Probablement, dans la pensée de l'auteur, du bétail
2. Ce nom de Sobrie ou Sorbrie est essentiellement propre à la chanson d'Élie de Saint-Gilles, où la ville est souvent mentionnée; en dehors de ce poème, on n'en trouve qu'une ou deux mentions (voir la Table de M. E. Langlois). Cette ville « lointaine et fabuleuse » (G. Paris) est tout à fait à sa place dans Élie, comme centre des aventures également lointaines du héros, mais elle fait singulière figure dans F, au milieu des noms historiques de Liège, Cologne, Worms, Spire, Mayence, etc. L'emprunt à Élie de Saint-Gilles paraît certain. . • ■
rv,r INTRODUCTION LVII
Landri se fait fort de prendre la ville, mais Doon repousse cette idée, ne voulant pas dévaster son propre territoire. Avant d'agir, il ira, déguisé, avec Jofroi, parcourir le pays, pour s'assurer de la véritable situation de Malingre et de dame Olive. Doon et Jofroi partent, en effet, déguisés en pèlerins; ils entrent dans une forêt où Doon, du temps de sa puissance, chassait souvent. A l'issue de la forêt, ils se trouvent dans les terres d'un maire, Bernard, homme et métayer du duc. Bernard a dix fils, dont cinq sont chevaliers, et cinq employés sur les terres de leur père. Malgré ses beaux troupeaux et ses meutes de chiens, le maire n'a pas le cœur joyeux; il songe à Doon, son seigneur, qui est absent : il en parle à son fils aîné. Survient Doon, déguisé, qui reconnaît Bernard, et il lui demande l'hospitalité pour lui et Jofroi. Admis dans la demeure, il met Bernard à l'épreuve; il se conduit exprès d'une façon insupportable : il renverse le dîner qu'on lui offre ou le donne à manger aux domestiques , surtout il dit sans cesse du mal de Doon, qu'il traite de couard. Les deux premières fois, le maire, sur les instances de sa femme, maîtrise sa colère ; après la troisième incartade du soi-disant pèlerin, qu'il prend pour un envoyé de Malingre, il le met à la porte avec son compagnon, malgré la nuit et le temps affreux qu'il fait (v. 3o59-339i).
Une fois dehors, sous la pluie froide, Jofroi se lamente; Doon se moque de lui. La femme de Bernard, entendant les plaintes de Jofroi, obtient de son mari qu'on fasse rentrer les deux hommes, et leur ouvre « l'ostel »; elle fait allumer du feu et leur donne des manteaux. Bernard, toujours en colère, s'avance vers eux, et reconnaît Doon à un signe qu'il a sur la main. Doon renonce alors à feindre. Bernard et sa famille lui font fête; on lui apprend qu'Olive se trouve à La Roche, d'où elle a chassé Tomile (v. 3392-3479).
Le lendemain matin, Doon et Jofroi revêtent de oou-
veau leur costume de pèlerin; accompagnés de cinq des fils de Bernard, habillés en bergers, ils partent pour La Roche. Le but de Doon est d'éprouver Olive. Devant la « salle» fdu palais], le duc rencontre sa femme; il se donne pour un pèlerin qui chemine, avec ses compagnons, allant de France à Cologne. Olive ordonne à son sénéchal de les héberger et de leur donner de l'argent (v. 348o-3553).
Doon se trouve ainsi dans la « salle» de son château; pendant le dîner, le faux pèlerin dit du mal de Doon, à la grande indignation d'Olive, qui le rabroue. Le dîner fini, on fait le lit des pèlerins au milieu de la salle ; le lendemain matin, avant l'aurore, ils se lèvent et s'arment ', puis se postent aux fenêtres ; le duc crie « Sobrie ! », son « enseigne «(cri de guerre). Olive se désespère; elle croit que le château a été surpris par des partisans de Tomile et de Grifon. Dans le bourg, en bas du château, les barons s'arment de leur côté, et pénètrent dans le château, pour châtier les « truants » qui s'y trouvent; mais Jofroi de Mayence les apaise en révélant que c'est Doon de La Roche en personne qui est là. Olive, un peu rassurée, entre dans la salle et interpelle le faux pèlerin, qui reconnaît qu'il est Doon. Les fils de Bernard ouvrent les portes [du château]; les barons pénètrent dans la salle et rendent hommage à leur seigneur ; mais Olive dit qu'elle ne pourra partager le lit de Doon tant que Tomile n'aura pas été pris et n'aura pas avoué ses machinations (v. 3554-3652).
Doon et ses compagnons, armés par Olive *, reviennent à Sobrie. Devant la ville, ils trouvent Landri, à qui ils apprennent que sa mère a pris La Roche ; mais il refuse d'aller la voir avant le châtiment de Tomile. On envoie
1. On ne dit pas où ils ont pris ces armes ; tout cet épisode es très confus.