Ce nom se trouve au v
3. Dans E (fol. b. vij . v°), Enrrique, apprenant que le « soldan » de Babylone va attaquer Constantinople, quitte Jérusalem, qu'il . vient de conquérir sur les Sarrasins, pour aller au secours de la ville menacée ; il fait naufrage et réussit à gagner la terre avec deux compagnons seulement. Ils arrivent à Constantinople dénués de tout et affamés. Enrrique reste à l'entrée de la ville, au pied d'une tour, pendant que ses compagnons vont dans la ville pour chercher de la nourriture. En les attendant, il se plaint à haute voix et raconte son histoire. Mergelina, la fille de l'empereur, qui habite dans la tour, entend ses plaintes ; elle lui jette d'abord de l'or, puis donne ordre à un senescal de le faire monter. — Tout cela pourrait être de l'invention du rédacteur espagnol; il y a pourtant une certaine analogie entre ce récit et ce qui est raconté dans Élie de Saint-Gilles, éd. G. Raynaud, v. 1401 et suiv. — Le nom du « soldan », Mirabel, se lit dans la Prise de Cordres et dans d'autres chansons de geste ; voir la Table de M. E. Langlois.
INTRODUCTION - XLVII
bien ne jamais le revoir. Pendant ce temps, Landri est à Constantinople. L'empereur est menacé d'une guerre: les Sarrasins se sont emparés de Lalice (= Laodicée) et en ont chassé les Harmins [= Arméniens] qui l'occupaient '. Landri, qui vient d'être fait chevalier par l'empereur, attaque les païens et fait leur seigneur prisonnier ; il le livre à l'empereur (v. 1408-1439).
Celui-ci a une fille, qui s'appelle Salmadrine; elle est amoureuse de Landri au point d'en tomber malade. Voyant qu'elle est souffrante, près de mourir, l'empereur l'interroge ; elle dit qu'elle désire épouser Landri, qui vient de sauver le pays. L'empereur répond qu'il ne sait rien de certain sur l'origine de Landri ; il consentirait volontiers au mariage, même si le jeune chevalier était bâtard, si celui-ci était réellement parent du roi de France, ainsi que l'ont affirmé Asson et Guinemant ; mais l'empereur se refuse à le croire. Les barons conseillent à l'empereur d'envoyer deux messagers, qui s'enquerront de la véritable origine de Landri : s'il est réellement neveu du roi de France, l'empereur lui donnera sa fille en mariage ; s'il ne l'est pas, il le récompensera de ses services et le renverra (v. 1440- i5oo).
L'empereur ordonne à deux de ses chevaliers, Berengier et Outré, de s'en aller en France, à Laon, pour savoir la vérité au sujet de Landri. Salmadrine les fait venir de son côté et menace de les faire mettre à mort s'ils rapportent [au sujet de Landri] des choses qui lui seraient désagréables. Elle leur donne deux « dromadaires », qu'elle fait garder dans un cellier et qui courent,
I . Sur les mentions des Arméniens dans les chansons de geste, voir F. Macler, La France et l'Arménie à travers l'art et l'histoire, Paris, 1917, gr. in-40, p. 12 et suiv. Il résulte de ces recherches que l'auteur de Doon de La Roche peut être classé parmi les « trouveurs », relativement instruits, qui savaient que les Arméniens étaient chrétiens ; d'autres les rangent avec les Açopars, les Bedotns et autres ennemis de la Chrétienté. ■- - , ..- . - . . ^
XLVm DOON DE LA ROCHE
merveilleusement vite : avec ces montures, ils peuvent être de retour en huit jours et demi. Ils partent, richement costumés, assis sur les dromadaires et munis de malles remplies de « besants». Au bout de huit jours ils sont à Cologne ; ils demandent l'hospitalité à un riche bourgeois, Gonteaume, originaire de La Roche et cousin de Doon. Gonteaume se déclare prêt à les loger pendant un an, sans rien leur faire payer, « pourvu seulement que Dieu ramène Landri, mon vrai seigneur, et qu'il maudisse Tomile et Malingre, qui l'ont chassé du pays»! Les messagers sont ravis quand ils apprennent qu'il connaît Landri. Les chevaux (= les dromadaires) sont logés par Gonteaume dans un cellier (v. i5oi- 1668).
Mais Hardré a rencontré les messagers et remarqué leurs chevaux merveilleux ; il conseille à Malingre d'aller les enlever. Malingre suit ce conseil : il s'empare des chevaux, après un combat avec les serviteurs de Gonteaume, combat où il est blessé; il se réfugie ensuite à l'hôtel de Tomile. Gonteaume va se plaindre à l'archevêque de la violence qui lui est faite, et l'archevêque convoque les bourgeois, au nombre de soixante mille. Ceux-ci conseillent à l'archevêque d'envoyer Gautier, cousin germain de Doon, à l'hôtel de Tomile, pour réclamer les chevaux; s'il ne veut les rendre, il sera attaqué. Malingre refuse les chevaux; l'archevêque ordonne alors aux bourgeois de s'armer. Ceux-ci s'arment en effet ; on sonne la « bancloche » ; Gonteaume et ses serviteurs se joignent à eux; on attaque le château et les gens de Tomile : lutte violente, où Tomile et Malingre sont blessés. Tomile et les siens s'enferment chez eux ; Tomile se met à une fenêtre et propose aux assaillants de rendre les chevaux et d'en rester là : son jeune neveu, qui n'est pas encore chevalier, a fait une folie qu'il est prêt à réparer. L'archevêque accepte cette proposition ; l'assaut cesse et les bourgeois s'en vont.
INTRODUCTION XLiX
Tomile et Malingre vont rendre les chevaux à Gonteaume et s'humilient devant lui ; mais les bourgeois leur donnent des coups de pied et leur reprochent leur conduite envers Landri, leur seigneur. Les messagers assistent à la scène et se réjouissent : ils savent maintenant de science certaine que Landri est le neveu du roi et n'ont pas besoin d'aller en France (v. 1 669- 1 882).
Olive sort à ce moment de l'église où elle était allée prier. Gonteaume, qui seul lui est resté fidèle, l'invite à entrer chez lui et la fait souper avec les messagers, auxquels il explique qui est Olive; les messagers lui donnent des nouvelles de Landri. Comme ils sont édifiés sur l'origine de Landri et se croient dispensés de poursuivre leur voyage en France, ils partent le lendemain matin; Gonteaume, l'archevêque et Olive les convoient; Olive leur remet, pour Landri, un anneau qu'elle a reçu de Doon pendant la première nuit de leur ' mariage (v. 1883-1972).
Après un heureux voyage, les messagers arrivent à Constantinople. C'est au mois de mai : l'empereur Alexandre est dans son verger, sous une tente; Landri, Asson et Guinemant sont avec lui, en même temps que Salmadrine, gracieusement costumée. Elle adresse la parole à Landri; celui-ci ne répond guère à ces avances et lui dit qu'il pense à sa mère, qui est en France au pouvoir de Tomile. A ce moment, les
I. Cet épisode, où l'on voit les bourgeois d'une ville s'armer et se mettre en mouvement contre un chevalier qu'ils considèrent comme un ennemi, est une sorte de lieu commun qui se retrouve dans plusieurs chansons de geste [Ogier le Danois, Gaydon, etc.) et même dans \e Conte du Graal de Chrétien de Troyes. Voir C. Voretzsch, Epische Studien, I, die Composition des Huon von Bordeaux, Halle a. S., 1900, I, 184 (comp. 182, note). La différence, c'est que, dans les épisodes signalés par M. Voretzsch, le chevalier qu'on attaque est un personnage sympathique, tandis que, dans F, Tomile et Malingre sont des traîtres et que tous les torts sont de leur côté.
messagers arrivent; ils mettent pied à terre devant la tente de Tempereur, et font le récit de leur mission : ils ont constaté que Landri est bien le neveu du roi Pépin ; en même temps, Outré remet à Landri l'anneau qu'Olive lui a confié. — Après avoir pris connaissance de ces nouvelles, l'empereur Alexandre n'hésite plus; il accorde à Landri la main de sa fille (r, 1973-2 109).
Le récit revient à Malingre, le fils d'Audegour. Doon avait « adoubé » (fait chevalier) son fils; mais celui-ci, de plus en plus exaspéré contre Olive, veut qu'on lui enlève les terres qu'elle tient encore ; Doon s'y refusant, Malingre traite son père de cou:{ sofran\ (cocu complaisant); le père frappe le fils, qui réplique, et les deux hommes en viennent aux mains. Des chevaliers réussissent cependant à établir une trêve entre le père et le fils. Tomile et Malingre n'en chassent pas moins Olive de Cologne; elle part, assise sur un mauvais « roncin », et se réfugie en Hongrie, où elle est recueillie par son oncle, l'évêque Auberi, à « Seine la ville » (v. 2110- 2166; cf. V. 2925, pour la résidence d'Auberi).
Tomile et Malingre, craignant une invasion possible de leur terre par Doon et Landri, expulsent Doon de Cologne ; quand celui-ci veut se réfugier à Aix-[la-Chapelle], on lui en refuse l'entrée. Il se retire à La Roche et part de là pour Paris, afin d'y voir Pépin. Il trouve le roi malade; Pépin demandant des nouvelles d'Olive, Doon raconte qu'elle a été chassée par Tomile et Malingre, qui ont occupé ses fiefs. Le roi se met fort en colère, reproche à Doon sa conduite à l'égard de sa sœur, et le défie '. Doon, épouvanté, se retire à La
I. Le roi arrache quatre poils de son « pellisson » d'ermine [et les jette au visage de Doon] (v, 2261). Le même mode de défi se retrouve dans Raoul de Cambrai (v. 23i6-23i8, édit. Meyer et Longnon), et dans Girbert de Met:{ (voir la note des éditeurs de Raoul de Cambrai sur le passage cité, en tenant compte de ce qu'ils disent dans l'Introduction, p. LXIII, note.)
INTRODUCTION LI
Roche, qu'il fortifie, puis il assiège Aix-la-Chapelle. Ceux de la ville font une sortie ; Doon les attaque avec succès et fait des prisonniers, qu'il amène à La Roche. Un écuyer va annoncer le désastre à Tomile et à Malingre ; ceux-ci s'avancent contre La Roche. Il y a combat devant la ville, et Doon lutte personnellement contre Tomile. Celui-ci, repoussé, s'enfuit à Aix, et Malingre à Spire; mais bientôt tous deux réunissent de nouveau une armée de 40.000 hommes et attaquent de rechef La Roche. Doon et Jofroi défendent la ville; ils auraient réussi à repousser les assaillants, si Pépin n'était survenu. Il attaque Tomile et Malingre et taille leur armée en pièces; Tomile s'enfuit à Mayence, et Malingre à Spire. Alors le roi se retourne contre Doon : il prend La Roche et fait Jurer à Doon et à son neveu Jofroi qu'ils quitteront le pays (v. 2167-2408) '.
« Les autres jongleurs qui disent de Doon en ont beaucoup chanté, mais ils ne savent pas [la véritable histoire] : je la reprends là où ils l'abandonnent ; je reviendrai plus tard à Landri » (v. 2409-2412).
Doon, [accompagné de Jofroi], s'en va en Hongrie : là règne le roi Dorame, vaillant chevalier, qui réclame la moitié de Constantinople ; pour cette expédition, il prend à son service des chevaliers, entre autres Doon et Jofroi. Les Hongrois campent sur la rive du « Hongre » : ils jurent de tout ravager jusqu'à Constantinople. Un messager à cheval, blessé, annonce ces mauvaises nouvelles ' à l'empereur [Alexandre] ; Salmadine sup-
1. Dans E (fol. b. vj. verso en bas), Pépin enlève également au duc de La Roche ses terres, mais les circonstances diffèrent complètement.
2. Comp. aux vv. 2i3r-233 et aux v. 2455-2459 la Chevalerie Ogier, édit. Barrois, v. 1225 et suiv. : Uns chevaliers s'en est sevrés des nos, Qui d'un espial fu navrés ens el cors : Le Toivre passe, son escu a son col, Aine ne fina si est venus a Vost. — Tôt droit a Vost s'en vint li messagiers, Le roi trova en son trefou ilsiet. Puis-,
LU DOON DE LA ROClHE
plie Landri de marcher contre Dorame. Landri refuse d'abord d'intervenir, jugeant les Hongrois des adversaires indignes de lui. Mais, quand un second messager blessé survient, porteur de messages encore pires, Lan-' dri crie à ses chevaliers « Armez-vous ! » Quarante mille hommes partent avec Landri; ils attaquent les Hongrois, et Landri tue Garnier (v. 2413-2489).
L'empereur Alexandre attaque son neveu Dorame : il est sur le point d'être vaincu, quand Landri survient : il frappe Dorame de son épée et l'étourdit d'un grand coup : Dorame se rend prisonnier.
Leur roi vaincu, les Hongrois prennent la fuite; seuls Doon et Jofroi tiennent tête aux assaillants. Landri attaque son père, sans le reconnaître, et réussit à le vaincre; il va lui couper la tête quand le duc lui crie merci; Landri le remet alors au roi Alexandre. De leur côté, Asson et Guinemant ramènent Jofroi prisonnier. Doon et Jofroi, grièvement blessés, sont enfermés, avec quatre-vingts de leurs compagnons, dans une des prisons, où ils demeurent pendant sept ans (v. 2520- 255o).
Le récit revient à Olive, qui est restée chez l'évêque (Auberi). Un jour, en sortant de l'église, elle est reconnue par quatre « pers de La Roche », qui ren-' traient d'un pèlerinage d'outre mer. Ils étaient partis de chez eux il y a sept ans, avant que la dame eût été accusée [d'adultère]; quand ils voient Olive, ils s'étonnent beaucoup; ils se disent entre eux : « Nous avons trouvé notre dame », Ils l'arrêtent, s'inclinent devant elle et l'interrogent; elle leur raconte son histoire. Ils jurent sur des reliques qu'ils lui rendront sa terre et sa contrée. L'évêque assure à Olive que ces
s'escria tant com il puet huchier : « Rois, car chevalche ! etc. » Un épisode analogue se lit dans Élie de Saint Gilles, v. 182 et suiv., éd. G. Raynaud. ' "'
INTRODUCTION LUI
quatre barons lui rendront en effet sa terre; il l'engage [en attendant] à tenir large « mesnie » et à donner de grandes « soudées » (v. 255 1-2595) '.
Le récit revient à Landri : le a trouyeur » rappelle ses aventures et l'amour de Salmadrine. Une nuit, Landri est seul, sans autre suite que les cinq compagnons qu'il avait amenés de France; son maître Guinemant remarque qu'il pleure et soupire. Interrogé par Guinemant, Landri évoque ses malheurs : sa mère [probablement] tuée, le roi Pépin qui l'a abandonné, le mauvais « lignage y> qui possède sa terre. Guinemant lui conseille de prendre congé du roi Alexandre, de retourner [en France] et d'y défier le roi Pépin. Landri approuve ce conseil (v. 2596-2670) '.
Un écuyer de l'empereur Alexandre a surpris cette conversation et se hâte de la rapporter à son maître : celui-ci déclare qu'il approuve le projet de Landri et défend sa conduite contre les reproches de Salmadrine, sa fille. Il est minuit, on sonne les matines; l'empereur va assister au service dans la crypte de Sainte- Sophie. Salmadrine se lève et, vêtue seulement d'un mantelet d'hermine, se rend dans la chambre où reposent ceux Je France. Elle se glisse dans le lit de Landri, donne un baiser au jeune homme. Landri, troublé, s'éveille et la conjure de dire qui elle est; Sal-
1. Cet épisode peut paraître surprenant, car dans la suite du récit il n'est plus question de ces quatre « pers ». Il faut cependant remarquer que les vv. 2584-2585 préparent en quelque sorte le récit subséquent, où l'on voit Olive reconquérir sa terre.
2. Dans E, l'empereur Manuel donne à Enrrique (= Landri) l'empire de Constantinople et la main de sa fille, Mergelina, immédiatement après sa défense victorieuse de la capitale contre Mirabel, solelan de Babilonia. Quelque temps après le mariage, Enrrique, une nuit qu'il reste éveillé (fol. c. vj. v"), se reproche à lui-même de n'avoir pas encore vengé sa mère, trahie par Tomillas. Mergelina, couchée à ses côtés, entend ses soupirs et l'interroge.
madrine se nomme et ajoute : « tu peux faire dé moi ton plaisir; si je meurs d'amour, mon âme sera sauvée ». — « Dame », répond Landri, « votre père est mon seigneur; allez vous recoucher ». Salmadrine consent à se retirer; elle veut cependant que Landri lui apprenne « un des jeux de France ». Landri répond : « J'y consens; mais promettez-moi que, le jour de la Pentecôte, vous prierez votre père de rendre la liberté à ceux qui sont en prison : je leur pardonnerai, afin que Dieu m'accorde de me venger du traître Tomile ». Il consent alors à ce que Salmadrine lui donne un baiser, qu'il lui rend d'ailleurs : ce ne sera pas une honte pour elle, et, en ce faisant, il ne sera pas parjure à l'égard d'Alexandre (v. 2671-2750).
La jeune fille se retire. Le lendemain l'empereur fait venir ses barons, et les Allemands (c'est-à-dire Landri et les siens) se présentent devant lui. Alexandre offre à Landri sa fille et la moitié de son « fief », s'il consent à rester. Landri pleure : il pense à sa mère Olive et à son père Doon; il ne sait pas que celui-ci est prisonnier de l'empereur Alexandre (v. 2751-2774).
Il y a grande réunion dans le palais de l'empereur : les Allemands détiennent la « sénéchaussée » : Jofroi ' et Guinemant portent les éperons; Amauri et Andrieu, l'enseigne et les épées; Landri, dans sa livrée à croix d'argent, dirige la foule. Les évêques et les abbés célèbrent le service divin ; les jongleurs violent et chantent. Doon, dans sa prison, entend ce bruit insolite; il interroge le « chartrier ». Celui-ci répond qu'il y a aujourd'hui grande fête dans le palais de Constantin : le roi porte sa couronne et donne à ses princes leur « chasement ». Doon se lamente; Asson de Mayence % pour le
I. Il doit y avoir ici une confusion de l'auteur; voir la note sur le vers 2783.