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CHAPITRE XII

tt tournoi

Arrivé dans la cour du château , Bertrand courut tout d'abord aux écuries. Il en trouva les j M>rtes ouvertes , et cette circonstance extraordinaire lui inspira une crainte qui ne fut que trop proroptement confirmée. Le sire de La Motte .

:\ï> LE TOURNOI.

:i\.in! nui tan m Aérai u service de n ïa-

mille r| d<- 168 amis . nVn ;i\ ait pas laisse un s, ni

au manoir.

Ce désappointement rendit au houillant jeune

bu— no toute h fnronr. l! frappa du pied . maudit

la fatalité qui \enail ivdv.ts.t mh •< -événement ses espérances 1rs plus l'Lnvs, .1 s.- mit a Iras. la mur «Luis toutes 1rs directions, sans savoir où il allait.

C'est qu'en ell'ei su siiu;i!i<»n était horriMeiiienl

critique. Il fallait renoncer au projet d'aller I Rennes, ou s'y rendre à pied, au risque <| 'arriver quand le tournoi terail fini.

Au moment où Bertrand m décidait a prendre

m dernier parti . il aperçut , sur la grande route . à quelque dJBtanfîff <lu château , une charrette traînée par un înêVIiant ioiissin et conduit» par un manani du pays. Aussitôt, une idée, telle (pie lui seul en concevait, lui vient à l'esprit. Il s'arme a la hâte du même tronçon dépée que nous lui avons déjà vu à la main; il franchit la grille, gagne la grande route, et court tout droit au paysan.

— Manant! lui crie-t-il d'aussi loin qu'il peut s'en faire entendre , où vas-tu ?

— A Lamballe, mon garçon.

— D'abord , je ne suis pas ton garçon , mais ton seigneur. Commence donc par apprendre à parler. — Tu dis que tu vas à Lamballe?

— Oui, messire.

— Tant pis pour toi.

— Pourquoi donc ?

— Parce que je vais à Rennes, moi, el qu'il me faut ta bête.

— Ma bête ! Plaisantez-vous ?

— Au contraire. Descends donc de bon gré, si tu ne veux pas descendre de force.

— Oh! oh! Voilà un langage qui m'apprend votre nom> comme si vous me le disiez.

— Vraiment?

3** LE TOniKOf.

— Vous ne pouvez rtre que Bertrand . le fils aine (lu sire uV La Motte....

— Ton seigneur et maître. Ainsi , hate-toi d'obéir.

— MaljH'ste ! Cest bien assez, d'obéir au père ; s'il fallait encore...

Le paysan s'inhTrmupit en vovant le jeumhomme tirer son tronçon d'épér .1. s. s hauts-deehausses et le mettre en trayers devant le cbe\ «I

qui s'arrêta court.

— Mais, monseigneur, reprit-il d'un air hypocrite, en cherchant à gagner «lu temps, que voulez-vous que je devienne, sans m* béflfct

— Tu traîneras la eharrette, à sa place.

— Et qui me paiera î

— Ce bâton, si tu dis un mot <l. plus....

Le manant voulut prendre un biais et lancer son roussin; mais il fut prévenu par Bertrand. Alors,

LB TOURNOt. 53T»

la lulte s'engagea, et, au bout de cinq minutes, le charretier tomba au milieu d'un tourbillon de poussière , tandis que son adversaire s'élançait sur le cheval , piquant des deux du côté de Rennes.

Le tournoi allait s'ouvrir quand Bertrand arriva dans la plaine qui en était le théâtre. Une foule considérable entourait déjà la lice; mais, à l'aide de sa bête et de son arme j l'impatient cavalier fendit la presse , et s'avança jusqu'aux limites posées entre les combattans et le public.

Là, sa position fut d'autant plus avantageuse, qu'exhaussé par son cheval au dessus de ses voisins, il pouvait embrasser du regard toute retendue de la lice.

C'était la première fois qu'un pareil spectacle frappait ses yeux. Aussi, au premier abord, son impression fut une sorte de vertige; et, comme un aveugle qui aurait trop subitement recouvré la vue , il ne distingua rien dans ce chaos chatoyant de soie, d'or et de pierreries, d'une part; de fer et d'acier, de l'autre. Sans l'immobilité de son cheval, dont la fatigue faisait plutôt un siège qu'une

;;k; LE TOl'HNul

monture, son rhlouisvmriit 1 rùt eni|»è< Im: de se

i. nii <'ii selle,

O premier momenl passé, il analysa avec irai—

visscment i<»iis les détails du tableau déroulé devant lui.

h ««-il enchanté rira ave* rapidité, de la lice a I amphithéâtre, «les héruults armés de leurs pa villons et de leurs troni|>elles, aux juges du camp assis sur leur estrade tendue d«- |>ourpre el enriebie d'hermine.

Le vaste écusson qui s'élevait à l'extrémité do la lice, portant Ips aunes de Bretagne, brodées en or et argent sur azur : l<> bannières des tenans du tournoi, qui Bottaient aux mains des écuyers; 1rs barrières encore baissées, « ] 1 1 î allaient se leveïde- \anl les champions : !«• trône magnifique, dressé I mur le duc Charles <\r Bhw <'t pour Jeanne de Penthièvre sa jeune épouse; la table sur laquelle le diamant précieux, promis au vainqueur, brillait , richement enchâssé , auprès du chapelet d'bonneurd estine à la Reine de la Beauté et tirs Amours; toutes ces choses et mille autres firent tour-à-tour battre le cœur de Bertrand.

Mais tout à coin» . à l'instant même où les cris :

Largesse aux chevaliers . et les fanfares annonçant l'Ouverture du tournoi, allaient changer son extase en délire, un désenchantement mortel vint lui glacer sa joie au cœur.

— Holà! lui crièrent plusieurs voix; si vous descendiez de votre coursier fringant . mon beau cavalier ?

Cet avertissement inattendu pénétra, connu" une flèche acérée, jusqu'au cœur de Bertrand.

Une circonstance que son impatience d'abord et ensuite son exaltation lui avaient fait complètement oublier, lui revint brusquement à l'esprit ; c'était celle de son misérable accoutrement , le même que nous avons déjà décrit, à cette différence près, que le combat livré au charretier, sur la grande route, y avait ajouté un nouveau désordre et quelques accrocs de plus.

Bertrand n'était pas coquet; mais le contraste humiliant que formaient ses poudreux hauts-dechausse et son hoqueton déchiré 7 avec les toilettes qui l'entouraient , le fit rougir de honte et de dépit. Sa conscience lui disait qu'il n'avait jamais été plus piteusement vêtu , et ses yeux lui ". 22

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appr*Mi;ii«nl quil n<- s'rtail jamais trouvr m si brillanti rompaiiiur. Le moyen, après cria, de rester insouciant, ou de se faire illusion?!) ailleurs. 1rs quolibets rrdouhlaienl ri sr croisaient autour du malheureux

— Ilr ! l'ami , «lisait l'un, ran^r/-\ous a droite : car il serait plus facile de voir à traveri tarte pourpoint qu'à travers votrr individu.

— Beau sire, ajoutait un autre, où ave/-\<>iis trouvé ce casque si luisant? N'est-ce pas celui que portait Saint-Georges au siège de Jérusalem ?

— Mais où donc a-t-il laiss. la moitié de son hoquetou I

— Ne raillez pas, voisin; il va vous transpercer de cette fine lame, avec laquelle il a fait une boudonnière a ses hauts-de-chausse.

Et tous les hommes d'éclater de rire ; toutes les femmes de se montrer du doigt le personnage, et Bertrand d'étouffer de colère, sans savoir sur qui la décharger, car les lardons pleuvaient de toutes les bouches.

Cependant, il espérait qu'on l'oublierait quand

les combattons entreraient en lice. Il se trompait.

— Ah ! ça , vous effacerez-vous , messire? criat-on de plus belle.

— Croyez- vous que nous soyons venus céans pour vous contempler, vous et votre roussin?

— Si du moins vous vous étiez faits beaux tous les deux ; mais la chose serait difficile.

Ce dernier trait , qui allait au delà de l'habit, mit Bertrand hors de lui-même; il se détourna pour en chercher l'insolent auteur; mais il n'aperçut que des visages qui lui riaient au nez , et des poings qui le menaçaient de le jeter h bas de sa monture , s'il ne se décidait à en descendre.

— Holà! eh! cria au même instant quelqu'un derrière lui : A bas le chevalier de la triste figure!..

Le mot était trop bien choisi pour ne pas faire fortune.

— A bas le chevalier de la triste figure ! répétèrent cent voix , perdues dans autant d'éclats de rire

Bertrand n y tînt plus. Il détourna Iti-usqurment son cheval, et, frappant àdroitr « i î gauche, < ul-

l)iit;mt et foulant tout <v qui se trouvait sur son passage, il s'éloigna au galop de l 'amphithéâtre.

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