouté après coup; et bientôt après Antonio di Cellino recevait un solde pour un autre ange, probablement le douzième.

C'est à ces Anges surtout que les bronzes de Donatello, à Padoue, doivent aujourd’hui leur immense renommée. La grâce de leur pose, la finesse de leurs traits, le charme de leurs mouvements et de leur attitude en général, n’échappent même pas à ceux qui sont heurtés par le caractère de naturalisme de certaines œuvres des maîtres, notamment de son Crucifix et de

sa Mise au tombeau. Assurément, au point de vue de l’importance artistique, ses Anges ne

valent pas ces deux dernières œuvres, et ils sont même de beaucoup inférieurs aux Miracles de saint Antoine. On remarque, d’ailleurs, entre eux des différences notables : ainsi, les deux joueurs de flûte sont des bambins très-robustes, d’une corpulence choquante et d'une attitude peu convenable; évidemment, ils ne peuvent être attribués à Donatello lui-même. Par contre, l’un des deux bas-reliefs aux Anges chantants est d’une pureté de conception et d’exécution vraiment idéale. Il faut en dire autant du petit Ange qui joue du tambourin.

Les élèves de Donatello ont pris une large part à tous ces travaux; c’est uu fait incon-

testable, qui ressort des marchés conclus où sont nommés cinq de ses élèves, et des reçus des divers payements effectués plus tard entre leurs mains.

DONATEiLLO A PADOUE

ien ne nous empêche de croire que Donatello n’ait appelé à lui comme collaborateurs quelques-uns de ses nombreux élèves ou aides de tout genre, pour les travaux exécutés à Padoue;les documents authentiques que nous possédons sur cette matière nous permettent même de jeter un coup d’œil dans l’atelier du maître. Il est toujours secondé par un fondeur de cloches, chargé de la fonte de ses bronzes, et de plusieurs artistes spéciaux pour le polissage et la dorure. Pendant les travaux préparatoires et à mesure qu’avançait la besogne, pour l’exécution du modèle et pour la ciselure, une foule d’élèves, d’aides et de praticiens étaient occupés chacun selon sa spécialité. Dans certains cas, l’esquisse seule est l’œuvre du maître, qui peut-être, au dernier moment, retouchera un peu le travail.

Outre le traité, qui nous révéle les noms de plusieurs disciples et auxiliaires du maître, on peut lire sur le bas-relief décrit plus haut, qui représente le Miracle du cœur de l’avare, deux inscriptions ainsi conçues, à gauche : « Ser Antonio di Giovanni de Senis et suorum », et à droite : « Ser di Piero Bartolomeo et suorum ». On peut en conclure que chaque côté de cette œuvre, relativement petite, a dû être spécialement commandée. L’un a été exécuté par un artiste de Sienne qu’on croit élève de Quercia, et par les siens, l’autre par un artiste de Parme et un artiste de Bologne ; tous deux avec leurs auxiliaires.

Ces inscriptions sur l’œuvre même nous ont transmis les noms de ces artistes; toutefois les livres comptables du Santo n’en font aucune mention, ce qui semble démontrer que ces sculpteurs ne jouissaient pas d’une grande célébrité à l’époque. Mais, en revanche, des travaux personnels de quelques-uns des cinq élèves de Donatello, mentionnés sur les registres de l’église, sont parvenus jusqu’à nous. Le magnifique autel de la chapelle des Eremitani, à Padoue, que décorent les fresques de Mantegna, est dû à Giovanni da Pisa : on y voit la Vierge, trônant au milieu de quatre saints, et au-dessus une frise charmante avec des enfants qui jouent. Cette œuvre, tout en argile, est d’un style trés-fin et rappelle beaucoup les reliefs en bronze du Santo, qui, tant au point de vue de la conception que de l’exécution, ont certainement servi de modèle à Giovanni. Il reste encore à Sienne quelques ouvrages du sculpteur Urbano di Pietro da Cortona, originaire de cette ville; c’est d’abord un motif de décoration au-dessus de la porte de l’église Sainte-Catherine, représentant la Sainte au milieu de deux anges, puis le splendide tombeau de Cristoforo Felici (i486) dans l’église Saint-François. Ces deux œuvres portent plutôt l’empreinte de la manière de l’artiste siennois que de celle de son maître Donatello.

Si l’école que Donatello a formée autour de lui à Padoue est très-importante, l’influence qu’il a exercée sur les beaux-arts de toute la Haute-Italie est plus importante encore. Presque tous les statuaires de la Renaissance, notamment Mantegazza et Amedeo, et même les Lombardi de Venise, se sont pénétrés de son génie.

On peut même dire que les plus grands peintres de l’époque, Mantegna et les deux Ballini, ses condisciples dans les ateliers du Squarcione à Padoue, ont souvent demandé leurs

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