‹ DonatienChapitre 29 sur 35 · L CHAPITRE XL · texte numérisé non relu

L CHAPITRE XL

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Soit effet du hasard , soit calcul du seigneur Renault , pour compléter le châtiment de son fils, la fenêtre de la tour où Bertrand fut enfermé donnait sur la route de Rennes ; de sorte que la première chose que le captif aperçut , quand ses yeux .cherchèrent au dehors des distractions a sa douh. IX

leur, ce fut la cavalcade des daim s et des chevaliersquise rendaient au tournoi ;i\rc sou père et sa famille.

L'instim I fatal qui pousse les malheureux à mesurer leur infortune dans toute son étendue, lui Ht,

malgré la distance . distinguer dans ce tableau les moindres détails capables de redoubler N <ol.iv I l MB en\ie. .1/ 3U

La tête collée aux barreaux de sa prison, l'œil plongeant sur la rouir, il rnginfa défiler le cortège, comme un damné qui , des profondeurs de l'enfer, verrait des élus se diriger vers le paradis.

Rien ne lui-SflWppB Ail fWOonuam e de la brillant.' dtofMdhée : beaux cavaliers d'aplomb sur la selle, blam lies damoiselles ipoBwmuI balancées au trot des palefrois, petits pages coquets caracolant autour de leurs maîtresses, graves éeuyers cheminant avec dignité derrière 1rs lurons, coursiers lestes et fringans. harnais de soie et d'or, armures flamboyantes an soleil, fers d«lances et d'épées aux vives étincelles, casques à l'ondoyant panache , érbarpes moelleuses livrées an vent , bruit cadencé du pas des chevaux , mur-

LE PRISONNIKH. 3É3

mures lointains des galantes conversations, bruyans éclats de rire... Il vit tout , il entendit tout !...

Devant cette pompe, cet éclat et cette joie , le sentiment de sa disgrâce et de son abandon commença par lui briser l'ame et lui causer une entière prostration morale. Il laissa tomber son front sur ses mains et pleura pour la première fois de sa vie... Il versa de ces larmes brûlantes et amères qui jaillissent, en les déchirant, des cœurs forts et énergiques.

Mais quand il aperçut son père et sa mère , au milieu de ses frères et de ses sœurs, quand il vit ce groupe dans lequel il aurait dû occuper la seconde place , cheminer paisible et triomphant sans tourner un seul regard vers la prison où il gisait , lui, abandonné, tandis qu'on s'en allait en fête , une fureur soudaine sécha dans ses yeux toutes ses larmes. Il se cramponna aux barreaux de la fenêtre, avec les convulsions et les rugissemens d'un lion captif, et, n'osant maudire son père, il reprocha à Dieu l'injustice et la barbarie de son sort.

La violence de cette crise acheva d'opérer en lui la révolution que les prédictions de la religieuse

32! LE PRISO.VM1 R

avaient déjà préparée. Jusqu'alors, l'unique sen-

tiiucut qui l'eut anime avail été un besoin île mouvement . de hiiic <i de la page. Pour\ d qu'il eut à la main un instrument quelconque ressemblant à mie arme, autour de lui. des camarades figurant une troupe de soldats. et devait lui, des perséttndfl on même des objets inanimés pouvatt i n senter des ennemis . il n'en demandait |>as davantage. Le jeu de la guerre suffisait a l'en! Désormais, c'est une gu rieuse que veut le

jeune homme. Il lui Tant des armes Nriiiablgij

des ennemis réels; du Fer à manier, des bonu s

à eombattre. (Se n'est plus la suif du 1 nuit qui le travaille : c'est l'amour de la gloire qui le dé>

\dini maintenant 1rs maillets et les bâtons! Adieu i s combéta au poing avec ses frères ; les srmblans de révolte et d'assaut ! Adieu les manans et. le village, et les brigandages enfantins sur la

grande route! adieu enfin /(irnirr de lîi'it nnul \ Ce que Bertrand rêve aujourd'hui . ce qui fait palpiter son cœur et battre ses ai tères, ce qui fascine ses yeux et attire sur son front cette rougeur ardente, ce qui passe et repasse, comme un tourbillon rapide et enflammé, devant son imaginât ion en délire, c'est le tournoi, avec ses pompes, et ses fanfares, et ses prestiges ! Le tournoi, c'est là que

volent son ame et sa pensée ! Il donnerait , sans balancer , les longues années de vie qui lui sont promises sur la terre, pour passer une heure au tournoi !

Et il sera enfermé tout le jour, entre quatre murs silencieux et sombres , sourds à ses pleurs de honte et a ses cris de rage ! !

Pendant que ces idées cruelles se débattaient confusément dans sa tête, les verrous de sa prison glissèrent doucement , et la porte tourna sur ses gonds rouilles; le prisonnier, agité d'un vague pressentiment de délivrance , jeta les yeux de ce côté, et ne put retenir un cri de joie, en voyant paraître la figure douce et riante de la religieuse.

— Bertrand, lui dit-elle vivement, vous êtes libre!

— Libre ! s'écria le jeune homme.

Et, l'émotion étouffant sa voix, il ne put en dire davantage. Il tomba à genoux devant sa libératrice , dont il couvrit les mains de baisers et de larmes.

— Mon ami , reprit celle-ci , en fixant sur les

yeux du jeune boinine un regard pénétrani, vftas n'avez plus de temps à perdre.. .

— Ces! trai . < 1 i i Bertrand

Il . < -<»iiiiii-i-u;iiit el prévenant la noble pensée de la prophétesse, il desrmdit précipitamment deb

lour.

Mais commenl la religieuse avait-elle eu connaissance de l'emprisonnement de son protégé? l.i par quel moyen était-elle parvenue a l'élargir?

V«»i( i le lait.

Les signes (Tincrédufité dont le sire de La Motte avait a<< urilli les prédictions faites pendant le déjeuner, et sminut le» lergprfvfatbns qu'il avait opposées à l'intercession des convives en la\. -ur de son fils, a\ant lait pressentir a la religieuse qu'il méditait contre < ■<• dernier quelque paternelle Irabisou. elle \it la eonlirmatiui, de ce pressentiment dans l'absence de liertrand, au moment des préparatifs du départ. La dame de La Motte lit la même remarque ; et la mère et la protectrice cherchèrent aussitôt ensemble le moyen de rendre la liberté au captif.

Avant tout, il fallait savoir où il était enfermé* la châtelaine se chargea d'aller à la découverte.

Elle laissa les chevaliers et les dames recevoir, dans la cour, leurs chevaux et leurs palefrois de la main des écuyers , et se mit à parcourir à la hâte les galeries et les appartenons du château , se dérobant aux yeux qui auraient pu trahir sa ruse maternelle, et appliquant une oreille attentive et inquiète à toutes les portes fermées qui se trouvaient sur son passage.

Elle arriva ainsi à la tour, au moment même où les deux varlets venaient d'y emprisonner Bertrand. Cette rencontre faillit d'abord la décontenancer ; mais , le désir de délivrer son fils lui rendant aussitôt son sang-froid , elle dit tranquillement aux geôliers , qu'elle était chargée par son mari de leur commander de garder fidèlement la porte de la tour jusqu'après le départ du cortège , puis de remettre alors le captif aux mains de la religieuse qui viendrait le réclamer.

Les varlets , trouvant cet ordre tout simple , se le tinrent pour dit , et la châtelaine triomphante alla conter le tout a sa complice. Celle-ci, qui ne

devait point aile? an tournoi, accepta sa mission libératrice avec d'autant moins de scrupule, qu'elle croyait deaon <lr>oir d'ouvrir an jeune bommé, méconnu <!<• son pfere, la route brillante qm Meu l'avaii chargée de lui montrer dans l 'avrnir.

Maintenant, retournons à notrehéi «>>. et voyons tomment il usera de cette liU-rn1 «luni il ;i\;iii si (Tuenement pleuré la perte , et qu'il vient <!< n couvreravec (api <!<• plaisir.

LE TOTJEHOI.

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