âf sont nommés aaieurs Lanfroy et Landry
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battait à la solde de Pamiral Galafre. Puis il va attendre son adversaire dans un pré verdoyant, sur les bords de la Seine. — Quand Doon parut, Richard, le Normand alla au-devant de lui et l'engagea à s'humilier devant le roi; mais Charles ne voulut pas entendre parler d'accommodement. — Doon de Mayence alors fait venir un prêtre, se confesse humblement et prend la croix pour aller combattre les Sarrasins. P. 198-207.
Les deux champions s'avancent l'un contre l'autre.
— Combat acharné. — La lutte se prolonge avec des chances à peu près égales : seulement Doon craint de tuer lé roi, et le ménage, tandis que Charles n'épargne pas son vassal. — La fatigue les oblige enfin à s'arrêter, et le comte de Poitiers profite de ce moment pour tenter une réconciliation. Plusde quarante-trois princes se jettent aux pieds de Charlemagne , et le supplient d'octroyer à Doon la terre de Vauclère et la fille de l'Aubigant; mais il est inflexible. - . Ils essayent ensuite de faire renoncer à sa demande le preux sire de Mayence : « Barons, répond-il, c'est uniquement pour l'honneur de Jésus-Christ et pour la gloire de Dieu que j'ai requis de mon seigneur le don qu'il me réfuse , et je le contraindrai à me l'octroyer ou j'aurai le cœur fendu et crevé! »
— La bataille recommence. — Ils se donnent de tels coups que le sang leur coule par la bouche et par les narines ; ils se fussent occis si Dieu n'eût eu pitié d'eux. II envoya du ciel un ange qui descendit entre les combattants, sous forme de flamme, et qui dit à l'empereur: or Charles, Dieu te commande de donner Vauclère à Doon et de l'aider à la conquérir, sinon tu mourras sur le-champ et seras porté en enfer, où les diables t'attendent. » — Charlemagne se soumet, et se rend avec son adversaire dans la chapelle pour y prendre la croix ; plus de cinq cents barons, jeunes et vieux, se croisèrent en même temps. P. 207-221.
Au printemps suivant, quand Charles et Doon fa-
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rent guéris de leurs blessures, l'empereur convoqua tous ses hauts barons, et leur demanda leur aide contre les Sarrasins, « Sire, répondirent-ils tous à la fois, nous te suivrons. » — Il choisit alors parmi eux cent chevaliers, entre lesquels se trouvaient les douze pairs, et commanda aux autres de rester en France et de se tenir prêts à le secourir au besoin. — Puis il se mit en chemin. — Arrivé à Cologne il passa secrètement le Rhin et fit jurer aux mariniers dene le point trahir. — Il avait auprès de lui un maître habile qui le transforma en vieillard, lui rida le visage, lui courba les épaules et lui colla avec de la glu une longue barbe blanche. Charles n'avait pas vingt-cinq ans, on aurait dit qu'il en avait plus de cent. — Ainsi atourné, il entra en Saxe. P. 221-226.
Après avoir chevauché quatre grandes journées, les Français rencontrèrent un Saxon. •• «Où est l'Aubigant, lui demande l'empereur? — Sire,' il est à Vauclère avec soixante mille Turcs ; il est assiégé par le roi de Danemark et a grand besoin de soldats : si vous voulez vous joindre à lui, il vous donnera tout ce que vous demanderez. — Veux-tu nous conduire à Vauclère ? Oui, par mon Dieu Tervagant. » — Arrivés dans la ville, les Français montent au palais; le portier leur demande, pour les laisser entrer, un marc d'argent à chacun ; mais Doon , le prenant par le bras, le fait rouler en bas de l'escalier si doucement qu'il se brise le cou , et les diables emportent son âme en hurlant. — Quand l'Aubigant vit entrer tous ces chevaliers armés, il eut grand peur : « Qui êtes-vous, seigneurs ? demanda-t-ih — Nous sommes des chevaliers , répondit Doon , qui combattrons pour vous si vous nous voulez retenir ; dites-nous quelle sera notre solde. — Fixez-la vous- ' mêmes. — Eh bien ! sire, entendez nos conditions : je vous délivrerai des Danois ; mais ? après les avoir chassés, je vous ôterai votre ville, je vous obligerai
yous faire chrétien, vous et vos sujets, et j'épou-
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serai votre fille Flandrinette. Et , si vous ne voulez pas nous prendre à votre service, nous nous en irons avec les Danois, et je te ferai la guerre jusqu'à ce que je t'aie rencontré et que je t'aie tiré les boyaux du ventre. Avant de se décider, le païen demande à consulter ses conseillers. Parmi eux se trouvait un marchand oui venait souvent en France , et qui avait reconnu l'empereur malgré son déguisement : a Sire, fit-il, vous avez en votre main toute la chrétienté. Ce vieillard à barbe blanche, c'est Charlemagne ; les autres sont les douze pairs et tous les plus hauts barons de France. Ils sont venus ici pour con-
3uérir Vauclère et pour faire épouser votre fille Flanrine à Doon de Mayence, «que j'ai vu parmi eux. — Qu'allons-nous faire? s'écrie Ï'Aubigant effrayé. — Sire, retenez-les avec vous, donnez-leur là dehors une salle, et livrez-leur à boire et à manger tant qu'ils voudront; faites-les guetter par mille Saxons bien armés. Conduisez-les ensuite contre les Danois : ils les auront bientôt tous abattus et occis. Vous ramènerez alors les Français à leur hôtel avec grandes caresses, puis vous les ferez tous brûler ou noyer , et vous conquerrez leur pays si vous voulez. — Voilà un bon conseil, répondit Ï'Aubigant, nous le suivrons.» P. 226-233.
Tandis <pie Ï'Aubigant tenait conseil, les Français commençaient à s'impatienter : « Qu'attendons-nous tant? fit Thibaut d'Apremont; massacrons toujours ces mécréants et rendons-nous maîtres de leur ville 1 — Gardons-nous-en bien, répliqua Doon, ce serait trahison, et les traîtres finissent toujours mal. » Le roi des Saxons revint enfin et annonça aux Français
Su'il les recevrait à son service : « Mais qui est donc } emanda-t-il à Doon, ce guerrier à barbe blanche qui me regarde si orgueilleusement? — Sire, c'est mon conseiller, je ne tais rien sans son avis. — Certes, il vous a donné bien mauvais conseil le jour où il vous engagea à venir ici me ravir ma terre et ma fille
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Flandrine. » — Les Français sont hébergés magnifiquement. — Le roi raconte à sa femme ce qui vient de se passer, et comment il compte trahir cçs chrétiens. — La reine va trouver Flandrine: « Fille, fait-elle, voici que Doon de Mayence est arrivé avec l'empereur Charles pour te demander en mariage; c'est le plus bel homme du monde, et, si Dieu m'aide, tu seras bien heureuse. » — Joie de la pucelle, qui avait entendu parler du preux baron; elle. ne but ni ne mangea de la soirée. — La reine appela un sergent chrétien qu'elle avait amené de Flandre : « Antequin, lui dit-elle, ta maison touche au palais où les Français sont hébergés ; perce le mur et va leur annoncer que j'irai les voir ce soir même avec ma fille. — Le sergent fit ce qui lui était commandé. P. 223-
Les Français furent joyeux quand ils apprirent les intentions de la reine Hélissant ; ils le furent plus encore quand ils la virent paraître avec sa fille Flandrine. La pucelle était vêtue d'un manteau et d'une robe diaprés de fin or ; ses cheveux étaient brillants comme coupe dorée ; elle avait le visage blanc et délicat, les joues colorées , et quand elle entra sa beauté illumina toute la chambre. Hélissant alla saluer le roi et le prit par la barbe : « Beau sire, dit-elle, où avezvous trouvé cette barbe ; vous l'avez sans doute empruntée, car je ne crois pas que vous ayez le poil si tlanc. » — L'empereur tut un peu déconcerté ; mais la dame le rassura aussitôt : « Je suis venue, poursuivit-elle, pour donner ma fille au preux comte Doon de Mayence ; je désire que sur-le-champ le service soit fait et la messe chantée, et que cette nuit même Flandrinette gise entre les bras de son époux. » — Doon remercia la dame. — L'archevêque Turpin se revêtit aussitôt des armes de Dieu, chanta la messe et maria les deux jeunes ?ens. — Hélissant se retira, laissant sa fille avec Doon de Mayence. — Cette nuit même fut engendré le puissant duc Gaufrey, le père du
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preux Ogier, qui se trouvait à v Roncevaux, et de qui descendit plus tard Godefroy. le roi de Jérusalem. — Ce fut une des trois grandes gestes ; la seconde fut celle de Pépin , la troisième fut celle de Garin de Monglane. — Ce dernier se trouvait alors dans son royaume : ayant appris par un espion que Charlemagne était à Vauclère, il partit pour- le rejoindre avec son compagnon Robastre et sa fiancée Mabirette. — Son arrivée fait grand plaisir aux chevaliers français. — Garin ne reconnaît pas Charlemagne , et rit beaucoup quand on le lui a montré. « Sire, lui dit-il. j'ai conquis Monglane la forte et la cité de Beaulande, et je suis venu ici avec cette damoiselle pour que vous me la donniez en mariage. — Très bien, Garin, répond le roi; voici Doonqui vfent aussi de prendre femme ; je vais mander Galienne, ma dame, et l'épouserai encore, afin que nos trois noces soient célébrées à là fois. » Et, sans plus tarder, il écrivit à la reine de France de venir le rejoindre avec cent mille chevaliers. — Le reste de la journée se passa gaiement : les Français dînèrent copieusement, jouèrent aux échecs et aux dés, et puis s'allèrent coucher.^P. 258-245.
Charlemagne venait à peine de s'endormir quand un ange lui apparut et lui dit: oc Charles, je viens t'ordonner, de par Jésus, d'aller demain matin avec Garin et Doon, sans autres chevaliers, défier le roi des Danois, Danemont, et toute son armée. » Trois fois dans la nuit l'ange revint et répéta les mêmes paroles. — Au point au jour, l'empereur fit part de sa vision à ses deux compagnons ; « mais je crois , ajouta-t-il, que vous feriez bien de vous laisser, comme moi, changer en vieillards.» — Valebron est appelé et opère en un instant la transformation . Lorsque les Français virent les trois barons s'apprêter pour aller combattre les Danois, ils voulurent les accompagner; mais ceux-ci le leur défendirent. — Robastre insista : « Sermonnez tant que vous voudrez, dit-il
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à Garin, vous ne m'empêcherez pas d'aller montrer ma cognée aux Danois. Croyez-vous donc me tenir en cage ? — Qui est ce vassal ? demanda Charlemagne. — Sire, repartit Garin, c'est le plus fier homme qui onques fut en vie ; il est fils d'un esprit qui coucha, dit-on, avec sa mère. Il a été récemment adoubé par une gentille damoiselle qui lui a donné unexognée d'un poids énorme, et, s'il vient avec sa hache sur ces paiens, il les arrangera de telle sorte qu'ils n'auront pas envie de rire. — Que le Seigneur le confonde s'écrie l'empereur, il va terriblement nous gêner. — Allez toujours, fit Robastre, je combattrai de mon côté et. vous du vôtre. » P. 245-250.
L'Aubigant était à la fenêtre de son palais avec sa femme et sa fille, avec la belle Mabiretteetune foule de chevaliers sarrasins; il s'étonna de l'audace de ces trois chevaliers qui s'avançaient ainsi tout seuls vers l'armée ennemie : « Ces Français sont fous, dit-il ; avant peu nous les verrons en fuite ou démembrés 1 » — Le roi Danemont envoya trois de ses hommes d'armes au-devant des barons, en leur recommandant d'aller doucement pour ne pas les effrayer : « Ces Saxons, dit-il , sont si couards qu'ils s'enfuiront avant que vous les ayez joints ! — Qui êtes-vous et que voulez-vous? demandent les Danois aux Français; venez-vous nous offrir Flandrinette de la part de votre maître ? — Nous venons, réplique Doon, vous proposer la bataille, et quant à Flandrine, sachez que ce matin même elle me baisa tendrement. » — Le païen crut qu'il mentait, voyant sa barbe blanche : a Jamais, lui dit-il, si belle fille ne vous toucha ; mais, par Mahomet, prenez garde à nos fers émoulus ! » — Doon le jette mort en bas de son cheval, et Flandrine dit à Mabirette : « Voyez, dame, quel chevalier j'ai pour ami ! » — Mais Mabirette ne tarde pas à triompher à son tour, car Garin tue aussi le second baron. Letroisième tombe sous les coups de Charlemagne. — Six guerriers danois s'avancent alors contre les chré-
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tiens: trois sont sur-le-champ renversés, et Doon demande à ses compagnons de lui laisser les trois autres. — Il brise le cou au premier, et coupe l'épaule et le bras droit au second. — A cette vue, Flandrine laisse éclater sa joie ; mais son père lui donne un grand soufflet. — Doon poursuit le troisième , qui fuyait, et le transperce. — Flandrine s'oublie encore et s'écrie tout haut : « Bien preux est mon ami. — Par Mahomet I réplique PAubigant , en donnant de nouveau à sa fille un coup sur le visage, il ne sera pas votre mari, car je le pendrai aux fourches, lui et Charles, le roi de Paris. » P. 250-256.
Lorsque le roi Danemont vit ses gens ainsi malmenés, il appela Baudemont de Valdorée, et lui ordonna d'aller avec ses hommes du côté de la cité pour couper la retraite aux trois barons, tandis qu'il les attaauerait de front avec toute son armée. — Mais Bauemont rencontra Robastre, qui se rua au milieu de sa troupe, et en fit, à coups de cognée, un affreux massacre. — Cependant Cnarlemagne^ Garin et Doon abattaient tous ceux qu'ils atteignaient. « Par Mahomet 1 s'écria l'Aubigant, ces gens-là sont enragés; ils me prendront ma ville et tout mon royaume ! » — Flandrine l'entendit et leva la tête ; peu s'en fallut qu'elle ne répondît: « C'est vérité prouvée. » — Danemont s'avança alors à la tête de soixante mille combattants : « Seigneurs, dit Charles, ne conviendrait-il pas de nous en retourner ? — Parles saints du ciel ! fit Garin, que diraient Flandrine et Mabirette? — Fuyez, si vous voulez, sire roi, ajouta Robastre, nous irons en avant. — Eh bien ! allez, Robastre 1 s'écrie Charles à son tour, je vous suivrai. » — En même temps il heurte Sorel ? son coursier, tire Durandal et se précipite au milieu des Danois, fendant les heaumes et brisant les écus. P. 256-261 .
Garin, Doon et Robastre s'élancent après leur seigneur. Vous auriez vu alors le sang couler, les cervelles voler, les boyaux se vider. — Robastreavait au poing
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sa hache, dont le manche était long ; Charles tenait Durandal, Doon tenait Merveilleuse, et Garin Finecharop. — Finechamp avait été enfouie sous terre pendant le déluge ; Merlin l'avait trouvée et donnée à Arthur, oui s'en servit longtemps. — A la vue des prouesses des Français, PAubigant éprouve à la fois de la joie et de la terreur: « Certes, dit-il, ce sont de fières gens ; et, si je ne les fais bien guetter, ils méprendront ma ville; mais, dés qu'ils auront chassé les Danois, je les ferai tous pendre ou écorcher. — Vous n'en ferez rien, s'il plaît à Dieu, pensa Flandrine; mais je crois
Qu'ils ont en ce moment grand besoin. d'aide. » — Lussitôt elle appela un messager et l'envoya dire aux autres Français de s'armer vitement et de courir au secours de leurs chefs. - De son côté, PAubigant rassemble aussi ses barons et ses bourgeois afin de les mener contre les Danois. P. 261-265.
Charlemagne était au plus fort de la mêlée : Danemont vint Passaillir. — L'empereur lève Duranda! et veut en asséner à son adversaire un coup terrible, quand son épée lui échappe et va tomber dans une rivière large et profonde. — Désarmé, il se défend avec son poinc et assomme encore plus de quatre ennemis ; mais il est écrasé par le nombre ; les Danois lui lient les mains et l'emmènent dans un fort château qu'ils avaient bâti sur un rocher , en face de la ville assiégée. — Garin avait vu entraîner son seigneur; il accourut pour le défendre; mais son cheval s'abattit, et il fut à son tour entouré et fait prisonnier. — « Ah 1 douce France ! s'écrie Doon, témoin de la mésaventure des deux barons, qu'allez-vous devenir? Et que deviendra la gentille Mabire en apprenant le sort de son ami ? Elle en mourra, c'est chose sûre ! Mais, par le Seigneur qui fait pleuvoir la nue, ces païens le payeront cher 1 » Ce disant, il fond de nouveau sur les Danois. — Il ne fut pas plus heureux que ses compagnons d'armes : assailli à la fois par trente mille ennemis, il eut son haubert percé, ses
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armes brisées, son cheval tué, et dut se laisser charger de chaînes. — Flandrine le voit et tombe pâmée ; Mabirette se lamente : jamais deux femmes ne menèrent si grand deuil — Les Danois conduisirent leurs trois captifs dans une haute tour, leur mirent de bons fers, et firent garder la porte. — Si Dieu ne les se court ainsi que la Vierge honorée, ils seront pendus ou noyés. P. 265-269.
Pendant ce temps, les autres chevaliers français s'étaient revêtus de leurs armes et étaient sortis de la ville, ayant à leur tête les douze pairs et l'archevêque Turpin, qui portait l'enseigne.— La bataille recommence plus sanglante. — Robastre court de tous, côtés, cherchant Garin de Monglane, et s'ouvrant partout une largevoieàcoups de cognée. — Arrivé au milieu des Saxons, il leur demande des nouvelles de son seigneur. * — ail est fait prisonnier, lui répond-on. — Ah 1 gloutons! s'écrie-t-il, vous Pavez laissé prendre sans lui porter secours ; vous allez me le payer ! » — En parlant ainsi il se rue sur ses alliés et commence à en faire un affreux carnage. — « Par Mahomet! fait l'Aubigant , j'ai été bien fou quand j'ai mis avec moi de pareilles gens! » — Robastre vient aux douze pairs et leur demande ce que sont devenus Garin, Doon et Charlemagne. — «Je crois, répond Estout, que nous ne les reverrons plus.» — Robastre, furieux, lève sa hache, et, si Estout n'eût esquivé le coup, c'était fait de lui : son cheval fut coupé en deux. — Le redoutable ami de Garin tourna ensuite sa colère contre les Danois. — Mais le jour baissait ; Danemont rallia ses sens et les ramena lentement vers son château! — Rooastre courut à lui : a Danemont, lui dit-il, vous m'avez pris mon seigneur ; je veux partager sa captivité ; s'il est noyé, je veux être noyé ; s'il est brûlé, je veux être brûle. Emmenez-moi prisonnier, ou je vais vous trancher les flancs et les cotés. » — Le prince païen accepte : « Désarmez-le, commande-t-il à ses hommes, liez-lui les mains der-
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rière ïe dos et battez-le richement. » — Robastre jette sa cognée au loin et se laisse enchaîner sans résistance. — Charlemagne fut très affligé quand il le vit entrer à son tour dans la prison ; mais Garin le rassura : « Puisque nous avons avec nous Robastre, nous sommes sauvés. » P. 269-277.
Le lendemain, à midi, au moment où Danemont était à table avec ses barons, Doon se mit à chanter du fond de son cachot, si haut et si clair que c'était plaisir de l'entendre. -- Le roi l'envoya chercher. — « Ami , lui demande-t-il , qui es-tu , et d'où es-tu ?
— Sire , je suis de France et je m'appelle Doon de Mayence. — Sais-tu quelque métier ? — Oui, certes, j'en sais un bon : je sais boire et manger. »
— Le roi se mit à rire : « Mangeas-tu ce matin ? disle-moi franchement. — Nenni, sire, et j'en ai grand besoin. » — Le roi lui fit apporter un quartier de chevreuil, du pain et du vin. — Tandis que Doon mangeait, un Anglais, très bon lutteur, vint faire assaut avec les Danois qui étaient là et vainquit tous ses adversaires: « Sais-tu lutter ? demanda le roi à son captif. — Sire, je n'ai jamais essayé. — Eh bien ! tu vas lutter avec cet Anglais, ou tu seras pendu sur l'heure. » — Doon accepta le défi ; les assistants, le voyant si vieux d'apparence, se mirent à rire ; il tua d'un coup de poing un des rieurs et abattit l'Anglais tout pâmé. — Puis il demanda à boire. — Le roi lui fit donner un plein hanapde vin : il le vida d'un trait. « Certes, fit Danemont, si tous mes compagnons buvaient comme toi, nous n'aurions pas de vin jusqu'aux Rogations. — Sire, répondit Doon, c'est la Faute de votre cuisinier, qui m'a fait manger trop salé.» P. 277-283.
Doon continue à étonner les assistants par sa force et à les amuser par ses plaisantes réparties. — Il jette une énorme pierre beaucoup plus loin que tous ceux
3ui l'avaient essayé avant lui, et remporte la victoire ans un duel au bâton. — Après chacune de ces Doon de Maicncc &
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prouesses, il demande à boire et engloutit une énorme quantité de vin. -- Danemont est dans l'admiration, mais il n'est pas disposé pour cela à faire grâce de la vie à son captif: a Quel excellent fou, dit-il, que ce Français, et comme iTest bon pour divertir les gens 1 Cependant nous allons l'attacher à un pieu, afin qu'il serve de but à nos arbalétriers. P. 283-294.
En ce moment, un vilain entra, tenant un grand panier plein de poissons ; sur le couvercle était une forte et longue épée , tachée de vase et de sans. — « Qu'est ceci ? » demanda le roi. — Sire , répondit le vilain, c'est une épée que j'ai trouvée ce matin dans mes filets ; elle me sera très commode pour abattre du bois.»— Doon avait reconnu Durandal, et Dieu lui inspira une ruse : « Sire, dit-il au roi, je sais que je n'ai plus longtemps à vivre; mais je serais très fâche de mourir sans avoir appris à personne un beau jeu que seul au monde je connais. — Apprends-lemoi, fait Danemont. — Volontiers, sire ? mais pour cela il me faut cette épée. » — On la lui donne. — Quand le baron tint entre ses mains Durandal, il alla fermer la porte et mit la clef dans son sein. — « Que fais-tu là ? demanda le roi étonné. — Vous allez k^ savoir: car, parle Dieu omnipotent, je vous défie tous et je vais vous tuer jusqu'au dernier.» — Doon tint parole ; il massacra Danemont et ses barons, sauf quelques-uns qui se sauvèrent par les fenêtres, et se rendit à la tour où ses compagnons étaient enfermés. P. 294-297.
Débarrassés de leurs liens, les preux chevaliers parcourent le palais, y retrouvent leurs épées et des armes de toutes sortes. — Robastre seul regrettait sa cognée ; il l'aperçut d'une fenêtre, au milieu d'un pré, où une trentaine de païens la considéraient avec étonnement et s'essayaient à la soulever. — Il sortit seul de la tour, armé d'une grande perche, et revint avec sa cognée , non sans avoir tué bon nombre des mécréants. — Les quatre barons avaient le donjon en
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leuf pouvoir: Hs soupèrent et se couchèrent.— Pendant la nuit, Garin entendit on grand brait: c'étaient les Danois qui, avec des pics et des pioches, démolissaient la tour. — Il réveilla ses compagnons, qui montèrent avec lui aux créneaux, et jetèrent tant de cailloux et de pierres sur les assiégeants que ceux-ci n'osèrent
!>lus approcher de la muraille. —Le matin venu, Charemagne prit un cor qu'il avart trouvé dans un coin et en sonna de telle sorte qu'on l'entendit dans Vauclère. « C'est notre roi qui nous appelle à son secours, dit Thierry l'Ardenois ; armons-nous vitement. » — Les douze pairs et tous les autres Français se couvrent à la hâte de leurs armures; les Saxons d Au biffant s'arment également, et tous ensemble v'ont donner l'assaut au château ennemi. — Doon , Garin , Charlemagne et Robastre sortent en même temps de la tour et fondent sur les Danois, qui, attaqués à la fois des deux côtés, sont tous tues ou mis en fuite. P. 297-312.
L'Aubigant remercia les Français et feignit de les avoir en grande amitié; mais ils ne furent pas plus tôt retournés à leur hôtel qu'il donna ordre à mille Saxons de s'armer et de les assiéger. — Dame Hélissant l'apprit et alla trouver Charles et ses barons : « Seigneurs, leur dit-elle, tout est apprêté pour qu e vous soyez pris et mis à mort. Mais n'ayez pas peur; car, avec l'aide de Dieu et de la Trinité, je vous sauverai. Sitôt que les Saxons vous attaqueront, sortez de la salle par cette muraille crevée , et venez droit au palais.. Antequin et moi nous tuerons le portier et vous rendrons le palais. — Dame, répondirent -ils, nous ferons comme vous commandez. »— Mais écoutez comme une femme les trahit. — Le sergent Antequin se querella avec sa femme, au sujet d'un petit chien, et là battit. — Elle s'en vengea en allant révéler à l'Aubigant tout ce qu'elle savait. — Le païen, fort en colère, fit jeter dans une tour sa femme et sa fille, ainsi que le sergent, et ordonna de murer
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le pertuis. — Les chrétiens, ignorant qu'ils étaient tranis , menaient grande joie ; en attendant qu'on vînt les attaquer, ils buvaient de bon vin, mangeaient des poussins frits au lard, chantaient et jouaient. P. 312-317.
L'Aubigant les fait sommer de se rendre, et, sur leur refus, il ordonne l'assaut. — Les Saxons avaient beaucoup d'arbalètes et de frondes, de sorte qu'ils eurent bientôt tué ou blessé un grand nombre de chrétiens. — Là périt Gisart de Saint-Omer, AlHaume de Berry et le vassal Aymer. — Mais ils se défendaient vigoureusement. — Robastre surtout fit de grandes prouesses. P. 3 16-32 1 .
Cependant la reine Hélissant était avec sa fille dans une haute tour qui avait été bâtie du temps du roi Arthur ; au-dessous de la prison des deux dames était le cachot d'Antequin ; au-dessus, sur les créneaux, étaient cent Sarrasins chargés de garder les prisonniers. — Hélissant fit un trou dans le plancher et aida au moyen d'une nappe son fidèle sergent à se hisser jusqu'à elle. — Antequin ? avec son couteau, ouvrit la
{)orte de la chambre; mais il rencontra dans le corridor e portier qui d'un coup de massue retendit sur le carreau. — Hélissant essaya de fléchir le terrible geôlier en lui offrant cent marcs d'argent fin : ce Dame , répond-il, vous pouvez être tranquille ; s'il ne tient qu'à moi, vous serez brûlée avant ce soir. » — Anteauin n'était pas mort ; il revint de sa pâmoison, se précipita sur le portier, et l'enferma à son tour dans un cachot. — Puis il verrouilla solidement l'huis qui menait à l'étage au-dessus, afin que les cent Sarrasins ui étaient sur les créneaux ne pussent pas descendre. 317-326.
Les dames et leur serviteur étaient maîtres du palais. Antequin lance aux Français, à l'aide d'une flèche, une lettre écrite sur parchemin, dans laquelle il leur fait connaître la situation de la reine et les engage à percer la muraille. — En même temps ,
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Flandrine parait à la fenêtre , aperçoit Doon et lui fait un sourire. — Les chrétiens aussitôt se mettent â l'œuvre, et Robastre ouvre dans la muraille un large trou ; mais l'Aubigant avait embusqué derrière cent Saxons armés, de sorte que le premier Français qui passa fut occis et démembré : c'était un chevalier du lignage d' H ardre. — Heureusement le mur tout entier ne tarde pas à s'écrouler; les Français gagnent le palais, dont Antequin leur ouvre les portes, et Doon est réuni à Flandrine, sa mie, qui le baise quatre fois. P. 726-33}.
Le palais était fort et entouré d'une eau courante où les assiégés pouvaient pêcher; ils avaient d'ailleurs du pain, du vin et du fromage en quantité. — Quand ils eurent soupe, ils songèrent aux cent Sarrasins qui gardaient les créneaux, et Robastre monta avec quelques autres chevaliers pour les massacrer. — Les malheureux n'avaient point d'armes : ils furent bientôt taillés en pièces. — L'Aubigant tenait toujours la ville avec ses Sarrasins. — Mais un messager sut passer à travers tous ces mécréants, et vint annoncer à Charlemagne que la reine Galienne s'approchait avec cent mille Français. — Bientôt, en effet, elle arriva et fit tendre ses pavillons autour de la cité. — Elle laissa reposer ses gens pendant huit jours; puis, un lundi matin, elle fit dresser ses engins et jouer ses mangonneaux. — Les fossés sont remplis ; cent toises de la muraille sont abattues, et les Français, sergents ribauts et chevaliers, entrent dans la ville. — Robastre sort du palais et tue l'Aubigant : « Restez couché, lui dit-il quand il l'eut étendu par terre ; vous vous levâtes matin et avez besoin de reposer. » — Quand Charlemagne voit que l'armée amenée par la reine a abattu la clôture de la cité , ji vient dans la mêlée avec Garin et Doon. — Toute la gent sarrasine est livrée à la mort. — Ceux qui ne sont pas tués sont forcés de croire en Dieu. — Antequin est fait chevalier, et sa femme est brûlée. P. 333-341.
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Le lendemain matin, Garin épousa Mabirette, et Turpin, l'archevêque, leur chanta la messe. — Quand Garin et Mabirette furent sous le poêle, l'empereur y amena Galienne, Doon y amena Flandrine, et tous six reçurent en même temps la bénédiction. — Lés noces durèrent huit jours, puis on se sépara. — Garin retourna à Monglane, où Mabire accoucha d'Ernaut, qui engendra Aymeri de Narbonne. — Doon resta en Saxe , où il continua [à guerroyer contre les païens. — Sa femme lui donna douze enfants en six ans. P. 341-342.
Quand Gaufrey, l'aîné de ces enfants, eut quatorze ans ; il maltraita ses frères et les tyrannisa. — Doon l'apprit et les manda près de lui tous les douze. « Gaufrey, dit-il, tu bats tes frères et les méprises, et tu te regardes comme leur seigneur parce que tu es plus âgé qu'eux; mais tu n'auras rien de ma terre qui vaine un dénie*, ni toi ni aucun de vous tous ; si vous voulez des domaines, vous ferez comme votre père, vous les irez gagner sur les Sarrasins. Je vais vous envoyer à Charlemagne pour qu'il vous adoube et vous distribue les terres des païens.» — Les douze enfants partirent, vêtus et équipés de même, tous beaux et se ressemblant l^s uns aux autres de corps et de visage. — « Quels Sont ces enfants ? s'écrie Charles quand il les vit venir; ne sont-ce pas des anges du ciel?» — Les enfants descendent de cheval, et vont se mettre à genoux devant ie roi : « Sire , dit Gaufrey , notre père Doon nous a envoyés à vous pour que vous nous adoubiez et nous donniez des terres, car il a juré que nous n'aurions pas du sien un denier monnayé. — Vous aurez de ma terre chacun une comté, répond le roi. — Sire, répond Gaufrey, nous ne vouions de terres que celles que nous conquerrons sur les païens. — Eh oien! je vous donne le Danemark, soixante mille marcs d'argent et dix mille chevaliers.» — Gaufrey rougit de fierté : « Sire, fait-il , vous nous prisez bien peu de nous faire si petit don. Il
Sommaire.
faut un royaume à chacun de nous. Donnez-nous la Saxe, où il y a trois royaumes, et le Danemark, et la terre de Russie, et la Lorraine, et la terre de Hongrie, et tout le pays jusqu'à la Romanie.» — Le roi ne peut se tenir de rire, mais il lui octroie ce qu'il lui demande. — Dix ans après, si l'histoire ne ment, les enfants de Doon avaient conquis trois royaumes. P. 342-34$.
I ES, segneors, pour Dieu, qui sus tous a
puissanche !
| Que Damedieu vous doinst léeiche , vie,
estanche!
' Bien sceivent H ptasor , n'en sui pas en doutanche, .^ Qu'il n'eut que .m. gestes u réaume de Franche : Si fu la preroerame de Pépin et de l'ange , ., !, X 'autre après, de Garin de Mcwglane Ta franche, *Et la tierche si fade Doon de Maience, .1. chevalier vaillant et de grant sapienle.
Chil nouvel jougtéor, par leur outrecuidanchè Et pour leur nouviaus dis, Pont mis en oublianche; Mes ja orrés comment cheste carfchon comihendie Selonc la vreie ystoire , que trôuvôn à pleisanche. Du preus conte Doon commenche chi Penfanche : Dieu nous doinst avanchier jusqu'à la definanche. Sachiez que chen n'est pas nouvelle coMrouvanche : Au temps le roy Pépin , qui tant out honnoàranche , Nasqui le gentis hôns dont jen fes remembranche. Li sage clerc du temps, par leur grant sapience, Doon de Maience. j
2 DOON DE MAIENCE. 19— p
Le mistrent en escript et en grant audience, Pour exemple donner à la gent non sachance, Que chascun préist cuer et bien ferme créance , Hardement et fierté, courtoisie, vaillance, Contre cheus qui vers Dieu sont en désespérance.
Cheste canchon n'est pas orendroit controuyée , Que che est de Doon.à la fiere pensée ,.
Dont la geste sailli et la gent honnourée , Qui out de Sarrazims la terre délivrée Et la loy Jhesu Crist créue et alevée , A ïaience la grant, une chité loée, D*nn gentil conte preus et de grant renommée. Quems Gui iert apelé, moult out ferme pensée. Quatre vins ans et plus ot il sa vie usée , Que onques famé n'ot ne.moullierespousée; D'armez se penoit moult, là estoit sa pensée, Et à .cachier en bois chascun jour à journée. Onques en son vivant n'ot fils ne fille née ; Pour chen ot sez barons à sa grant court mandée , Et prist famé à leur los la plus très bêle née Que on péust trouver en nisune contrée.
Aval desus le Rim , près de la mer salée , Out li quems .1. castel et terre grant et lée; Montblois iert apelé , fort tour iert et quarrée. Là a li quems sa famé neuchie et espousée.
.VII, anstrestous entiers Ta ileuc sejournée, , Sien out .111. biausfis par bone destfnée; Mez, se Dex ne sequeurt et la virge henourée, Li enfant et la mère aront courte durée.
Tel merveille ne fu oïe n'escoutée, En flabe n'en canchon ne dite ne cantée , Corn vous orrésenqui , s'il vous plest et agrée. ' Li quems ala cachier en la forest ramée ,
fl— 84 DOON DE MaIENCE'.
Qui plus avoit de lé d'une grande journée ; Par tel éur y va et par tel destinée , Que jamez ne sera véu en sa contrée , Et sa famé sera moult bien emprisonnée , Et la grant mer tantost des enfans estrienée. Vous orrés bien comment à poy de demourée.
Or escoutés, pour Dieu , le roy de majesté !
Ja orrez tel merveille et si très grant pité , Moult ara le cuer fier et plain de grant durté Qui ja ne plourera à brief terme nommé.
Li quemz et si baron furent cachier aie :
Un cherf a acueilli , si chien sont descouplé. Tant le cacha li quems que tuit furent lassé Et si chien li plusor recréu et maté ; Et il a tel cheval qui tout a trespassé , Si que si compengnun l'ont du tout adiré.
Par la forest parfonde, qui moult avoit de lé, S'en va le cherf fuiant, tant que il a trouvé L'ostel .1. saint hermite, qui moult i ot esté. Le cherf entre en la court pour estre à sauveté; Quant li hermite Tôt, chele part est aie, Vit le cherf en sa court las et tous tressué, Et voit le conte après , qui l'avoit amené, .1. grant dart en sa main ; si li a escrié :
a Tue , vilain , ochi ! qu'as tu tant demouré ? — Sire , fet il , merchi , pour Dieu de majesté ! « Quant Damedieu du chiel là .devant m'a guié, « Lessiez lei pour s'amour et pour sa déité. » Quant le quens l'entendi , le sens a tout mué, . Cuida ferir le cherf par sa trez grant fierté, Si feri le saint homme u senestre costé, Quer il li a le cuer ens u ventre crevé, Tout estendu Ta jus à la terre versé :
Es vous venir lez angres , qui l'ame en ont porté.
Quant li quens out chen fet , s'a du cuer souspiré
Et des iex de son chief moult tendrement plouré ;
Du cheval deschendi , que plus n'a demouré.
Quant treuve cheli mort, moult par li a grevé;
Il jure Damedieu, s'en a .1. veu voué,
Quant le serf Jhesu Crist a à la mort livré,
Que en son lieu sera tous jours mes son aé ,
Damedieu servira, que trop a me serré.
Lors a il le saint homme en terre suffossé ,
Le frein oste au cheval et si Ta desselé ,
Fors le penel qu'il a dessus le dos posé.
Et li chien ont le cherf à la terre versé,
Si s'en sont saolé tout à leur volenté ;
Puis s'en sont li plusor ariere retourné ,
Et le cheval s'en va parmi le bois ramé.
Le quens se heberga, si a son arc posé
Et séeitestrenchans, dont il avoit plenté, Sa hache, son coutel et son branc acheré.
Par dedens l'abitacle a il tout esconsé ; Grant mestier li aura dedens .1. an passé; Ainsi corn vous orrez , se nous avon santé.
Ichil quens, dont vous di que Dex a espiré, Fu le père Doon , le vassal aduré De Maience la grant, la nobile chité.
Or diron de sez gens, comment il ont ouvré :
Tant ont parmi le bois et cherquié et aie Que la nuit les sousprent; si s'en sont retourné. L'endemain se sont chil du pais assemblé , Si cherquierentje bois et de lonc et de lé Et quierent leur segneur, dont moult sont esgaré ; Mez Damedieu ne veut que il l'aient trouvé.
Or vous diroy ja chi dont jen vous ay parlé, De la trez grant douleur et de la crualté,
Que on fistdes enfans dont je vous ay parlé, Et de leur mère aussi, qui ot si grant biauté Que plus bêle n'avoit en la crestienté.
.1. senescal i ot de moult grant poosté , Qui moult fu riches hons et de grant parenté ; Herchembaut ot à nom, moult out de cruauté, Plain fu de traïson et de félon pensé.
Tel chose fera ja par sa desloiaufé, Dont mourront en.i. jour quatre chens adoubé.
Herchembaut le traître , quant de voir scéu a Que le quens Gui, ses sires, noient ne revendra , De la joie qu'il ot moult par s'esléeicha.
En la chambre à la dame maintenant s'en ala.
Quant la dame le voit, encontre se leva, Comme chele qui sens et grant courtoisie a , Et bonté et valour, tant que toutez passa , Fors la Dame du chiel, qui Jhesu Crist porta. •I. de ses fis, Painsné, devant lui se joua, Doolin ot à nom, moult bel enfant i a.
La dame leva sus, qui tendrement ploura Pour le conte Guion, que ainsi perdu a ; Jamez joie à son cuer ne léeiche n'aura.
Quant vit le senescal, par la main le combra ; Ne le peut saluer, si grant douleur mena ; Dejouste li s*asist, et il l'aresonna :
« Dame , ne plourés mes , nul recouvrier n'i a. « Me sirez est noie, chen savon nous piecha, « En une eve courant, où ses chevaus entra. » Quant la dame Tentent, à terre se pasma , Et Herchembaut ['le fel en ses bras] l'en leva. « Dame , fet Herchembaut, ne vous esmâiés ja, <x Que tel ségneur arez qui miex assés Vaudra: »
6 DOON DE MAIENCE. iji— 184
« Dame, fet Herchembaut, entendez ma reson : . « Se mesirez est mort, nel prise. 1. bouton, « Que trop estoit yeillart et de pute fachon. « Jen sui le plus haus bons de cheste région « Et qui plus ay amis et avoir à foison, « Vousm'arés à segneuret à boen compengnun. » Et la dame respont, qui ot douche reson :
« Sire, nen aiez ja si foie entencion, « Quer jen pramet à Dieu et son saintisme non, « Se me sires est mort , qui moult estoit preudom, « Ne voeil pas mez enfans meitre à destruction, « Leur terrez, ne leur fiez, ne leur possession. » Et respont Herchembaut, qui le cuert ot félon : « Si ferés, par mon chief, ou vous voeilliés ou non. » Lors la gieteen.i. lit sus.l. point auqueton , Si la cuide beisier à forche et à bandon ; Et ele lesse aler le poing de tel randon , Devant, parmi le nés, li donne tel frapon Que il en out senglant le vis et le menton.
Quant le fel sent le coup , si fronchi le grenon Et roïlle des iex à guise de gaignon.
As cheveus la sesist par grant aïreson, Qui plus furent luisant de fin or à mangon , é&u .
Traînant la mena par toute la meson.
Tant li bâti le corps du pong et du talon Que la char li nerchi en guise d'un carbon ; Et la dame s'escrie, qui ot grant marison, La mère Jhesu Crist reclama à haut ton.
Chele part sont venu si petit enfanchon , Trois li plus bel enfant de nulle région.
.VII. ans otli ainsné, si ot à nom Doon, Doolin de Maience, ainsi Papeloit on.
Chil portoit en sa main .1. arcet.l. boujon.
Quant il voit si sa mère mener à desreison ,
i8j— ai7 DOON DE MAIENCE. *7
Chele part vint courant le grandisme troton, Et fiert si Herchembaut sus le chief, de l'archon, Que le sanc en raia aval jusqu'au talon.
Quant li glout voit l'enfant, qui si Ta entesté, Grant merveille a eu, si Ta moult regardé ; Damedieu a juré, le roy de majesté, Que chen sera moult chier maintenant comperé. L'enfant prent à.u. mains, contremont Pa levé, A terre l'a féru si qu'à poy n'est crevé.
* Li enfes se pasma, si mal l'a atourné.
Et quant il resperi, si a son arc combré, Herchembaut requeurt sus par ire et par fierté ; Se il ne reculast, ja le réust frapé.
Quant l'enfez ne peut plus, si li a escrié :
« Fix à putain mauvez, fel traître prouvé 1 « Mar batistes ma mère, qui nourri m'a souef. « Se je vif longuement, il n'iert pas oublié : « La teste en perdrez à mon branc acheré. »
Et respont Herchembaut : « Bien semble vérité « Que moult par as le cuer fier et desmesuré. « Onquez mes tel ne vi, qui fust de ton aé ; « Mez tu vivras petit, se j'en ay poosté. »
L'arc li toit de la main, en veie l'a rué; Puis li [*a] de sa paume.l. si grant coup donné Que li enfez quéy u pavement ouvré.
Les autrez .H. enfans, qui furent esplouré, Ra combré par les bras en guise de desvé, Sous son bras lez a mis moult estroit et serré; Puis vint à Doolin, qui Dex avoit donné Seur tous autrez enfans et valour et bonté, ^ u A son col le geta comme un agniau tonsé.
De la chambre sailli, si a Puis bien fermé ; Les .m. enfans emporte, qu'à son col out troussé,
8 DOON DÉ MaIENGE. sï8— asi
Et la dame remaint, qui grant duel a mené.
Damedieu réclama, le roy de majesté,
Et la Dame du chiel que, par sa grant pité,
Sez enfans li ramaint en vie et en santé.
De la douleur qu'ele a et de la pitéé
Quéy en pasmesons; granment i a esté
Que ele ne cria, ne mot n'i a sonné.
Ne laiens n'ot nuli, que tuit furent aie
Véir.i. venéor, u grant paies listé,
Qui venoit du grant bois, où moult avoit esté
Pourquerre leur seigneur, dont moult sont adou lé.
Et HerchembSïït s'en va coiement, à chelé,
Deriere en .1. vergier, sous .1. arbre ramé,
Hors des murs du castel et de la fermeté.
Le mestre as .m. enfans en a o luy mené,
Qui les enfans gardoit, s'ot chascun doctrine.
En tiois li a dit, dont il savoit planté,
Si que li enfanchon ne Pont pas entervé :
« Salemon, biaus amis, tous jours t'ai moult amé
« Et maint biau riche don t'a on parmoy donné,
« Quer tu es mes cousins et de mon parenté ;
ce Ne me dois pas faillir pour nulle poosté.
a Se tu veus bien ouvrer selonc ma volenté,
ce Chevalier te feroy dedens . I. an passé,
« Et le meilleur castel de cheste contée
« Te donroy maintenant, ja n'i sera faussé.
— Sire, chil li respont, ja n'i sera véé
a Que ne fâche du tout vo bon et vostregré.
— Chen me jureras tu sus ta crestienté ?» "' Salemon li a lors et plevi et juré,
Et chil li erçsement dessus sa loiauté Détenir le couvent qu'il H a gréante.
Mes ja, se Dex m'éit, ne l'en tendra verte/ Ainsi corn vous orrés; ja n'iert plus demouré.
.ftfa-i&l DOON DE MAIENCK. 9
ce Salemon , fet le glout, sceis ta que tn feras ? a Se courent ne me tiens, tu te parjureras, a Et se .tu ne le fes, de maie mort mourras:
« Bien le saches de voir, ja mar en douteras. « Ches enfans, que chi tien, à forche mertodras ; « Quant les m'aras tolus, moult me leidengeras « Devant eus, en franefaeis, et tout me honniras. « Je m'en iroy arrière, tu lez losengeras, « Aval jouste la mer avec toy lez merras ; « Quant [Hu] seras [*tout] seul , qu'autre gent ne verras, « Dedens.i. dez batiaus avec toy les métras.
« Quant erez en parfont, si com tu nageras , « A bonnes cordes. fortez, qu'avec toy porteras, « A grans pierres pesans chascune noueras ; a A chascun des enfans une col en pendras, « Puis les giete en la mer et si les noieras. « Puis revien droit à moy, ja mar te douteras, « Que nous trouveron bien com tu t'escondiras. « Quanque tu m'orras dire, en voir tesmongneras. a La dameardron nous, à tes iex le verras, « Et j'en tendroy l'onneur, mes senescaus seras ; « Qui te fera ennui, à moi te clameras , « Et jen t'en feroy tant que boen gré m'en saras. »
Quant Salemon l'entend, si Fen queurt merchier : « Sire, vostre piesir feroy sans arester; « Mez ma dame gardez, que n'en puist escaper, « Se.jamès vous voulez en moy de rien fier. » Herchembaut li respont : « Ja n'en couvient parler. « Devant tous la feroy dedens un feu geter.
« Sus li metroy.tel chose, se g*i puis assener, « Que elé n'a ami qui ja fen puist sauver , ce Que par fin jugement ne la fâche embraser, a. Quer quanque j'en diroy, pourroy si bien prouver
lt 10 boON DE MAIENCE. 285— )i8
« Qu'ele ne sara ja encontre chen parler.
« Mez esploite tantost , qoe tu n'as qu'arester. » Lors commencha francheis Salemon à parler :
a Sire, ches .111. enfans où voulez vous porter ? ce Me sirez les mes a quémandés à garder.
« Se vous ne les lessiés, se Dex me puist sauver, « Je lez vous feroy ja chierement comperer. » Lors se traist envers li , corn sel vousist grever, Et Herchembaut le voit , si prist à reculer.
.Si comme il lez cuida à la terre poser, Et Doolin le queurt par les cheveus tirer, Qu'en son mestre a fianche , que il vit embraser Et envers Herchembaut commouvoir et troubler. L'enfes à son poveir vousist le fel grever, Au plus tost que il peut, le prent à detirer; Salemon escria :«E! mestre , or du tuer !
« Que jen le te tendroy, se Dex me veut sauver. » Herchembaut le mist jus , si commenche à jurer ; Ains si bel ne se peut de Penfant escaper Ne ses petites mains des cheveus desmeller, Qu'ambedeus plains ses poins ne l'en véist porter. Salemon fet semblant le fel voeille grever, Et Herchembaut s'en fuit ; si commenche à crier : « Salemon , de chestui te couvient à garder, « Quer onques mes n'oï de tel enfant parler.
« Se il vit longuement , bien te di sans fauser , « Que ja rien ne pourra encontre li durer. d Lors s'en tourne li glous , si commenche à penser En quel guise il pourra la dame vergonder Et hors de l'eritage à grant honte geter.
Et Salemon courut les enfans acoler :
a Mi segneur, mal ait ore tjui si vous fet piourer, a Alon nous vers la mer un petit déporter, a Si vous voy raargouchiez, que je vous voeil laver.
îJt*"^$» DOON DE MAIENCE. ,11
a De si biaus cailloulez vous i cuit ja donner, « Que vous amerez moult enquenuit à jouer. »
Lors a pris le meneur, sel commenche à porter Tout bêlement le pas contreval vers la mer; Et les .il. vont à pié , que Dex puisse guier, Que près sont de la mort, si corn orrés canter, Se Jhesu Crist nés veult garantir et tenser.
Ja estoit à chele eure que gent furent disner : Salemon ne vit homme dont li caille à douter. Trois pierrez moult très grans queurt erraument combrer, En .1. petit batel les commenche à ruer, Puis i fet les enfans ensemble o lui entrer; De la terre s'empeint, si prent à gouverner Tant que il fu bien loins u palagre de mer.
Et Doolin li prent tantost à demander :
« Mestre , où alon nous ? Vous povés trop aler, ce Bien me semble reson or mes du retourner.
— Chertez, enfans, dist il, d'el vous couvient parler. « Je vous noieroi ja, se g'i puis assener ; « James ne vous verres arrière retourner.
« Ichi vous couvendra du siècle dessevrer, « Quer il n'a rien u mont qui vous en puist sauver. « Herchembaut, mes cousins, si le m'a fait jurer, a Et jen j'en tendroy voir, ne m'en quier parjurer. » Les enfans l'ont oy , si prennent à plourer Et, ainsi comme il sceivent, Jhesu Crist reclamer.
Quant chil les voit plourer, moult fort les escria. Au mainsné courut sus , de son pié le bouta Si tost que au batel la teste li hurta.
Les iex li sunt saillis, le chervel en vola ; Mort quéi tout envers, onques ne souspira, Et li angre du chiel l'esperit emporta Comme 4'ud innocent, qui aine mal ne pensa..
12 DOON DE MAIENCE. H»— 3*4
Doolin fa véu , de douleur se pasma ,
Et quant fu relevé, à grant vois s'escria :
« Mestre, que as tu fet , pour Dieu qui nous créa ?
« Pour quoy nous ochis tu ? Chen qui te quémanda ? .
a Las 1 mon frère voy mort : chis chetis que fera ,
« Que jamès en son cuer léeiche nen aura?
« Mestre , que diras tu , quant on demandera
a Chil petit enfanchon, que on te quémanda?
« Tu n'en pues escaper, quant ma dame l'orra,
« Que ne soiez pendu ou on t'estranglera. »
Quant le traître Pot, moult par s'en aïra;
De l'aviron , qu'il tint, si vilment le bouta,
Que trestout l'estendi, devant li le geta.
Et Doelin tantost en estant se drecha ,
Si se met à genous , moult par s'umilia
Et li crie merchi, et tout adez ploura
Si fort que tout le corps contreval li moilla.
Son maien frère aussi , jointez mains , li pria :
Moult par ot chil dur cuer, quant il pitié n'en a.
« Mestre, dist Doolin, pour quoy nous ochis chi , « Nous qui ne l'avons pas envers toy desservi ? « Pour iohu saint Segneur, qui onquez ne menti , « Qui souffri que Judas, comme fel, levendi « Et qui en sainte crois pour pechéors pendi , « Quant Longis u costé du gleve le fendi , « Aies de tes segneurs et pitié et merchi !
« Ja nous engendra chil qui souef t'a nourri « Et tant t'a henouré sus autrez et chieri , « Qui à toy nous bailla à mestre et à ami.
« Riche homme ten a fet et de tous biens garni , « Et , se tu nous ochis , -moult li as mal meri. « Devant la fâche Dieu te sera reverti « Que auras ton seigneur et ses enfans trahi.
3*f— 4*7 DOON DE MAIENCE. 1,3
— A foy ! fct Salemon, n'en irez pas ainsi.
« Chen ne vous puet aidier vaillant .1. oef pourri :
« Mourir vous escouvient, vous serés ja honni. »
Lors courut à l'enfant que il avoit murdri ,
Une pierre pesant à son col li pendi,
Onques nel despoulla , n'onques nel desvesti,
U parfont de la mer le geta tout ainsi.
Puis revient au maien, as cheveus le saisi,
Si fort le trait à li que à ses pies quéy ,
Si que à pour .1. poy le col ne li rompi.
« A vois ! s'est escrié, or chà, mi ennemi,
« Ja le sieurrés tout vif andoy, par saint Rémi ! »
Li ainsné Ta véu, si forment s'esbahi ,
De la paour qu'il ot tout le cuer H frémi.
DOOLIN voit son frère , qui Girart avoit non , Qu'ochis ot le traître à guise de félon.
Doolin devant li se geta à bandon , Joiotez mains, à genous, s'escria à haut ton : a Sire, pour chu Segneur qui Longis fist pardon « Et suscita de mort le corps saint Lazarun, « Pour quoy nous ochis tu à si grant desreison ? « Mon père , le born quens , qu'en apeloit Guion, « A Maience la grant, en son mestre donjon, « T'a nourri si souef dès petit enfanchon.
« Moult a or fet en toy mauvese nourrichon, « Quant tu chi nous ochis en mortel traïson.
« Grant pechié as de nous, ja n'en aras pardon. — Lechierre, fet le glout, trop avez de sarmon. « Si vous ay jen apris cheste bonne lechon ; '
« Mez ja ne vous vaudra la monte d'un bouton, « Que ja ne vous men juchent en la mer li poisson. » Lors a son frère mis sus le pis le talon , Si li pendi au col .1. grandisme perron.
14 Doon de Maienge. 418— 450
Et H enfez se tut, ne dist ne ne non ; De La très grant paour fu en si grant frichon , Que tout en a perdu le cuer et le crépon.
Le traître sesist, si lia chel enfant D'une corde moult fort à .1. perron moult grant; Et li enfez se tut, si nen fist ['nul] semblant , Mes de la grant paour ala moult trestremblant ; Et li fel desloial si la [corde] li tent Que par .1. petitet la gorge ne li fent.
Doolin, li ainsnez, quant il vit chel tourment De son frère germain, qu'il maine si vilment, Moult par en ot le cuer courouchié et dolent. Devant le traïtour fu l'enfez en estant , ;
Si li cria merchi et ploura tendrement.
VII. ans ot et nient plus, moult i ot bel enfant; De son temps ne vit on onques mes si trez grant, Si sage, ne si preus, ne si aperchevant, Ne tant bel afeitié , ne si sage parlant, a Mestre, fet il, merchi! trop feitez malement, a Quant pvous] nous ochiés ainsi vilainement; « Moult en serés blasmé , par le mien ensient. — Lechierre, fet le glout , par Dieu omnipotent! « A mourir vous cou vient sans nul delaiement; « Mez chist mourra premier devant vous maintenant. » ' Lors geta le perron en la mer à itant; Après , cuida tuer ichu maien enfant.
A .11. mains le seisi moult fel enessement, Mes Doolin Paert, à l'une main le prent; Le coutel voit cheli , qui à son chaint li pent, Si le sacha à li moult viguereusement, Tout ainsi comme Dieu li donna hardement , Qui aime sez amis et conseille sa gent.
Li enfez le fiert si , parmi le pis devant ,
4(i—48l. DOON DE MAIENCE. 15
Du coutel afilé , esmoulu et trenchant,
Que le cuer li fendi ; et chil va canchelant,
Et Doolin resaut ariere isnelement.
Si comme il se cuida lever en son estant
Et aler vers l'enfant pour prendre vengement ,
Le cuer li défailli, et il va trébuchant
Tant qu'il quiet en la mer, où la mort le sousprent.
Et Doolin 'trencha la corde maintenant,
Qui tenoit au perron et au col à l'enfant :
Li enfez resperi , qui douleur avoit grant.
Or lez conduie Dieu par son disne commant,
Qui les puisse sauver et mener à garant,
Que pardevant le vent vont par la mer flotant.
Salemon est noiez à sa maléurée.
Li déable d'enfer en ont l'ame portée En enfer le puant, où ele est embrasée, Dont jamez nen istra : si sera comperée La mortel traïson que il a démenée.
Et li enfant s'en vont parmi la mer salée, Ainsi corn Dex le vout, qu'il li plest et agrée. Tant a le vent bruiant sa navie menée , Que leur castel ne virent ne nulle autre contrée. La royne des chiex ont souvent reclamée.
Là errèrent le jour jusquez à Pavesprée :
Li oscurs et la nuit sont le jour meslée.
Il n'i orent laiens feu ne busche alumée, Ne virent , haut ne bas , nulle rien qui soit née. Or lez sequeure Dieu et la virge henourée 1
D'eus vous leiroy ichi , que trop ay oubliée Leur mère, qui estoit en sa chambre enserrée. Herchembaut , le félon , à la maie pensée , A grans barrez de fust ot fermée l'entrée ;
l6 DOON DE MAIENCE. 4 8j~Ji6
A quarante serjans Ta toute nuit gardée ,
Que ele ne s'en isse et qu'el n'en fustgetée.
Puis en a apelé Robaut de Galatrée
Et son frère Ernoulin, qui mainte ame a. tuée.
« Segneurs , fet Herchembaut, une choze segrée
« Vous voeil chi descouvrir et vbejl qu'el toit chelée.
a Me sires est perdu en la forest ramée ;
a Mort est, je le soy bien , n'i a mes recouvrée.
a Et de ses M\ . enfans rest or la vie alée ,
« Tuit sont mort et npié, en vérité prouvée,
« Or tendroi le païs et toute la contrée :
a A Maience s'en va ma mesnje privée ...
et Pour sesir le paies et la grant tour quarrée.
ce Et ma dame est laiens , où l'ai emprisonnée.
« Jamez joie n'arqy si sera tourmentée,,
« Dedens un feu ardant toute nue getée.
« Mez il nous couvendra qu'ele soit açusée
« D'aucune traïson et devant tous prouvée;
« Et je l'ei moult très grant en mon citer pourpensée ,
a Si que, pour rien qui soit, ne peut estre escapée
» Qu'el ne soit maintenant as chevaus traînée
« Et arse en .1. feu et la poudre ventée.
« Mez ja sans vous nen iert ceste chose brassée,
« Que moult estez sachans de fere tel porée.
a Chascun de vous ara une cape dorée,
a Qui sera d'estellins jusques en [bas] fourrée.
« Jen vi ore .1. paumier à la porte ferrée,
ec Qui de Jérusalem ot Tesçreipe apportée.
« Menez lei u gardin coiement , à chelée,
« Et gardés que la gorge li soit tantost coupée ;
« Puis l'ensevelissiés dessous chele ramée
« Et gardez bien que l'erbe soit après sus plantée,
« Que on ne puist véir qu'ele soit remuée;
« Et sa robe getez en la chambre privée,
J17-J49 DOON DE MAIENCE. 17
<t Que jamez jour ne soit véue ne trouvée.
« Puis soiez tout à pès, qu'à poy de demourée
« Verres si grant douleur et si trez grant meslée,
« Que la terre environ en sera effréée.
« Et mez frères a chi moult de gent amenée :
« Quatre chens sont et plus de bonne gent armée,
« Qui sunt ja en la tour qui est haut quernelée.
« Aies, et vistement ; n'i ait ja arrestée. »
Et chil li respondirent : « Tout si corn vous agrée. »
Ll traïtour s'en sont droit à la porte aie, Où il ont le paumier tout maintenant trouve.
« Paumier, fet li .1. d'eus, qu'avez vous tant musé , « Et que demandés vous ? Ne nous soit point chelé. — Sire, fet le paumier, du pain, par carité t « Que Damedieu vous doinst joie et vie et santé. » Et chil li respondi : « S'en ares à planté.
« Venez ent après moi, que, par ma loiauté , « Ja vous en liverrai tant, se j'en ay poosté, « Que jamez vostre corps nen ara poverté. »
Quant le paumier l'oy, moult l'en a merchié, Et dist que de Jhesu li soit guerredonné.
Chertez, se il le dist, il leur dist vérité, Que puis en pendi il à .1. arbre ramé, Ainsi corn vous orrés ains qu'il soit avespré. Le paumier le sievi, le front en haut levé, Et le frère cheli en a .1. ris geté.
Ensemble trestous .111. sont u gardm entré; Le déesrain a Puis moult richement fermé.
Les murs furent entour grant et haut et levé ; Ja n'i seront véus d'omme de mère né.
Robaus a le paumier tantost aresonné :
« Paumier, chen dist Robaus, là hors m'a on conté « Que vous avez sus vous maint denier monnaé. Doon de M aime t. a
l8 DOON DE MA1ENCE. jjo— (8a
ce Vous lez nous lèsserés , par Dieu de majesté I « Ou ja vous percheron le ventre et le costé, « Si que le cuer ares dedens le corps crevé. » Quant le paumier l'oy, moult par Ta effréé ; Tout entour regarda par le vergier planté.
Quant [*ne pot voir nully], s'a de paour tremblé, Damedieu le puissant a souvent reclamé.
Quant le paumier oïque chil le menacha, Damedieu en son cuer souvent en reclama, ce Segneurs, fet il, merchi , pour Dieu qui tout créa, « Et pour ichele Dame qui le sien corps porta ! a Que, par le saint sepucre que ma bouche besa, « Je n'ei or ne argent, ne n'u .XV. jours a.
— A foy! chen dist Robaus, ja chen ne vous vaudra ce Que vous ne muiriés chi, gairez ne targera. » Au caperon Ta pris, vers terre l'embroncha :
Ou il vousist ou non, trestout l'agenoulU; Et Ernoul saut avant , qui.l. coutel sacha , Si l'en cuide ferir, mez il leur escapa.
Il fu moult grant et lonc , moult biau preudomme i a. Le caperon a trait, ariere le geta Et leva le bourdon, qui durement pesa.
Il roïlle les iex et la teste croulla, Les dens croist et martelé, d'air s'estendrilla ; Onques ne sonna mot, mes en son cuer pensa Que le premier des .11. qui vers H se traira, Ferra si du bourdon que il l'assommera.
Bien voit mourir l'estuet, trestout se hèricha; Si grant desroy demaine que tout lez esmaia.
Quant Robaus l'a véu, Ernoul en apela :
« Frère, que feron nous ? Chil nous afolera, « Tant est gros et hardi et si grant fierté a. « Ja ne sera ochis, qui ne le traira.
y8j — 61 J DOON DÉ MAIENCE. 19
« Et se nous ne feson chen que chil nous pria, « Jamez en son vivant jour ne nous amera.
— Frère , chen dist Ernoul , ne vous esmaiez ja. « Je le traïroi bien , ja ne m'escapera. »
Lors se traist envers H et si l'aresonna :
« Amis, soies séur, par Dieu qui tout créa, « Ne feson fors jouer; mez traiez vous en chà « Ore en iron mengier, que eure en est piecha. » Et quant le paumier Pot , si se rasséura.
Chele part est venu et si le salua, Et Ernoul aussi tost ferir le recuida.
Quant le paumier chen vit, devers li se tourna; Du bourdon que il tint si grant coup li donna Que trestout estendu à terre le porta.
Chil ne dist onques mot, ne ne se remua ; Ains se jut tout envers et lez dens rechigna.
Quant Robaus voit son frère à la terre verser, Damedieu a juré, qui tout a à sauver, Que au paumier fera les bouiaus traîner.
Seure li est couru tant comme il pot aler, Le coutel en sa main ; n'i ot que forsener.
Quant le paumier le voit, ne vout pas reculer; En son venir li queurt, quUe-revint fraper.
Du bourdon que il tint li va tel coup donner Que il lez fist tous .11. à la terre verser.
Et chil resaut en piez, qui n'osa arester; A la fuie se met , si commenche à crier :
a Bonne gent , au secours , pour Dieu et saint Osmer ! « Se ne me secourez, île puis pas escaper.
« Vez chi.i. anemi qui nous veut vergonder. » Herchembaut Ta oy, n'i vout plus arester :
Trois de ses serjans fet avequez li aler.
Quant il vit le paumier, ne le vout saluer,
20 DOON DE MAIENCË. 6H-648
Ains escria as soens : « L'en leirez vous aler ? »
Atant es vous ent .1. qui le vout acourer ;
Mes chil de son bourdon le rêva si fraper
Que le chervel li fet de la teste voler,
Tout estendu le fet à la terre verser.
Puis s'en va à .1. mur maintenant acoler.
Moult fort fu le paumier et moult otgrant vertu , Ruistement se deffent au grant bourdon agu.
Trois en a enversez , qui gisent estendu ; Mez chen ne li valut la monte d'un festu , Que .vi. en i revindreht des gens malostru, Cheus le ront envay, seure li ont couru , De loins li ont rué maint grant perron cornu, De piex'et de coutiaus parmi le corps féru.
Tant fort l'ont agrevé et à li contendu Que il Pont à la terre tout à forche abatu.
La gorge li coupa chil qui plus près en fu, Le vis li ont couvert et en un drap cousu , Puis l'ont en terre mis sous un arbre ramu.
« Segnurs, fet Herchembaut, bien m'est ore avenu, « Quant chesti avon mort et rien n'en est scéu. « De mon segneur diron , que nous avon perdu , « Que ma dame Ta mort et ichi reponnu.
« Et quant tous les barons seront ichi venu, « Nous mousterron chest corps : si iert aconséu ; « En un feu Pardra on,^a n'iert plusatendu.
« Je tendroy le païs à forche et à vertu, « Que li enfant sont mort et en la mer fondu. « A tous jours mez serez mi ami et mi dru , a Mez que si le chelez , ne soit aperchéu. »
— Sire, si feron nous », il li ont respondu.
Lors s'en vont vistemenf , n'i a nul remesu.
La dame conseut Dieu , qui en crois pené fu ;
Que, se il ne lefet, mal li est avenu.
Or s'en va Herchembaut à sa maie éurée.
Lez barons out mandé de toute la contrée , Et il furent trestuit en la sale pavée.
Il les aresonna à parole apensée.
« Segneurs barons , fet il , n'i a mestier chelée : ' « L'autre jour, quant nous fusmes en la forest ramée , « Que me sire reraest , chen fu verte prouvée , « Coiement s'en entra en la grant cheminée.
« Ileuc trouva ma dame , une putain fardée , « Que .1. ribaut tenoit en ses bras acolée.
« Quant me sire le vit , si sadia lors s'espée ; « Et chil le feri si d'une barre quarrée « Que il le gete jus souvin , gueule baée , « Et ma dame i courut, qui tost li eut coupée. « Se vous ne m'en créés , ja iert chose prouvée : « Le corps vous monsterroy, sans plus de demourée. a Là jus en chu gardin est la tumbe trouvée ; « Je la vous monsterroy , s'il vous plest et agrée. » — Segneurs, fet .1. preudomme, soit la dame amenée ; « Que tant la connois jen sage et bien emparlée, a Ja la vérité pure ne vous sera chelée. »
Lors i queurt Herchembaut , la chambre a deffermée. Laiens trouva la dame trestoute esquevelée, Blanche par le visage et fresche coulourée , Longue , gresleite , estroite , bien feite et achesmée : Si bêle rien ne fu véue n'esgardée.
De la douleur qu'ele ot fu pale et esplourée Pour ses .m. petisfis, dont ele est dessevrée ; Ne soit qu'on en a fet , moult en est adoulée. Et le glout maintenant l'a as cheveus combrée , Qui plus furent luisans d'une coupe dorée.
Et ele s'est en haut à grant vois escriée ;
a Mère de Jhesu Crist, douche dame henourée,
« Sequeur moy hui chest jour, s'il te plest et agrée ! »
Et chil, ainsi criant , l'a tous jours traînée
Tant que fu as barons, qui maint jour Pont amée,
Que si courtoise rien ne fu onques mez née ,
Plus sage , ne plus preus , ne miex endoctrinée.
Ele s'est devant tous à genoullons getée
Et parla hautement comme dame esplourée :
«Me leirez vous tuer, franche gent henourée ?
« Quar je n'ei rien meffet , ne ne sui encoupée,
« De nule traïson atainte ne blasmée.
« Bien i pert que je sui veve et orphentée.
« Quant mon segnur vendra , chier sera comperée ;
«Ne sera pas ainsi cheste chose oubliée.
— Dame, fet Herchembaut, trop estez engenglée;
« Ne m'escaperez pas, si serés embrasée. »
a Segneurs, fet Herchembaut, ne créez chest maufé. « Aine mes famé ne fist si grant desloiauté « Corn de son bon segneur, que ele a estranglé. « Là denere, u gardin, avon le corps trouvé : « Venez ent après moi, s'en saron la verte. » U gardin lez mena , si a on desterré Le paumier que le^glout i ayoit soufFossé.
Et client li baron qui i sont assemblé:
« Damedieu li perdoinst, que moult a mal ouvré ; « Ni a que de l'ardoir, que chen iert tout prouvé. » Et chil qui chen ont dit furent du parenté Herchembaut de Monbloy , le traïtour prouvé, Qui chest mal a basti et cheste cruauté.
Il i ot .1. preudomme plain de grant carité, Enrachiné de bien et de grant pitéé :
« Segneurs, fet il , merchi, pour sainte carité « Et pour ichel Segneur qui maint en Trinité !
a Nous ne savommes pas fine chertaineté
« Se chen est le bon quens qu'avon tant désiré. ' s
« Trop tost l'avez ariere en la fosse bouté ;
« Se Péusson de prez véu et esgardé ,
« Bien le connéusson , tant l'avon nous usé.
« Mez feites une chose , se il vous est loé :
« Ma dame garde l'en et mete en fermeté,
« Tant que on ait partout enquis et demandé
« Se me sire vendra ou se on l'a tué.
« Sez enfans sunt perduz , ne soy où sont aie,
« Que dez ier matinet n'en séusmez verte. »
Et Herchembaut respont : a Chil seront bien gardé ,
« Que en ma meson suht tenus en grant chierté
« Et trez bien cdnréé, peu et abevré. »
Âhy ! du traïtour, comme il l'a or faussé 1
Que le mainsné a on dedens la mer geté
Et les .11. vont vaucrant tous seuls en une nef ,
Sans nul homme vivant et sans voile ne tref .
Dex lez amaint à port par sa grande pité,
Que rien n'o[n]t à mengier, si sunt tuit afemmé ;
Ne voient fors la mer et du chiel la clarté ,
Que d'omme ne de famé n'i sont reconforté.
Or lez sequeure Dex, qui en a poosté !
Et leur mère restoit u grant palez listé ,
Où plouroit tendrement et ot grant duel mené.
Si bel cheveul luisant li sunt tuit deschiré,
Qui plus estoient gaune dé fin or esmeré.
Les mains li lia on par derier le costé
Si fort que par les dois à le sanc dégoûté ;
Et ele a en plourant .1. si grant cri geté
Que trestuit li baron sunt entour assemblé.
Si grant pitié en ont que tuit en ont plouré,
Fors que li traïtour, qui s'erent acordé
De la dame murdrir et d'avoir le resné,
24 DOON DE MAIENCE. 74*-r7Si
De Maience la grant toute la contée.
Herchembaut a garni les tours de la chité
Et de tous lescastiaux a rechéu la clef.
Mes se Dex escapoit Doolin de la nef
Du raillieu de la mer, où il l'avoit mené,
Si seroit moult trez fort et moult chier comperé.
<<t La dame est o paies, ainsi corn jeii vous di„
Où lez mains ot liées par forche et de telbri Que le sanc tout vermeil dez onglez H sailli. Ele bret et cria durement à haut cri.
Herchembaut i sourvint, qui moult lait la bâti ; D'un baston que il tint toute la derompL Et ele s^scria clerement à haut cri : « Segneurs, frans chevaliers, pourchel Segnur merchi, « Qui en la sainte crois pour nous paine soufri ! « Or vous prengne pitié de cheste lasse chi, « Que, parcheli Segneurqui onques ne menti, « Qnques vers mon segneur traïson ne basti ; « Et chu mort que trouvez je ne l'enseveli , « N 'onques ne tesievi, ne parler n'en ot.
*- « Mez Herchembaut me het que jea* n'ei consenti
« A fere son vouloir, pour ched me het il si. « Mez j'ameroie miex le cuer avoir parti « Que je féisse rien contre mon bon ami, « Le preus conte Guion, ou j*ey ma foy plevi. « Lasse 1 mi enfanchon bien soy qu'il sunt murdrt. « Chil traître a ja tout le pais garni, « La forche cukte avoir à forche et à estri ; « Et quant je plus ne puis, sus ma foy vous afft « Que j'aroy a. vassal courageus et hardi, « Qui encontre son corps, à .1. jour arrami > ce Medeffendra de chen dont il m'acuse chi. » Quant chil Ta entendu, tout le cuer li frémi ;
782—814 DOON DE MAIENCE. È$
Nel vousist avoir dîst pour le trésor Davi.
Le corps li trembla tout et le vis li paît, Qu'aperchéus s'en sunt cheus qui furent enqui. S'il ne fust si haut bons , ja l'eussent honni ; Mes si parent i furent et si meilleur ami , Qui tuit furent armé et de mentir garni.
Et quant le desloial la parole entendi , Moult felenessement la dame respondi :
« Ahy! putain, fet il , n'en ira pas ainsi. »
Quant li traïtour ot qu'ele se deffendra, Trestout le corps li tremble de la paour qu'il a. Si est il chevalier que souz chiel melleur n'a ; Mes bien sceit qu'il a tort, pour chen se redouta. Devant tous hautement à la dame escria :
« Dame, par chel Segnurqui le monde fourma, / « Ja de cheu 7 qu'est [éprouvé] bataille nen sera. <( Le jugement est fet que on ja vous ardra « Dedens .1. feu ardant , qui fere le pourra. » Lors la feri du pié que outre la versa.
La dame quéi jus , toute se debruisa , Pour .1. poy que le cuer parmi ne li creva.
De l'engoisse qu'ele ot devant tous se pasma , Et .1. chevalier saut, qui sus l'en releva.
Baudouin ot à nom , biau chevalier i a; Riches hons estoit moult, grant terre gouverna, Quatre castiaus tenoit sous le Rim par dechà. « Herchembaut , fet le ber, ne vous cheleroi ja , « Moult grant tort en avés, qui le voir en dira. « Nostre dame est ichi, qui moult grant bonté a, « Preude famé et loial , chen savon nous piecha. « Chen nen est pas prouvé, ja ataint ne sera, « Que nous ne savon pas qui chel homme tua , « Ne se che est li quens , qui tant bien fet nous a.
« Par le Segnur du chiel , qui tout fist et fourma ,
« Si homme sommez tuit , si ne H faudron ja.
« Et quant ele pramet qu'ele se deffendra
« Par .1. sien chevalier, qui contre vous ira,
« Respiter la devés , tant que li jour sera.
« Si loiax et si bons que la cort connoistra ,
« Se moustrer le voulez , ja ne vous en faudra.
— Dehe ait, fet Herchembaut, qui ja le mousterra;'
« Que che est tout moustré, quant .111. garans i a,
« Qui connoissent le mort que on or vous moustra.
« Et chi rait mal dehé, qui pour vous en fera
« Nient plus que pour .1. chien. Mez traiez vous en là,
« Que du pong en chez dens tost vous ferroie ja. »
Quant il l'a entendu, .1. petit recula
Et se tint trestout coi , que il mot ne sonna ;
Mez en son cuer dedens nostre Segneur jura
Que mar Ta menachié , par temps le comperra.
Et Herchembaut tantost .1. serjant apela :
ce Feitez fere .1. grant feu lés chu bois par delà,
« Cheste maie putain i embraseron ja. »
Et chil i queurt tantost corn il le quémanda,
.XV. vilains et plus ensemble li mena.
Le serjant s'en tourna, si com m'oés conter.
De Pespine et du bois fist à plenté couper Etens emmi le champ en .1. mont aûner.
Et Baudouin le preus va u cheval monter, Entresi qu'à Biauplain ne fina de troter :
Une lieue i avoit, tost.i poveit aler.
Quant vint à son castel , ne se vout oublier, Chevaliers et serjans fet erraument armer Et furent plus de .a, tuit legier bacheler.
Les chevax firent tost maintenant enseler Et montent vistement, sans plus de demourer.
« Sire, fet li un d'eus, où devon nous aler? »
Et respont Baudouin : « Ja nel vous quier cheier.
« Herchembaut ie félon , que Dex puisse grever !
« Ma dame et ses enfans cuide deseriter ;
« Lez enfans en a fet en larrechin porter,
« Je ne soi en quel Heu , ou en terre ou en mer.
« Pour itant que ma dame, qui tant fet à loer,
a La plus trez vaillant dame que on puisse trouver,
« Ne li vout le sien corps du tout abandonner,
« Li a fet lez .11. mains derier le dos fremer.
« Pourchen qu'en li met sus [*ce qu'onq ne vot] penser,
« Or la veut en .1. feu toute nue geter
« Et ardoir comme chien et à la mort livrer.
« Fors moi n'i a cheli qui s'en osast nieller,
« Pour son grant parenté , qui tant fet à douter.
a Mez , par cheli Segnur qui tout a à sauver,
« Ma dame m'a bien fet, jen la doy moult amer;
« Ne mourra pas sans raoy, se g'i puis assener.
« Et se puis Doolin , mon droit segneur, trouver,
« Maience li feroy et le païs combrer.
a Ja chil mal senescal ne s'en vourra gaber ;
« La teste li feron des espauleî voler. »
Lors se met es galos , si pense de l'errer
Et tuit si compengnun , que Dex puisse guier.
Or s'en va Baudouin , qui moult fu courouchiés. Son segneur a perdu , dont moult est aires, Le preus conte Guion , qui moult estoit prisiés, Et Doonson enfant, qui moult iert envoisiés,
Sui fu fix son segneur, dont il est si ires, erchembaut le félon, le cuvert renoiés , L'envoia en la mer, mes il n'est pas noies, Qu'il est en .1. batei en mer desavoiés.
Il nen ot que .vu. ans, mez moult iert afeitiés.
Sel séust Baudouin , qui leur bons est ligiés , /
Jamez joie n'éust , si lez éust vengiés.
Tant erra son chemin ; qu'il ne s'est délaies,
Que dedens le vert bois s'est le ber embuschiés ,
Selonc où le feu fu et levez et drechiés
Là où le corps la dame doit estre martiriés.
Damedieu a juré , qui en crois fu drechiés ,
Que ainchiès i sera à pieches depechiés
Et féru par le corps de plus de .1111. espiés,
Que ja le sien biau corps soit ainsi embrasés.
Sez hommez a moult bien de ferir afeitiés
Et de donner grans cous dessus lez renoiés.
Baudouin fu u bois o sa grant compengnie , Et Herchembaut le fel ne s'entr'oublia mie.
La dame a par le pong tout maintenant sesie , Si forment la sacha qu'à terre l'a flatie, Si que le corps en out et la teste estourdie. Ileuques s'est la dame de douleur espamie; Et quant ele revint, à haute vois s'escrie :
« Sequeur moy hui chest jour, dame sainte Marie ! « Qu'or voi je bien et soi, courte sera ma vie. — Teisiés, dame! fet il, quer, par sainte Sophie, « Vous serés ja u feu assez plus que rostie. » Le glout en apela Anselot et Helye : « Aies bouter le feu , ne vous délaies mie. » Et chi! i ont couru par moult grant aatie.
Il dui prennent la dame, qui moult iert esbahie, Si l'emmainent bâtant à une grant courgie ; Ainsi l'ont emmenée de la sale voutie.
Plourant vont après li trestoute sa mesnie , Chevalier et serjant , toute la compengnie , Conques si bonne dame ne fu d'eus mes coisîe. Herchembaut fet armer toute sa compengnie ,
$t;~947 DûOH DE MàIENCK. 2$
.C. et .L. sont de gent moult bien garnie.
N'i a cheli qui n'ait fort targe à or burnie
Et bon hauberc doublier et elme de Pavie ,
Sus bon courant cheval d'Espegne ou de Roussie.
Issi hors du castel , par une praerie,
Maine plourant la dame moult trez espaourie.
Par grant orgueil en cuide fere cheste estoutie ;
Mez se Dex le consent, qui les siens pas n'oublie,
Se Baudouin le sceit, ains qu'eje soit bruïe,
Adez i ferra tant de l'espée fourbie,
Que li , que sez barons , que sa bonne mesnie,
De chevax i ara mainte sele voidie ,
Et maint escu perchié de l'euvre d'Aumarie,
Et maint haubert derout et mainte fort cuirie ,
Maint bouel espandu sus l'erbe qui verdie ,
Tant qu'on en parlera desi en Lombardie.
Ainsi ichele dame , batue et leidengie ,
En e[m]mainent bâtant toute une voie antie.
Quant il furent feu , en la plache establie ,
Ûez riches dras qu'ele ot Font toute despoullie,
Qui de diapré fu dez bons dras de Sulie ,
Et puis lez donna on une povre abéie.
Les mains derier le dos, toute tainte et pâlie,
L'atachent à .1. pel, corn s'el fust esragie;
Puis apportent le bois et espine sechie,
Si li mettent entour, le corps Dex les maudiel
Et .1. gars queurt feu, qu'il ne s'atarge mie;
Mez il demoura moult, si fist grant courtoisie.
Or fu le gars o feu, qui Dex envoit santé 1 Issi corn Damedieu ot son corps espiré , Tant a et sus et jus aie et retourné, Aussi corn s'il n'éust feu en tout le resné, Que li fel traitour en furent moult iré.
30 D00N DE MAIENCE. 948-981
Mez li gars est venu , s'a le feu aporté
Et du feurre à son col à grandisme plenté.
Issi comme il en ot un plain pong alumé
Et il le vout bouter et fichier en l'arré,
Baudouin et sa gent sunt es chevaus monté.
Les heaumes ont es chiés, qui tuit furent doré,
Chascun a à son col son fort escu geté,
Es lanchez sunt amont li panonchel fermé;
Capiaus orent tuit fet de»bois menu ramé,
Qu'il se connoissent miex, quant seront assemblé.
Baudouin fu devant, si leur a quémandé :
« Segneurs, pour chel Segneur qui le monde a fourme,
« Feites Iei si très bien que il en soit parlé.
« Se Damedieu le donne, le roy de majesté,
« Que délivrer puisson et meitre à sauveté
« Ma dame, qui tant a et valoir et bonté ,
« Moult en seron prisié par tous lieus et loé, j
« Et si nous en sara nostre Sire bon gré , '
« Le glorieus du chiel, qui maint en Trinité. »
Et il responnent tuit : « Trop avez sarmonné. I
« Se vous ne nous faillies, en mal an sunt entré. »
Quant Baudouin l'entent, moult les a merchié.
Lors a le bon cheval des espérons hurté
Vers le feu, où la gent estoient assemblé. !
Et tuit si compengnun sont aprez arrouté ,
Vers les compengnuns poignent , de ferir arbrievé. S
Et quant chil l'ont véu, si sunt espuanté;
Il n'i a si hardi que il n'i ait tremblé. I
Lors oïssiés .1. cri si fort et si levé
Que on n'i oïst pas se il éust tonné :
Qui crie son escu et son elme gemé.
« Segneurs, fet Herchembaut, ne soies effréé;
« Mez deffendez vous tien , que, par ma loiauté,
« Qui s'en fuira du champ, se j'en ay poosté ,
98a— ioij DOON DE MAIENCE. Jf
a Du corps le comperra dedens .1. an passé. » Atant es Baudouin, le frein abandonné , Va ferir Herchembant, que premier a trouvé ,
t De son glesve moulu sus son escu gemé ; Tout aussi le deront comme .1. rainsel pelé.
Le hauberc de son dos li a rout et faussé , Navré Ta malement u senestre costé ; Mez li fel fu si fort et de si grant fierté Que il ne l'a noient du cheval remué.
Mes Baudouin Ta si de grant vertu bouté, Que le cheval quéi envers emmi le pré.
Lo[r]s viennent au secours si ami plus privé , Qui le ront u cheval vistement remonté, Que le coup ne prisa vaillant .1. oef pelé.
Damedieu en jura , le roy de majesté , Que chen sera moult chier vendu et comperé.
Et lez gens Baudouin viennent tuit abrievé , Si se plungent en eus aussi comme en .]. gué. Chascun feri le sien de son fer acheré :
Li escu sunt perchié , le hauberc despenné, Fer et achier Leur a parmi le corps bouté , Et li auquant en sont à la terre enversé , Qui mes n'en lèveront si ara yveré.
Herchembaut met la main au bon branc acheré , Va ferir .1. vassal, qui avoit nom Houdré,
. De son glesve moulu sus son escu doré ; Tout aussi le deront comme .1. rainsel pelé.
Dessous le hiaume amont li a tel coup donné Que le chei[r]cle en a jus contreval esgruné ; La coife n'i valut .1. denier monnaé , Entresi que es dens li a le branc coulé, Tout estendu l'a jus à la terre porté.
Puis escria ses hommes : « Mar i ara douté.
« Se il s'en vont ainsi , tuit sommez vergondé. »
)i Doom &é Maiêncê. 1^6-104»
Et chil se sont o lui o ferir ajeusté, Chascuft tient en sa main le riche branc letré, Seure se sunt couru, ne sunt pas reculé :
Dont véis&iez ilec fier estottr adurév Jusque* à près de nonne a chil caple duré) Qu'il ne sunt recréu, ne vaincu, ne maté> Ne dechà, ne delà : moult en sont aïré.
Moult fu grant la bataille et fièrement dura. Ne sunt pas recréu, ne dechà) ne delà.
Herchembaut le félon son frère en àpela , Qui dez gens Batftiouin ochist tant et tua Que la plache entour lui en couvri et joncha. « Droart, fet Herchembaut, frère, traiez vous chà. « Se trouvon Baudouin , qui chen basti nous a, « A nos brans esmoulus tex matinez orra « Où ja clerc, ne prouverre, ne moine ne sera. » (
Lors se fièrent entre eus; chascun esperonna Et abat devant lui quanqu'il en encontra.
Baudouin ont coisi , qui moult fort les greva ; Tant en ochist dez leur et tant en aterra, Tuit fuient devant lui et il lez decacha; i
Qui il ataint à coup, jamez ne mengera. i
Quant lez .11. frères vit, tout le sanc li mua; I
Chele part [est] venu tant corn cheval ala .
Droart ala ferir, qui l'ensengne porta, Dessus le heaume amont, que tout li dépêcha Et de Pescu doré une pieche vola.
Le cheval aconsieut, quant Pespée escapa, Si qu'au branc esmoulu le col en dessevra ; Le cheval quéi mort et Droart trébucha.
Quant Herchembaut le voit, à poi né forsena.
A Baudouin queurt sus, mez petit esploita , Que tant i ot dez soens et tant en i jousta
1049— io8i DOON DE MAIENCE. J$
Que il sé fist tout lié , quant il leur escapa. Droart fù retenu, bien fu qui le lia Et qui en la prison à Biauplain le mena.
Herchembàut le fet bien , mez recouvrier n'i a ; Or mez, [je] cuit et çxoi qu'il s'u mi liera. La dame fu o pel , où le glout Patacha , A genoullons tous jours à Damedieu pria , Ainsi comme il la fist et comme il la fourma , La deffende de mort , si corn le poveir a, Et li gart ses enfans, que on tolu li a.
Ne soit pas où il sunt ; quant ele le saura , Je cuit que de douleur le cuer li partira , Que il sunt en la mer, où li glous les mena , Tout seul en une nef, qui par la mer flota.
Rien n'iot à mengier; mourir lez couvendra , Se Dex né lez sequeurt , qui tout fist et fourma, Prochainement orrez s'il lez deliverra , Ou quel fin jl feront, gairez ne demourra; Mez de la dame orrez ainchiès comme il fera , Se on l'àrdra enqui , ou s'ele escapera,
La bataille fu grant, ainsi com jen vous chant Trestout le jour dura jusqu'à nonne sonnant, Que dechà ne delà ne furent recréant, fer et à l'achier maintiennent tel content, Dont li plusor en furent estendu et senglant. La dame fu au pel liée fermement, Sez .11. mains estendi adez contre orient Et prioit Damedieu , le roy omnipotent , Que il la delivrast de chu félon tourment.
A tant es Herchembàut chele part affendant.
Tàntost en apela .1. maligne serjant :
« Va , si boute le feu ! mar iras atendant. » Et chil li respondi : « Biau sire , à vo quemant. » Dooa de Maience. }
£4 OOON DE MaIENCE* . 1082—1115
Le feurre et le feu met ens en la busche atant, Et la dame s'escrie , qui paour en out grant. Au cri que ele fist coururent plus de chent, Que à cheval , qu'à pié, que la menue gent, Qyi ele fesoit bien et menu et souvent.
Le feu ont amorti et mené à noient , L'espine et le bois ruent en loing de li avant Et viennent à la dame tost et isnelement ; Ja d'ileuc Pesrachassent, qui qu'en fust lait ne gent, Quant Herchembaut i vint , que le corps Dieu gravent f Tuit furent devant li com devant .1. guéant , Et il retourne ariere , en la presse ferant ,! L'espée nue u pong , qui reluist et resplent. Quanqu'atâint devant lui va à terre portant ; Arméure nen a contre son coup garant.
Chevalier nen ataint, se à droit coup Patent, Que il ne gete mort à ire et à tourment , Que tant est fort et fier et de grant hardemerit Que il n'en a meilleur là où il en a tant.
Atant es vous Sanson , le segneur de Clarvent , .1. castel grant et fort sus une roche grant; Nul siège ne doutoit en chest siècle vivant, Or n'i a fors .1. bois en la roche qui tent.
Sanses vint à Pestour à esperon brochant, Loiaus hons estoit môult et de bon entient; Mandé li avoit on pour chu grant parlement Et pour jugier à droit la dame au corps vaillant , . La plus très bêle damé de chest siècle vivant. Quant il fu en Pestour, s'escria hautement :
« Segneurs, soies en pès, jel vous pri bonnement; a Entendez ma reson , s'il vous vient à talent. « Je ne di fors pour bien , se le corps Dieu m'ament. » Chil le connurent bien et doutèrent forment Pour chen que sage fu et puissant durement.
mé-1148 DOON DK MAIENCE. J$
Tuit se tiennent en pès et lessent le content, Et furent enfuerré li branc moulu trenchant.
POUR l'amour du baron se sunt tuit aquéé, Et furent li bon branc en leur feurre bouté.
Tout entour le baron se sunt tuit assemblé Pour oïr sa reson , que moult l'ont redouté Pour chen que en li ot tant valour et bonté.
« Segneurs, fet li preudons, entendez mon pensé : a Trestuit estez haut homme et de grant parenté ; « Se guerre sourt en vous, tuit estez affolé, « Destruit et confondu et en grant poverté; « Se vous voulez ouvrer selonc ma volenté , « Je vous metroy en pès et chascun à son gré. » Et il responnent tuit : « Bien vous iert gréante. » Lors li ont tout en pès et plevi et juré Que ja hors de son dit ne seront degeté ; Et il lez en rechut , si leur a gréante Que il en ouverra en bonne léauté.
Et quant la dame voit le preudomme séné , Tout maintenant l'en a devant li apelé ; Et chil i est venu , qui en a tel pité Que de pitié de li a tendrement plouré.
Puis queurent chele part et estrange et privé. « Sire, che dist la dame, pour sainte carité ce Et pour ichu Segneur qui maint en Trinité , « Ne me lessiez mourir ichi à tel vilté !
« Par chu Segnur, yous di , qui le monde a fourme , « Que on me blasme à tort et à desloiauté.
« Herchembaut le félon , par sa grant crualté , ce Pour chen que ne li ay mon corps abandonné , « Me met sus que j'ay mort mon segnur et tué. « Mez enfans m'ont tué, ne soi où sunt aie.
« Je me fi tant en Dieu , le roy de majesté ,
$6 DooN de Maiencb. 1149—1181
« Qui du tort et du droit soit toute la verte ,
« Que j'aurai .1. vassal en .!. champ devisé.
« Voist avant Herchembaut , qui toutchen m'a brassé,
« Se i| ichen veut dire que je aie faussé,
« [<Se] le mien chevalier ne le rent tout maté
ce Et li et le sien frère, et soient bien armé,
« Si me giet on u feu ardant et embrasé. »
Quant Herchembaut l'oy, si ti a escrié :
« Ja ne vous en faudron, par ma crestienté ! »
Quant che oi le preudome, moult par li a grevé,
Que plus legierement les éust acordé.
« Dame, fet li preudons, vous avés trop parlé;
« Mez puisque dit Pavés , ne puet estre mué. »
A feste Saint Jehen leur a le jour donné ,
Que la dame ait adonc son vassal amené
Et li du frère aussi y soient apresté.
De chen a Herchembaut tantost fet séurté ,
Et la dame a à tous enquis et demandé
Que il la replevissent par sainte carité.
Mes il n'i a cheli qui ait itant d'osé,
Que il en ait pour li son gage présenté
Fors que seul Baudouin , qui en haut a parlé :
« Sire Sanses , fet il , en vostre féeulté
« Met .1. de mez castiaus , si en gardez la clef.
a Se ma dame ne rent , à chest jour devisé ,
« [*Ung noble] chevalier contre deus en À. pré,
« Que je soie en merchi de fere vostre gré.
« Et desliez la moi , que j'ay chi trop esté,
« Si s'en voist à l'ostel arrière à sauveté. »
Et dient li baron : « Dex te croisse ^ barné !
« Que moult par a en toi courtoisie et bonté. »
Du castel le revest et met enpoosté,
Et tuit chil qui là sunt Pont issi gréante ,
Et le mal Herchembaut Pa plevi et juré.
Il8?— talé DûON DE MAIENCE. J7
Mez onques le félon ne l'en tint vérité.
Que puis tint il la dame en prison à chelé Et li et Baudouin de Biauplain la Ferté.
Or vous diron comment le félon a ouvré.
Issi le duc Sanson o le riche barné Leur ont assis le jour et le terme nommé.
A la dame coururent , qui moult ot enduré , Tantost Pont desliée, si li ont afublé ,*Un moult riche mantel de sebelin fourré.
U castel s'en revint , Dex a moult merchié , Qu'or cuide ele bien estre du tout à sauveté. Mez Herchembaut le fel , qui ja jour n'ait santé , Est venu aprez li u paies henouré , Quant se parti de Sanse et de l'autre barné, Et son plus haut lignage i a lui mené.
En une chartre grant, qui moult avoit de lé , Geta la damé au fons, comme .1. larron prouvé. Là fesoit si oscur qu'onques n'i vit clarté , Ne il n'i ot tentir homme de mère né.
.1. pain d'orge mal cuit, mal fet et mal levé Et d'eve plain .1. pot, de chele du fossé, Li tendirent aval à leur maléurté ; À .xv. jours entiers li a on chen livré.
Puis a le desloial son lignage mandé, Qui i ont moult grant gent avec eus amené.
« Segneurs, fet Herchembaut, entendes mon pensé : « Se aidier me.voulés de bonne volenté, « De Maience la grant et de tout le régné « Seroy sires et quens, que tout est atourné, « Que me sire est perdu , ne l'avons pas trouvé , « Que en la grant forest l'ont déable esgaré, « Où il ala cachier, plus a d'un mois passé.
« Doon son fût avon dedens la mer geté, « Et ma dame est chiens en grant chetiveté,
a Où mourir la feron de fain et de lasté.
« Mez Baudouin m'a moult traveillé et pené ,
« A vengier m'en couvient ains demain l'ajourné.
« Armez vous vistement, n'i ait plus demouré!
« A Biauplain en iron, son castel henouré ,
« Dedens demain à soir Par on tout aplané
« Et si li amerron pris et encaenné.
« Jamez n'escapera , si Faron afemmé
« A Maience, en la tour dont j'ai la fermeté,
« Que il a pris Droart, mon frère le mainsné ;
« Mez moult chier li sera, je cuit, guerredonné. »
LORS s'armèrent tantost, que plus n'i demourerent, Et es chevaus courans isnelement montèrent.
Quant il virent la nuit, vers Biauplain *s'en alerent; Deus eschieles moult grans avec eus emportèrent. Quant vindrent as fossés, sus les murs les levèrent, Si montèrent amont et u castel entrèrent.
Quant il furent laiens, tous dormans lez trouvèrent. A Baudouin s'en vindrent, aine ne le deffierent ; Ains l'ont pris en dormant et lez mains li lièrent. Puis boutèrent le feu, le castel embrasèrent ; Trois biaus fix qu'il avoit dedens le feu geterent. Quant il fu biau jour cler, tous les murs graventerent, Tout le bien du castel avec eus emportèrent , Droart ont délivré , Baudouin emmenèrent.
Arrière à Monbloy à l'ostel retournerait En tresqu'au matinet, que il se relevèrent.
Or fu Baudouin pris , à la bonne pensée.
Ses castiaus destruis furent et sa terre robée, Et sa famé remest dolente et esgarée.
Et quant vint au matin , que l'aube fu crevée , Herchembaut se leva à sa maie éurée.
1249—128! DOON DE MAIENCE. J9
La dame a de prison tout maintenant getée , Sus .1. cheval trotant l'ont maintenant montée, Ensemble o Baudouin l'ont maintenant menée A Maience la grant, la fort chité loée.
Méismez en sa tour Pont ens u fons getée; Sachiez que ele i fu mauvesement livrée.
Et Baudouin rest mis en l'autre tour quarrée, Qui jamés ne sera de son corps délivrée Desque Doés ses sirez ara chainte s'espée , Et sa mère rara d'enqui desprisonnée Et tendra le pais et toute la contrée.
Grant merveille sera se mez est recouvrée , Onques mez si très grande ne fu d'omme esgardée , Que li enfez estoit dedens la mer salée , Tout seul en .1. batel, n'î ot veile levée, Et fu de terre ioing plus d'une grant journée , N'a que son frère o lui , qui U bouche a enflée ; De la grant fain qu'il a a la couleur muée , Que .u. jours et .H. nuis, en vérité prouvée, Ont esté sans mengier nule rien qui soit née.
Li enfant sunt en mer, ainsi corn vous dlson, Tous seuls en .1. batel, sans autre marinon.
Deus jours i ont esté sans autre livreson , Que il n'i ont mengié pain ne char ne poisson. Doolin ot .Vïi. ans, moult fu biau valleton, Et l'autre en ot .v., qui greile fu et lonc, Iex vers clers et rians, comme gentil faucon ; Mez de la fain li fu enflé tout le menton , Ne se peut mez lever fors que à genoullon.
« Frère, fet Doolin, biaus amis, que feron?
« Que pourron devenir ? Corn nous conseilleron ? « Que je soi bien de fi que mez ne mengeron, « Ne jamez en no terre arrier ne revendron ,
40 D00N DE MAIENCE. 1282-1514
« Ne le riche castel de Monbloy ne verron, a Ne Maience la grant, qui est nostre meson.
a Frère , ne nostre père jamès n'esgarderon , « Ne nostre mère aussi, Marguerie est son non. « Ne jaraez d'Erchembaut vengier ne nous pourron, « Qui chi nous a tramis, où de fatn nous mouron,. « Que dechà ne delà ne nous vient garison.
« Trop nous est près la mort et la destruction ; a Mez se Jhesa pensoit que nous escapïsson « Et nous créusson tant corn nous croistre devon , « Mal nous a cben basti Herchembaut le félon. »
« Biau frère, fet Doés, que pourron devenir ? « De fain et de lasté nous convient chi mourir, « Ne n'est rien qui nous puist de la mort garantir, « Que je ne voi vers nous ne pain ne char venir. « Ne povon pas lonc temps.chest martire soufrir. « Se je savoie bien , de fi et sans mentir,, « Que jamez à droit port ne péusse venir, .
« En la mer là dedens me feroie périr; « Miex voudroie estre mort que tanguez chi languir. « Ahy 1 fel Herchembaut, Dex te puisse honnir ! « Comment osas tu chen engignier et bastir, a C'onques osas ma mère en sa chambre servir ? « Se Damedréu me donne qu'armez puisse souffrir, « J a si bien ne saras encontre moi gandj^ a Que mon branc esmoulu ne te fâche sentir « Si que le chief du corps te feroy départir. » Lorsploura tendrement et geta maint souspir, Damedieu réclama et le vrai Saint Espir Qu'il les puisse sauver et de mort garantir.
Son frère Tentent bien, nies ne puet mot gehir; Li oeil Ii sunt tourné, n'i. a mes que palir> . Et la vie li faut, le cuer li va partir..
MM— «347 DdON DE MaIENCB. 4 1
Quant Doolin le voit, du sens cuidâ issir.
Entré ses bras le prent, mez nel pot soustenir ; Si le met à reson, mez n'en peut mos saillir.
Doolin voit l'enfant du siècle trespasser.
De la douleur qu'il a cùîda vif forsener, Par les cheveus se prent , si commenche a crier : « Chetif ! que feroi jen ? Quel part pourroy aler? « Chen soi je bien de fi, vif ne puis escaper. « Quant jen mon frère voi mourir pour endurer, « Ne je ne mengei puis que je le vi disner, « Quant je terre ne voi , ne ne soi gouverner, « Ne je n'ei le poveir de Paviron lever, « Miex me vient chi noier que tous jours géuner. » Lors courut Penfanchon acoler et beisier; Tant li plest et li siet , ne s'en puet saoler. Ains mes de tel enfant n'oy nus hons parler, Si sage de son temps, ne miex scéust parler, Ne miex scéust son plour et sa douleur mener, Ne chel gentil enfant plaindre ne regreter.
Mez ne li vaut noient son plaindre ne plourer, Que li enfez mourut au soleil esconser.
Quant il ne le vit mes souspirer n'alener, De la douleur qu'il a se commenche à pasmer.
Issi s'estut la nuit sans point de remuer, Sans véir, sans oïr et sans li degeter, Sans sentir fain ne soi , sans la teste crouller. Qui le véist ileuc, bien cuidast on jurer Que jamez vie en li ne péust on trouver. Quant chen vint o matin, que le jour parut cler, Le soleil apparut , que Dex fist bel lever, Dont resperi Doés, que Dex puisse sauver!
En séant se leva , si prist à regarder.
A .vu. lieuez d'enqui, par dechà de la mer,
42 DOON DE MAIENCE. imS-ijIÎ
Vit .1. tertre moult grant, Dex prist à merchier.
Mez sHe destrainst fain et si Ta fet lasser
Qu'à paine peut ses bras vers sa teste lever,
A grant paine se peut fors en séant ester.
Damedieu commencha moult fort à reclamer
Et la Dame du chiel , qui les puisse guier,
Le boen conte Guion, son père, à regreter.
Mez chil ne li peut ore nisun conseil donner,
Qu'ermitez est u bois pour s'ame délivrer
Des péchiez qu'il a fes , et pour Dieu henourer.
Mez le soleil qui luist commencha à muer,
Et le temps à cangier et moult fort à tonner,
Et le vent par delà si très fort à venter
Que la mer s'irasqui , si commenche à vaguier
Et les ondez moult grans ondoier et monter,
Si angoisseusement plouveir et gresillier
Que nulle rien ne puet en descouvert durer.
Li enfez voit le temps, si ne sceit où aler;
Fors que fueille ot ileuc , si se va ens bouter.
Le grésil que il voit commenche à engouler
Et seisir durement et u ventre bouter;
Chen li fist moult la soy et la fain atremper.
Rainsiaus i ot de bois : quant lez vit dégoûter,
Lez tendrillons devant commencha à brbuster ;
Tant li sunt savoureus , chen li fet fain sembler,
Conques mez si bon mes il n'ot à .1. disner.
Chen li fist .1. petit en sa forche rentrer.
Quant mengié en ot tant que mez n'en pot gouster
Et que il li sembla que il furent amer,
Et il voit le biau temps venir et retourner,
Que l'eure sen passa, si lessa le gresler,
Fors que le vent venta, qui n'ot soj[n]g de cesser,
Et il voit son batel vers chele terre aler
Plus viguereusement que oisel ne peut voler,
t;*2-t4l4 DOON DE MàIENCÉ. 4}
De la joie qu'il a prent Dieu à merchier;
En séant se leva, si commenche à jurer
Que chil le comperra, qui si le fet aler.
Son frère voit envers , si le queurt acoler.
« Ahy 1 frère, fet il , corn je fes à blasmer,
a Quant de ches rainsiaus chi ne vous fis à taster,
« Qui si sunt savereus et que tant puis amer.
« Vous fussiez encor vif et péussiez parler,
a Encor me péussiez aucun confort donner, ^
« Et si m'aidissiez , frère, la teste à tronchonner .
« Herchembaut le félon, que Dex puist mal donner !
« Qui à tort nous a fet de no païs geter
a Et no mère laidi, qu'el ne le vout amer.
« Mez, par cheli Segneur que devon aorer!
« Se je puis chà de chi sain et vif escaper
« Et vivre puisse tant qu'armez puisse porter,
« La teste li feroy dez espaulez voler,
« Que bien soy que le glout nous veut deseriter. »
Tout ainsi le bons enfez par li. s- conforta. Herchembaut le félon durement menacha Et dit que , se il puet , à ses mains l'ochirra. Li et le batel voit qu'à la terre aprecha , Si en estoit ja près comme oisel qui vola. /^
Vit sus la grant forest, qui moult fort verdoia, Où son père manoit, qui hermite fu là; Jamez en son vivant d'ileuc ne partira.
Vous orrés ja comment son enfant trouvera, Se il le tendra chier et s'il le connoistra, Ou s'il sera noie , ou s'il escapera , Quant li batiaus arrive et la terre frota.
Le batel fu legîer, qui moult petit porta ; Poy en ot [en] la mer, par desseure flota , Et le vent vint derier, qui si tost l'amena
Que ja oïsel volant plus tost ne volera, Toot ainsi com Dieu vout, qui tout pourvéu a, Que chil enfez qui vit ençor grant bien fera , Li batiaus en .1. plain maintenant arriva Par la forche du vent , qui si tost l'amena.
L'onde, qui si fu grans, à terre le geta, Qu'en .11. piechez fendi trestout et dessevra, Et li enfes s'en saut, qu'onques ne se moilla, Dedens la grant forest maintenant s'en entra ; Si comme il pot aler, d'un baston s'apoua.
Mez de chen li prist bien, nois petites trouva Et pommes à plenté, dont tout se saola; D'une fontaine boit, que grant mestier en a, La forest fu moult grans, .x. journées dura.
Et H enfez tous jors en parfont s'en entra, Plourant trestout adès que onques ne fina.
Gens i cuide trouver, mez mar i pensera; Que ja en la forest homme ne trouvera Fors le conte Guion, qui souef nourri l'a, Qui dedens Maïence, sous le Rim, par dechà, En sa franche moullier com preudons l'engendra. Tant erra par le bois que ta nuit aprecba ; Quant l'enfez vit la nuit , moult par se dementa. « Ahy i dolent, fet il, chest chetif où gerra, « Qui chen n'a pas apris n'acoustumé ne l'a ? « Se jen fusse en meison, dont li glout m'amena, « Je géusse moult raiex , je n'i fausisse ja. « Jen soi bien que barbeus ou leus m'estranglera, « Se Dex ne me sequeurt, qui ja ne mentira.
« Mes, par Dieu qui me fis! ! ja ne s'en gabera; « Si le ferroi u groing, quant il m'aprechera, « De mon coûte! agu, qui .V. deniers cousta, « Que le musel devant de cler sanç li courra. » . Lors trespassa le jour, que la nuit amena;
Quant li enfez le voit, moult par s*éspaonta.
Mes Dex en ot pitié, qui pois moult Pavancha;
Si fet il tous les siens, de dieu ne doutez ja,
Li enfez défier li maintenant regarda
Et vit .1. chesne creus merveilleus qu'il i a,
Qui dedens iert creusiez et pourri de piecha.
Devers li oui .1. treu par ont il esgarda,
Bien connut et bien vit largement y pourra,
A li méisme dit qu'il s'i hébergera.
Herbez , foeillez et fours là dedens tant bouta
Que bon lit i a fet , là dedens se coucha.
Du raim vert et fueillu le pertrus estoupa
Et dit ses oresons , qu'on aprisez li a.
Quant ditez sont en pez, de sa main se seîgna ,
Au verai corps de Dieu le sien corps quémanda ,
Aussi veraiement corn la terre fourma ,
Li envoit il secours , que grant mestier en a,
Et venjanche li doinst , si corn poveir en a ,
De cheli qui chest mal fet et basti li a.
Si fera il pour voir, si que ja n'i faudra,
Ainsi com vous orrés, gaires ne targera.,
Se Dex en est au droit, qui ja ne mentira.
Tout ainsi com jedi, ens u creus se bouta;
N'est encpr pas tout nuit, petit i sommeilla;
Se Dex n'en a merchi, plus de ses jours n'i a,
Oiez fort aventure qu'il l'enfant avendra ,
C'une tygre esragie d'un rochier escapa ,
Droit par devant l'enfant le grant cours trespassa.
Quant vint endroit le creus, si senti et osma
L'enfant qui dedens iert; ta endroit s'aresta.
Fleirant entour le quesne courut et tournia
Et vint au pertruchel , ne guenchi chà ne là.
Le raim prist à sa poe , dont l'enfant s'estoupa,
De moult grande ravine arrere le tira
46 Doom de Maience. 14^9— 151^
Et regarde laiens et l'enfant avisa, Qui ileuc somraeilloit : moult par le couveita. Or le sequeure Dieu, qui de tout poveir a 1 Qger, se la beste l'aert, tantost le mengera.
La tygre fu horrible , hydeuse et de mal aire Et de moult pesme forche ot et corps et viaire. Plus d'une aune fu grande, se le voir n'en voeil taire, S'ot unez lûnguez puez, grosses corn dromadeire, Grans, poignans et aguës pour la gent à mort traire , Le poil .tout herichié, aspre corn une heire , La queue merveilleuse , rouge , gauneite et neire Et porte .1. aguillon, plus let ne mis pourtraire. Il n'est beste ne bons , s'el l'empaint par contraire, Qui puis* jamez garir pour rien qu'il séust feire; Ains l'estuet lors mourir, n'i vaut rien leitueire. La beste voit l'enfant, entour li osme et fleire ; Mez Dieu, qui engardbit l'enfanchon debonneire, Ne li lessa touchier. Oés bel essampleire Com Dieu, le vrai'sauvierre , sceit tout à point estreire 1 Que que la maie beste au crueset se defleire Et l'enfez se dormi , puis ne demoura gueire C'un lion grant et fort de sa proie repeire Et passoit par ileuc pour aller à son eire.
Quant vint au chesne creus, s'oy Doolin braire Pour peur de la tygre, qui le vouloit deffaire. Le lyon s'aresta , s'esgarda chel affeire.
Quant il coisi la tigre, moult par li peut despleire Qu'el creus voudra entrer, or l'en voudra retraire ; Pensa que proie i ait, que chil en voeille traire. Il garde et voit Doet tristre et soupple et treshaire, Qui le pertrus gardoit d'un coutel qui rescleire Et lanchoit à la beste pour ochirre et meffeire , Que l'enfez ot grant cuer et de moult haut affeire.
ip6,. H 7 DOON DE MAIENCL 47
Le lion voit ichen, que gentilleiche maine, D'ardour et de pitié de [H] aidier s'âpaire ; De sa queue se bat pour li en ire atraire, Brait et requane et muit, que tout en foûrmist l'eiré* Quant la tigre le voit, ne soit que doié feire, L'enfanchon deguerpist et se met au repeire Pour combâtre au lion, qu'ele vit vers li traire; Mez nel doute ne creint vaillant une sueire, Ja en iert la meslée, si comme orrez retraire.
Moult fu la tigre fîere et d'orrible fachon , Toute fu esragie, quant el vit le lion ; L'estature ot hideuse , le groi[n]g let et felort. Vers li se trestourna par merveilleus randon , D'ardure escume et frit aussi comme cretori , Et tournie et brandist par fine aïreson.
Le lion courut sus, démenant sa frichon, De la queue le frape, sel point de l'aguillon Que le lion fet braire comme ours en gaaignon. Le lion donne .1. saut, sel prent par le menton Que retentist le bois et le tertre selon.
Bien sceit près est de mort pour le venin félon Qui li enfle le corps, le ventre et le crépon. Bien se pense vengier selonc s'entention; Ja n'en rira la tigre, mar y mut la tenchon,
Li lion de fine ire se deteurt et gramoie.
La tigre li queurt sus et contre li se loie , Lez .11. poes devant sus le col li remploie, Par l'eschine l'aert, si le sache et tournoie. U corps, parmi le cuir, ses onglet li embroie, Que devers les entraillez li déscouvri le foie; Quanqu'il ataint , deront et contreval envoie. La tigre se deteurt, qui à lui se tapoie;
48 DOON DE MAIENCE. 1548 — ij8i
Lez gris, qui sont pongnans, ens u corps li remploie, Que lez vaihez en roht comme une vies couroie. Tout emporte ayant li quanque agrape et manoie, Et du son de la queue si fort le retapoie Et si fort le pou r chai nt que trestout le desploie . Et devant et derier malement le mestroie, Et Paguillon li ront et le cuir et la coie , Et d'une part et d'autre si très bel le conroie
Que le geta souvin emmi la sapinoie.
Mes il ressailli sus, n'i fist plus longue broie ,
Et requéurt à la tigre, qui pas ne se tint coie ;
Il le rechut moult bien , que point ne se forvoie.
Le lion, en saillant, as gris la contremoie ,
Au coueri Paert et si fort li reploie
Que la tigre d'angoisse se deteurt et arbroie.
La tigre li revint, qui dlrour se marvoie ;
Ensemble se rehurtent, n'i a déport ne joie.
Les .11. bestez sunt fierez, grant forche les archoie;
As poes s'entr'embrachent, l'une l'autre patoie ;
Li une contre l'autre par mautalent s'aloie ,
Comme se fussent hommes luitans en la chamoie,
Et se bâtent des queuez, que chascune desploie.
Si trez fort s'entrelachent comme anguille à lamproie
Et des dens s'entremordent, chascune se desroie;
Rengoulent et rechignent, l'une à l'autre se froie;
N'ont cure de concorde tant com l'une en soit coie,
Que pié ne traie à li, ne plus ne se desroie.
Doolin les regarde, qui trestout s'en efFroie ;
En son cruéset se tint, Dex reclaime et deproie
Que d'ileuc le getast sain et sauf et à joie,
Et pense à li méisme, quant courage li moie, Se chascune iert à terre gesant en la ramoie, A la tigre nuiroit, qui si fort se fiertoie, Et aiderait à l'autre, qui pour li s'afebloie.
i|«a— 1614 DOON DE MàIENCE. 49
Des deus cruelez bestez fu moult grant l'estormie Et la bataille grant et mortel l'aramie ; Li une requiert l'autre par grant angoisse rie. La tigre fu moult fort, parcréue et fournie.
Moult court tient le lion et destraint et curie ; Et le lion gentil moult bien la repastie, As poez et as ongles la deront et déplie, Et deschira le poil, braons, ners et curie, Et de la longue queue la refrape et coupie.
Se ne fust l'aguillon dont chele le mestrie, Et dont ele [le] point et pestele et refrie , N'éust duré à li nient plus que une pie.
Tant se livrent destreiche , n'est nus qui le vous die. Et le jour trespassa, la nuit vint à série, Nepourquant la bataille n'est encore fenie, Ne leur ire destraint ne .1. poi refroidie.
Les bestes sunt horriblez [et] de fiere aatie, Bien requiert Tune l'autre et detort et agrie. Le lion fu crue* et la tigre esragie; Se l'une est courageuse, l'autre rest estourdie. Chascune est malostrue et de haut cuer garnie, Fiere et forte et disparse, empregnans et hardie. As onglez merveiiieus ont leur char damagie Et déroute en tans lieus et la char si plessie Et si desatirée, navrée et pertruisie, Que du sanc qui en ist est la terre moullie Et l'erbe ensenglantée en chascune partie.
Et la lune leva, dont li rais resplendie, Che leur donne clarté à leur contenderie.
Et li enfes Doez, qui De* soit en aie, Lez esgarde du creus , tout le corps H formie ; Mainte digne proiere nomma à. vois série, Que Dex le delivrast et ait en sa baillie.
50 D00N DE MAIENCE. ttfif — 1*47
ENTRE les bestes mues fu la bataille fiere.
As poes s'entr'abatent et devant et deriere Et deschirent des onglez en tant mainte manière, Que le sanc ist des corps contreval à filière. Rouge en devint la terre, li prés et la quarriere, Et dez coqs qu'il se donnent netentist la brniere. Ne s'entr'espargnent pas : chascune est coustumiere De rompre tout à forche quanque agrape et estiere. Dez queuez se radreichent , que chascune a pleniere. La tigre felenesse, à la diverse chiere , Requist fort le lion, que moult fu prinsautiere. Tant Targue et destraint par delez une ordiere, Qu'el Tabati souvin et l'enversa arrière ; Puis destort l'aguillon, si Ten point en la chiere Quel chervel li embat droit emmi l'oreilliere. Le lion ne pot plus endurer la haschiere , Mort s'estent à la terre et brait par tel manière Le bois en retentist et toute la bruiere.
Au dévier qu'il fist rendi une fumiere Que toute en aveugla la tigre bobenchiere , Et du son de sa queue la chingle à Tencontriere Qu'il la geta souvin lés une castegniere; Autresi l'en pourchaint com se chen fu haiere, Tant fort l'a embrachie, ne pot n'avant n'ariere. Et Doolin li enfez sailli de la creusiere, U poi[n]g le coutelet o la lemele entière ; Si en feri la tigre es naches par deriere, Qu'il li percha le fiel et l'entraide doubliere ; Puis rembat le coutel en une plaie arrière , Que le cuef li trencha très parmi la costiere. Ileuc l'a acourée l'enfes à baude chiere, Puis se retraist en sus, qu'ele ne le refiere.
Quant chen ot fet li enfes, arrière recula.
1*4*— i*8i DOON DE MAIENCE. 5!
Et la tigre an fenir .1. si fort brait geta Que li cans et li tertre en bondi et sonna.
.1. liepart Pentendi, qui sous le vent esta.
Plus tost qu'il onques pot le rochier dévala Et s'en vint là tout droit, que point n'i aresta. Quant vit les bestes mortes, de douleur tournia : Il regarde entour li et le creus avisa, Où Doés se reput, qui moult le redouta ; Encor tint son coutel, où l'acbier burnia.
Quant le liepart le voit , le poil li hericha ; Cuida que eust ochises les testez qu'il vit là. De la paour qu'il ot, quant le coûte! mira, Le cuer li aveinist, arrière s'en tourna ; Envers le creus n'alast pour quanque u monde a. Par le pleisir de Dieu , qui le cuer l'en^ donna Pour l'enfanchon sauver, qui si s'umilia, S'en part les saus menus ; souvent se regarda Que aucun ne l[e] sieve, n'a soi[n]g de râler là. Et Doolin li preus lors se rasséura , N'a plus paour ne doubte, quer en Dieu se fia. Laiens s'est recouchié et son creus restoupa ; Puis fet crois entour li, de sa main se seigna. Li enfez s'endormi pour la lasté qu'il a , De trestoute la nuit onques ne s'esveilla Et de tout le matin, tant que prime passa.
Quant le jour a véu , à Dieu se quémanda , Seigna soy moult trez bien, que bonne créanche a , Et dit ses oreisons et seaumes versilla.
Puis sailli de laiens, sa vie pourcacha ; Fruit trouva à plenté, dont largement menjâ, Poirez, pommez et nois, dont largesce trouva. Le bois fu haut et cler, qui dessus verdoia ; Li oisel chantent cler, que le temps le donna; La caleur fu moult grant, que le soleil raia,
J2 DOON DE MàIENCE. 16S2-1714
Et li ombre fu grant, qui sa caleur tempra.
\r Li enfez voit ichen, moult s'en esléeicha.
Mes de son frère mort, que lonc la mer lessa, Le duel qu'il out mené tout li renouvela; Si grant brait , si grant cri et si grand duel mena Que li bois d'entour li trestout en resonna.
Et adez u -parfont du grand bois s'avoia, Comme chil qui ne sceit d'ont il vient ne où va. Chers et dains et chevreus fièrement encontre, Sengliers grans et dentus, dont grandement i a, Leus grans, fiers et velus; mez rien ne les prisa, . Ne mal ne li ont fet, que Dex ne li lessa, Ains s'en va tout adès si com Dieu le mena.
Qui il veut conseilliez ja honni ne sera :
Chesti conseilla [il], si com on vous dira.
Li bons enfes s'en va ainsi com Dex le guie, Plourant et pourcachant, par la forest antie. Tant menjue de fruit, fain ne soy n'a il mie. Mez quant il se voit seul, s'a la chiere marrie; Si grant douleur en a qu'il ne soit que il die. Souvint li d'Erchembaut à la maie cuirié, Si com sa mère avoit en sa chambre assaillie Et comme l'ot batue, férue et mal baillie.
De la douleur qu'il a, à haute vois s'escrie : « Venjanche te requier, Dame sainte Marie !
« De chest fel traïtour, qui ma mère a honnie. » La mère Jhesu Crist a sa proiere oie, Qui à ses bons amis fet secours et aïe, Que la forest est si de sa vois retentie Que son père l'oy, qu'il ne demoura mie , Ains courut chele part et Damedieu deprie Que cheli doinst trouver, qu'a tel mestier d'aïe. Se secourre le puet, ja sera s'envale
i 7 i S — 1 747 DOON DE MAIENCE. $$
Pour l'amour Dieu du chiel, qui les bons nen oublie , Qu'il li gart ses enfans et sa bêle mesnie Et sa franche moullier, qui a nom Marguerie.
Le bon quens de Maience, qu'en apeloit Guion, ' Qui, pour s'ame sauver et pour remission, Esthermite nouviaus et en conversion En chele grant forest, qui Ardane a à non, t»
Quant il oï la vois du petit enfanchon , Pour li miex escouter sailli de sa meison ; Et quant perdu en ot et la vois et le son , A genous se geta et dist une oureson :
« Dex, qui pour nous souffris et mort et passion , « Tu me garis ma famé et mon enfant Doon \ « Quer en mon songe ennuit et en avision « Me fu vis que je vi .1. grandisme gaignon, « Fier et noir et velu, de moult fiere fachon, « Qui des cors leur traioit le foie et le pommon ; « Mes enfans me getoit en la mer à bandon « Et la mère lessoit aussi comme en prison.
« Sire Dieu, pour t'amour sui en conversion a Et pour le saint hermite qui tant estoit preudon , « Que je ochis comme fel chi selonc .1. buisson, « Pour chen qu'il me véoit ainsi ma veneson « Et l'en cuidoit lessier aie/ à garison.
« Si feri en lanchant par dessous le menton, a Si que mort l'abati à Puis de sa meison, « Pour chen sui remez chi, Dex, à ta livreson. « S'il te plest, biau dous Dieu, que me fâchez pardon, « Que jamez n'en istrai, de chen t'ai jen fet don , l-{
« Or te requier je, Dieu, par ton saintisme non, « Que me donnez oïr la vois et le cler ton « Que je o! orendroit chà dedens à bandon :
« Moult me sembla Doet, mon petit enfanchon.. »
A chen que le bon quens va Damedieu priant Que il li doinst oïr, s'il li vient à talent, La vois que il oï orains si clerement, Doolin se rescrie trez cler et hautement :
« Biau sire Dex puissant, par le tien saint commant, « Donne moi tant aler que truisse aucune gent, « Qui me fâche aucun bien pour Dieu le roy/ amant > « Que je ne puis ichi pas vivre longuement. » Quant le quens Ta oï, si sailli en estant ; Moult connut bien la vois de Doon son enfant, Mez ne pot crerre pas qu'ainsi voist esgarant. Au plus tost que il peut vint chele part courant Là où il ot l'enfant, qui se va démentant Et sa mère au cler vis moult souvent regretant. Mez li enfes s'assist sous .1. fou verdoiant, lleuc s'est endormi moult très doucheitement, Et son père le va parmi le bois querant.
Tant ala sus et jus et arrière et avant, Qu'à la mer est venu, qui moult va ondoiant, Et trouva le batel à la terre gesant , Et l'autre de ses fis, qui gesoit mort devant. Et quant le quens le vit, s'en ot merveille grant; Nel connut pas tant os*, si pensa longuement.
Quant le quens a l'enfant longuement regardé, De près le vint véir, si l'a bien avisé; Et quant il le connut, si a en haut crié :
« Las ! chetif, mon biau fis, où l'ai je dont trouvé ? « E mi las 1 qui l'a mort et qui le m'a tué ? a Las 1 qui m'a dont chen fet? Las! qui m'a si mené? a Las ! qui m'a mon enfant si à la mort livré ? « Las 1 dolent, qui est chil qui si m'a desrobé « D'un des plus biaus enfans de la crestienté ? « Savari, biau dous fis, mar vous ai engendré,
« Que jamez nen aroi proeiche en mon aél »
Lors sailli devant li en guise de desvé,
Les cheveus se deront, son vis a martelé
Et as ongtez derout et tout esgratîné.
Quant il ot longuement son grant duel démené,
S se rest apensé â loy d'ornme seoé.
En estant se leva, son baston a combré,
En la terre a ileuc tant en parfont cave
Que l'enfant i a mis, moult l'a bien enterré;
De sa main le seigna, à Dieu l'a quémandé,
Puis s'en rentre courant ens u graat bois ramé,
Disant ses ouresons, dont il savoit plenté;
Et quant il ot ainsi une grant pieche aie
Et il ot cha et la pour l'autre regardé,
A li méisme dit et moult a souspiré :
« Ahy! dolent, cbetif, comme or ai comperé
« L'ermite que j'ay mort por ma grant crualtél
« Moult se venge Dieu bien, quant il li vient à gré.
« Bien scei que j'ay oï mon fix Doet l'ainsné.
« Dex, je le te requier par ta grant poosté,
« Que se jen ne le trais, par ma crestienté,
« De douleur me mourrai ains qu'il soit avespré, »
Lors a parmi le bois et cfcerquié et aie,
Plourant, criant, ullant, grant duel a démené,
Et la Dame du chiel a du cuer regreté
Qu'el li rendist son lis , que tant a désiré.
Moult par a grant paour leus ne l'aient trouv[è] ,
Qui aient le sien corps ochis et desmembré.
Tant ala le bon quens que Dex Ta amené
Sous le fou, où il a son bel enfant trouvé,
Le phis bel qu'en trouvast en une roiauté*
Li enfes se dormoit douchement et souef
Et K pères en a Jhesu Crist aoré;
Bêlement fesveilU et si l'a apeié.
$6 DOON DE MAIENCE. i8ij-i848
Li enfez s'esperi , puis si Ta regardé ; Quant son père connut, .1. ris li a geté , Et le bon quens en ot le cuer si très serré Et si gros et si vain pour la grande pité, Que aussi s'esploura corn sel véist tué.
Plus de .c. fois l'en a beisié et acolé ; Puis li a en plourant douchement demandé :
ce Biau très dous fis, qui t'a chi endroit amené , <e Tout seul, sans compengnie et en tel poverté, « En tel terre où il n'a ne pain, ne vin, ne blé ? « Biau fis, ja estez vous du plus grant parenté « De Franche ta Pépin ne de [sa] roiauté, ce Qui vous a si vil ment de vo pais geté ?
ce Ditez le moi, biau fis, si vous en saroi gré.
— Chertez, sire, fet il, bien en diroi verte :
« L'autre jour, quant nous fusmez en nostre chambre entré,
.« Li senescax i vint, Herchembaut de Vautré,
ce Qui ma dame bâti tout à sa volenté.
« Toute la derompî par ire et par fierté,
« Qu'el nel vouloit beisier ne fere tout son gré.
« Quant .je H oi .1. coup de mon archon donné >
ce Il nous carcha tous .111., s'avala le degré-,
« Salemon apela u garding vers le pré,
« Et chjl nous mist tantost en une povre nef.
« Girardin y noia, mon frère le mainsné ,
« Et je pris son coutel, que moult m'avoit grevé :
« Tout issi que Dex m'ot le courage donné,
« .1. petit l'en feri u senestre costé;
ce U quéi en la mer, lors fu asséuré.
« Or nous a cHi U vens u batel arrivé ;
ce Mez frerez ) mourut, tant fusmez afemmé,
ce Et je me mis. u bois, quant fusmez aencré,
ce Tant que Dex a donné que chi vous ai trouvé.
— Biau [ c filz] , (et li preudons, par ma crestienté!
i849-t88< DOON DE MâIENCE. 57
« Chen sera moult trez bien et moult chier comperé. « Le matin mouveron, quant il iert ajourné ; « Herchembaut en pendra, quant nous l'aron trouvé. » Lors le prent par la main et si l'en a mené, JDt meurez de ronchier l'a moult bien saolé, Rachineitez et fruit en ont assez porté.
Quant il sont à l'ostel, s'ont le feu alumé.
« Sire, fet Doolin, où sont li queu aie?
« Je mengeroie bien .1. pouchin escaudé « En oite ou en lart, en poivre haqueré, « Ou de gueline en rost ou d'anguille en pasté. — Biau fis, chen dist li quens, ja sera atourné. « Mez couchiez vous .1. poi ; quant sera apresté « Et nostre chevalier seront tuit assemblé , « Vous serés moult très bien au mengier apelé. Lors se couche li ber, quant il fu apresté; Puis se couche lés lui , que plus n'a demeuré. Et sachiez bien que il n'eurent mie lit bien paré De riche couverture de vert dedens fourré , Mes tel robe comment il orent aporté.
Le .quens dort moult petit , tant a divers pensé ; Tout en a Damedieu à servir oublié.
Et quant vint matin, que il fu ajourné, Entre li et l'enfant sont bêlement levé.
Quant le quens fu levé et le jour esclaira , Son cor prent et son arc et séeites qu'il a , Sa hache et son coutel , que il i aporta , Itel atillement comme cachierres a; Puis sailli de l'ostel , son enfant emmena.
De cheval n'a il point, que il li escapa, Quant le saint homme ot mort et il s'i heberga. Çt s'en vacourouchiés, Herchembaut menacha; Mez pour noient le fet, ja mal ne li fera,
j8 DOON DE MAIENCK. iMa- *9,i4
Que .1. angre du chief contreval devafa;
Devant le conte vint, aine mot ne U sonna,
Mez de la grant clarté le bon quens aveugla ,
Et li angre du pié si grant coup li donna
Que trestout estendu à terre le porta.
Le quens fu si blechié et si fort mehaigna,
Que prez de nonne fu qu'il ne se remua;
Et quant lever se pot , li enfez l'emmena
En Postelet ariere, où il se recoucha.
Onques de tout le jour ne but ne ne menja.
Li enfez ot du fruit, qu'il cuist et brasoia
Ainsi comme son père li dist et enseigna,
Qui goûte ne véoit, ne jamès ne fera ,
Se Dex n'i fet vertu , qui le poveir en a.
Mez Herchembaut le fel le péour en ara,
Se Dex garde l'enfant que il deserita.
Vous Porrés moult très bien, gaires ne demourra.
OÉS, segnurs, pour Dieu le vrai roi droiturier, Comme Dieu sceit et peut son ami avanchier Et l'orgueil du félon mater et abessier.
Poy doit avoir d'esmoi qui Dex veut conseilliez . Et li bons que Dex het se doit moult esmaier. Tout chen vous ai je dit pour le larron murdrier, Qui chel enfant cuida dedens la mer noier Et sa mère au cler vis en .1. feu brasoier, Pour Maience la grant tenir et justisier.
Mes vilain ot on dire en son reprouvier Que en la fin en ont le miex li droiturier.
Bien se gart Herchembaut, qui tant sceit de trichier ! Se Dex garde l'enfant Doolin au vis fier, En .1. jour li mouvra tel noise et tel tempier Desmembré en seront plus de .c. chevalier.
Se vivre puet tant l'enfes qu'armez puisse porter,
»9»î~ »947 DOOtJ DE MâIENCE. 59
Adonc ira véir se il pourra délivrer
Sa mère , que on fist en la chartre geter ,
Et Baudouin le preus, qui tant fet à loer,
Et se il pourroit ja Maience recouvrer,
Qui à son père fu , dont il doit héritier.
Ll quens fu à Postel, où il se reposeit; Tout estoit aveuglé , que goûte ne véoit.
Quant il vouloit mengier, son fis li apportait Chen que en la meson apporté i estoit ; Et sailloient au pain , quant il [lor] defailloit. Quant venoient en Heu où viandes avoit , Herbez, pommez et fruit, tel comme il i creissoit, Li enfez le véoit et le père cueilloit.
Puis l'emmenoit ariere et le père aportoit Le fruit et la rachine, chen qu'atainclre poveit. Le quens iert bien letrés et oresons savoit, Dont Damedieu du chiel le glorieus servoit.
Moult avoit grant ennui , à grant paine s'estoit De chen que par le bois toute jour trebuchoit, Quant apportait la busche dont caufer se devoit. Du froit et du grant fain que pour Dieu enduroit, Et de la grant pitié que de l'enfant avoit, Avoit moult noir le cuer et moult li despleisoit; Mes le grant guerredon que il i atendoit Li fesoit moult grant bien et moult le confortait. Longuement fu ainsi , onques ne se cangeit ; Quant plus disoit de bien et il plus li pleisoit. Et li enfez tous jours amendoit et creissoit. Quant il ot sez .X. ans*, bel enfant y avoit, Cras et gros fu et lonc et bel se déportait.
Le père tout en pès à Postel conréoit Et sa vie et son corps ainsi H soustenoit.
De Tescorche du til bêlez nates fesoit
6o DOGN DÉ MAIENCE. 1948—1980
Et de la mousse seiche par dedens ggu-nissoit, Dont li et son chier père moult chaudement vestoit. Arc avoit fort et bon, dont toute jour trahoit. Escouflez et oisiaus au seir tant aportoit Comme il poveit mengier, quant rosti les avoit; Mez ja n'i éust pain pour chen qu'il ne l'a voit. Sel fesoit de la mer, que au soleil metoit , Dont il fesoit son bon et sa char en saloit.
Tant devint grant et fort et si s'entremetoit , Que son père li quens moult par s'en merveilloit.
Quant Do ot .xim. ans, moult i ot bel enfant. Onques mes ne vit on si bel de son jouvent, Tant sage , ne si preus , ne si aperchevant ; Et quant il en ot .XV., si fu grant durement. La char, que il mengeit au sel si purement, Li donna tel vertu et forche si trez grant Qu'aine Dieu ne fist cheval si fort ne si courant , Ne homme si membru ne de si fier semblant, Camel , beste ne buef de carue traiant, Se du poing le ferist u front par mautalent, Que jamez jour mengast aveine ne fourment.
As chers et as chevreus va par le bois traiant , Tant en prent et ochist corn li vient à talent Et apporte à ostel et escorche esraument , Puis essuie la pel et frote en conroiant Tant que mole devient par son efforchement; Puis si s'en cauche et vest et son père ensement , Qui tous jours prie [Dieu], le vrai omnipotent, Que forche et poveir doinst à Doon son enfant Tant qu'il puisse porter armes et garnement.
Adonc l'envoieroit à Maience la grant Savoir se il pourrait prendre le vengement D'Erchembaut le félon, le cuvert soudoiant,
!9*i--2oi; DOON DE MAIENCE. 6l
Qui sez fis a ochis à ire et à tourment,
Leur mère a en prison, où il la tient vilment
Et Pochist on de fain et de soi ensement.
Au fons d'une tour est moult en parfondement ,
N'i a coûte ne dras, fors feurre tout puant,
N'ele n'i a clarté ne compengne de gent.
Lalanguist à douleur et mourra vraiement,
Se Dex ne la sequeurt , à qui le monde apent ;
Que ses pères est mort et si meilleur parent, '
Le preus quensde Namur, qui ot grant hardement. N
N'i a remez pour lui fors que un seul enfant,
Qui la dame est seur, dont jen vous vois disant.
Mez son fis Doolin en souvint moult souvent,
De la pitié de li pleure moult tendrement.
D'aler pour lui aidier a moult très bon talent;
Mes son père ne peut lessier si feitement,
Pour chen que il est seus et qu'il [ne] v[o]it noient.
S'il ledeguerpissoit, bien soit à escient
Qu'il se mourrait de fain ileuc moult leidement. • *
Mes aler li couvint assez prochainement,
Issi corn vous orrez , se Dex le nous consent.
Se avenir i peut, jel vous di vraiement
Que te* en est or liés, qui il fera dolent.
OÉS, segneurs, pour Dieu et la Virge henourée, Comme est or mainte gent à grant tort sourmenée. Pour la dame le di qui est emprisonnée, La plus très bêle rien qui soit de mère née, Qui est à moult grant tort à la mort apelée Son bon seigneur, qui est à la forest ramée.
Or est à chen venue , ne peut estre escapée Que maintenant ne soit dedens .1. feu getée.
Le quens ot une suer, Susanne iert apelée ; Chele amoit plus le conte que rien qui aine fust née;
En Alemaingne estoit richement mariée.
De la dame li fu la nouvelle contée,^
Qui de la mort son frère a esté acusée ,
Qui ençor est tout vif en la forest ramée :
Jamez joie n'ara si sera estranglée,
Ou dedens .1. grantfeu toute vive getée.
A Maience s'en vint, dolente et esplourée;
Herchembaut apela , con s'el fiist forsenée :
« Sire , que ne m'avés chele putain prouvée
« Getée en .1. grant feu et arse et tourmentée,
« Qui mon frère m'a mort et la geule coupée ?
ce Alez ! vengiés vous ent sans point de demourée,
« Et se chen nen est fet , par la Vierge henourée!
«c Soiez tout aséur mar la véistez née.
— Dame, fet Herchembaut, issi com vous agrée. « Mes la gent du pais iert ainchiez assemblée
« Et li plus haut baron qui sunt en la contrée ,
« Pour chen que ele s'est par devant tous vantée
«-C'un chevalier aura en plache devisée,
a Qui monsterra vers deus au trenchant de Pespée
a Que comme traïtour Pavon emprisonnée. »
Et la dame respont aussi comme desvée :
« Par ichel saint Seigneur qui fist chiel et rousée !
« Ne partirai de vous si sera embrasée.
— Dame , fet Herchembaut , par bonne destinée , « Ainchiez que la quinzaine soit toute trespassée , « Sera ele arse en feu et la poudre ventée. » Lors en a» a pelé Evrart de Galatée ,
.1. chevalier hardi et de moult grant posnée : « Evrart, vous en irés la grant voie ferrée « A Rosey le castel selonc la mer salée.
« Mon frère me dires, [*Droart] Brache quarrée, « Que d'ui en .xv. jours, en vérité prouvée, « Estera Mar guérie de la prison getée
2*48— «079 D00N DE MAIENCB. 6}
« Et sera devant tous à martire livrée. »
« Evràrt, fet Herchembaut, à Rosey en irés , « Mon bon frère Droart avec vous emmerrés.
« Pour cben que je l'ai dit , voeil que ii soit armés « Encontre .!. seul vassal, où que il soit trouvés, « Qui pour ma dame doit ichi estre aprestés « Et deffendre la doit contre .il. adoubés.
« Mez de la grant forest gardés ja n'i entrés, a Que se vous estez ens, jamez jour n'en istrés. » Chertés voir fi a dit, ainsi corn vous orrés; Quer il i entrera, le fol maléurés , Doolin trouvera, qui noier fu portés , Qui de Maience doit estre droit héritez, Mez à grant tort en est decachiés et getés ; Evrart encontrera ains [qu'il] soit retournés , Chen sera li premiers de la guerre estriennez.
Evrart s'est atourné, que plus n'i demoura ; Et Herchembaut le fel sez leitrez li bailla, Où la traîson iert, que le fel manouvra.
Mez Evrart s'arma bien, que anemis i a, E fu sus .1. cheval qui moult tost le porta.
.1. garchon devant li u chemin encontra; Mez tant i ot de bois que ains ne s'i garda ; Si fu en la forest, que on li devoia.
Or est à chen venu que jamez n'en istra, Se merveille nen est , si com vous orrez ja.
La forest fu moult grant et il tous jours erra ; Quant il s'en cuide issir et il plus i entra. Onques ne s'aperchut, ne il ne s'i garda Tant que Doon l'enfant devant li encontra, Qui .1. chevreus entier en son col emporta.
Et quant Evrart le voit, son serjant apela :
ce Vois tu là chu vilain, qui nous vient par dechà ,
« .1. cheryeus à son col ? Fier pautonnier i a.
« Va tost et si li toil, puis t'en retourne chà.
ce N'a von rien à mengier, semprez anuitera;
« Par le mien ensient, grant mestier nous ara.
— Sire, fet le vallet , ainsi com vous pleira. »
A Doet est venu, onques nel salua;
Mez quant fu devant li, fièrement dit li a :
« Vilain, lai le chevreul 1 mon segneur, que voi là,
« Le te couvient donner, ja gré ne t'en sara. » ^
Et Doolin respont : « Dehe ait qui li donra , - -
« Ne qui pour li .1. oef , ne pour vous, en ferai
« Je ne sui pas vilain : le bon quens m'engendra ,
« Qui Maience tenoit et encor la tendra,
« Se li vient à pleisir, que le poveir en a. »
Et quant chil l'entendi, moult par se merveilla;
Ne le crut de noient, mez envers li ala,
Li cherveus a saisi, que tolir li cuida.
Quant Doolin le voit, moult par s'en couroucha ;
Lez iex li sunt rougis et le vis li mua ;
De mautalent qu'il ot le vis li embrasa.
Le chevreul à .11. mains par la teste combra,
Par moult grant mautalent contremont le leva,
Si en feri cheli et tel coup li donna
Dessus la teste amont, que le col li bruisa.
Chil quéi estendu , que nul mot ne sonna ,
Et déable d'enfer l'esperit emporta.
Quant Evrart l'a véu, pour poi ne forsena.
Dez espérons trenchans le bon cheval hurta ,
Chele part vers le bois, vers Doon, s'en tourna
Et a mise la main au branc qui bien trencha,
Doon cuida ferir, mez il guenchi li a.
Au recour que il fist li enfez s'abessa
A .1. perron agu, qui durement pesa,
2114—1147 DOON DE MaIENCÏ. 65
Sus l'esca le feri si que tout le froissa , En .ii.piechez le fent et le bras li bruisa; Si trez vilainement à terre ie porta Que par .1. petitet le cuer ne li creva.
Quant Evrart fu quéu, en piez se releva, Le branc u destre pong, à Doet escria :
« Ahy 1 fel desloial, or i monrrés vous ja, « Mon serjant m'avez mort, mez il vous coustera, « Que là teste en perdrez, gairez ne demourra. » Quant Doolin l'entent, gairez ne le prisa.
Le chevreul posa jus, derier li esgarda Et trouva .1. grant fust; tantost si abessa, A .il mains le saisi, ie mauvez en bruisa, Puis le tint entesé, encontre li ala.
Grant et gros fu et lonc, moult bel enfant i a; La char dont ot vescu tel forche li donna Que la terre sous li brandist toute et croulia. « Fin à putain, fet il, véés le cherveul là « Que vous tantcouvoitiés et cousté tant vous a « Que le bras en perdrez, qui mez ne soudera , . « Et vo serjant voi mort , qui tant servi. vous a. « Moult grant honte en ares, quant on en parlera, « Se vous net le vengiez et il chi remaindra. . . « Moult est bon le cherveus, veesquel regnon il a; « De désir en mourrez , si n'en mengerès ja. » Evrart Ta entendu, pour pot ne marvoia; Se vengier ne se puet, esragier cuidera.
Seure li est couru , que grant mautalent a , De son branc esmouîu bien ferir le cuida. Doolin son baston encontre li haucha , Et chil i feri si que .1. trons emporta.
Doés le remenant encontremont leva , Deseur le heaume amont si grant coup li donna Quel chercle en fet voler, trestout li embarra. Dooa de Maieace. 5
Li oeil H sunt sailli , li cheroaus en vola ;
Chil quéi mort as dens, queonques ne parla.
Quant Doés l'aveu, en riant dit li a:
« Vassal, tant avez fet mes rien ne vous faudra ;
ce Quant que soit chier le temps, ja marvousen chaudra ;
« Ne serez en espens dont on vous vestira.
« Encor ay mon cherviaus , qui grant bien me fera ;
« Sel me demandissiés , vous n'i fausissiés ja.
ce Qui tout couvoite avoir tout pert , ja n'i faudra.
«Mes chu très bon cheval, que je voi qui pest là,
« Et li escu doré , qui orains dépêcha ,
ce Et li [heaume] doré , qui si luist et luira ,
a Et la cote de fer, où maint anelet a ,
<c Et l'espée d'achier, qui mon baston coupa,
c Ne vous remaindra pas, par Dieu qui tout forma! »
Le heaume de son chief maintenant li osta;
De cauchez, de hauherc, trestout le desarma.
Nature li aprist et enging que il a.
Une boiste en son sain moult trez bêle trouva,
Leitrez avoit dedens; en son sain les bouta
Et dit que à son père à l'ostel les donra,
Qui est moult riche clerc et bien les connoistra ;
Se il ne voit Pescript, qu'il le devisera,
Ainsi com Jhesu Crist à savoir li fera.
L[i] enfez si dist voir, que il i trouvera
Ainsi comme Herchembaut la dame emprisonna
Et que par .1. vassal délivrée sera,
Qui contre .11. armés en camp se combatra.
Se avoir ne Pi peut , traînée sera
En tresqu'à .1. grant feu , où on la bruira.
Quant le sara Pi quens , grant douleur en ara.
Son bel fis Doolin aler i couvendra,
Qui contre .11. barons sa mère deffendra
En .1. camp arami devisé grand piech'a.
2i82—22i( DOON DE MAIEHCE. 67
Pour chen est à semblant que Dex li envoia
Chel félon traïtour, qui chez leitres porta,
Et pour armez avoir, dont il nullez nen a,
Et pour cheval avoir, qui là le portera.
Mez ainchiez qu'il i soit, assez meilleur ara,
Qui li sera donné ou que il conquerra.
Or orrés ja comment il en esplo itéra.
Les cauchez lâcha tost , que plus n'i demoura ,
Et vesti le hauberc et le heaume ferma,
L'espée prist à terre, moult très tost l'enfeurra,
Puis l'a chainte à son lés , si comme il véu a
Que le glout la portoit, quant il à li jousta.
Lors va tant par le bois que le cheval trouva,
Par lez resnez le prist, arrière le mena;
Son chevreul maintenant sus le col li troussa,
Puis met pié en l'estrief , vistement i monta,
L'escu gete à son col, que déterre leva;
Onques mez arméure ne vit, ne ne s'arma ;
Mez nature l'aprist et Dieu, qui l'enseigna.
Moult a bon compengnun qui Damedieu i a;
Qui il veut conseiller, ja honni ne sera.
Quant Do se sent armé, moult s'en esléeicha,
Le cuer li resjoïst et fierté li doubla.
De sa mère tantost au cuer H ramembra,
Qu'Erchembaut le félon devant li leidenja,
Et li cuida noier, quant Dex l'en escapa.
De l'ire qu'il en ot trestout se hericha - t
Damedieu a juré, qui le monde créa ,
Que jamez chil bernois de li ne partira
S'ara mort Herchembaut, qui deserité l'a,
Et sa mère vengié, que il si mal mena,
Puis s'est seignié, aprez à Dieu se quémanda.
Espérons ot caucbiés, dont le cheval hurta,
Et le cheval s'esmut et li cherveus branla.
Le destrier ot paour, si trez fort regiba ,
Si angoisseusement et si se démena
Doolin ot paour et l'archon empoigna;
Se Dex ne le tenist, il n'i arrestast ja.
Mez il s'estut .1. poi, le cheval s'aquéa,
Puis s'en va bêlement tant que il s'avisa
Son père , qui tastant encontre li ala.
Quant il ot le cheval venir, qui fereta,
Durement en son cuer et fort se merveilla ,
Qu'onques mez homme né ne vit ne n'escouta
Fors son fis tout à pié, que trop li demoura.
Moult par se merveilla le père durement , Qui estoit aveuglé, si ne véoit noient. Il s'escria en haut moult effréé[e]ment :
« Qui est chen que je oi à cheval chi devant ? — Biau père, chen sui jen, dist li enfez riant. « Jen vous conterai ja aventure moult grant.
« Orains, quant je venoie .1. cherveul aportant, a .1. vassal encontrai armé moult richement.
« Mon chevreul me cuida toi ir par mautalent « Et jen si l'ai ochis sus mon corps dépendant. « Le cheval ay o moi et tout li garnement, « Dont jen me sui armé moult bel et richement , « Et sui sus le cheval grant et fort et courant. « Se or i véissiez, moult m'alast bêlement; « En no païs arrier alasse isnelement , « Pour ma mère vengier à M ai en ce la grant , « Que je vi démener si trez vilainement a Au félon Herchembaut, que le corps Dieu gravent, « Et batre et traîner et leidengier vilment.
« En avision voi le sien corps moult souvent « Grant martire souffrir et vivre povrement : « Dex li fâche secours par son quemandement !
2249—2a82 DOON DE MAIENCE. 69
ce Vous ne puis je lessier, que ne véés noient.
ce De quoi vivriez-vous ? Ja mourrez temprement. »
Lors ploura Doolin si angoisseusement
Parmi le vis li vont les lermez deschendant.
Son père devant li repleure tendrement,
A genoullons s'est mis droit encontre orient ,
Damedieu depria moult ententivement :
« Biau sire Dieu , fet il , autresi vraiement
ce Corn tu féis le chiel et la terre ensement
oc Et quanque il i a et quanqu'il i apent ,
« Et que tu me féis de mez iex non voiant ,
« Que t'avoie failli et menti de noient
« De demourer ichi à estre mon jouvent,
ce Sire, si corn ch'est voir, par ton quemandement
ce Tu me donnes véir une fois mon enfant ,
ce Doolin mon biau fis, que je aim itrestant,
ce Que je Poy et nel voy devant moi en présent ,
« Par .1. seul petitet que le cuerne me fent. »
Lors se pasme li quens, à la terre s'estent.
Quant Do le vit chéu , de son cheval deschent ,
Le heaume deslacba tost et isnelement ,
A son père est venu , qui s'aloit debatant ,
Guida que il fust mort sans nul recouvrement.
En séant le leva , sel beisa douchement ,
Et s'escria si haut le haut bois en retent.
Mez Dieu qui piteus est , qui arrive sa gént,
Fist ileuc .1. miracle moult trez apertement,
Si corn son pleisir fu et li vint à talent.
Et le quens resperi, qui angoisse avoit grant,
Et ouvri ses biaus iex et vit si derement
Comme il ot ains véu à jour de son vivant.
Quant il voit Doolin, que il désira tant,
Grant et fort et membru et armé richement,
Eût vis qu'il ot grant, cler et frès et riant,
Le destrier ot paour, si trez fort regiba , Si angoisseusement et si se démena Doolin ot paour et l'archon empoigna ; Se Dex ne le tenist , il n'i arrestast ja.
Mez ii s'estut .1. poi, le cheval s'aquéa, Puis s'en va bêlement tant que il s'avisa Son père , qui tastant encontre li ala.
Quant il ot le cheval venir, qui fereta, Durement en son cuer et fort se merveilla, Qu'onques mez homme né ne vit ne n'escouta Fors son fis tout à pié, que trop li demoura.
Moult par se merveilla le père durement , Qui estoit aveuglé, si ne véoit noient.
Il s'escria en haut moult effréé[e]ment :
« Qui est chen que je oi à cheval chi devant ? — Biau père, chen sui jen, dist li enfez riant. « Jen vous conterai ja aventure moult grant.
« Orains, quant je venoie .1. cherveul aportant, a .1. vassal encontrai armé moult richement.
« Mon chevreul me cuida tolir par mautaîent « Et jen si l'ai ochis sus mon corps défendant. « Le cheval ay o moi et tout li garnement , « Dont jen me sui armé moult bel et richement, a Et sui sus le cheval grant et fort et courant. a Se or i véissiez, moult m'alast bêlement; a En no pais arrier alasse isnelement , « Pour ma mère vengier à Maience la grant, a Que je vi démener si trez vilainement « Au félon Herchembaut, que le corps Dieu gravent, « Et batre et traîner et leidengier vilment.
« En avision voi le sien corps moult souvent « Grant martire souffrir et vivre povrement : « Dex li fâche secours par son quemandement 1
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« Vous ne puis je lessier, que ne véés noient.
« De quoi vivriez-vous ? Ja mourrez temprement. »
Lors ploura Doolin si angoisseusement
Parmi le vis li vont les lermez deschendant.
Son père devant li repleure tendrement,
A genoullons s'est mis droit encontre orient ,
Damedieu depria moult ententivement :
« Biau sire Dieu , fet il , autresi vraiemeat
« Corn tu féis le chiel et la terre ensement
a Et quanque il i a et quanqu'il i apent,
« Et que tu me féis de mez iex non voiant ,
« Que t'avoie failli et menti de noient
« De demourer ichi à estre mon jouvent,
« Sire, si corn ch'est voir, par ton quemandement
« Tu me donnes véir une fois mon enfant ,
a Doolin mon biau fis, que je aim itrestant,
« Que je l'oy et nel voy devant moi en présent ,
« Par .1. seul petitet que le cuer ne me fent. »
Lors se pasme li quens , à la terre s'estent.
Quant Do le vit chéu , de son cheval deschent ,
Le heaume deslacha tost et isnelement ,
A son père est venu , qui s'aloit debatant ,
Cuida que il fust mort sans nul recouvrement.
En séant le leva, sel beisa douchement,
Et s'escria si haut le haut bois en retent.
Mez Dieu qui piteus est, qui arrive sa gént,
Fist ileuc .1. miracle moult trez apertement,
Si corn son pleisir fu et li vint à talent.
Et le quens resperi, qui angoisse avoit grant,
Et ouvri ses biaus iex et vit si derement
Comme il ot ains véu à jour de son vivant.
Quant il voit Doolin, que il désira tant,
Grant et fort et membru et armé richement,
Et'le vis qu'il ot grant, cler et frès et riant,
Le destrier ot paour, si trez fort regiba , Si angoisseusement et si se démena Doolin ot paour et Parchon empoigna ; Se Dex ne le tenist , îl n'i arrestast ja.
Mez il s'estut .1. poi, le cheval s'aquéa, Puis s'en va bêlement tant que il s'avisa Son père , qui tastant encontre li ala.
Quant il ot le cheval venir, qui fereta, Durement en son cuer et fort se merveilla , Qu'onques mez homme né ne vit ne n'escouta Fors son fis tout à pié, que trop li demoura.
Moult par se merveilla le père durement , Qui estoit aveuglé, si ne véoit noient.
Il s'escria en haut moult effréé[e]ment : « Qui est chen que je oi à cheval chi devant ? — Biau père, chen sui jen, dist li enfez riant. « Jen vous conterai ja aventure moult grant.
« Orains, quant je venoie .1. cherveul a portant, a .1. vassal encontrai armé moult richement.
« Mon chevreul me cuida tolir par mautaîent « Et jen si l'ai ochis sus mon corps deffendant. « Le cheval ay o moi et tout li garnement , a Dont jen me sui armé moult bel et richement, « Et sui sus le cheval grant et fort et courant, a Se or i véissiez, moult m'alast bêlement; « En no païs arrier alasse isnelement , « Pour ma mère vengier à Maience la grant, a Que je vi démener si trez vilainement a Au félon Herchembaut, que le corps Dieu gravent, « Et batre et traîner et leidengier vilment.
« En avision voi le sien corps moult souvent « Grant martire souffrir et vivre povrement : oc Dex li fâche secours par son quemandement !
2249—2a82 DOON DE MAIENCE. 69
« Vous ne puis je lessier, que ne véés noient.
« De quoi vivriez-vous ? Ja mourrez temprement. »
Lors ploura Doolin si angoisseusement
Parmi le vis li vont les lermez deschendant.
Son père devant li repleure tendrement,
A genoullons s'est mis droit encontre orient ,
Damedieu depria moult ententivement :
« Biau sire Dieu, fet il, autresi vraiement
ce Corn tu féis le chiel et la terre ensement
ce Et quanque il i a et quanqu'il i apent ,
« Et que tu me féis de mez iex non voiant ,
a Que t'avoie failli et menti de noient
« De demourer ichi à estre mon jouvent,
« Sire, si corn ch'est voir, par ton quemandement
« Tu me donnes véir une fois mon enfant ,
a Doolin mon biau fis, que je aim itrestant,
« Que je Poy et nel voy devant moi en présent ,
« Par .1. seul petitet que le cuerne me fent. »
Lors se pasmeli quens, à la terre s'estent.
Quant Do le vit chéu , de son cheval deschent ,
Le heaume deslacba tost et isnelement ,
A son père est venu , qui s'aloit debatant ,
Cuida que il fust mort sans nul recouvrement.
En séant le leva, sel beisa douchement,
Et s'escria si haut le haut bois en retent.
Mez Dieu qui piteus est, qui arrive sa gént,
Fist ileuc .1. miracle moult trez apertement,
Si corn son pleisir fu et li vint à talent.
Et le quens resperi, qui angoisse avoit grant,
Et ouvri ses biaus iex et vit si derement
Comme il ot ains véu à jour de son vivant.
Quant il voit Doolin, que il désira tant,
Grant et fort et membru et armé richement,
Eiïe vis qu'il ot grant, cler et frès et riant,
Le destrier ot paour, si trez fort regiba ,
Si angoisseusement et si se démena
Doolin ot paour et l'archon empoigna ;
Se Dex ne le tenist, il n'i arrestast ja.
Mez il s'estut .1. poi , le cheval s'aquéa ,
Puis s'en va bêlement tant que il s'avisa
Son père , qui tastant encontre li ala.
Quant il ot le cheval venir, qui fereta,
Durement en son cuer et fort se merveilla ,
Qu'onques mez homme né ne vit ne n'escouta
Fors son fis tout à pié, que trop li demoura.
Moult par se merveilla le père durement , Qui estoit aveuglé, si ne véoit noient.
Il s'escria en haut moult effréé[e]ment :
« Qui est chen que je oi à cheval chi devant ? — Biau père, chen sui jen, dist li enfez riant. « Jen vous conterai ja aventure moult grant.
« Orains, quant je venoie .1. cherveul aportant, a .1. vassal encontrai armé moult richement.
« Mon chevreul me cuida tolir par mautaîent « Et jen si l'ai ochis sus mon corps deffendant. « Le cheval ay moi et tout li garnement, « Dont jen me sui armé moult bel et richement, « Et sui sus le cheval grant et fort et courant, a Se or i véissiez, moult m'alast bêlement; « En no pais arrier alasse isnelement , « Pour ma mère vengier à Maience la grant, a Que je vi démener si trez vilainement ce Au félon Herchembaut, que le corps Dieu gravent, « Et batre et traîner et leidengier vilment.
« En avision voi le sien corps moult souvent « Grant martire souffrir et vivre povrement : ce Dex li fâche secours par son quemandement 1
« Vous ne puis je lessier, que ne véés noient.
« De quoi vivriez-vous ? Ja mourrez temprement. »
Lors ploura Doolin si angoisseusement
Parmi le vis li vont les lermez deschendant.
Son père devant li repleure tendrement,
A genoullons s'est mis droit encontre orient ,
Damedieu depria moult ententivement :
« Biau sire Dieu , fet il , autresi vraiement
« Corn tu féis le chiel et la terre ensement
oc Et quanque il i a et quanqu'il i apent ,
a Et que tu me féis de mez iex non voiant ,
a Que t'avoie failli et menti de noient
« De demourer ichi à estre mon jouvent,
« Sire, si corn ch'est voir, par ton quemandement
« Tu me donnes véir une fois mon enfant ,
a Doolin mon biau fis, que je aim itrestant,
a Que je Poy et nel voy devant moi en présent ,
« Par .1. seul petitet que le cuerne me fent. »
Lors se pasme li quens, à la terre s'estent.
Quant Do le vit chéu , de son cheval deschent ,
Le heaume deslacba tost et isnelement ,
A son père est venu , qui s'aloit debatant ,
Guida que il fust mort sans nul recouvrement.
En séant le leva, sel beisa douchement,
Et s'escria si haut le haut bois en retent.
Mez Dieu qui piteus est, qui arrive sa gènt,
Fist ileuc .1. miracle moult trez apertement,
Si corn son pleisir fu et li vint à talent.
Et le quens resperi, qui angoisse avoit grant,
Et ouvri ses biaus iex et vit si derement
Comme il ot ains véu à jour de son vivant.
Quant il voit Doolin , que il désira tant,
Grant et fort et membru et armé richement,
Et % le vis qu'il ot grant, cler et frès et riant,
Et lez cheveus du chief à fin or resemblant,
Onques si bel enfant ne vit en son vivant.
De la joie qu'il a à Dieu grâces en rent :
« Biau sire Dieu, fet il, or sui à ton talent
« De mon corps, qu'or ai jen quanque je te demant. »
Lors s'en vont à Postel grant joie démenant.
Ll pères et li fis sont à Postel râlé.
Doolin au cheval a de l'ërbe donné, Puis a son corps pleisant vistement desarmé.
De son sain traist la boiste, s'a le séel combré Là où les leitrez furent, son père l'a moustré. Li quens bruisa la chire, s'a es leitrez trouvé Que Herchembaut le fel, qui fi tel cruauté, Qui senescal estoit de toute la chité , A son frère mandoit, qui ja jour n'ait santé, Que à Maience viengne , la nobile chité ; Que il couvient qu'il soient il dui en champ armé Encontre .1. preus vassal richement atourné Que la contesse i doit avoir tout apresté; Que li traïtour tuit estoient acordé Que on Tarde en .1. feu , plus n'i ait demouré; D'ileuc en .XV. jours li ont le jour donné Que son chevalier ait, se il li vient à gré, Et se ele ne l'a , tout est de lui aie ; Hardiement i viengne Droart à sauveté, Quer au fons d'une tour ont le sien corps geté ; Conseil ne puet avoir d'omme de mère né, Tuit sunt mort et feni chil de son parenté, Ja n'i aura secours, tout aront achevé ; Maience et le païs ont il tout conquesté, Que si hardi n'i a qui ait encontre aie ; Li enfant sont noie et à honte livré, Que dedens la mer sunt ens u parfont rué.
Quant le quens ot l'escrit véu et regardé, Son enfant regarda, si en a tel pité, Des biaus iex de son front a tendrement plouré. « Ahy 1 fet il, biau fis, comme or ai mal ouvré, a Quant je ving chi cachier en chest grant bois ramé, « Où chest hermite ochis par ma grant foleté 1 « Partir ne m'en puis mes , si Tarai amendé « Vers Dieu nostre segneur, à qui je l'ai voué. »
a Biau fis, chen dist le quens, moult par puis estre irés, • « Quer en ma grande coupe estes deserités « De Maience la grant, dont fu sirez clamés; « Que li fel desloial, traître parjurés, « Doit vostre mère ardoir, le jour est devises, « Pour chen que ele n'a homme tant soit osés « Qui contre .11. en champ viengne trestout armés, « Ne qui la deffendist de la desloiautez a Que à tort li met sus li traîtres prouvés; « Quer il dit que, l'autre an que je fu chi remez, « Que l'ermite ochis pour qui sui si irés , « Que ele m'avoit mort et que je iere enterrés « Pour .1. homme qu'ochist, qui ileuc fu remés, « Et chen fu ainsi voir, biau fis, coin vous oés. a Pour chen sui moult destrois, courouchiés et troublés, « Que ja conseil par moy ne l'en sera donnez. — Père, fet Doolin , or ne vous démentez.
« Puisque Dieu a donné que la véue avés « Et que bien dezormès sans moy vous chevirés, « A Maience en iroy, qui est nostre hérités, « Que je ai bon cheval et si sui bien armés « Et sui fort et legier, ja mar en douterés.
« Si verroi le païs, dont vous chi me contés, « Don je doi estre sire, se vous le quémandés, « Et serai ens u camp, au jour, qui est nommés,
J2 DOON DE MAIENCE. aj 4 9— *)*l
a Contre lez .H. barons que vous me devises.
« Ou soient .m. ou .un., tant corn vous ja voudrés,
« Se je recule ja .iiu. pies mesurés,
« Quant seroi revenu , voei) que vous me pendes ,
« Que à mourir ai jen, si corn vous dit avés.
« Ja pour peur de mort ne seroi jour blasmés,
ce Recréu ne mauves ne couart apelés.
ce Ja chevalier couârt ne doit estre henourés,
« Ne à court de baron avant trais ne menés;
« Ne fet fors soy honnir et maint en grant viltés. »
Quant son père l'oï, sel regarda assés,
De chen qu'il H ot dire fu tout espaontez.
« Biau fis, fet le baron, chez mes où les [éprenez] ?
ce Qui vous à chen apris et comment tes trouvés ?
« Nature vous aprent et Dieu, que vous amez,
« Qui vous avanchera, se bien vous i fiés.
« Mez d'aler ent si sens, biau fis, ja ne parlés,
a Ne d'aler contre .11. jamez ne vous vantés;
« Que chit est moult prisiez et moult est aloses
« Qui en puet mater .1., puis qu'il est adoubez.
« Fix, se vous estez grant et biaus membres avez,
a Enfes estez encore, si n'en estes usés.
ce De vos armes pesans sériés encombrés
«c Et du cheval mener maternent enserrez.
« Tel Fuse tout son temps qui mal en est usés.
<x Vous n'avez que .xvi. ans, se çhestui est passés,
a Et Herchembaut est fort et fier et adurés,
a Que plus fier ne plus fort s'a en .il. royaultez;
« Vous demourés , beaul filz, enepres pas n'yrés. "
« Dieu, le bon roy puissant à qui me suis donnez,
« Y puisse estre pour vous par, ses grandes bontez!
— Sire, dit Doelm, de ce ne doubtez mie, « Je n'en prendroye pas tout L'or de Lombardie,
238*— »4»J DOON DE MAIENCE. 7}
« Qu'à ma mère ne face et secours et aye.
« Ce je nul homme voy qui de rien me deffie, « De mon branc esraoulu, dont H acier flambie, ce Luy donray si grant cop que jusques en l'oye « Je le pourfenderay, par my la Dieux aye. »
Quant le père Tentent, chère n'ot qui n'en rie; Conseil requiert à Dieu, le filz sainte Marie, Car en luy s'en atent et en luy tout se fie.
« Père, dit Doelin, et qu'alez vous querant?
ce Qui Dieu a à ami , que va il reculant ?
a II vous a ralumé, tant a il vertu grant, « Sy que lussiez la lettre que j'alay aportant; « Pour quoy codez vous donques qu'il m'ait fait si très grant» « Si fort ne sy membru ne de sy fier semblant? a Certes, c'est pour venger le martire pesant ce Que ma mère a souffert par encombrement grant ; ce Et je la vengeray, ce Dieu vient à commant, « Si que bien le sarés; n'yra mie tardant, ce Et ce n'estoit ma mère ne rien apartenant, « Maiz que fust noble dame et preude et souffisant, « S'aroit elle secqprs de moy, je vous créant. » Quant son père l'oit, si le Ya acôllant; 1 Des piteux moz qu'il dit va tendrement plorant. Ne se scet conseiller; maiz à Dieu le puissant Va prier de bon citer, ses, mains vers oriant ; Et à sa doulce mère aussy fut suppliant Qu'elle luy doint conseil par son digne commant.
« BEAULfilz,ceditle conte, puisqu'alert'envourras, « Et bien voy que pour my mie ne demourras, « Et sy dis qu'à ces deux sy bien te combatras v « Et ta mère au.cier yiz de prison jetteras, « Le çongié t'en donray» et ja tu n'y faurras*
« Or .y va, de par Dieu et de par sairil Thomas,
« Qui te vueille advancer, quant au païs venras.
« Tu demourras meshuy et demain partiras.
« A l'issir de ce boiz, vive eaue trouveras
a Que passeras à nef, einsy oultre seras.
« Quant seras d'autre part, .1. grant chaste! verras,
a Le seigneur du chastel tantost demanderas;
« C'est mon frère germain. Adonq, luy conteras
« Comment je suis vivant et où tu me laissas.
« De ta mère luy dy comment pour elle vas.
« Il sera moult courcé quant le fait luy diras.
« Chevalier te fera, car tu l'en requerras,
« Et par luy du fait d'armes assez tu aprendras.
« Quant seras bien apris, de là te partiras,
« D'armures bien garny, et bon cheval aras.
« Congié prens de ton oncle, quant de là partiras,
« Et puis va ton chemin, tant que tu y seras.
« Ta voie à bonnes gens tous dis demanderas ;
a Ja à nul estranger tu ne te fieras.
« Chascun jour, beaul doulx filz, la saincte messe aurras,
« Et donne aux povres gens aussi , quant tu Taras , -
« Car Dieu te rendra tout; au double le raras.
« Soiez largez à tous; car, tant plus tu donras,
ce Plus acquarras d'onneur et plus riche seras;
« Car n'est pas gentilz hons cil qui est trop eschars,
« Qu'en la fin tout ne perde, et meurt chetif et las; .
« Maiz donne sans promettre là où que tu pourras.
« Salue toutes gens , quant les encontreras , .
« Et ce tu acroiz rien , voulantiers le pairas ;
« Et ce paier ne peux , respit demanderas.
« Quant venras à l'ostel, mie ne tenseras,
« Maiz lïé et joyeulx en l'ostel entreras.
« A l'entrer à l'ostel , moult hault t'estousseras ;
a Tel chose y peut avoir que point tu ne verras ;
« Ne te coustera rien, puis que ne le saras,
a Et plus t'en ameront ceulx que là trouveras. * J
« Beaul filz, à ton voisin point ne te melleras; Z : --[
« Devant nulz aultres gens à luy ne tenseras ;
« Car, ce riens scet de toy, tout maintenant l'orras,
« Et Tara tel oûy, dont vergongneus seras.
« Qui ja nen sevent rien , ce tu scez , parle bas ;
« Et, se tu es à court, aux tablez joueras;
« Ce tu scez beaulx depors , après les monstreras ;
« Plus en seras prisez et plus t'essauceras.
« Jamais noise au moustier ne monstrez ne nul gas;
« Ce font les mescréans que Dieu n'y aime pas.
« Honnore tous les clercs , et bel leur parleras ;
« Mais lesse leur du tien le moins que tu pourras,:
« Quant plus aront du tien , plus gabez en seras ;
« Quant Paras enrichy, jamais n'en joyras.
« Et ce tu veulx saulver quanque d'onneur tu as,
« Si ne t'entremez point de ce que ne saras ,
« Ne maistre ne t'en faiz devant qu'apris Taras.
« Et ce tu as varlet, gard que ne Passiez pas
« A table delez toy , n'avec luy ne gerras ;
«c Car quant à ung musart plus grant honneur feras
« Et plus te tenray vil ; bien t'en appercepvras.
« Et quant tu saras rien que celer tu vourras ,
« Ne le dy à ta femme nulement, ce tu l'as;
« Car ce elle le scet, tu t'en repentiras
« Au premier desplaisir que tu maiz luy feras ;
« Tu l'en doubteras tant qu'en son dangier seras,
a Jamaiz par mautalent parler n'y oseras ;
« Sur toutes aultres choses de ce te garderas. »
Lors le fiert de la paulme sur le viz , qu'il ot gras ,
Puis luy a dit : « Beaul filz , bellement et par gas
« Pour ce t'ay je féru que ja ne l'oubliras. »
Lors le mit en son cuer, ne le mescroiez pas;
Puis luy a dit le conte : « Ce sens de moy tenras. « Et se tu fiers le chien , quant tu rencontreras , « Ce il ne t'a mettait, sachez que mal feras; « Chascun dira de toy : Cestuy n'ame je pas ; « Car en luy n'a pité ne qu'il ot en Judas.
« Beau! filz , atant te couche et demain lèveras : « Qui trop dort au matin , maigre devient et las , « Et sa journée en pert, sy n'en amende pas. »
AlNSY le gentil conte a son filz recordé , Et plus luy dit encores que je n'ay racordé.
Trestout einsy parlant, sont à l'ostel aie.
Doelin a son corps maintenant desarmé ; Son père luy aida, qui en ot grant pité.
Au cheval puis après a de Perbc donné , Et Doelin le preux a le fu alumé. De la char du chevreu a il là apporté , S'en fit ung grant hastier et si l'a bien salé. Esramment en mangue tout à sa voulante , Et sy but largement de l'eaue du fosàé; Maiz il n'ot point de pain d'avoine ne de blé ; Passé avoit .ix. ans qu'il n'en avoit mangé.
Rassinettes et fruit, dont il y a plenté, Mangue le bon conte , qui mult a enduré.
Et quant ont entre eulx .11. courtoisement soupe, Hz alerent coucher, quant il fu avespré.
Quant ce vint au matin, que soleil fu levé, Doelin a tantost son cheval ensellé Et luy a miz le frain. Moult y a demouré, Jamaiz il ne Féust bien ne bel atourné; Maiz son père luy a tout bellement monstre.
Quant son cheval fut prest, son corps a bien armé» Les chausses a chausséez, le haubert endossé, Le heaulme a ou çhjef tout maintenant posé ,
2 S i S lj48 DOON DE MAIENCE. 77
Puis a sainte l'espée au senestre costé
Que son père le conte avoit là apporté
Quant il vint pour chasser en ce grant boz ramé,
Et qu'il ocist l'ermite, dont je vous ay conté.
Tant fut riche le brant et de sy grant bonté,
Qu'on ne trouvast meilleur en la crestienté.
Se Dex garist l'enfant et maine â sauveté,
Herchembaut en sera courouchié et iré.
Vous l'orrez moult trez bien ains que j'aie chanté.
La ventaille lâcha et le heaume gemé ,
Et son père l'en a moult bien endoctriné.
Puis a le bon cheval hors de la court mené,
Là est monté dessus par son pestrief] doré.
Et son père li a son escu apporté ,
Qui estoitdepechié, mes il l'otremendé,
Et Doolin li preus la à son col geté.
« Biau fix, fet li quens Gui , qui l'avoit engendré,
« Or lessîez .1. poi courre bêlement et souef
« Le plus plain de chest bois , pour sainte carité 1
« Se Damedieu donnoit, le roy de majesté,
« Que tu lusses adroit u cheval pommelé,
« Moult seroit mes mon cuer à plus grant séurté. »
Lors li a .1. perquant dedens la main planté
Et li enfez l'a pris , le cheval a hurté ,
Son escu à moult bel devant son pis tourné,
Ainsi corn Damedieu li ot u cuer bouté
Et corn li quens li ot son père quémandé.
Et le cheval s'en va,* si corn il l'a mené,
Vers .1. fou grant et fier, parcréu et levé;
Et quant il en fu près, si l'a mûult bien visé,
De la perche pesant i a tel coup donné
Que li tronchon en sont encontremont volé.
Et li enfez moult bel a outre trespassé ,
Puis a trait le bon branc trenchant et afilé.
78 DOON DE MAIENCE. lî49— a$$i
Nature li donna tele ire et tel fierté
Et chen qu'il li souvint d'Erchembaut le maufé,
Qui sa mère mena à si très grant vilté.
L'ire que il en ot Ta si fort tourmenté .
Que chen li est avis , de fi et de verte ,
Que chen soit Herchembaut à qui il a jousté;
Et pensa en son cuer : « Se Dex m'envoit santé ,
« James joie n'arai si t'arai tourmenté. »
Au fou est revenu , tel coup i a donné
De son branc esmoulu, trenchant et amouré,
Qtfe il le mist dedens plus d'un pié mesuré.
Puis refiert et refiert par ire et par fierté.
Ne cuit qu'il finast mes, si Péust tout coupé.
Quant son père i vint, qui au frain l'a combré,
Qui li a dit en bas douchement et souef :
ce Biau dous fix , qu'avés vous ? vous qu'avez en pensé ?
« II me semble de vous le sens avez troublé.
— Père, fet Doolin, par ma crestienté,
« La grant ire que j'ai, de la desloiauté
« Que Herchembaut a fet, à loi de parjuré,
a De ma mère et de moy par sa grant crualté,
« M'a si le cuer et corps de grant ire troublé
« Que il m'estoit avis , quant m'avez escrié ,
« Que entre moi et lui estion assemblé. »
Quant le père l'entent, s'en a .1. ris geté :
a Si m'ait Dex , biau fis, chen soi jen de verte
« Qu'entre li et Droart sunt en mal an entré,
« Quant ennui vous ont fet et mal vous ont mené;
« Mez li fous si l'a ore à grant tort comperé. »
Lors se sunt ambedui ainsi acheminé
Parmi la grant forest, qui moult avoit de lé.
En tel sens li bons enfez par le bois chevaucha , Vers Maience la grant par le bois s'adrecha.
if8*-26i4 DOON DE MA1ENCE. 79
Son père, le bons quens, adès le convoia,
Tant comme seut de bien, tousjours li enseigna.
Tant le vit bel et grant que moult grant joie en a ,
Aine mez si bel enfant nul jour ne ravisa,
Ne si grant ne si fort du jouvent que il a.
« Biau dous fis, fet li quens, nel vous cheleroy ja,
« Retourner me couvient à l'ermitage chà,
a Et vous irez, biau fis, là où Dex vous merra,
a Que voie ne chemin par la forest nen a.
« Tant est grant la forest, trespas de gent n'i a.
« Droit vers midi irés et Dex vous guiera.
c Une eve trouverez , quant le bois vous faudra ,
« Muese Papele on , merveilleuse eve i a.
« Contremont la sievez , que ele vous merra
a A .1. port où a nés, là on vous passera.
« .1. chastel trouvères seur Peve par de là,
a Chastelfort a à nom, on le vous mousterra.
« Biau dous fis , fet li quens, quant vous serés passés, a Chastiaufort u gravier maintenant demandés. a Le sire du castel Hugues est apelés, « Mes frères est germains, si est moult aloses. a Chevalier vous fera, que vous li requerrés; « Ja ne serez honnis, se son conseil créés.
a Ditez li vo besoi[n]g et pour qupi vous aies, « Pour vostre mère aidier et pour vos hérités, a Dont vous estes à tort, biau fis, desentés; « Contre .H. chevaliers combatre vous devés a A Maience la grant, qui est bonne chités, « Dont vous estes droit heir et tenir la devés. a Je me fi bien en Dieu , qui en crois fu penés , « Que les .il. traïtours en bataille ochirrés, a La chité et l'onneur que tout le conquerrés a Et vo mère au cler vis de la prison trairés.
80 DOON DE MAIENCK. i5iy— 1^47
« Quant serés au dessus, biau fis, ne m'oublies,'
« Que je voeil que chest lieu, où me sui ostelés,
« Soit, pour la môie amour, essauchié et levés.
a Abéie en feron de moines couronnés ,
« Pour chen que Damedieu , qui plain [est] de bontés,
« Vous conseut et aveit contre les deffaés.
<c A Damedieu du chiei, fis, soies quémandés!
« Ariere m'en iroy , trop crien estre blasmés
« De Dieu nostre Segneur, à qui me sui donnés.
a Or i parra, biau fis, Comment vous le ferés,
« Dex ne vous faudra pas, se en li vous fiés.
« Forche soi je moult bien que vous pas nen avés
« Encontre .H. barons, ne avoir ne devés :
« N'ayés plus de .xvi. ans, se vous tant en avés;
ce Mez Dex et li bon drois, pour qui vous combattes,
« Vous tendra en vertu , ja mar en douterés. » t
Lors s'en tourne li quens pensis et esplourés ,
Et li enfes tantost en son erre est entrés.
Li gentis quens remaint moult tendrement plourant, A Dieu le glorieus quémande son enfant, Qu'il le puisse guier et mener à garant.
Et li enfes s'en va â espérons brochant Par le bois à travers , si corn Dieu le consent. Chele part vers midi la droite voie entent.
Compengnie n'i ot, fors de Dieu seulement Et .1. cherf, c'ot nourri , gros et membru et grant; Chil le va par le bois les grans galos sievant. Ahy Dex! quel ennui et quel douleur pesant ! Quer, ains que l'enfant voie le soleil esconsant, Souffera pour le cherf ennui et paine grant , Et le corps en ara las et chaut et suant, Ainsi corn vous orrés assés prochainement.
Toute jour a erré sans nul delaiement,
a«4«— itti DOON DE MAIENCE. 8l
Ainsi com Dex le voult et qu'il guie sa gent. De la forest issi endroit midi sonnant; A Muese est venu , une eve moult courant.
Tout le rivage amont la va tousjours sievant ; Mes il n'a pas aie contremont longuement Que au port est venu , où passent li auquant. Là a trouvé .1. homme seur .1. batel séant, Qui armez estoit bien , que doutanche avoit grant De larrons , qui i vont moult souvent trespassant ; Et li enfes le vit , sel salua moult gent , Et le vilain s'estut , sel regarda forment.
En son cuer li sembla homme moult non sachant, Que il estoit armé et si aloit menjant Char cuite, qu'il avoit assés et largement, Et si se contenoit assez nicheitement, Comme chil qui du siècle ne savoit tant ne quant. Et le vilain li dist moult orgueilleusement, Que moult jenne le vit et de niche semblant, . u Si le vit si très lonc et si gros et si grant : a Que est [ce], vaudenier ? que aies vous querant ? « Vengerés vous Artu , ou qu'aies vous querant ? « Se vous teniés ore .1. fourmage plesant, « Quant vous escaperoit, par le mien ensient, « Que on ne donroit pas .1. oef du remanant. » Et quant le bon vallet chele paroje entent, Onques ne s'aperchut que on l'alast gabant; Ains li a dit tantost moult debonneirement :
a Sire , pour Dieu dû chiel , le vrai omnipotent , « Qu'or me passe de li , s'or te vient à talent. — Amis, fet le vilain, portés vous point d'argent? Et le vallet respont, qui chen n'entent noient : « Me demandés vous, sire, se je porte la gent? a Je ne porte fors moi , se Damedieu m'ament. » Quant le vilain l'entent, tout taint de mautalent;
Cuida que il Palast tout ainsi dagonnant.
De Tire qu'il en ot se leva en estant, Maintenant li a dit moult felenessement :
« Par Dieu! sirè vassal, quoi que aies disant, « Vous me poierés bien et bel et grassement.
— Comment, fet Doolin, aies vous reculant, « Que vous ne [me] passés sans nul delaiement ? «c Mon père le me dist , en chel bois là dedens, « Que vous [me] passerés moult ententivement. « Se vous ne [me] passés , par Dieu le roy /amant ! « Ne m'escaperés pas, si vous verrai senglant. » Lors deschent du cheval, que il plus n*i atent; U batel le cuida meitre tout maintenant, Et le vilain sans sus , plain de grant mautalent , De l'aviron qu'il tin Vie bouta si vilment, Ou il vousist ou non , trestout va canchelant. Doolin Ta véu , pour poi de duel ne fent.
11 a mise la main au branc moulu trenchant , Où qu'il voit le vilain , moult [i] va rouillant. Seure li est couru par moult grant hardement, Seur le capel de fer li donna si très grant Que trestout le deront et detrenche et pourfent; De la teste au travers une grant pieche prent, Et le bras escapa, ne puet estre autrement.
Et le vilain chai, qui la grant douleur sent ; Moult se tient à honni , s'il n'en a vengement. En estant est sailli , moult se va herichànt , Et leva à .11. mains .1. grandisme perchant, Et jura Damedieu , le père roy amant, Que chen sera vengié assés prochainement.
Le vilain fu en pies, qui ot moult grant vertu, Qui fort et viguereus et fier et hardi fu Et ot .1. gambeison fort et espès vestu.
a7H~3748 DOON DE MâIENCE. 8}
Vers Doon est venu ,• le cucr ot irascu ;
De la perche qu'il tint Ta si grant coup féru,
Se Do n'éust dfechié encontre son escu ,
Tout Téust à la terre destruit et confondu.
Et chil li resena pour ferir el vibu ,
Mes nel consievi mie , ains a .1. pel féru ,
Qui dessus le, rivage iert fichié u palu.
À la perche pesant l'a trez parmi rompu ,
Puis li a çscrié : c Garchonnez bestondu I
« Les déables d'enfer vous ont or fervestu
« Et vous ont or donné chel bon cheval quernu.<
ce Mes chà le me leirés, par Dieu le roy Jhesu!
a Le heaume et le hauberc, que voi mailé menu,
« Ja mez ne fineroi , si l'averai vendu ,
a Mez enfans vestiroy, qui malement sunt niq
« Aussi m'a on souvent de tel fet mescréu.
« Se vous avoie mort, tost vous aroy fondu
a Par dedens l'eve, au col .!. grant perron pendu;
ce Jamez par homme Voir ne seroit il scéu.
— Vilain , fet Doolin , maint en avés tenu ,
ce Vilainement murdri , bien l'ai aperchéu;
« Maint homme sunt par vous malement dechéu.
a Trop avés chest mestier longuement maintenu :
a Vous n'irés plus avant , se Dex l'a pourvéu ;
a Le guerredon arez , ja n'iert plus atendu. »
Lors li vient comme chil que Dex maint à salu.
Lors hauche le bon branctrenchant et esmoulu,
Grant coup li a donné sus le capel agu ,
Comme fueille de chol li a freint et fendu ;
Et l'espée guenchi , bruiant par tel vertu
Seur l'espaule , deseure le gambès a rompu ,
L'espaule atout le. bras li dessevre du bu ,
Tout estendu l'a jus à la terre abatu.
Et quant le fel vilain chel fier coup a véu ,
Moult par s'umilia, grant paour a eu.
Le vilain à genous se commenche à geter, Joinstez mains aussi tost li queurt merchi crier : « Sire , pour chel Segneur qui tous nous puet sauver, a Qui en la sainte crois lessa son corps pener, « Ne m'ochies tu pas, lesse moy escaper, « Que je te passerai sans guile et sans fausser. » Et respont Doolin : « Or vous oi jen parler; c Mez jamès ne pourrés la perche bien lever. » Lors a [fet] son cheval ens u batel entrer, Puis s'asist bêlement pour son corps reposer. Le vilain sailli ens, qui ne l'osa véer; De la rive s'empaint , si prent à gouverner A Tune de sez mains , si comme il pot ouvrer. Et le cherf va après, si se prent à noer.
Et le vilain tous jours se paine de l'errer Et saine tout adès , chen le fet mouk lasser. Quant de terre fu près, que il dut ariver, Tout le corps li deffaut, ne peut mez labourer, Pasmé chéi as dens , l'aviron lesse aler.
Doolin se leva, si l'en cuide lever; Si comme il le cuida embrachier et combrer, Et il le voit mourir et du siècle finer, Et quant il le voit mort , si le lessa ester. D'autre part u batel s'est aie acouter Et cuide du batel qu'il le doie passer.
Et l'eve contreval le commenche à mener.
Une grant pieche ala qu'il ne se sot garder, Et quant il s'aperchut, si commenche à plourer; Damedieu le puissant commenche à reclamer, Ainsi comme il le fist, qu'il le voeille guier. Lors a pris l'aviron, mes ne s'en sot meller Fors tant que le batel fet virer et tourner.
i 7 8a— i8ij DOON DE MAIENCE. 85
Une grant lieue et plus ne fina d'avaler,
Tant que .1. castel vit, qui moult fet à loer.
Lez murs vit tout entour, où il n'a qu'amender, i Et les tours grans et fors , qu'on ot fet querneler ; ) Les cheminées voit encontremont fumer } Et ot à ches moustiers chez grans cloques sonner, ; Fevrez et carpentiers ferir et marteler, ! Et bruire chez moulins et chele gent crier,
Et lez chiens abaier, les asnez recaner, \ Et ferir de fléaus et chez vilains houer.
j Onques mez chen ne vit, n'i ot que redouter;
Se il en ot paour, ne fet à demander.
D'enfer li resouvint , dont ot oï parler,
Bien xuida chen fust il sans guile et sans fausser,
A chen qu'il ot oï son père deviser.
Devant li ot .1. pont, qu'on ot fet pour passer;
Nulle rien fors de fust n'i péust on trouver.
Quatre quareitez vit courre sus et aler,
Si grant noise fesoient que tout font resonner.
Doolin chele part commenche à regarder :
« Par les sains Dieu ! dist il , or puis jen trop aler.
ci Miex me vaut chi noier et en l'eve geter
a Que entrer en enfer, le martire endurer.
« Ch'est la porte d'enfer, dont nul ne puet tourner;
« Mes ja n'i entrerai , se je m'en puis garder. »
Si comme il se cuida ens en l'eve ruer,
Et il voit un batel devers li traverser;
.1. homme avoit dedens, qui le va saluer,
Tel pitié a de li qu'il le fist arriver.
Et quant Do fu plain , si commenche à monter
Sus son cheval courant, n'i vout plus arester;
Damedieu en son cuer commenche à merchier,
Qui d'enfer le puant l'a si fet retourner.
Lors se met u chemin , si commenche à errer,
86 DOON DE MAIENCE. 2816— J848
Onques près du castel ne s'osa arrester.
Et le cherf dont vous di , qui se prist [à] noer,
Par dessus le rivage s'en vint à l'ariver;
Contreval la rivière se prist à dévaler,
Va querant son seigneur, mez ne le pot trouver.
Tant erra sus et jus et se prist à Jiaster, I
Qu'à .1. hamelet vint à .1. tertrissel cler.
Le cherf vint au hamel , qui sus Muese est assis , Et entra en la ville et es mestres pourpris.
Moult tost fu perchéu de la gent du païs.
Lors se leva li hus et enforcha li cris; As chiens et as braques ont le cherf acueillis; Li païsant le huent , grant i fu li estris.
Tant vont après le cherf par prés et par larris, Qu'il l'embatent en Muese , dont il estoit partis, Li cherf se met à no , qui bien en fu apris , j
Et li chien après tuit, que nul n'en fu eschis, Glatissent et abaient comme déables vis, Que une lieue grande en est aie li cris.
Et li païsant huent as agus piex feitis; Sus la rive s'arengent , qu'il n'i soit revertis. Et Doolin li enfes, dont jen devant vous dis, S'eslongnoit du castel, dont fu espéuris, Et coisi chele gent, dont fu tous esbahis; Que ne se donnoit garde en penser ne en dis Que chen fust pour son cherf ne tiex hus ne tiex cris. Chele part trestourna son bon destrier de pris; Et le cherf, qui noeit entre les chiens marris, i
Connut bien son seigneur, quant il en fu coisis. ' 1
Vers li se trestourna que de li fust garis , i
Et puia sus la rive maugré les chiens petis. '
Es vous les païsans dessus li airamis, Et crient tuit : « Ferés ! mar escapera vis. »
2849— 288a DOON DE MAIENCB. 87
Doolin voit son cherf issi mal entrepris ,
D'ire et de mautalent a levé les sourchis
Et roi'lle les iex com se fust antecris.
Il a traite l'espée, dont H branc fu burnis,
Il escrie : a Vilains, fuiez, gens maléis,
a Lessiés ester le cherf l N'i ait .1. tant hardis
« Qui mes li fâche mal, ja seroit contredis. »
Li païsant Foirent , poi prisierent ses dis.
Entre li et le cherf s'en meitent pins de .x.
Et fièrent de machues et de bastons feitis.
Doolin l'a véu , pour poi n'esrage vis.
Il hauche le bon branc au pont doré massis
Et se fiert en la presse et a defouléis,
Et coupe bras et testes , courailles et cervis.
As .vi. cous premerainsen a abatu .x.;
Qui il ataînt à coup , bien est de la mort fis.
Il fiert et agravente comme hons mautalentis,
A destre et à senestre en a .xxx. jus mis.
Et li chien endementres ont le bel cherf ochis
Et la panche effondrée et les bouiaus hors mis ,
S'en menjuent la char et les braons eslis.
Quant Doolin le voit , lors fu plus asouplis,
Sus les patsans fu son grant duel rafreschis,
L'un fiert , l'autre detrenche , le tiers couche es larris.
Tant i fiert et capfoie et tant i est demis
Qu'à mons et à gavelez les lest mors et delis;
Ains n'en escapa pié que tous nés ait ochis ,
Fors que seulement .mi., quisunt en fuie mis.
Chil vindrent au castel dont vous ai fet devis,
Dont Doolin li preus fu si fort esbahis
Qu'il dit che iert enfer, chen li estait avis.
Là fuirent chez .nu. et se sunt laiens mis,
Et content les nouvelez as grans et as petis.
Lors saillent qui miex [miex] et fu levé li cris.
88 DOON DE MAIENCE. a*Sj— a»t*
Ll castiaus fu esmus , li cri prist à lever.
A cheval et à pié véissicz gent armer Et issir du castel et vers le port aler.
Li pluseur vers la tour pristrent à cheminer, Le marinier trouvèrent , dont m'oïstez conter Que Doolin ot mort à Muesetrespasser; U batel se gesoit , qu'il ot fet estorer.
Et l'autre part des gens, dont m'oés amembrer, « Courent aprez Doet , mez nel pevent trouver U champ de la bataille , où avoit fet finer Mainte bêle jouvente à son cherf conquester , Qu'il s'iert retrais arrière , n'ot soi[n]g de retourner. Et les gens au batel commenchent à crier, Qui connurent le mort , que moult sorent amer, Qui les seut à chel port moult volentiers passer. Tant i queurt de la gent que je nel soi esmer. Au seigneur du castel le vint on reconter; Quant il l'a entendu , vis cuida forsener.
Son cheval fet tantost erraument enseler, Plus de .xv. en a fet ensemble li monter.
Les haubers ont vestus, lez elmes vont fermer Et chaingnent les bons brans , qu'on ot fet aporter, j „ Puis montent es chevaus sans plus de demourer. Lez escus ont as cols, les elmez vont combrer Et issent du castel parmi la porte Hermer Par itel cou venant, puis le vous bien jurer, Jamez n'en verra on la moitié retourner.
Aprez Doon l'enfant commenchent à errer, Les grandismez galos pensent d'esperonner.
Et Doolin les voit après li fresteler; Se il s'en redouta n'en fet pas à blasmer, Quer bien cuide de fi , vis li est en penser, Pour chen que du castel les vit à dévaler, Que soient li déable, qui lez voeille emporter.
19I 7 2949 DOON DE MAIENCE. 89
« Biau sire Dex , fet il , où pourrai jen aler ?
a Dez deablez d'enfer ne puet on escaper ?
« Par le saint sauvéor, que devon aorer,
a Le premerain devant, s'il me veut adeser,
« Ferrai je si u front de mon branc d'achier cler
« Qu'entresiques es dens ne leroi que couper.
a Et le secont après, s'il me puet escaper,.
« Par le mien ensient , devra Dieu roerchier. »
A ichest mot commenche le cheval à hurter,
A .1. bois est venu, mez n*i vout pas entrer,
Quer une roche vit ; si la va regarder :
Une cave i avoit, bien s'i péust tourner
.1. hom tout à cheval, ja ni couvint douter.
Vers la roche s'en va DooKn au vis fier, Qui Maïence aloit sa chité catengier Et sa mère sauver d'ardoir ou de noïer.
Mes se Dex nel sequeurt, qui tout a à jugier, James ne la pourra secourre ne aidier, Qu'après li voit venir tant baron chevalier, Qui le menachent tuit de la teste trenchier.
Et il tout bêlement se traist vers le rochier, Si que chil qui venoient le coisirent puier.
A tant es vous ent .1. sus un courant destrier, Où qu'il vit Doolin adrecha. le coursier, A grant vois li a dit : « Fis à putain lanier, « Mar nous avés ochis nostre bon marinier ; « A mourir vous convient, rien ne vous puet aidier» « Ja vous ferai la teste à mon branc roongnier. » Quant Doolin le voit, ne. le prise ,i. denier, Ne li, ne son orgueil , ne tout son menachier. Et chil point le cheval des espçrons d'ormier; Tant s'efforche de courre, de poindre et de brochier, Qu'il aconsieut l'enfant à ruiste mont puier.
90 D00N DE MAIENCÊ. *9jo— 2983
Grant coup li a donné sus Tel me de quartier, Que parmi le plus fort le fet fendre et bruisier. Le hauberc fu si fort ne le pot empirier, Et chen que Damedieu voult l'enfant espargnier : Ja ne sera honni qui Dex veult conseiller.
Et le glesve tantost commencha à bruisier.
Doolin li a dit : a Vous n'ai je gairez chier, a Qui d'enfer me venés mon escu depechier; a Mez se je onques puis, vons le compensés chier. » Lors a trait par vertu le riche branc d'achier, Desus le heaume amont li va tel coup paier % Que trestout le deront comme .1. raim de pommier. La coife n'i valut vaillant .1, olivier; Entresiques es dens li fet le branc glachier ; Tout estendu le fist à terre trebuchier.
Puis deschent du cheval, par son doré estrier, En la roche s'en va vistement estachier, Son escu devant li , u poi[n]g le branc d'achier. Heuc atendoit cheuz que il voft aprechier, Comme chil qui preus fu et ot courage fier, Quer, ains qu'il l'aient pris, se voudra vendre chier.
Es vous atant .1. autre as espérons brochant , Richement fu armé, s'ot bon cheval courant.
Là où il voit Doon , si le va escriant :
a Ahy ! fel desloial , nen irez mie atant.
« Je vous calens la teste nen porterés avant. 4 L'omme , mon droit segneur, avez mort malement ; a Mes vous [le] comparés, je cuit, moult chierement. » N'i pot pas avenir 4 cheval droitement, Ains deschent à son pie f sj li vient fièrement, Le glesve u desjre poi[n]g esmoulu et trenchant. À .H. mains le feri sus son escu devant, Que parmi le plus fort Ij trezpercfooie Çt fent.
, 2983-301 î DOON DE MAIENCE. 91
Le hauberc fu si fort que maile n'en desment, La lanche fu itex, que ne bmisa noient.
Et Doolin s'avanche, qui moult ot hardement , La main geta au glesve, iré[e]ment le prent, Des mains ii esracha moult viguereusement; Puis l'en donne tel coup et de tel mautalent Que l'escu li percha etPauberc li desment; Parmi le corps li met le fer par tel couvent Que le cuer li parti , à la terre s'estent. • • Puis li tôt son escu et à son col le pent, Que mieudre fu assés que le sien pour un chent. Lors regarda arrière lés le tertre qui pent, Et vit venir les autres démenant grant content. Il leur a escrié : * Trop Yene? lentement 1 « Se vous ne venés tost , par Je mien ensient', « Ne vous pourroi de jours rençlre.vo paiement. » A chen qu'il ot chen dit, es vdus ent .1. pongnant, Tant com cheval li vint à son encombrement.
Doolin fu dessus, qui contre li descent, De la lanche qu'il tint le fiert si ruistement Que ii et son cheval abati tout senglant.
Puis s'asiet tout en pès et les autres atent , Et quant il en vient .1., si le paie ensement, Tant que .vu. en a mors des meilleurs de lor gent ; Que tant fu fort H enfes et de grant hardement Et fier et courageus et plain de mautalent , Que nourri fu de char, s'ot fierté si très grant Qu'il ne fiert chevalier, se de droit coup T'ataint , Que il ne meite mort sans nul recouvrement.
Chele gent voit venir, qui le vont menachant, .VI H # furent en .1. front, félon et mal pensant \ Et il a juré Dieu, le père omnipotent, Que tous les ochirra, 4 se il estoient chent-
DOOLIN fu u tertre, issi com je vous di.
Li .vin. viennent à li de mal fere aati Et jurent Damedieu, qui onques ne menti , Que mar les a grevez, nen ira pas ainsi.
Li sirez du castel li escrie à haut cri :
« Ha 1 fel, or mourrez vous, que trop avés langui. « Mes nommez m'ochiez, n'en iréspas issi.
a Comme fel traïtour desloial vous deffi , ce Qui comme murdrissierremon homme avez murdri. — Chertez , fet Doolin , vous i avés menti , « Quer onques homme né de mère ne trahi.
« Du deffendre sui près , véés men chi garni , « Mez vous vendrés à moi, si nous combatron chi, » Et chil li respondi : « Je l'otroi bien ainsi. » Quant li enfes Tentent, sus le cheval sailli Et ot Pescu col et la lanche seisi.
Chil le vit à cheval, fièrement s'esbahi , Que moult le par vit grant et bien fet et fourni. Ses hommes apela , qui furent entour li.
« Segneurs, fet il, pour Dieu qui le monde basti , a Ains mez à mon vivant si bel homme ne vi , « Si séant à cheval , ne si amanevi ; « Moult bien resemble preus, courageus et hardi. « Enfez est, bien i pert à chen que j'ai oï.
« Grant damage sera, pour voir le vous affi , « Que je l'ochirrai ja à mon espié fourbi. »
Et il responnent tuit: « N'en aiez ja merchi , « Mez ochiez lei tost, que bien Ta deservi.
« Onques as armez hons de vos mains ne parti c Que ne Tochisissiés, si ferés vous chestui.
Li vassaus est tantost de jouster atiliiés.
Devant la roche amont est maintenant puiés, Bien se fu de Dooo pour jouster eslongniés.
3049— ?o*i DOON DE MAIENCE. 93
De l'autre part le voit, où estoit embranchiez, Es estriés reluisans se tint moult affichiés. Et H chevalier muet, qui moult fu courouchiés, Le cheval a hurté des espérons des pies, Vers l'enfant est venu com se fust esragiés.
Et li enfes se rest envers li eslessiés v Qui onques d'autre mestre n'ot esté enseigniés. Or le sequeure Dieu, qui père est de pitiés 1 Que chil est chevalier aloses et prisiés , Que nul si bon n'avoit en .[> xim]. eveschiés. Doolin va ferir, moult par fu aïrés, Que Pescu li percha, qui n'estoit mie vies.
Moult fu fort le hauberc quant il n'est desmailliez , Et li enfes fu fort quant il n'est [ b tresbuchiez]. Le sien coup ne fu mie tout en vain emploies, Le vassal feri si, qui pas n'iert esmaiés, r Que l'escu li percha, qui à or fu vergiez.
Le hauberc de son dos est rout et depe^hiés, Près de la char H est le fer burni glachié», Si que le sanc tout cler en est aval roiés.
Du vassal orgueilleus a les archons vuidiés , Et chil quéi as dens, que tout s'est debruisiez; Jamez jour ne sera que il soit bien heitiés.
Et quant il fu levé, .mi. fois s'est seigniés ; Tout esbahi s'estut, si s'est moult merveilliés ; Onques mez coup ne prist dont si fust esmaiés. Damedieu a juré , qui en crois fu drechiés , Que chil coup sera ja moult hautement vengiés. Lors a trait le branc nu, qui bien est essaies, Vers Doon est venu, qui moult fu menachiés; Mes il ne [le] prisa vaillant uns soulers vies.
LE vassal fu à pié , u poing tint le branc nu. Moult par fu courouchiez, et merveille ne fu,
94 DOON DE MAIENCE. )08a— }tt4
Que moult a menachié et tous jours a perdu;
De la honte qu'il ot a tout le sens méu.
Vers l'enfant est venu , u poi[n]g le branc moulu ,
Fièrement le feri amont sus son escu ,
C'une pieche en vola emmi le pré herbu.
Se il éust Doon de droit aconséu ,
Par le mien ensient, tout l'éust pourfendu.
Mez li branc escapa , s'a le cheval fera
Sus le col en travers, que tout H a rompu ; *
Ensement li coupa comme .1. raim de séu,
Le cheval a tout plat à la terre esfendu.
Et Doolin saut sus , qui moult ot grant vertu ,
Le branc trait vistement, ne le prise .1. festu ;
Jamez joie n'ara , si li sera rendu.
Aussi comme lion li a seure couru,
Et chil le ratent bien , qui preus x et hardi fu.
Doolin le ^ranc nu a du feurre geté.
Le chevalier qtfeurt sus à guise de senglé; Dessus le heaume amont li a tel coup donné .1. quartier en a jus à son branc dessevré.
La coife n'i valut .1. denier monnoié.
Deyers senestre part l'a maternent navré , Tout eslendu l'a jus à la terre porté.
Tout maintenant l'éust ochis et desmembré , Quant tuit si compengnun sunt au secours aie. Et Do fiert le premier sus son heaume doré , Que tout li a derout comme .!. festu de blé, A la terre le met estendu et pasmé.
Vers la roche a li enfes .1. petit reculé, Et chil l'ont envaï comme chien enverré.
Mes li sire d'eus tous, quant il l'a regardé, T2n estant se leva, si leur a escrié :
* Segneurs, soiez arrière, que, par ma loiauté,
)f!$-?i46 DOON DE MAIENCE. * 9$
« Se vous ne le lessiez , de fi et de verte, « H vous ochirra tous ains qu'il soit avespré. a Mesages est de Dieu, si com j'ay en pensé, « Estrait de haute gent et de haut parenté, a Que ja autre hons n'éust contre nous tant duré. » Lors se trait chele part, si Ta aresonné :
« Vassal, parlez à moy, se il vous vient à gré. a Dites nous d'ont vous estez et de quel roiauté, « Et com feite aventure vous a chi amené. »
Et Doolin respont : « Pas ne vous iert chelé , « Ja en sarés du tout maintenant la verte.
ce Mez, par ichu Seigneur, qui le mont a fournie, ce Jamez joie n'arai en jour de mon aé a Si vous avérai mort à mon branc acheré; « Mar m'avez mon cheval ochis et afolé. « A Maience nasqui , la nobiie chité.
ce Si com ma mère dit, m'a li quens engendré , ce Que je lessai hui main en la forest d'Ardre ce H ermite en .1. bois, où .IX. ans a esté « Pour .1. saint hermitain que ileuc ot trouvé, ce Que il ochist l'autre an , si com vous iert conté. « Il cachoit par le bois .1. moult grant cherf famé : « Le cherf vint en la court de chel benéuré , ce Mez perez le cuida ferir d'un dart quarré, / ce Si en atainst l'ermite u senestre costé.
« Li saint hom en mourut, quer à mort l'ot navré;
a Et mes perez voua le roy de majesté
« Quer en lieu de cheli i maindroit son aé.
« Laiens se heberga, si a puis demouré ;
ce Moult fu cuis et cherquié par trestout le régné.
« Quant ses senescax vit que on ne l'ot trouvé ,
ce En la mer m'envoia par .1. larron prouvé,
ce Quant en .!. batel m'ot le traître posé,
ce Le vent me mena tant que il m'ot arivé
« En la très gratit forest où mon père ai trouvé ,
« Qui tantost me connut, puis m'a nourri souef.
« Et li maus senescaus scisi nostre conté,
« A ma mère met sus que mon père a tué;
« Or la tient en prison et en chetiveté.
« Ma mère en a couvent .1. vassal adoubé
a Qui deffendre la doit contre .H. en .1. pré,
« Que onques ne pensa cheste desloiauté.
« Et li maus senescax, dont je vous ai conté,
« La tient si en prison et en tel fermeté ,
« Que de querre .1. vassal n'a el pas poesté,
« Qui pour li viengne armé ens u camp afié.
« Or la doit on ardoir, issi est devisé,
« De mardi en .vin. jours en .1. feu alumé.
« .1. [* de ces] traïtours ai je u bois trouvé
« Qui chen portoit [* escript] en .1. brief séélé.
« Par [* l'escript] en savon chen que vous ai conté.
« Or vois je u païs, se Dex l'a destiné,
« Ma meie aquiterai de cheste aversité
« Contre lez .il. barons qui se sunt parjuré.
« Herchembaut est li un , qui tout chen a brassé ,
« Et son frère Drouart, qui moult a grant fierté.
« Chez .il. seront en camp encontre moi armé;
« Mez je me fie en Dieu, le roy de majesté,
« Que il en seront mar recréant et outré t
a Et as fourques pendus comme larron prouvé.
a OR vous ai jen conté chen qu'aies demandant, « D'ont je sui et où vois et par quel errement. « Encor vous dirai plus, s'il vous vient à talent; « Mez je le vous vendroi après moult chierement « A mon brancesmoulu, par le Dieu qui ne ment. « Mar m'avez assailli à tort et pour noient.
« Mez, contant mes nouveles, me vois chi reposant,
t/Si
« Et si vous dirai plus , se m'estes escoutant. « On m'apele Doon de Maience la grant; / «r Mez chen n'est pas Maience dont chantent li auquant, . \ « Qui est près de Hantonne outre ia mer fiotant, . « Ains siet jouste le Rim, une eve mouit bruiant, \« Par decoste Alemaigne , où sunt li Alemant. « Ardenne est d'autre part et le boscage grant, « Où marchent Avalois , Franchois et Loherant, « Assés vous en ai dit , or vous gardez atant, « Que ja m'arés tout prest , se je puis maintenant. » Lors li vient comme chil qui ot grant hardement, ! L'espée ens u poi[n]g destre esmoulue et trenchant. . Et le sire d'eus tous li courut au devant, A genou lions se met, si li rent maintenant L'espée par le heult qui reluist et resplent. « Sire, merchi te pri pour Dieu omnipotent, « Quer tes hons linges sui de tout mon tenement. . « Frère sui à ton père, Guion le combatant, « Et tu es mon droit niés , se ta bouche ne ment. » Et quant li bon vassaus chele parole entent , Son nom li demanda , et chil trestout errant Li dist : « Biau dous ami , se Damedieu m'ament, « Hugon de Castelfort m 'a pèlent nostre gent. » . Quant Doolin Tentent, à Dieu gracez en rent, Quer a cheli trouvé que il aloit querant ; »
Bien sceit ses onclez est, si li fet joie grant. Son onde le betsa et il ii exisement, A Castiaufort s'en vont , grant joie démenant. Moult furent bien servi au jnengier richement. Lés son oncle s'asrst Doolin le puissant; Moult par s'esmerveilla du biau pain de fourment Et du vin que il voit , si en but largement.
A son oncle l'a dit, qu'il vit lés li séant : « Tel vie n'a il pas u grant bois verdoiant,
98 DOON DE MAIENCE. jaié— JM9
« Où nous avon esté si longuement manant. »
Lors reboit et reboit et menu et souvent;
Se on ne li ostast, je cuit qu'il béust tant
Que il n'i connéust ne ami ni parent.
Quant il furent servi bel et courtoisement
Et il fu avespré , si se couchent atant.
Et quant vint au matin , après soleil levant ,
Devant Doon ont mis .1. riche garnement
De drap de soie à or, ouvré moult mestrement ,
Et cauches et soulers et quanqu'il i apent.
Le damoisel en vest et atourne moult gent.
An moustier sunt aie entr'eus .11. deduiant;
Là Ta fet chevalier son oncle maintenant.
Quant Do fut adoubé devant toute la gent, Tant par li sistrent bel li riche garnement Et tant ot le chief blont et cler et reluisant , Le vis lonc et traitis et la bouche riant, Eus vers et amoureus et le corps avenant , Les bras gros et nervus et les poins par devant , Gresle par la chainture, biau corps et bien séant, Gros trumiaus et biaus piez cauchiés estroitement , Cras et biaus fu et lonc et de si bel semblant Tuit s'en sunt merveillié li petit et li.grant Que il n'ot que .xvi. ans et si ot forèhe tant, Onques hons tant n'en ot dès Sanson le vaillant. Arméures li font aporter en présent, , Unez [^chausses de fer chausse] à noiaûs d'argent; Puis vesti .1. hauberc et .1. elme luisant, L'escu pent à son col, à .1. lion rampant, Et lanche de plain poing, sans fer et sans trenchant. Parmi les chevaliers va jouste demandant ; Mes n'i a si hardi qui ost aler avant, Fors que .1. chevalier, qu'on apeloit Guéant, Pour chen qu'il fu greigneur d'un autre homme . 1 . espaat
|ifo 338f DOON DB MAIENCK. 99
Tuit le tradrent entre eus le plue à mescréant, *
Que il avoit souffert escommuniement •
.VII. ans trestous entiers et pins, mien ensient, p*
Que il avoit eu de sa fille .1. enfant, • '
Ne ne dengnoit venir à nul amendement.
Ne fust mie. souffert, chen soit on vraiement ,
Mez tant estoit haut hom et né de haute gent
Que nus hons ne i'oseit desdire tant ne quant.
De Doon ,. qu'a véu que on va si loant ,
Sa bonté , sa valour et son pris essauchant ,
A eu tel desdai[n]g et si fier mautalent, .
Que Damedieu jura, le père omnipotent,
Que ja fera chéir son ios et son beubant.
. CHU* vassaus va tantost unez cauchez lachier Et vesti .1. hauberc fort et boen et doublier; Seur .1. cheval monta fort et bon et coursier, Et pent l'escu an col , qui estoit de quartier; y ne lanche pongnal , qui estoit de pommier, Fet aguisier devant et u feu brasoier, Pour la pointe endurchir et. pour, plus damagier. En la plache est venu , si commenche à huchier : « Vassal , monlt par vous voy devant fous paumoier « Et semôndre chascun pour nos corps essaier oc Et pour eus traire arier et pour vous avanchier; « Mez je vous danteroi , si je puis esploitier. ce De chu grant cheval sor vous feroy trebuchier ; « Se la cuisse vous fraint, n'i donroie .1. denier, oc Que trop vous voi ichi .1. petit orgueillier. » Et Huguez li respont : « Trop povez menachier. a Or povez vo cheval et vos armes baillier, a Que il n'i joustera , se Dex me puist aidier. — Oncle, fet Doolin, par le cors saint Lîgier
100 D00N DE MAIENCE. 5181— Jjlf
« Ne foi que je doy Dieu , le père drciturier, a Se tous ne me lessiez .1. poi esbanoier n Et jouster à chesti qu'en a tel desirier, « Jamez je n'amerai rien que vous aiez chier. a Donques pourrai je mal ma grant honte vengier « Que on ma mère fet, que je vois desresnier « Contre .11. chevaliers o fer et à Pachier,~ ce Se je chesti ne puis mater et justizier, a Qui felenessement me vient chi damagier.
« Mez lessiez nous aler : se Dex me veut aidier, « Je li feroy encui chele gengle abessier.
— Biau dous niez , fet il lors , ne vous caille aïrier. « Bien devez vostre corps garder et espargnter,
« Qui si grant fes voulés fournir et commenchiér « De combatre à .11. nommez qui moult sunt fort et fier.
— Oncle, fet Doolin, trop povez préeichier.
« Dex est grant et puissant, qui bien nous puet aidier ; a Qui bien se fie en li ne se doit esmaier.
— Biau dous niez, il respont, je ne t'os courooehier; « Tu feras ton plesir, quant ne le veus lessier. »
Et li grant chevalier, que Dex doinst encombrier, Prist du camp à son gré , n'i ot que essauchier. Et Dojolin se treit par encoste .1. vivier, Le chief de son cheval fet vers li adrechier. Et li grant chevalier fist sa langue abessier Et hurte le cheval des espérons d'achier Et va ferir Doon sur l'escu de quartier, Que parmi «le plus fort li fet fraindre et perchier. La lanche, qui fu fort, fet en trons debrisier. Et Doolin fiert li , qui n'a soi[n]g d'espargnier, Seur Pescu de son col , que tout le fist froissier. Si bien se sent li enfes es estriez affichier Et si bel sot cheli empaindre et adrechier, ~*ue tout envers le fist du cheval trebuchier.
;,l*- m 8 DOON DÉ MAIENCE. 101
Au chéir que il fist l'a fet si tournoier
Que l'elme feri si de plaio sus .1. rochier,
Que le col H braisa , n'i a mez recouvrier.
Et déable fu prest, qui le courut carquier,
Qui sen esperit fist en enfer brasoier.
Ll chevaHer fu mort , si corn vous ay conté.
Sa famé et si enfant en ont grand duel mené , Dui moult bel chevalier que il ot engendré , Qui n'osent pas ileuc demonstrer leur pensé; Mes il en ont ileuc nostre Seigneur juré , Marieur a mort leur père, chier sera comperé, James joie n'aront si l'aront mort geté.
Quant on ot le vassal en terre suffossé, U paies sunt venu ; quant il orent disné , Do de Maience en a son oncle aresonné :
« Biau sire, aler m'en voeil, que trop ai demouré, « A Maience la grant , la nobile chité ; ce Que à ma mère ardoir se sunt tuit acordé , « Que il ii meitent sus que mon père a tué.
« Mez ele en a couvent .1. chevalier armé , a Qui contre .H. la doit deffehdre ens u pré, a Et je la deffendroi , se Dex Ta destiné.
— Biau niez, chil li respont, à vostre volenté. « Mez moult par ai mon cner dolent et aîré
ce Que o vous ne puis aler. Si m'avez atourné « Et féru ens u corps et blechié et navré, a Que je n'arai jamès léeiche ne santé.
« Et de Dieu et de moi vous soit il pardonné. « Vous merrés avec vous chevaliers à plenté , <r Et .1., sommier carquié d'argent fin momioié.
— Sire, fet Doolin, puis aie je dehé,
« Que je ja emmerrai homme de mère né, a Monnoie ne argent vaillant .1. oef pelé,
102 D00N DE MAIENCE. 3349— *|8a
« Fors Dieu nostre segneuiy le roi de majesté. »
[*Las ! Doon, bel enfant, pour quoy l'az] refusé ?
Que H fis au Jaiant se sunt acheminé
Et se sunt embuschié en .1. grant bois ramé.
Ainchiez que il soit nuit , l'aront si aiouraé
Que il nen a ami , quant en sara verte ,
Qui moult n'en ait le cuer courouchié et iré.
Doolin a son cors moult richement armé
De cauches, de hauberc et de heaume doré,
Que il n'a voit meillors en la crestienté.
Puisli ont .1. cheval fort et bon «mené
Et il i est monté par son estrief doré,
L'escu giete à son col, qu'on li a aporté,
Et la lanche ens u poi[n]g, à .1. lonc fer quarré.
Son oncle et tous les siens a à Dieu quémandé ,
Puis se met au chemin ; moult à Dieu aoré
Et deprié du cuer et souvent réclamé
Que sa mère li gart en vie et en santé,
Et que il la getast de la chetiveté
Où on a le sien corps à tort emprisonné.
De la pitié de li a tendrement plouré;
Moult menache forment Herchembaut le maufé ,
Qui à tort li met sus que onques n'ot pensé ;
Et dit que, se il puet, qu'il sera comperé.
Tant a pensé à chen et tant a bien esté
Que u bois est venu , que vous ai devisé ,
Où li traïtour erent , qui si sunt aïré.
Et quant il l'ont véu , es chevax sunt monté;
Bient se sunt de ferir sur son corps acordé,
Que garni furent bien et d'armes conréé.
Quant Do fu en .1. plaing et il l'ont regardé,
Tant par le virent bel et <:orsu et membre
Et errer vistement tout le chemin ferré,
Que de paour de li sunt tait espuanté;
Lambert fu H ainsné , qui premier a parlé : >
« Biau dous frère, fet il , que avés en pensé ?
« Le cuer ai si u corps de paour estremblé ,
« Que je n'iroie avant pour l'or d'une chité. »
Et son frère respont: « Par ma crestienté!
a Par le mien ensient, déables Pont faé,
a Ou il li sunt u corps à reculons entré,
« Que dès que je le vi, ai si le cuer troublé
« Et si espaouri et si fort tourmenté ,
« Que si grant paour ai que tout m'a aveuglé.
« Fuion ent par chu bois! S'il nous a avisé,
« Nous seron, je cuit, mort, ochis et desmembré.
« Se il no père a mort, que nous a donc grevé?
« Quer aussi mourust il espoir en chest esté;
« Aussi despendoit il no vin et nostre blé ,
« Jamez ne gaaignast .1. denier monnoié. »
Et Lambert li respont : « Dex te croisse, barné I
«c Plus sage n'a de toi en nulle roiauté. »
Lors se sunt en travers par le bois trestourné ,
Et te bon chevalier a chel pas trespassé.
Se véus lez éust et séust lor pensé ,
Il ne li fussent pas si en pès escapé;
Maintenant en éust le siècle délivré.
Do de Maience issi tout son chemin erra Vers Maience la grant, où il se combatra A .11. fiers chevaliers, dont li uns acusa Sa mère et à grant tort emprisonnée l'a.
Se Dex ne li defîaut, il la deliverra Et tendra le pats r que sa droiture i a.
Et Lambert , le coart , son frère en apeta, Qui plas ot cuer assez que .1. lièvre n'en a. a Frère, que feron nous? Qui nous conseillera? « Se chil glout nous estuert, qui tel let fet nous a,
104 D00N DE MA1ENCE. *4i*— ?449
c Qui nostre père a mort, qu'onques nel deffia,
« Jamez honneur n'aron, quant on en parlera.
« Ja, par le Sauvéour! ainsi ne s'en ira.
a Tant iron aprez li que il ii mesquerra
a Ou que aucun meffet son cors encomberra.
« Lors li courommez sus : .1. autre escapera
ce Que il ne soit ochis; ja la nuit ne verra.
« Nous avon tant d'amis u païs où il va
a Que, se il en va vif, grant merveille sera. »
Lors chevauchent après tant corn le jour dura.
Après ichen que nonne par le pais sonna ,
.1. moult riche baron li enfes encontre,
Qui en [* .1. sien] castei à ostel le mena.
Quant il fu deschendu, son cheval quémanda
.1. moult biau damoisel, qui moult bel li garda.
Et Doolin li preus tantost se désarma.
Et quant fu désarmés , li oste l'afubla.
U palez sunt entré, ou li queus atourna
Le mengier bel et bon, que on li quémanda.
As fenestres devant li sire s'acousta ,
Doolin jouste li, qui si grant biauté a
Que le riche vassal moult s'en esmerveilla ,
Conques mes si bel homme ne vi ne n'avisa.
Son estre li enquist , et il tout li conta ,
Et comment pour sa mère combatre l'estouvrà,
Que on acuse à tort, bien te seit on pieçha.
Et quant il ot chen dit, li oste regarda,
Vit Lambert, son neveu, qui u paies entra *
Et son frère avec y , qui durement ptoura
Pour son père Gâtant, que Doolia tua,
Quant devant Çhastiaufort ensemble à li jousta.
Et le chevalier saut, encontre lors ala,
Grant joie lor a fel, moult par les henoura.
Mez Lambert, quifu fel, moult bien li devéa,
US©— M*J DOON DE MAIENCB. !OJ
Par marnaient li dist: « Oncle, traies vous là, « Que jamez le mien cuer vostre corps n'amera.
— Et pour quoi, biau dous niez ? Ne le me chelés ja. » Et Lambert li a dit, qui moult fort souspira :
« Sire, pour chel vassal, qui or vous sievi chà. « Mon père m'a ochis, qui maint bien fet nous a, « Qui vostre frère fu. Onques rien tant n'ama « Corn feisoit vostre cors; mes mal li emploia, « Quant vous ne le vengiés de cheli qui mort l'a. » Et quant le chevalier la parole escouta,
- Pour .1. poi de douleur tantost ne forsena. La chiere et tout le vis li rougi et canja , 11 roïlle les iex et la teste croulla ;
Grant et gros fu et lonc, moult par se hericha,
En trestout le païs si viguereus n'en a.
À Lambert fièrement maintenant escria :
a Niés, qui nous a chen fet ? Qui fu qui chen pensa?
« Qui fu donc si hardi , qui adeser l'osa ?
a Ja chastiau ne chité ne tour ne le garra
a Que il ne soit pendu, qui trouver le pourra.
a Dites moi qui il est , et on le trouvera.
— Sire, chen dist Lambert, par foi , véés le là
« As fenestres amont : gairez ne vous prisa ,
« Qui si nouvelement avec vous s'ostela. »
Et quant chil l'entendi r pour poi ne forsena ;
.1. grant fiist a combré, que devant H trouva,
Fier et gros f u et lonc et durement pesa.
Vers Doon est venu, ains mot ne li sonna,
Ains leva le baston, que ferir l'en cuida.
Mes Doolin tantost vers terre s'abessa
Et seisi le baston , si très fort le tira ,
On chil vousist ou non, hors dez poins li osta.
Puis le haucha [* amont], si de droit l'assena
Devant, parmi le front, que tout; l'esçhervela,
I06 DOON DE MAIENCE. J484— 351e
Ens emmi le paies estendu le geta.
Et quant Lambert le voit, à grant vois s'escria :
« Au secours, chevaliers! qui chen ne vengera,
« Ne sera loial hons, ne en Dieu ne crerra. »
Chevaliers i avoit dont chascun se leva ,
Que perche, que baston, que tison apporta.
Et quant Doolin ot cheli qui les hucha,
Du baston que il tint si bel le frapilia
Que es degrés aval tout envers le rua,
Et son frère fu près, qui hors le traîna.
Tel paour a eu du coup que véu a ,
Que la fièvre le prist, dont jamès negarra.
Quant Do ot chel glouton a la terre geté Et il voit les barons, qui se sunt desréé Et qui pour H honnir se furent atoumé , Le premier qui li vint a si bel estrienné, Par le col en travers li a tel coup donné Du baston que il ot au seigneur recouvré Que le col li a fraint, puis Ta outre versé.
Quant il ot tout chen fet, s'a lés li regardé, Vit à une coulombe .1. grant escu doré, A son col le pendi, si leur a escrié :
a Fix à putain glouton, fel et desmesuré I « A la mort serez tuit, se je puis, délivré.
« Ja ne m'escaperés, se Dex m'en voit $anté > « Que tuit ne soiez mort, ochis etafronté.
« Du vostre n'ai je encore nen mengié ne tasté; « Si m'avez assailli, quant m'avés ostelé; o Itex ostage ait ore parmi le corps dehé.
« A loi de traïtour avez vers moi ouvré, « Mes chen sera moult chier maintenant comperé. » Le premier que il a devant li encontre Feri si du baston , que il tenoit levé ,
JUT — Wo DOON DE MAIENCE. 107
Sus le chief par dessus, que il ot desarmé,
Que ambedui li oeil li sunt du chief volé.
Si très seriement l'a à terre posé
Que au cbéir qu'il fist Ta tout eschervelé.
Atant es vousent .1. à un tison bruslé,
Hautement li a dit par moult grant cruauté :
« A foi 1 fel desioial , vous avés trop aie;
« Ne m'escaperés pas si vous arai tué ,
« Que mon segneur avez malement conréé ;
« Moult le comperrés chier ains qu'il soit avespré. »
Lors le fiert de vertu seur l'escu d'or bendé;
Par si très fier air a le coup amené
Que li escu l'a si à la temple burté
Que le sanc li courut jusque.z près du costé.
Tant par fu grant le coup et si l'a estonné,
Que par .1. petitet ne Ta jus gra venté.
Et quant Do de Maience a tel coupesgardé,
Moult par l'a courouchié, ne li vint pas à gré
Jamez lié ne sera si sera comperé.
Lors li vient comme chil qui le cuer ot enflé ,
Du baston que il tint, qui fu gros etquarré,
Le fiert si de vertu que tout l'a assommé,
Mort l'abat estendu u pavement listé.
Puis leur vient par vertu? en guise de desvé ,
Si se fiert parmi eus, le baston entesé ;
Qui il ataint à coup, moult l'a tost aterré ,
Quanque il en ataint, sunt tuit mort et tué.
Et les autrez aprez sunt en fuie tourné
Et d'eus a le paies maintenant délivré ;
Puis ferme fuis après, si l'a moult bien barré
Que on Tavoit dehors nouvelement feré.
Chil qui en sunt issu ont acier regardé,
Grâces rendent à Dieu, quant il sunt escapé;
Mes il ont maintenant ftostre Segneur juré
Iû8 DOON DE MAIENCE. W«— M*4
Que chen sera vengié ains demain l'avespré. ' Par dehors sont logié, moult par sunt aïré.
Le fis à lor segneur ont maintenant mandé, Qui cachoit en .!. bois .1. merveilleus sengié. Chil avoit nom Gautier, si l'avoit adoubé Le bon duc de Louvai[n] à chel premier esté.
Et chil li ont tantost tout l'afere conté :
« Sire, font il , oés , pour sainte carité !
« .1. jeune chevalier ont déable amené à Du pui de Castiaufort, de la grant fermeté , « Qui vostre oncle a ochis, le vassal henouré , « Et vostre père mort, qui tant vous a amé.
« Or est lassus enclos u grant paies listé , « Où nous a tant batus et tant i a caplé « Que des mors est lassus le paies encombré.
« Et moi, qui le vous di, ra il si atourné « Que jamez n'en aroi ne joie ne santé. »
Quant cheli l'a oï, s'a tout le sens mué ; Si grant duel démena et tant fort a crié Que de pitié de li se sunt tuit esplouré.- Donques n'i ot plus fet , que il fu avespré, Fors devant le paies se logierent serré ; Tant i a de lor gent venu et assemblé ' Que le paies ont tout entbur aviromié.
Et Doolin fu ens, qui tout a escouté, Mes il ne les prisa .1. denier monnaé; Quer en Dieu se fia, le roi de majesté, Que bien escapera ains le tiers jour passé.
Le paies a cherquié et de lonc et de lé, Mez il n'i a trouvé homme de mère né Fors les mors, qui i gisent souvin et enversé. Arméures i voit à grandisme plenté.
Puis deschent contreval le paies .1. degré.
Son cheval a laiens en Pestable trouvé ;
IfSf— 3*17 DOON DE MAIENCE; 109
Moult en a Damedieti , nostre segneur, loi;
Du fain et de l'a vaine H a assés donné,
Il fu bien atachié et il Ta desselé ,
Si le trouva moult bien des .Ml. pies feré.
Puis monta u paies u plus haut fenestré;
Tant le voit haut et fort bateillié et fermé ,
Et le fossé entour de grant eve rasé
Qu'il ne doute la nuit homme de mère né.
Mez il ot si grant fain et tant ot enduré
Que en maleise en fu ; en son cuer a pensé
Que il ira cherquier, tant comme il a clarté,
Se il trouvera rien ains qu'il soit avespré.
Do de Maience aval u grant paies deschent; En la cuisine vint, si trouva largement Char et fresche et salée atournée moult gent, Venesons et oisiaux quanque au jour apent ; Et trouva pain et vin et claré et piment, Quer atourné estoit pour mengier erromeut. ... Et quant il cuida meitre la tablé maintenant, Une vois a oïe chanter si clerement , Qui chantoit si très bel et si seriement Que onques mes n'oï si dous chant ne si gent. « Dous roi, dist Doolin, qui créas eve et vent, « Che est la mère Dieu, par le mien ensient, a Ou ch'est angre du chiel, que j'oi si clerement, « Ou serai ne de mer, ou, par enchantement, « A on fet chà dedens aucun riche instrument, « Qui chante si très cler et si seriement.
« Ja Damedieu du chiel le mien corps nen ament, « Quant mengerai hui mez, par le mien ensient, « Si sarai qui che est qui issi va notant. »
Lors cherque le paies entour roondement; A un costé dedens si trouva erroment
110 D0ON DÉ MÀIENCEi )6i8 — }€$l
L'uis d'une chambre clos et fermé durement.
Et il par .1. pertuis vit ens apertement, .1. riche lit i vit bien fet et bien séant , Couvert iert par dessus d'un riche bouguerant,
' Dont les frenges à or vont à terre couchant.
; Une puchele vit sus la couche séant , La plus très bêle rien de chest siècle vivant, Vestue d'unsamin à terre traînant, Dont les pierres en valent plus de .c. mars d'argent. Lez iex ot amoureus et la bouche riant, Le vis lonc et traitis, bien fet et avenant; Blanche et vermeille fu et de si bel jouvent Qu'ele n'ot que .xi. ans et .1. mois seulement. Longue* fu et gresleite et de bel estement.
Par ses espaulez sunt ses biaus cheveus gesant , Qui plus sunt esmeré que fin or qui resplent;
* .1. capel ot u chief à pierre d'orient , Qui tout fu de fin or ouvré menuement.
Que vous îroi je plus de la bêle contant ?
Tant com Dex a poveir, à qui trestout apent 7 Ne trouvast on pas femme de si trez bel semblant , Si sage ne si preus ne si aperchevant , Plus duite de parler bel et courtoisement , Fors que une autre aussi, dont vous orrés avant; Mes chele passe tout , vous orrés bien comment. Or diron de chestui jusqu'au definement , Qui levée s'estoit de dormir freschement.
Pour li miex esveillier s'aloit si deduiant, Ne savoit pas le duel et le grant marrement Que fesoient dehors si frère et si parent; Si ele le séust , tout alast autrement , Moult par éust grant duel et plourast tendrement. Fille estoit au segneur qui le castel apent, Que Doolin a mort à paine et à tourment.
5*p—jS84 DOÛN DE MAIENCK. Ht
Quant ele le sara, le cuer ara dolent;
A savoir li couvint assés prochainement. ' *»
Quant Do de Maience a la puchele esgardée , ! Onques mes jour ne vit si très bêle rien née. Lors dist à li méisme coiement , à chelée :
« Dame sainte Marie, royne couronnée, « Si bêle créature ne fu onques trouvée; ' « Che est angre du chiel ou je croi que ch'est fée^ « Quer onques hons de char n'ot tel femme engendrée.» Lors li a fin Amour sa séeite getée, Dont li fer fu pongnans et ele est empennée - De destreiche d'amours et s'est toute embrasée ; Issi trestoute ardant li est u cors entrée.
Adonc fu si espris de s'amour à chelée Que tout en a moue le cuer et la pensée.
L'uis croulla bêlement , s'a la bêle apelée : « Bêle, ouvrez moy chest huis, s'il vous plest et agrée. » Et quant ele l'oy, chele part est alée Comme chele qui fu de bien endoctrinée , L'uis ouvri vistement sans plus de demourée ; Et il entre laiens, si l'a bel saluée Et chele li aussi , qui n'est pas esgarée.
Et Do l'a maintenant parmi la main cbmbrée , Que ele avoit plus blanche que n'est noif sus gelée ; . Sous s'essele laiens l'en a I'enfez menée.
Lors li a demandé, sans nulle demourée : « Bêle, pour qu'estiés chi si seule enfremée? — Sire , ja le verres , ne vous n'iert chelée. « Je ne dormi ennuït, toute suï trespensée, « Courouchiéfe] en mon cuer, dolente et aïrée « Pour chen qu'à .1. veillait doi estre mariée, « Qui à mon frère m'a dès l'autrier demandée , « Qui sire est de chiens et de cheste contrée.
H* DOON DE MàIENCE, |68f— 5718
— Bêle, fet l'enfes Do, ch'est chose trespassée,
« Que si m'estes de tous en no pals loée ,
« Vostre biau corps pleisant, vostre fâche esmeréc,
« Tant vous ai de fin cuer longuement enamée
« Que pour vous ai aie mainte dure journée
cuEt veillié mainte nuit jusqu'à la matinée.
<$\rostre père vous ai requise et rouvée,
<c Le cou venant en ai que vous, m'estes donnée
« Et que avoir vous doi à moullier espousée.
a Mez une coustume est en no pais entrée,
« Que nîsun hons ne prent famé crestiennée
ce Dusqu'il Ta une nuit beisié et acolée ;
« Lors , se il siet à li et à chele ragrée,
çc II la prent à moullier, à Pus de sa contrée.
a Or n'a chiens nuli , la sale ont délivrée ,
« Tout nous ont le paies et la chambre livrée. »
Et quant chele Tentent , sa couleur a muée;
En plourant s'escria : « Sainte Dame henourée ,
« Ne cuidoie pas estre si tost abandonnée.
« Se mez pères m'éust cheste chose contée ,
« Moult par en fusse miex du tout asséurée ;
« Mes trop redout et creim que n'en soie blasmée.
— Bêle , fet Doolin , ne soies esplourée ,
« Quer vous en sarés ja la vérité prouvée. »
Lors s'en va u paies sans plus de demourée, Au segneur, qui mort fut et jut gueule baée , S'en vint et si li a sa chainture ostée ; En la chambre l'en a à la belle aportée.
« Bêle , connoissiés vous cheste couroie lée ? a En ensengnes la m'a vo père quémandée, a Que soies à séur qu'il li plest et agrée.
— Biau sire, ele respont, par bonne destinée. » La pramesse li a bonnement merchiée ,
Lors si est envers li douchement aclinée,
3719—371* DOOM DE MàIENCE. II J
Et il Ta maintenant entre ses bras combrée, Quatre fois la beisa à bouche savourée , De tant l'a li vassal maintenant estriennée.
Puis courut au mengier, s'a la nape apportée, Pain et vin posa sus et coupe à or dorée ' Et char en .hil mes et sausse destrempée; %
Que tout le trouva prest en la sale pavée. \ Puis s'asist jouste li , si l'a reconfortée : « Bêle , or du mengier ! se Dex garde m'espée , « De Maience la grant serés dame clamée. »
Or sunt li dni enfant assis à chel mengier Et parolent d'amours, ne finent de beisier. Chele le vit si bel qu'aine ne l'en fist dangier, Ne se pent saoler de son cors rerairer, Quer onques mez ne vit si très bel bacheler.
Quant il orent soupe, si s'alerent couchier En .1. biau lit paré , c'onques ne vi si chier, Ne nul ne le porroit aesmer ne prisier.
Plus de .L. mars valent li oreillier; V
Or gardés du sourplus se il vaut nul denier, > Le déduit que il ont ne vous sai renonchier, Quer Doolin n'osa ains mez famé adeser, Ne ele nen resoit ne c'oisiax de forgier; Mez amours , qui tout vainc , les sot si enseignier Que chil qui mains en sot s'en sot moult bien aidier. Tant lor plut et lor sist et il tant l'orentxbier Qu'il vousissent la nuit dtirast a. an entier. Mez ele ne soit pas le mortel encombrier De son père , qu'est mort u grant pales plenier. Et ses frères les fet la nuit eschergueitier, Chevaliers et serjans trestout entour veilUer, Et juta Damedieu , le père droiturier, Que Doolin pendra ains demain l'anuitier.
Doon de fiaieacc S
114 DOON DE MAIENCE. j 7 jj— j;gj
Aussi tost comme il vit le jour esclaroier, •
As plus sages barons s'est alé-conseillier :
« Segneurs, conseilliés moi , pour Dieu le droiturier,
a Comment je me pourrai de chel Doon vengier,
a Qui mon père m'a mort à loi de mal murdrier
« Et ma suer a laiens ; chen soi je sans cuidier,
« Honnie la nous a, n'i a nul recouvrier.
« Mez , par cheli Segneur qui tout a à jugier,
« La teste li ferai des espaules vuidier.
a Feitez moi chu fossé trestout aplanoier,
a S'en irommes les murs derompre et depechier.
— Sire, fet li .1. d'eus, vous voulés foloier, « Grant folie seroit du paies depechier ;
« Mes feites chi venir vostre mestre engignier :
« Si haut pont vous fera , à petit de targier,
a Que nous pourron amont .x. en .1. front puier. »
Et ua respondu : « Chen fet à otroier. »
L'engignéor manda , qui ot à nom Fouchier,
Et chil i est venu, qui ne l'osa lessier,
Et sunt venus o li plus de .c. carpentier.
Quant ses sires le voit, qui ot à nom Gautier,
11 li a dit : a Amis, toi cou vient esploitier
« De moi fere .1. enging si haut et si plenier
« Que le fachiés amont sus ches querniaus touchier ;
« Quer Doon de Maience, qui Dex doinst encombrier,
« Est là dedens enclos ; je ne li ai pas chier : ,
« Mon père m'a ochis, le preus vassal Rogier.
— Sire, chil li respont, ne vous caille esmaier,
« Que chen sera tost fet, se Dex me veut aidier. » Lors font une meison à terre trebuchier; Le merrien fu tous fes, n'i ot rien qu'alignier, Fors que de l'asséir et du bel roognier.
A l'ouvrer se sunt mis, n'i a que du coitier; Et Doolin fu ens, que Dex puist avanchier.
§7te-?8i9: DOON DE MAIENCE. 1 1 5
Quant les o! dehors carpenter et huer,
Se il en ot fréour, ne fet à merveillier.
Nicoleite dormi , ne le voult esveillier ;
Il se vest bêlement et se courut cauchier ;
A la fenestre va, si leur vit carier
Le merrien et ouvrer pour le pont adrechier ;
Bien sot que chen fet on pour son cors damagier.
Damedieu reclama , le verai droiturier,
Droit encontre orient se va agenouiller :
a Dex, aussi vraiement que tout as à jugier
ce Et que tu as poveir de mon cors conseillier,
ce Sequeur moy, s'il te plest, que j'en ai grant mestier ;
ce Que pour moy voi Iaiens mener si grant tempier
a Et tant riche vassal armer et haubergier,
ce Tant heaume et tant escu luire et reflamboier
« Et tant riche vassal moy ichi menachier,
ce Dont il i a, je cuit, assés plus d'un millier.
ce Or m'en doy redouter et forment esmaier.
ce Dex, se je sui chi mort, je te voeil deprier
ce De ma mère sauver, que je aloie aidier,
a Encontre .11. vassaus en .1. camp desresnier;
ce Que Herchembautlefel, qui Dex doinst encombrier,
ce Li met sus qu'ele a mort mon père droiturier,
« Qui Maience la grant avoit à justizier,
ce Et il est encor vif, chen soi je sans trichier,
ce H ermites en .1. bois, où le lessai l'autrier.
« Or m'avoit chà tramis pour son droit calengier
ce Et pour sauver ma mère, que on veut brasoier.
ce Las ! or ne l'en pourrai garir ne respiter,
ce Que chi me couvendra l'ame du cors vuidier;
« Contre si fiere gent n'a ma forche mestier.
ce Mes, par cheli Segneur qui tout a à jugier,
ce Se Dex garist mon corps et m'espée d'achier,
« Ains que il m'aient mort, mi vendrai si très chier
1 16 DOON DE MAIENCE. 3820—38 y*
« Que ja nul nel devra mez parens reprochier. » Dont monta as querniaus de toutes pars cherquier, Savoir se on le puet de nul sens engignier.
Mez che est pour noient, que on n'i puet lanchier, N'avenir près du mur, n'adeser, ne touchier, (Que le paies séoit sus .1. moult haut rochier Et li fossé sunt grant et parfont li gravier) Se dessus les querniaus ne font enging drechier; Mes il en sunt encor, sachiés, au commenchier. Et quant il Tôt véu, n'i ot qu'esléeichier ; A li méisme a dit : « Par le cors saint Ligier ! a Chil paies est si fort, ne le pris .1. denier. « A la chambre m'en vois pour m'amie esveillier « Et si atournerai largement le mengier ; « Tant corn on vivre puet se doit on aeisier. a Ja preudom ne se doit de la mort esmaier; « A mourir avon nous , quoi qu'il doie targier. » Lors deschent u paies sans autre delaier, Par les fenestres fet tous les mors trebuchier, Ens u fons du fossé dedens Peve plungier ; Puis lor a escrié : « Or povés escorchier; a Vous nés arez jamès, se nés feites peschier. »
Li bon vassaus ainsi le paies délivra De cheus que mors a voit, et en la chambre entra; A Nicoleite vint, moult souef l'esveilla , Plus de .L. fois la bouche li beisa.
« Douche amie, levez et ne vous doutés ja a De rien que vous véés ; ja rien ne vous nuira. « Le viellart qui l'autrier vo père vous rouva « Nous a chà assegiez ; mes ja ne li vaudra 9 Que japour chen vous ait; tout autrement ira. — Et ja Dex ne li doinst, la bêle dit li a, * « Que jamez le mien cors de vous ne partira ;
|8fj— )88< DOON DE MAIENGE. 1 1 7
« Et se il en départ, l'âme en départira. »
Lors s'atourne moult bel et vesti et caucha.
Et Doolin H preus en la cuisine ala ;
Char i treuve et oisiaus, que pour cuire apresta ,
Et la bêle le sieut , qui le feu aluma.
Cuire meitent assés de chen que laiens a;
Pain et vin et claré à grant plenté i a ,
Tant que d'un an entier despendu ne sera ;
D'avantage fu tout que rien ne leur cousta.
Au mengier sunt assis, qui longuement dura ,
De beisier savereus .1. entremès i a,
Que à chascun morsel li .1. l'autre donna.
Du raestier sunt nouvel, mes Dex les enseigna
Et destreiche d'amours, qui si souspris les a.
Ele est bêle et il biaus, bêle assemblée i a ,
Quer chil qui plus est viex plus de .XV. ans nen a.
Or les conseut chil Dieu qui ja ne mentira ;
Quer se il est ochis, la bêle s'ochirra
Ou el mourra de duel, ja à chen ne faudra.
Or les sequeure Dex, qui le poveir en a ,
Que sachiés bien de fi que li .1. en mourra ;
Vous orrez ja comment , qui oïr le voudra.
Doolin son cheval mie nen oublia ;
De l'avaine et du fain largement li donna ,
Et as autres chevax, dont .il. ou .m. i a;
•I. puis avoit laiens dont il les abevra.
.II. jours et une nuit là dedens séjourna.
Tant a joie et déduit et tant forment l'ama
Que moult s'esmaie poi, quer en Dieu se fia,
Le gloriex celestre, que souvent depria.
Et Fouchiers par dehors tout adès carpenta,
Son engin merveilleus à grant forche leva ,
Si que poi se failli qu'as querniaus ne toucha.
Et ses sires Gautier tout adès le coita,
Qui armé vistemènt cntour l'engin ala ;
As fenestres vit Do , moult haut li escria :
a A foi ! fel orgueilleus , or i mourrés vous ja !
« Demain feron de vous chen que fet en sera;
« A mourir vous couvient, ja rien ne vous garra.
« Mar m'avez mort cheli qui souef nourri m'a ,
« Qui en femme moullier corn preudons m'engendra. »
Et quant Doolin Pot, ains mot ne li sonna ,
Ne plus que fin noient trestout chen ne prisa ;
Ains s'en retourne arier, Nicoleite encontra,
Plus de .C. mile fois la bouche li beisa,
Puis li dist bêlement : « Ne vous esmaiés ja ,
« Que Dieu, à qui je sui, tous nous escapera ,
« Que mon père le sert, qui pour moi proiera
« Hermite en .1. grant bois : Dex sa prière orra.
« Par le vouloir de Dieu, qui li dist et manda,
« Vois je en no païs, si corn il dit le m'a,
« Que nostre senescal ma mère acusé a.
« Seele n'a secours, dedens .1. feu l'ardra;
« Contre .11. chevaliers combatre n^estouvra.
« N'i a mes que .111. jours que li caple sera ;
« Or m'i doinst Dieu venir, que grant mestier en a. »
Quant la dame l'entent, moult tendrement ploura :
« Amis , me leirés vous ? Chen comment avendra ?
« Se je sans vous remai[n]g, le cuer me partira. »
— Bêle , fet Doolin, ne soies en esmai , « Que, se Dex me sequeurt, quant de chi partirai , « Se venir vous i plest, ja chi ne vous leirai. « Trois chevax là aval a ; l'un vous enseleroi , « Sus qui vous monterés, quant de chiens istrai. x Quant nous seron montés, la porte entr'ouverrai
Et le pont levéis bêlement besserai;
Puis me ferrai en eus au miex que je pourrai.
?9*o— ?9S* DOON DE MAIENCE. ! 19
« Se Dex me veut aidier, en qui me fierai ,
« A mon branc esmoulu tel voie vous ferai
« Que largement irés là où je passerai.
« Tel vous pourra seisir, que je le paierai
« Si que mort ou senglant à terre le métrai.
« A Maience la grant issi vous emmerrai ,
a Devant tous les barons là vous espouserai.
— Sire, merchi de Dieu, dist la bêle au cuer gai,
« Et de tant et de plus vostre pJeisir ferai ;
« Et se n'est fet ainsi, nouvelement mourrai ,
« Que ja, se Dex m'ait, après vous ne vivrai.
« A mourir me couvient, quant de vous partirai ;
« Or, se mort ne m'ochist, â mes mains m'ochirrai. »
Ainsi li dui enfant moult bel se confortèrent. Quant il fu près de nuit [* leur mengier apresterent] : Connins orent en rost, que tous vis i trouvèrent, Assés burent des vins et largement souperent, Puis alerent couchier, que moult le désirèrent. De jambes et de bras si fort s'entrelachierent Que grant merveille fu comme puis dessevrerent. Ne puis pas tout conter comme il se démenèrent, Mez .1. poi ains le jour ambedui se levèrent. Quant furent atourné , les chevax enselerent Et lor mistrent les freins et les poitrax noerent. U paies vistement arier s'en retournèrent, Del remenant du soir bel se desjéunerent Et burent largement, que assés en trouvèrent, Et atendent le jour, andui bien s'adoubèrent. Doolin s'arma bel ; petit i demourerent.
Quant li prestre leva et la cloque escouterent Et le jour apparut, si tost qu'il Taviserent, A la porte s'en vont et si la deffermerent.
La gent virent dehors, qui grant noise menèrent
120 D00N DE MAIENCE. 3955—598;
Et furent tout armé, mez li plus sommeitlierent; Et chil tout coiement le grant pont avalèrent Et montent es chevax, lors si s'acheminèrent.
Quant Do de Maience ot le grant pont avalé, Entre li et la bêle furent moult bien monté , La grant gent vit dehors et le riche barné, Qui sunt plus de .III e . et furent tuit armé. Par la plache gesoient trestuit entraversé, Et dorment li plusor, et chil qui sunt levé Entendent autre part , par leur maléurté.
Do de Maience ot bien s'amie quémandé Que ele le sievist de près en près serré , Et qui la détendra, ne H sort pas chelé ; Que il la secourra, se il en a poosté.
Et ele li respont: « A vostre volenté.
« Damedieu nous aït, par la soue bonté , « Et nous conduie à joie et maint à sauveté ! » Ainsi furent enqui> tant qu'il fu ajourné.
Et quant ont le portrait du grant pont avalé Et le jour apparut, qui geta grant clarté, Li uns a dit à l'autre : « Par sainte carité ! « Ne voy je sus le pont .1. chevalier armé ? » Et H autre li dist : a Où avés vous esté ?
« Je cuit que vous avés le sens enfantosmé.
« Je ne voi fors le pont en contremont levé « Et l'ombre de la tour, qui fiert sus le fossé. — E nom Dieu , chil respont , vous m'avés assoté. « Je Tirai ja véir, par ma crestienté! »
Lors s*en va chete part, u poing le branc letré, Et ot Pescu au cot et le heaume freiné.
Et quant Do s'aperchoît que il Pot avisé Et voit que It .1. l*a o doi L'autre moustré , Donc prime s'apeosa que trop a demourê
39 i^— 4019 DOON DE MaIEMCB. 121
Et jure Damedieu, le roy de majesté, Que mes ne finera , si l'ara estrienné Cheli qui si li vient de si très grant fierté. Lors a le bon cheval des espérons hurté Et a bessié la tanche o lonc fer acheré.
Grant coup li va donner sus son escu doré, Que l'escu a perchié, s'a le hauberc faussé
1 Et le clavain derout et le cuir entemmé.
• Parmi le corps li a le fer moulu passé .
Mort et senglant l'a jus à la terre porté.
Lors entendi le hu que li autre ont levé , Et [si] voit devant li le grant peuple aûné , Qui s'entre esveilloient tout contreval li pré. Il descent chele part à loi d'omme alosé Et a mise la main au riche branc letré ; Si se fiert parmi eus et leur a escrié :
a Fix à putain, glouton , à mort estes livré ! * Et la bêle le sieut , au gent corps henouré.
Et quant chil l'ont véu , si sunt tuit effréé ; Chil qui furent gesant sunt à la mort livré.
A rencontre li sunt moult fièrement aie;
. Chescun tint en sa main branc au glesve afilé. Sus son escu li ont maint ruiste coup donné ; Mez Dex a si très bien le sien corps d'eus sauvé Que il ne l'ont blechié ne il ne l'ont navré. Et Dex, qui le guioit, l'avoit si bien faé, Et l'espée qu'il tint fu de si grant bonté Que chevalier nen a devant li encontre, Pour que il l'ait de droit féru ne assené , Que abatu ne l'ait mort ou eschervelé.
Maugré qu'en aient chil , a lor rechet passé Et Nicoleite après, qui tant Pot aamé Que, se [* Doon] entrast en .1. feu alumé, Si alast ele après, le front en haut levé.
Ahy ! las , quel ennui et quel aversité !
Querainchiez que il soient du tout à sauveté/
L'ara li .1. des .11. si très chiercomperé
Que mourir le couvint ains qu'il soit avespré.
U riche bourc laiens en sunt issi entré ,
Mes se Dex nés sequeurt par sa grande pité,
Ja seront retenu et à honte livré ;
Que chil de qui il sunt si très bel escapé
Sunt es chevax courans isnelement monté, , .
La grant rue après eus ont tost esperonné;
Mez ja pour trestous cheus ne fussent destourbé ,
Se ne fust cheh qu'il ont leur segneur encontre ,
Qui venoit de dormir, dont maufé l'ont levé.
En sa compengne sunt plus de .xx. adoubé,
Qui tuit erent à pié ; mez il erent levé
Et chascun ot u dos son hauberc endossé
Et l'espée pendue au senestre costé ,
Mez il n'i orent lanche ne heaume u chief fremé.
Toute la ruie viennent contre Doon serré.
Quant il les aperchoit, si a Dieu reclamé
Et la Dame du chiel , qui son cors a porté :
« Dex , issi vraiement corn tu as poosté
« Sus toute rien qui est, chen sai je de verte,
« Et corn Longis le fel par sa grant cruauté
« Te feri en la crois du fer par le costé ,
« Dont le cuer te parti, par quoi sommes sauvé
« Desgrans paines d'enfer, où estiongeté
a Pour le pechié Adam, no premier avoué ;
« Sire, si corn tu mains en sainte Trinité ,
« Sequeur moi, s'il te plest et il te vient à gré.
« Je me fi tant en toi et en ta grant bonté,
« En la forche de cuer, Sire, que m'as donné,
« Et en mon riche branc, que tant ai esprouvé,
a Et u cheval courant , qui tant a grant fierté,
40J4— 4©8é DOON DE MAIENCE. 12$
« Que tant en abatrai ains miedi passé ,
a Que je m'en iroi bien, je cuit, à sauveté.
« Mez de cheste meschine ai si grande pité,
« Que tant m'aime, je croi, et est enorphenté,
« Que j'ameroie miex avoir le chief coupé
« Qu'ele remaigne chi entre eus à tel vilté ;
« Que bien soi que tous jours Ii seroit réprouvé
« Chen que ele m'a fet et servise et bonté.
a Se je l'en puis mener, par Dieu de majesté 1
a II li sera moult bien encor guerredonné. »
Quant Do de Maience a les traïtours véus Encontre li venir armés et fervestus, Es estriés s'aficha, ne fu pas esperdus.
Damedieu a juré, qui ot à non Jhesus, Que le premier sera de son branc si férus Entresiques es dens et frains et pourfendus.
A tant es vous Gautier, qui n'estoit pas ses drus, Qui li a escrié : « Mal soies vous venus.
« A tort nous avés fes dolens et irascus.
« Mes vous estes ichi à jugement venus , a Dont vous serés encui à grant gibet pendus. « Trop folement vous estez chi sus nous embatus , « Ja n'i serés par homme tensés ne secourus. » Et quant Doolin l'ot, moult par est irascus, Demautalent et d'ire li est le sanc meus; Tant corn cheval li rent est chele part courus. Mes .1. vassal i vint, qui fu de Gandalus Devant Gautier se mist comme fol malostrus, Et Do le fèri si sus le chief, qu'ot canus, Que la char et les os li a tous derompus.
Sus l'espaule est le coup contreval deschendus, Que l'auberc ne li vaut vaillissant .il. festus; L'espaule et le bras destre li abati tout us
Et chil quéi as dens à la terre estendus.
Puis s'est de tel aïr Do es autres férus
Que plus de .vu. en a [ b à] la terre abatus ,
Dont au plus sain en est li chervel espandus.
Do caploie sus eus , maint coup i a rendus ;
Li .1. tranche parmi à ses cous ?lus menus ,
Les autres couche à terre souvins et estendus,
Trestous les plus engrés a tournés à refus.
Et il de toutez pars fu de tans brans férus
Que tout est depechié et troé ses escus ;
Mes H hauberc fu fort quant il n'est derompus ,
Et la forche de Dieu, qui le tint à salus.
Mez se Jhesus n'en pense et la soue vertus,
Ja n'en escapera, s'iert mort ou retenus.
Quant li castel s'esmut et d'amont et de jus
Et gens viennent après et croissent plus et plus ,
Si enforcha la noise et est levé li hus
Et viennent à l'enfant bruiant les saus menus.
Lors fu de toutez pars assaillis et férus
Et l'enfes se deffent, tous les a recréus;
Onques par eus trestous ne peut estre tenus,
N'onc ne fu si grant fes par .1. homme rendus.
Moult assaillent Doon li cuvert souduiant; ' Et il, comme vassaus , va son droit calenjant El se deffent vers eus par moult riche semblant. Qui il ataint à coup, il n'a de mort garant.
Et la bêle se tint selonc li tout serant , En moult trez grant paour, et maine plour moult grant. Et son frère H vient, quant la vit lermoiant; Par la resne l'a prise et au frain en tirant : « Pute, vous remaindrés ! tout chen ne vaut .1. gant, a Ne m'escaperés pas issi en reculant.
« Pour vous, cuit je que cbist nous va si damajant.
4120—415? D00N DE MAIENCE. !2$
«Je vous feroi ardoir en .1. feu tout ardant. »
Et quant Do li vassaus entent tel couvenant ,
Ghele part trestourna le chief de Pauf errant ,
Tant com cheval puet rendre fiert Gautier en tréant.
Si grant coup li donna de Pespée trenchant
La coife li deront, le chervel en espant;
Ains arme qu'il éust ne li porta garant ,
Tout estendu l'abat sus la rue pendant.
Ahy ! las, quel ennui et quel duel sourvenant !
Que ja li mesquerra , si com orrez avant.
Quant il voit cheus venir qui le vont decachant
Sus les courans destriers, armés à lor semblant,
A Nicoleite dist : « Bêle, alon ent atant 1
a Se pouvon estre au plain, tel vous ira sievant ,
a Que je feroi encui couroucheus et teisant. »
Lors hurtent les chevax, si s'eslessent à tant;
Chil remaignent à pié lor chevaus demandant.
Et li enfant s'en vont vers la porte errant,
Qui ja estoit ouverte, seule, sans gent vivant,
Fors dessus u paies avoit .1. seul serjant. '
Et quant Do fu dehors, qui chevauchoit avant,
Et chil qui fu amont abati maintenant
La porte côuléiche , qui amont iert tenant.
Au deschendre qu'el est mena noise si grant
Le bourc en retenti et ariere et avant.
Et quant Doolin Tôt, si se va regardant
Et vit clos le portail à la barre coulant ,
Et [* il] ne vit pas chele qu'il amoit itrestant
Que de li ne préist .M. mars d'or fin pesant.
Vers la porte tourna et hurta en boutant,
Mes la porte fu fort ; chen n'i valut noient.
Et quant il l'a véu, si fet .1. duel si grant,
Ses mains toert et débat et plore en doulousant;
Poi s'en faut que le cuer ne li faut maintenant.
Et quant chele l'oy son grant duel démenant Et voit et connoist bien que il vont dessevrant Et que sieurre nel pu et, ne lui estre en avant, De l'angoisse qu'ele a le cuer li faut atant Et Pâme s'en départ tantost de maintenant.
Lsi mourut de duel la bêle au corps plejsant; Du cheval quéi jus à terre en souclinant.
Et Do, li siens amis, le vit tout apparant ; De la douleur qu'il ot chéi de Pauferrant Et se pasma de duel .m. fois en .1. tenant, a Ahy 1 dolens, fet il, corn je sui meschéant 1 a Perdu ai mon désir et chen qu'amoie tant!
« Jamez joie n'aroi en trestout mon vivant. » . Lors remonte u cheval, sa douleur remembrant. Chele part viennent tuit li petit et li grant, La puchele emportèrent, moult durement braiant, Et rendent au déable Doon et son beubant.
Et quant Do a véu le meschief si pesant Et sceit que n'i aroit recouvrier estorant, Si li est souvenu de sa mère partant, Qui estoit en prison doulereus enhan.
En .1. feu Pardra on, s'il ne li fet garant Et ne la peut deffendre à son jour aprochant Contre .11. chevaliers, qu'ainsi est couvenant ; N'i a mez que .111. jours de là estre apparant, Que on fera le feu d'espine ou de sarment.
Lors se met au chemin, la bêle regretant , Que jamez ne verra à jour de son vivant.
Mez il n'ot pas aie une lieue tenant , Que u chemin trouva .1. chevalier errant , Le plus fel traïtour et le plus souduiant Que l'en péust trouver desi en orient ; Et chil estoit cousin Herchembaut le tirant, Qui sa mère menoit par si vilain semblant.
4i88— 4«i DOON DE MàIENCE. 127
Et quant il vit Doon , nel connut tant ne quant,
Mes il le salua par parole acueillant;
Et Doolin Ii a demandé maintenant
Le grant chemin ferré vers Maience la grant.
Et chil lors li enqùiert bêlement en riant
Qu'il vouloit fere là et qu'il aloit querant.
Et Do li a conté trestout en devisant
Que il pour une dame que on va acusant
Se doit combatre armé sus .1. cheval courant
Contre .il. chevaliers, qui moult sunt mal feisant,
« Herchembaut et Droart les me va on nommant. »
Et quant chil I'entendi , couleur va tresmuant ,
De mautalent et d'ire va les iex cluneitant;
Se le poveir éust, Do n'alast plus avant,
Que il ne l'ochesist ou alast acourant.
Ens en son cuer a dit trestout en embranchant
Qu'il n'escapera mes, si le fera dolent;
Ainchiez l'ochirra il, se il puet, en dormant,
Que de li ne délivre Herchembaut son amant.
II demande Doon et le va foloiant :
« Sire, comme avés nom ? moult vous voy avenant.
— Mes vous, comment ? dist Do, chen me dires avant.
— Par foy , chen dist le glout , on m'apele Hermant.
— Et moy, chen dist li enfes, nomment Do li auquant.
— Sire Doon, fet il, s'il vous vient à talent,
« Vostre compeins seroie par fianche affremant ,
a Qu'aussi doi jen aler à Maience la grant.
« Herchembaut me fet mal, qu'on tient à mescréant,
« Ja Dex n'ament son corps 1 tout li mont va foulant. »
Et Doolin respont : « Je l'otroi et gréant.
« Se je vous truis loial, moi trouvères souffrant;
« Bien soies vous venus! » Lors chevauchent atant;
Toute jour ont erré jusqu'à soleil couchant,
Que chiés .1. chevalier orent ostel séant.
128 DOON DE MAIENCE. 4122— 42J4
Chil estoit loial ho m, de lignage puissant ; Là furent bien servi du tout à leur quemant.
Bien les sot li frans hons richement osteler. Et quant vint l'endemain, si pensent de l'errer, Conques ne pot enging le traître trouver Comme il péust Doon de tout le jour grever Ne de toute la nuit , tant s'en péust pener. Et quant vint l'endemain , si pensèrent d'errer. Et chen fu cheli jour que Do devoit entrer En Maience la grant pour sa mère aquiter Et pour fere Herchembaut et son frère mater, Qui en chu jour la vout dedens .1. feu geter. Hermant le savoit bien, qui le devoit guier.
Au matin le cuida de son chemin geter; Mez Doolin se sot moult bien de li garder, Que «les quemans son père li prist à remembrer. Et chen fu Dieu de gloire qui l'en fist apenser, Qu'il ne s'osa u fol de nulle rien fier ; Tous dis aloit as gens son chemin demander.
Et quant chil l'a véu , si commenche à jurer Quer ainchiez le ferra, quoi qu'il doie couster, Dessus son hiaume amont de son branc d'achier cler, Si que il le fera desi es dens entrer.
Des or mes vous dirai de la dame vis cler, Que on ot fet vilment en la chartre geter.
Nuef ans i ot esté , moult li dut ennuier.
Herchembaut avoit fet son lignage mener :
Chascun i amena chen qu'il dut amener ; A Maience la grant les ot fet assembler.
Tant i vint de la gent que on n'i peut aler, Li .1. tout pour la dame martirier et grever^ Li autre pour son corps bonne merchi crier; Quer si très bonne dame ne poveit on trouver,
Si sage ne si preus en fet ne en parler.
Et sa très grant biauté ne vous soi je esmer, Dont Damedieu ot fet son cors enluminer; Mes or cuit que la faim li fist couleur muer Et la paour qu'ele a du martire endurer.
Et quant tierche sonna, Herchembaut fist aler Plus de .xxx. ribaus pour le bois aûner.
Le feu fist maintenant chele part aporter.
Son lignage et sa gent fet richement armer, Puis a fet envoier pour la dame amener, Quer il la veut u feu tout maintenant geter.
Tous a fet les barons à chest fet acorder, L'un par paour de mort et l'autre par donner Et l'autre par paour de tout deseriter, Fors .1. riche baron, qui manoit lés la mer, Qui moult estoit preudom et moult fist à loer; Sanses avoit à nom, issi l'oï nommer.
Tant par fu loial hom et tant fu gentil ber Et tant connut le mal, qu'as félons vit brasser, Quer onques ne le vout otroier ne loer, De la çontesse ardoir ains les vout destour ber; Mes n'i ot si hardi qui s'en osast armer, Ne il ne s'en osast par lui tout seul aler.
Tuit se furent armé serjant et chevalier, Et dechà et delà , li conte et li princhier, Chil qu'il i aûna et chil qui Forent chier.
Sanses avoit o lui maint vaillant chevalier ; N'i a cheli qui n'ait et haubert et destrier Et quanque à baron a as armez mestier.
Volentiers, s'il oseit, feroit grant destourbier Herchembaut et Droart, li traïtour murdrier, Qui à si grant tort veulent sa dame martirier; Mes il ne peut trouver qui l'en osast aidier, Doon de Maience. 9
I$0 DOON DE MAIENCE. 4188— 4} h
Ne il ne puet par li la noise commenchier,
Quer tant furent grant gent li glouton pautonnier
Que forche que il ait n'i vaudroit .1. denier.
Mes ainchiès que il voie le vespre aprochier,
Verra il tel venir, se il puet esploitier
Que il puisse escaper Hermant le losengier,
Que Hercherobaut fera tout le sanc fremillier,
La couleur tresmuer et pâlir et cangier.
Mes u fel nen a pas ne pensé ne cuidier
Que il soit hom qui l'ost grever ne damagier,
Quant il Maience tient et Ta à justisier.
Il en a apelés Beraut et Ansehier
Et Girart de Bermont et son frère Rogier;
Plus desloiaus n'avoit desi au Mont Peliier :
« Aies m'ent à la tour sans autre delaier;
« La dame m'amènes , que trop povon targier.
« Quant ele n'a ichi el camp son chevalier,
« Qui encontre nous .11. le voeille desresnier,
« Maintenant la ferondedens .i.feu lanchier,
a Que sous chiel n'a il rien qui l'en puist espargnier.
— Sire, chil li ont dit, bien fet à otroier :
« Traitour ne doit on tant ne quant respiter. »
A la tour sunt venus, s'apelent le tourier;
Et chil leur a ouverte , qui n'en fist pas dangier.
La dame fu au fons, aval sous .1. solier;
Et quant chil furent sus , si prennent à huchier :
« Or sus , ma dame , or sus ! trop povés sommeillier.
ce A vostre jugement vous convient aprechier.
ce Le feu avon véu et fere et commenchier,
ce Où on vous fera ja ardoir et gréislier. »
Quant la dame l'oï, si prent à souspirer;
Damedieu reclama, le vray roy droiturier.
Et chil une escheleite li font aval lanchier,
Et ele s'en issi, si se prist à huchier.
Le glouton ot la dame de la chartre getée , Vestue povrement et trestoute afemmée.
Moult li fu la couleur pâlie et tresalée , Que , au jour qu'ele fu en la prison getée, Estoit simple et pleisant, bêle et bien coulourée; N'a voit si bêle rien en toute la contrée.
Mes se Dex, qui bien sceit qu'ele est à tort blasmée, Garde Doon son fis et sa trenchant espée , Ains que le vespre soit , sera si coroperée Que on en parlera jusqu'à la mer salée ; Que il vint chevauchant le fons d'une valée , Parmi le bois espès , en la broille ramée; Paour a qu'il n'ait fet trop longue demourée De sa mère vengier, qui à tort est menée.
Hermant vint jouste li à grant esperonnée , Qui sa foy li avoit et plevie et jurée ; Mes il a juré Dieu souvent en sa pensée Quer, ainchiès que il aient chele forest passée, Li ara il du chief la teste dessevrée.
Ne l'oseit asaillir, tant doutoit la mellée , Se en traîson non, et tousjours à chelée.
Oés, segnurs, pour Dieu et la virge henourée, Corn feite traîson li glous a pourpensée.
« Sire Do, fet li fel , la calour est montée « Et chele forest est moult très bel aorobrée; « Se vous aies .1. poi vo teste desarmée, a Moult vous rafreschiroit le corps et Palenée. » Et Do li respondi : « Vostre plesir m'agrée. » Lors a son hiaume osté , sans plus de demourée , Et le pent à l'archon de la sele dorée ; Sa ventaille a du tout deslachie et ostée, Sus ses espaules a sa coife arier getée.
i Quant Hermant l'a véu, grant joie en a menée; Moult le vit bel de vis, et chiere ot coulourée,
i;a Doon de Maience. 43)6-4***
Iex vers, clers et rians, et fâche coulourée,
Les cheveus biaus et blons à mainte cherchelée.
Onques barbe nen ot ne ne li fu ostée ;
N'ot .1. si bel enfant jusqu'à la mer betée.
« Chertés, pensa Hermant, or ai chen qu'il m'agrée :
« De chu chief sera ja m'espée ensanglentée.
« Ja pour li ne sera la dame délivrée ;
« Ains tendra Herchembaut Maience la loée
« Et trestout le pais et la large contrée.
« Sire Do, fet li glout, par la vierge henourée,
« Moult a bel homme en vous ; ja n'i aront durée
a Herchembaut et Droart contre vous à meslée,
« Qui vo terre vous ont et tolue et emblée
« Et vostre mère à tort laidie et mai menée. »
Lors li vient par derier coieroent, à chelée,
Et a mise la main à la trenchant espée ,
Contremont la leva par moult grant aîrée ;
Bien le cuida ferir sus la teste esnuée.
L'espée vint de haut , qui bien fu afilée;
Mes ainsi corn Dex vout , qui mainte ame a sauvée ,
L'espée a par dessus une branche encontrée
D'un quesne viel et dur , antive et emmoussée ,
Et chil i feri si que toute Ta coupée.
La chime par devant est à terre volée ,
Et l'espée en est jus en contreval coulée.
Sus l'espaule ataint Do de si grant amenée,
Se la broigne ne fust , qui tant estoit ferrée ,
Et la vertu de Dieu , où il ot sa pensée,
Tout en éust l'espaule à chel coup dessevrée.
Quant Do de Maience a chel ruistecoup sentu Que Hermant li donna , et qu'il l'a dechéu , Moult par en ot le cuer dolent et irascu.
Damedieu a juré, qu'en apele Jhesu,
4,8*-44" DOON DE MAIENCE. I}}
Que lié ne sera mes, si li sera rendu.
« Fix à putain , fet il , vous avés trop vescu ! « Si félon traïtour n'avoie encor véu. »
Lors a mise la main au branc d'achier moulu , Et hurte le cheval qui randonne menu.
Le glouton a ataint, qu'ot hauchié son escu , Et Do i feri si que tout li a fendu.
/De Tiaume à or burni a le chei[r]cle abatu ; / Tout aussi le deront comme .1. feul deséu.
La coife ne li vaut la monte d'un festu ; Jusques près du chervel l'a li mal glout sentu. Si grant coup li donna et si estonné fu Que moult poi s'en failli qu'il ne l'a estendu.
Hermant sent le grant coup que Do li a donné , Moult par en aie cuer dolent et embosmé; Damedieu a juré et la sieue bonté Que chen li sera ja moult tost guer redonné. Onques Doon nen a de respit tant donné Que sa ventaille rait ne son hiaume fermé ; Ains le fiert de vertu de son branc acheré Sus l'escu , que il ot dessus son chief posé ; Tout aussi le deront comme I. festu de blé.
U hauberc sous le bras l'a si droit assené Que l'espée trehehant l'a derout et faussé ; U bras l'a .1. petit en la moure navré Que le cheval en a devant ensanglenté.
Et quant Do a véu que tout ne l'a coupé , La plaie ne prisa vaillant .1. oef pelé.
Et Hermant li cria : « Do, par ma loiauté, « Or mez sunt mi cousin de vous asséuré.
«JL.fr bras vous ai, [che cuit], .1. poi haligoté; « Quant en ares autant en l'autre bras porté, « Mi cousin priseront petit vostre fierté.
134 DOON DE MAIENCE. 4422-44ÎJ
« Herchembaut et Droart, qui maint jour m'ont amé,
ce Vostre mère ardront en .1. feu embrasé,
« Si tendront le païs et toute la conté,
« Et vous serés pendu à .1. arbre ramé.
« Ains que vous m 'es capes , par ma crestienté ,
« De combatre à eus .H. ne en camp ne en pré,
« Vo guerredon ares , que trop avez genglé. »
Et quant Do Ta véu , moult par li a grevé;
Ains ne li sonna mot , tant a le cuer enflé.
Lors le fiert, comme chil qui moult fu aïré ,
Du bon branc esmoulu sus son hiaume gemé ;
Pierres , asur et flours en a tout esgruné ,
Ensement le deront comme .1. festu de blé.
La coife n'i valut .1. denier monnaé;
La char rompi et l'os : si bel Ta atourné
Que sous les iex devant li a le front versé.
La piau li pent aval , si Ta tout aveuglé ;
Ne la peut redrechier, s'en a Dex moult juré ,
Se tous jours ne la tient o sa main souslevé.
Et quant. Do l'a véu , .1. gap li a jeté :
« Qu'est chen, sire Hermant? où avez vous esté?
« Vous resemblés mouton que on ait escorné. »
Quant le fel a véu que il Ta ramposné
Et que de soy vengier n'a mie poosté ,
Par le bois, à travers, a le cheval hurté.
Dole cacha assés; mes il a tantale
Que escapé li est outre sa volenté.
Ahy , las ! quel ennui et quele aversité ,
Quant Do ne l'a ochis ou mort ou affolé !
Que chil sot le païs , si a si tost aie
Que à Maience vint, la nobile chité.
Par dehors [Me] la vile, en .1. moult large pré,
Trestuit li haut baron et li riche chasé
De trestout le païs i furent assemblé.
Tant leur out Herchembaut et pramis et donné
Que à la dame ardoir se sunt tuit acordé ,
Fors Sansez , qui i ot o li son parenté;
Si furent .llll c . d'armes bien conréé.
Chen fu le plus loial de toute la conté,
Et qui avoit plus foi et sens et loiauté.
Chil jura Damedieu , le roy de majesté,
Que ja sa loial dame, qui il doit féeulté,
Ne faudra son vivant, s'il en a poosté,
Ainchiès li aidera vers le fel parenté.
Et si baron ensemble l'en ont rasséuré
Que ne li faudront ja ne fâchent tout son gré.
Atant es vous Hermant, le traïtour prouvé,
Que il voient venir trestout ensanglenté;
Si portoit en sa main tous [Mis] son front levé.
Tant a quis Herchembaut que entre eus l'a trouvé.
Dit li a devant tous, que rien ni a chelé :
« Herchembaut, biau cousin , chier vous ai comperé.
« Pour vous m'a on issi martirié et navré ;
« Ja ne verrai la nuit , si m'a on atourné.
Et quant Herchembaut l'ot, s'a tout le sens mué :
« Diva! qui t'a chen fet ? di m'ent tost vérité.
— Biau sire, .1. chevalier, qu'ains mes en mon aé
« Ne vi si bel enfant, si grant ne si membre,
<c Ne tant bien fet de cors , si haut ne si levé;
« Plus a biaus les cheveus de fin or esmeré ,
<c Le vis lohc et traitis et fres et coulouré.
a Le conte Gui est fis , si corn on m'a conté,
« Qui de Maience sot avoir la poosté.
« En une grant forest l'a nourri moult soué
« Noef ans trestous entiers , à tant le m'a esmé.
« Or dit que Dex li a , nostre Sire , mandé
« Qu'il viengne pour seisir toute cheste hérité ,
a Qui à son père fu et tousjours a esté ,
!j6 DOON DE MAIENCE. 4490—4512
a Que il lessa tout vif en la forest d'Ardre.
« Par Castiaufort s'en vint , son oncle i a trouvé ;
a A li se couroucha , chil l'a si atourné
« Que jamez n'en ara léeiche ne santé.
« Le Jaiant nous a mort , le chevalier membre ,
« Le plus grant c'on séust en nule roiauté ;
« Si a son fix ochis , Lambert le desréé ,
« Et le frère au Çuéant , le segnor d'Aufalbé,
« Et Gautier son bel fis , qu'il avoit adoubé.
a Maugré eus a .m. jours en lor paies esté,
« Chascune nuit avoit Nicoleite au costé,
« La plus trez bêle dame de la crestienté ;
« Puis s'en est escapé outre lor volenté.
« Et je venoie chà par ma maléurté;
a Au chemin m'a rataint cest grant dyable faé.
a Je le cuiday trayr, dont je fis follette,
« Car en cest point m'a miz que vous m'avez trouvé.
— Certes , dit Archambault , chier sera comparé. »
Adonq .1111. sergens a devant luy mandé;
A une part leur dit , qu'on ne l'a escouté :
« Alez luy au devant et soiez bien armé.
« Se vous ne l'ociez , mal serez retourné ;
« Destruire vous feray , de ce ne soit doubté. »
Et ilz luy respondirent : « A vostre voulante. »
Puis se sont vitement ou grant chemin bouté.
Or le secoure Dieu par sa grande bonté ,
Car moult sont ly vassaulx plains de grande fierté.
Le gentil ber Doon à la chiere hardie Son elme mit ou chief, la ventaille a lassie; De ce que Hermant dit tint à grande folie.
Vers Maiience tout droit a sa voie acueillie ; Riens ne scet des sergans>que le cors Dieu maudie, Qui viennent contre luy à moult grande aramie.
4S23r-4U* DOON DE MAIENCE. 1)7
Et le quen fort chevaulche , que avoit grant envie Qu'à sa mère peust fere bon secours et aye ,. Qui .ix. ans ot esté en la chartre abscurie.
Vestue povrement, moult estoit mal ballie. .
Au dehors de Maiience fut en une prairie; Là l'amainent bâtant la pute gent haïe.
Après elle pleuroit trestoute sa maisnie, Chevaliers et bourgoys , une grant compagnie , Qui de long temps l'avoient et amée et prisie; Maiz moustrer ne Posoient pour la faulce maignîe. Quant ilz vindrent ou champ , en la grant praierie , Entre lez aultres gens , dolente et esbahie , Environ regarda pour demander aie.
Bien .im c . estoient de moult grande lignie, Qui au conte Guyon orent leur foy plevie De saulver son païs, son honneur et sa vie; Maiz le faulx Archambault, qui le corps Dieu maudie, Avoit tous les plus grans tournez de sa partie , Par dons d'or et d'argent et destriers de Surie Qu'il leur avoit donné : maudite soit sa vie l Quant il vit devant luy la dame seignorie , Par les cheveulx la prent , à terre l'a sachie ; Aux barons escria : « Seigneurs, ne doubtezmie. « C'est cy la desloial et la pute enragie « Qui mon seigneur ocist en k chambre votie.
« Et s'elle estoit itelle que de rien m'en desdie, a Prest suis de le prouver à l'espée fourbie « Entre moy et Droard , einsi qu'elle est jugie , « Encontre ung seul vassault, ains l'eure de complie.» Quant Hermant l'ot ouy, qui la teste ot playie, • Haultement luy a dit : « Sire , nel faitez mie, ? Ce perdre ne voulez et le corps et la vie ; a Car un vassault vient cy , plain de chevallerie : a Si bel homme ne vy jamaiz jour de ma vie,
î }8 DOON DE MAIENCE. 4ï$7-4S*9
« Ne si gr*nt ne si fort, pour vray le vous affie.
« Point n'a .xv». ans, ce Dieu me benéye.
« Sire, qui le verroit, quant .1. peu se garraie
« Et il tient en sa main l'espée qui flambie,
« Fer ne Iuy tient n'assier ; tout derront et esmie.
« Regardez comme il m'a la face appareiilie.
« Tost le verres venir, guieres n'atendra mie;
« Ce vous demourez cy , vous ferés grand folie.
« Alez en , s'emmenez la vostre compagnie ;
« Contre luy ne durrés , par la vierge Marie !
« Car il est filz Guyon à la barbe fleurie,
ce Qui de Maiience est quenx , que vous avez saisie.
« Quant le vassault verra sa mère einsi laidie ,
ce Moult en ara le cuer et la chiere marrie ,
« Et le plus de ces gens seront de sa partie,
« Et vous serés honny , ce Dieu n'y fait aïe. »
Quant Archambault l'oït, talent n'a qu'il en rie ;
De la paour qu'il ot tout le sang luy fremie.
Ceste parole ont bien parmi la place ouye ,
Et Sanses de Clarent ses compagnons ralie;
De ce qu'il a oûy a la chère esjouie.
Sa dame vit iliec, qui pleure et qui Jermie;
De la pité qu'il ot le cuer luy atenrie.
Bellement luy a dit : « Ne soyez esbahie.
« Car Dieu vous secourra , qui ne vous faurra mie.»
Quant Archambault ouyt Hermant einsi parler, De la douleur qu'il ot là cuida forsener ; Maiz son cousin estoit , ne le vot atoucher.
Maiz le va d'une part en la place mener, De ce qu'il avoit dit l'ala moult fort blasmer : « Hermant, dit Archambault, tu me veulx vergonder, « Quant tu va devant tous tel chose recorder. « Tu feras les barons contre moy rebeller
4S9°-46*» DOON DE MAIENCE. 1 39
« Pour ce qu'i t'ont ouy et mentir et gaber ;
« Car mon seigneur est mort, il n'en fault point doubter,
« Et j'ay fait les enfans dedens la mer jetter
« Par Salemon leur maistre, qu'onq puis ne vy^ tourner.
« Bien a passé .X. ans que d'eulx n'oy parler.
— Archambault, dit Hermant , bien vous voy assoter.
a Vous n'en véystez mie Salemon retourner,
« Car l'enfant Doelin le tua sur la mer,
« Et de son coustel mesmez , que ne s'en sot garder.
« Des trois enfans sont mors les .11., sans point fausser;
« Mais l'aisné est vivant , de ce ne fault doubter.
« Tout seul en .1. batel le fit Dieu arriver,
« En la grande forest son père ala trouver,
« Qui hermite s'est fait pour Dieu mercy prier
« Pour ung preudons qu'ocist , quant il cuida tuer
« Le grant serf qu'il chassoit ; pour ce vot endurer
a La paine et le traveil que cil souloit mener.
a Et quant Dieu luy, donna son enfant retrouver,
« Qui n'aYoit que .vu. ans, il le fit séjourner
a Neuf ans avecques luy, et l'a fait gouverner
« Des oyseaulx et des serfz , qu'il prenoit à berser.
a Pour ce est il si fort et fait tant à doubter
« Que nulz bons contre luy n'a povoir de durer.
« Or a il pieu à Dieu de luy vouloir mander
« Le mal que fait avez à sa mère endurer ;
ce Sy le verres tantost, le plus bel chevallier
« Que vous scéutez onquez de vos yeulx regarder.
« Et s'il vous peut ycy ne véoir ne trouver,
« La teste vous fera des espaules voiler. » •
Sy respond Archambault : « Tout ce lessez ester.
a La putain feray tost dedens .1. fu jetter;
a II n'est rien en cest monde qui l'en puisse garder.
« Et sy ay fait là hors par les champs cheminer
« .1111. bons chevaliers, qui moult font à doubter.
140 D00N DE MAIENCE. 4624— 4*$7
a S'ilz le pevent à plain véir ne rencontrer,
« Mourir luy convenra, rien ne! pourra garder.
« Et bien viengne deçà contre nous .11. chappler!
a Les bpyaulx luy ferons parmi lez champs traîner. »
Quant Hermant Ta oy, sel prent à regarder,
Et lui dit : « Par celluy qui tout a à saulver,
« Se vous voiez son corps par devant vous ester,
« L'espée nue au poing, que je lui viz porter,
« Vous ne Poseriez mie de voz yeulx regarder
« Qu'il ne vous convenist de voz membrez trembler.»
Lors respond Archambaut : oc Trop le povez louer.
ce La dame verres ja dedens ung fu ruer. »
Sy courut vers la dame, la main luy va combrer,
Par delez son cheval la fit à pié trotter
Devers le fu tout droit , tant qu'il povoit aler.
Lors véissiez grant cry entre les gens lever :
Les plusieurs de pité commancent à pleurer.
Quant Sansez de Clarent la vit einsi mener,
Son enseigne çommance moult fort à escrier :
a Or avant, beaulx amiz! Qui or me veult amer
« Sy me suive bien tost. Plus ne puis endurer
« Le tourment que je voy à ma dame porter.
« Je vueil ad ce jour cy les biens luy guerdonner,
« Que mon seigneur et elle m'ont fait, sans plus lesser.»
Lors il fit touz lez siens entour luy assembler.
Quatre cens furent bien , hardiz pour commancer ;
Les chevaulx ont hâtez tant qu'ilz pevent aler
Où Archambault devoit la dame ou fu bouter.
Sansez fu le premier, la dame ala combrer,
Et dit à Archambault : « Moult faitez à blasmer,
« Quant par droit ne voulez ceste chose mener.
« Ma dame a présenté ung vassal à livrer,
ce Qui cy la détiendra pour sa vie saulver
« Contre yous et Droard : cy Voit deviser.
« Donq , ce par droit voulez ceste affere mener, « Respiter la devez de cy jusqu'au disner, « Pour savoir se pourra son chevalier trouver, « Qui de vous l'escremisse pour son corps délivrer. » Quant Herchembaut l'oï, couleur prist à muer ; . Damedieu a juré , qui tout a à sauver, Se il ne la guerpist, mal les osa penser.
Et Sanses H respont : « Sire, par saint Osmer! x y « Ele n'ara ja mal dont la puisse garder. »
Et quant Herchembaut Tôt, n'i vout plus arester, Ains a mise la main au bon branc d'achier cler. Sus le hiaume en va tel au preus Sanson donner 4 Que une piche en fist contreval esgruner; Mez la coife fu fort, ne la peut empirier, Et Dex vit sa bonté , qui nel lessa grever.
Sanses traist le sien branc , qui moult fist à loer, Et fiert si Herchambaut, que il ne pot amer, Que le hiaume H fet en .11. piechez voler.
Déable le garda qu'il nel pot entemmer ; Mes le coup , qui fu grant , le fist tout cancheler. Lors courent chele part qui plus i pot aler Et dechà et delà , pour les grans cous donner. Et Sanses de Clervent fet la dame garder, Si que nus ne s'osa près de li habiter ; Par la presse se fiert , si commenche à capler. Qui li véist ches hiaumez depechier et quasser, Et hiaumes et clavains et capiaus effondrer Et l'un mort dessus l'autre couchier et reverser, Merveilleus chevalier y péust on trouver.
A son branc esmoulu en fet tant aterrer Que si hardi n'i a qui l'osast encontrer ; Tous les plus mestres rens fet partir et sevrer. Et si homme après li ne fine[nt] d'enfouler, Par trestout où il tourne font la presse tourner;
Mez la gent Herchembaut les font tous refréner Et d'une part et d'autre sunt fort à desrouter. Là véissiés u camp tant fort escu trouer.
Tant hiaume depechier et tant escu fausser Et tant riche vassal parmi le corps navrer.
Tante sele verser, tant chevalier vuidier , Et tant riche cheval par la campengne aler, Leur seles par dessous lor resnes traîner, Et leur segnors gésir, estendre et gambeter, Que merveille en avoit qui les pot regarder.
Jamez ne fineront , chen pui je bien jurer, Tant.gu€ li enfez Do les vendra dessevrer.
Vous orrez ja comment, s'il vous plest escorter, Se des .1111. vassaus le puet Dex escaper, Qui à rencontre vont pour li à mort livrer.
Li .1111. chevaliers dont je vous vois contant, Qui contre Doon vont , le hardi combatant , Pour li traitier à mort, à murdre sousprenant, Entrent en fa forest dont je vous dis avant, Par où il s'en venoit moult tost esperonnant, Pour aidier à sa mère, qui mestier en a grant. Si comme il furent ens u ramier plus parant , Leur chemin se fourcha et en .11. va sevrant. Paour ont , se par .1. vont ensemble errant, Que par l'autre chemin ne s'en voist en emblant. Par la cremour qu'il ont se partent maintenant, A destre vont li dui et à senestre autant.
N'orent gaires aie par le bois traversant, Quant chil à senestre ont coisi en .1. pendant Do , qui vers eus venoit fièrement descendant. Et quant il l'ont véu , si le vont atendant En une plache égal , lés une eve bruiant.
Et quant venus i fu , s'aresta le bauchant ;
47*J— 4757 DOON DE MAIKNCE. I43
Gentement les salue du père vrai amant , Sun chemin lor cuida demander maintenant.
Et chil ont respondu de felonnie ardant :
«Mal soies vous venu , fel mauvez souduiant, «c Qui Hermant avez mort, nostre ami miex voeillant 1 « Mez vous le comperrés ; de mort n'arés garant. » Quant Do de Maience ot qu'il le vont menachant , Tout canja et rougi de grant ire esprenant ; Mes tant fu couvoiteus de chevauchier avant Que il leur respondi moult en humiliant :
a Segnors, lessiés m'aler; ne m'aies detriant. ce Se rien vous ai meffet en dit ne en semblant, « Ne à vous ne as vos, dont m'aies curiant, « Jel vous amenderai tout à vostre talent.
— Par Dieu , li uns a dit, chest plet est de noient : « L'amende en sera de la teste perdant, a Qu'Erchembaut porterai, à ma sele pendant. » Et quant li bon vassaus entent tel contrechant , Si les prisa moult mains que il ne vont cuidant. Et li .1. a hurté le bon cheval courant Et la lanche brandie à .1. loncfer trenchant; Vers Doon est venu par ire esperonnant.
„ Bien le cuida ferir sus l'escu d'olifant; Mes il i a failli, qu'il nel toucha noient.
Et Do geta la main à la glesve pongnant , Hors des poins li osta , puis l'ala brandissant. Ja en fera cheli, se il puet, repentant; James ne sera lié si l'ara fet teisant»
Quant Do de Maience ot la fort lanche esmouluei U cheval est monté., qui moult tost se remue. Vers l'autre est tourné , qui de ferir s'arguë, Et feri si Doon que sa targe est fendue; Mes le haubert fu fort, maile n'en a rumpue.
La lanche va en trons, que moult poi s'est tenue.
Et Do le refiert si , qui a dit : « Dex aieue ! »
Que l'escu li percha et la broigne menue.
Parmi le corps li a la fort lanche cousue ,
Du cheval l'abati emmi la plache herbue.
Quand sez compeing le voit, grant paour a eue ;
Lors s'en tourne fuiant la grant voie batue ,
Et Do chevauche après la grant forest ramue.
Et quant il fu à plain, s'a Maience véue,
Que sez perez avoit maint jour en pes tenue.
James lié ne sera , si ara connéue
Sa mère, qu'Erchembaut a si vilment tenue.
S[i] ataindre le puet , chier li sera vendue ;
Mar a encontre li tel folie esméue.
Quant Penfes de Maience fu près de la chité, En la plache dehors, entre .1. bois et .1. pré, Vit ensemble en .1. champ maint chevalier armé Et maint riche branc trait , trenchant et afilé. Li or et li asur gela si grant clarté Que tuit li oeil en sunt u front estenchelé.
Au plus tost que il pot est chele part aie.
Selonc eus voit le feu ardant et embrasé , Et sa mère devant, au gent corps henouré, Que gardoient ileuc .nu x . adoubé.
Tel pitié a de li , quant il l'a regardé, De duel et de pitié a tendrement plouré.
Par le champ voit envers tant chevalier armé, Tant chervel espandu et tant bras découpé Et tant destrier de pris , de segnor esgaré.
D'aidier l'une partie a moult grant volenté; Mes il ne sceit as quiex, si sunt entremeslé. De Tune part se trait , si leur a escrié :
« Segneurs, soies en pes, pour sainte caritél
« Atendés .1. petit, se il vous vient à gré,
« Si me dites de quoi vous estez descordé. »
Et quant chi! l'ont 01, si se sunt aquéé.
Moult se sunt merveillié trestuit de sa biauté ,
Quer onques mes ne virent homme si bel armé ,
Si bien fet ne si grant ne si bel atourné ;
Plus d'un autre fu grant demi pié mesuré.
Trestous sunt devant li venu et assemblé.
« Segneurs, fet Do li preus, se Dex vous doinst santé,
« Dites moi, s'il vous plest, pour quoi estes iré
« Et pour quoi tel meslée a entre vous esté. »
Et Sanses li a di : « Ja orrés vérité :
« Ichi a une dame de moult très grant biauté
« Et garnie de bien , de sens et de bonté ,
« Qui est dame de nous et de tout chest resné ,
« Cui on met sus , à tort , menchonche et fausseté ,
« Qu'on li met sus qu'ele a son droit segneur tué ,
a Qui est encore vif , chen nous a on conté ,
« H ermites en .1. bois, où granment a esté.
— Segnors, fet Doolin , vés me chi apresté
« Contre .11. chevaliers, qu'ainsi est devisé.
« Bien le m'a on piecha en autre lieu conté.
« Se il sunt si hardi et il ont tant d'osé
« Que il chen veulent dire que la dame ait faussé ,
« Ne que ele ait murdri homme ne estranglé ,
« Se ne les en rent mas, ains qu'il soitavespré ,
« Voeil que vous me pendes à .1. arbre ramé. »
Et quant Herchembaut a chel fier mot escouté,
Ne prise son orgueil vailtarit .1. oef pelé.
Moult se fie en Droàrt et en sa grant fierté ;
Quer tant le connoist fort et fier et aichiré
Que as armez ne crient homme de mère né.
As barons est venu , s'a son gage livré ,
Et jure sas les sains, par devant le barné ,
Doon de Uaitnct. 10
146 OOON DE MAIENCB. 48aj— 4*f7
Que la contesse avoit son segnor mort geté
Et par nuit seveli u garding , à chelé.
Et quant il ot chen dit , si ra Droart juré
Chen méismez aussi que chist a a fié.
«c Chertez , fet Doolin , vous estez parjuré
«c Comme fel desloial et traître prouvé. »
Et quant il ot chen dit , si se sunt dessevré.
Chascun a une part son barnage mené;
Pour combatre se sunt richement atourné.
Or en soit Dex au droit par la soue bonté;
Que ja orrés bataille qu'ai ns mes en vostre aé
Si fiere n'oï on, ne il n'enfu canté.
Li plusour des barons se sunt entr'acordé
Qu'à Doon ne faudront pour nu le poosté,
Que son père Guion leur a moult resemblé
De grandeiche , de gros , de sens et de bonté;
Si l'en ont en leur cuers durement aamé.
.V e . furent et plus qui à li sunt tourné
Et qui li jurent tuit et foi et loiauté ,
Et se sunt affichié et bien ont pourparlé
Que qui mal li fera , qu'il sera comperé.
Issi se sont entr'eus de bien fere apensé ;
Mes se Dex ne le fet, le roy de majesté,
Autrement ira tout que il n ont empensé.
Herchembaut et Droart ont lor gent aûnée Et trait à une part trez emmi chele prée ; Et quant sunt assemblé , s'a la couleur muée : N'en i ot que .m c ., tant par estoit gastée. « Segnors, fet Herchembaut, quiex est vostre pensée ? « Chil chevalier est fier et de moult grant posnée. « Le plus de nostre gent s'est à li acordée « Pour la menchonche grant que il a cqntrouvée. , « Fix se fet mon segneur; mes fox est qui i bée.
4»f8— 4891 DOON DE MAIENCB. 147
« Quer ains rien ne li fu, ch' est vérité prouvée.
« Les enfans sunt tous mors , n'i a mestier chelée.
« Gardez que la chité soit richement gardée,
« Le paies par dedens et par dechà l'entrée ,
« Que se il nous meschiet chi à cheste meslée,
« Que nous puisson rentrer en la chité loée.
« Se estïon dedens, tant est bêle et fermée
« D'ui en .vm. ans entiers ne l'aroit Do combrée. »
Et il ont respondu : « Ainsi corn vous agrée. »
Lors s'en vont là dedens, s'ont la porte fermée
Et garni le portail et la grant tour quarrée.
Et Herchembaut a bien sa gent endoctrinée
Que se il lor meschiet , que lors soit aprestée
De courre sus Doon , qui tant a grant posnée :
« S'il vous escape vif, par la vierge henourée,
« Du mien n'arés jamez vaillant une derrée, »
Et il ont respondu tous à une criée :
« Mar vous esmaierés, quer en cheste journée
a Ares vous la chité et la terre gastée.
a Nous ochirron Doon , la dame iert embrasée ;
« Et n'aiez ja paour de chele gent armée,
<* Que li bourjois laiens vous ont lor foi jurée
« Que ja vous secourront sans point de demourée. » ,
Et quant Herchembaut l'ot, s'a la chiere levée;
Moult par en a sa gent bonnement merchiée.
Son frère a apelé, Droart Brache quarrée,
Le meilleur chevalier de toute la contrée :
« Droart , or i parra qu'ains que soit l'avesprée
9 Mourron en ichest camp de mort ensanglentée ,
« Ou Maience aron quite , qui tant est désirée.
« Gardes bien que la dame ne soit pas oubliée
« Qu'ele ne soit u feu toute vive getée ;
« Que de Doon est fet, se Dex garde m'espée.
« Ne puet pas contre nous tex hons ayoir durée;
I48 DOON DE MAIENCE. 4892—49)4
« Trop est enfes encore à souffrir tel meslée. »
Herchembaut fu armé moult achesméement.
Tant fu fort et hardi et plain de mautalent Qu'il ne prise Doon .1. espi de fourment, Ne trestout son poveir, ne quanque à li apent. Il ot l'escu au col et le hiaume luisant Et le hauberc vestu, tresmaillié doublement, L'espée chainte lés le pommel d'argent, Plus trenchant que raisor iert d'autri ferement, La lanche roide u poi[n]g de fust qui petit fent, A .1. fer poitevin, dont la pointe resplent.
Le cheval sur qui sist valoit .XX. mars d'argent, Et le fel chevauchioit bel et apertement.
Il fu et grant et gros, de fier contenement ; De ses compengnuns part moult aïré[e]ment, Vers Doon est venu tant corn cheval li rent.
Par la presse se fiert , tout deront et defent ; Là où il voit Doon , si li dist hautement : . « Vassal , qu'atendés vous , pour les sains d'orient , « Que ne venés en camp ? Délais n'i vaut noient, a Véés ichi Droart qui armé vous atent.
« Tel vous cuide atourner, ainchiez l'anuitement , a Que vous n'avez ami le cuer n'en ait dolent. » Et quant li vaillant Do chele parole entent , Si li a respondu assés courtoisement :
« Sire , or du menachier, qu'or en avés talent ; « Mez on voit avenir chen qu'oi dire à la gent , a Que les bien menachiés escapent moult souvent , a Et que il fet cheli quel menache senglant.
a Je me fi bien en Dieu , le père vrai amant, « U gloriex du chiel , qui gouverne la gent , « Que je pri et aour de cuer et bonnement, a Que de vous .11. prendrai encui tel vengement
49*$— 49J7 DOON DE MAIENCE. 1 49
« Dont ma mère ara moult le cuer lié et joiant, « Que je voi là séir lés chu feu qui esprent, «c Jointes mains, à genous, où pleure tendrement. « Tel pitié ai de li, se Damedieu m 'amen t, « Que par .1. petitet que le cuer ne me fent ; « Moult me tieng à failli se je ne l'en deffent. » Et quant il ot chen dit , n'i ot plus parlement. Es vous Droart où vint , plain de sourquidement , Dessus .1. grant destrier qui tost queurt et descent; D'Espengne fu venus, si fu à l'aumustant.
Et Droart fu armé tant orgueilleusement, Fer ne achier ne crient ne autri croullement , Ne nul homme qui soit, corps à corps seulement. Chen li est bien avis , tel vigour en li sent , Que nus hons , tant soit fiers , puisse à li de noient.
Droart vint affendant sur le courant destrier ; Par la presse se fiert en guise d'aversier.
Là où il voit Doon , si commenche à huchier : « Sire , que ne venés ? Dex vous doint encombrier ! « Trop nous feites ichi baer et foloier.
a Vous cuidiez escaper pour vostre delaier a Et pour querre acheison de la chose lessier; a Mez , par Dieu qui me fist, tout chen n'i a mestier. a Ne Dex ne nule rien ne vous puet respiter < Que nous ne vous fachon tous les membrez trenchier; « Et se ne redoutoie le mauves reprouvier, « Si vous ferroie tost à m'espée d'achier. »
Et quant li bon vassaus s'ot issi menachier, Ains ne le respondi , tant par ot le cuer fier ; Ains courut aussi tost son cler heaume lachier, Et sailli u cheval , que ains n'i quist estrief. Et Sansez li courut .1. fort escu baillier, Fort et fres et nouvel , à bougletes d'achier;
1)0 DÔON DE MAlENCE. 4$$8— 4J*
Puis li mist en la main lanche fort de pommier,
A .1. lonc fer trenchant , merveilleus et plenier.
Son cheval li ont fet par la plache eslessier,
Savoir corn se porra es armes affeitier ;
Et li enfez brocha le bon cheval coursier.
Tant bel sot son estes et fere et ramener
Que tous cheus qui y sont en a fet merveillier;
Et dient tuit entre eus , sans guile et sans trichier,
Quer onques mes ne virent si très bel chevalier,
Ne homme qui séust plus bel armes baillier.
Lors li ont fet le champ monstrer et enseignier \
N'i a cheli des siens nel voise convoisier.
Quant Penfez fu au champ, où il ot maint princhier,
En bonne pes s'estut , si les Iesse pleidier,
Et prie Damedieu , le père droiturier,
Que if li doinst poveir de sa honte vengier.
Et .1. chevalier queurtsa mère conseillier,
Pour li miex conseillier et pour esléeichier,
Que che est son biau fix, que ele avoit tant chier,
Doolin au cler vis, qui fu porté noier.
Et quant la dame Tôt , Dex prist à merchier;
La joie qu'ele fist ne vous sai denonchier.
Tant regarde vers li qu'ele ne pot chillier,
Et prie de bon cuer le haut Roy justizier
Que son biau corps II gart de mort et d'encombrier.
DOOLIN fu u camp, ainsi corn je vous di ; De sa biauté sunt tuit li plusour esbahi.
Herchembaut et Droart refurent tous garni , Que moult sunt fort et fier, courageus et hardi. Chevalier et serjant sunt arrière verti, Grant plache leur fet on ; eure fu de midi.
« Herchembaut, fet Droart , chist a Dieu à ami , « Qu'ains si bel chevalier de mes iex mes ne vi,
4091—5024 D00N DE MAIENCE. l$l
« Ne si grant ne si gros , si fier ne si fourni ;
« Se che est Doolin, déablez l'ont nourri :
« N'a pas .xvi. ans passés, par foi le vous affi.
« Or ne soion couart, mauvez ne alenti.
« Seur tous hommes avon et le los et le cri ;
« Se chist gars nous desroute , en fin sommez honni.
« Mouvés ensemble moi, n'aies cuer esbahi.
« Quant andeus le ferron sus son escu vouti
* Des lanchez qui sunt fors et H fer sunt fourbi ,
« Bien ara ens u cors le déable en a!
« Se nous ne Pabaton courouchié et marri. »
Et respont Herchembaut : « Je l'otroi bien ainsi;
« S'ainsi s'en va li glout, dont sommez nous failli, »
Lors hurtent les chevax ambedeus à es tri
Et meuvent à Doon, de ferir volenti.
Et le gentil vassaus, qui n'ot pas cuer failli ,
Refiert des espérons à loi d'omme hardi.
Ne se contient pas l'enfes à fol ne à baubi ;
Il abessa la lanche, de l'escu se couvri,
Comme foudre bruiant lor revint tout ainsi.
Sus l'escu l'ont féru li frère de tel bri
Que parmi le plus fort li a fraint et ccçissi ;
Mez l'auberc fu si fort que maile n'en rompi ,
Et le plaisir de Dieu, qui son cors garanti ,
Quer onques pour eus .11. un estrief n'i guerpi.
Des tanches sunt li trons encontremont gali ;
Mes la Doon se tint : Droart en feri si
Quve l'escu de son col li percha et fendi.
Par l'espaule devant le hauberc li rompi,
Le fer trenchant li a par l'espaule flati,
Si que outre en passa plus de pié et demi ,
Tant corn hanste dura; du cheval l'a bâti.
Si très vilainement à la terre quéi
Que la cuisse senestre lî froissa et croissi;
I52 ROON DE MA1ENCE. jo>s— Joj 7
Mez tant fu grant le coup que Do H preus souffri
Que son cheval courant à genoullons sorti ;
Mez il fu fort et bon , vistement sus sailli.
Et Do giete la main au branc d'achier fourbi ,
Que li avoit donné son père u gaut foilli.
Ains meilleur n'en ot bons dès le temps Anséi :
.1. fevre, que Galan avoit tous jours nourri ,
La fist et la forja, chen soi jen bien de fi.
Quant Do le tint u poi[n]g, roidement le brandi,
Et voit Droart gésir couroucheus et marri,
Que ne se peut lever, si l 'avoit mal bailli.
Il li a dit : a Droart, or vous gesés ichi ;
« Or vous monstre bien Dex chen qu'avez deservi ,
« Et l'engin et le mal que vous avés basti.
« Tel louier en ares, se Dex plest et je vi,
a Que vous serés pendu ainchiez chest samedi. »
Et quant ses compengnu[n]s ont chu fier mot oï ,
Li traïtour, qui erent sus l'enfant aati,
Tuit se sunt esméu et vers li escueilli.
Ja Pochirront entr'eus, se Dex n'en a merchi,
Le gloriex du chiel, qui onques ne menti.
Droart jut tout souvin à la terre pasmez.
Les parentez en furent malement aïrés ; Les fers de leur espiés ont vers Doon tournés Et hurtent les chevax des espérons dorés.
Tant com chevax leur viennent, es les vous abrievés, Et jurent Damedieu, qui en crois fu penés, Que Droart sera ja chieremcnt comparés.
mort Do li prcus, ne fust pas escapès, nt Sanses de Clervent est à rencontre aies , ! moult richement, o .V e . adoubés, (vois ! ior escria, gloutons, mar vous mouvésl "* r I e saint Sauveur, qui de vierge fu nés,
J0Î 8— jo^i DOON DE MAIENCEv 1)}
« Se plus aies avant, s'uns en est dessevrés , <f N'i ara si hardi, tant soit riche clamés, « Se jel voi estourmir, qu'il ne soit desmembrés « Ou geté ens u feu qui là est alumés. »
Et quant il ot chen dit, es les vous raquées. Do dist à Herchembaut : « Et vous, quel le ferés ? « Vendrés vous à merchi ou vous vous combatrés ? » Et respont .Herchembaut : a Orendroit le verres ; « Se je puis esploitier, mar nous véistes nés. » Lors hurte le cheval des espérons dorés, L'espée nue u poing , dont li braac fu le très, Et vint droit à Doon comme vif for se nés.
Sus le hiaume le fiert par si très grant fiertez Que parmi le plus fort l'en est le coi[n]g faussés , , Et li chei[r]cles en est à la terre volés.
•' A la coife de fer est li branc arestés
Et Dex, qui devant s'est contre le coup parés ; Mes tant fu le fier Do de chu coup estonnés Que petit s'en failli que il n'en est versés. Mez il reprent son cuer corn vassax aloses , Et hauche le branc nu, qui bien fu esprouvés. Herchembaut feri si, quer moult fu aires, , Sous le pant de Pescu , qui à or fu bendés ; Mez il ne li valut .H. deniers mounaés; .1. quartier en est jus quéus et esgrunés.
Sus le hiaume est le cous si de droit assenés Que il est sous le branc si derout et faussés , Et li chei[r]cle malmis et si desclavelés y Que il ne li valut ne que .11. oes pelés.
* Li haubers est derous, dessous et despennés , Parmi la char li est le riche branc estes ; De la char et de l'os est .1. lambiau volés.
Le hiaume li quéi , que tout fu effondrés > Et li sanc U raia aval par les costés
I52 QOON DE MAIENCE. $0*5—50*7
Mez tant fu grant le coup que Do li preus souffri
Que son cheval courant à genoullons sorti ;
Mez il fu fort et bon , vistement sus sailli.
Et Do giete la main au branc d'achier fourbi ,
Que li avoit donné son père u gaut foilli.
Ains meilleur n'en ot bons dès le temps Anséi :
.1. fevre, que Galan avoit tous jours nourri ,
La fist et la forja, chen soi jen bien de fi.
Quant Do le tint u poi[n]g, rendement le brandi,
Et voit Droart gésir couroucheus et marri,
Que ne se peut lever, si l'avoit mal bailli.
Il li a dit : a Droart, or vous gesés ichi;
« Or vous monstre bien Dex chen qu'avez deservi ,
« Et l'engin et le mal que vous avés basti.
« Tel louier en ares, se Dex plest et je vi,
« Que vous serés pendu ainchiez chest samedi. »
Et quant ses compengnu[n]s ont chu fier mot oï ,
Li traïtour, qui erent sus l'enfant aati,
Tuit se sunt esméu et vers li escueilli.
Ja Pochirront entr'eus, se Dex n'en a merchi,
Le gloriex du chiel, qui onques ne menti.
Droart jut tout sou vin à la terre pasmez.
Les parentez en furent malement aïrés ; Les fers de leur espiés ont vers Doon tournés Et hurtent les chevax des espérons dorés.
Tant com chevax leur viennent, es les vous abrievés, Et jurent Damedieu, qui en crois fu penés, Que Droart sera ja chierement comperés.
l fust mort Do li preus, ne fust pas escapès, ot Sansts de Clcrvent est à ('encontre aies, ! rtiûiilt richement, o ,v c . adoubés, |vois t | or escr i a ? gloutons, mar vous mouvés i """ le saint Sauvéor, qui de vierge fu nés,
J0$ 8 — $091 DOON DE MAIENCEv 1}J
a Se plus aies avant, s'uns en est dessevrés ,
9 N'i ara si hardi, tant soit riche clamés,
« Se jel voi estourmir, qu'il ne soit desmembrés
« Ou geté ens u feu qui là est alumés. »
Et quant il ot chen dit, es les vous raquées.
Do dist à Herchembaut : « Et vous, quel le ferés ?
« Vendrés vous à merchi ou vous vous combatrés ? »
Et respont .Herchembaut : a Orendroit le verres ;
« Se je puis esploitier, mar nous véistes nés. »
| Lors hurte le cheval des espérons dorés, \ L'espée nue u poing , dont li braac fu letrés, Et vint droit à Doon comme vif forsenés.
Sus le hiaume le fiert par si très grant fiertez Que parmi le pJus fort l'en est le coi[n]g faussés , Et Ii chei[r]cles en est à la terre volés.
•-' A la coife de fer est li branc arestés
Et Dex, qui devant s'est contre le coup parés ; Mes tant fu le fier Do de chu coup estonnés Que petit s'en failli que il n'en est versés. Mez il reprent son cuer com vassax aloses > Et hauche le branc nu, qui bien fu esprouvés. Herchembaut feri si, quer moult fu aïrés,
, Sous le pant de Pescu , qui à or fu bendés ; Mez il ne li valut .11. deniers monnaés; .1. quartier en est jus quéus et esgrunés.
Sus le hiaume est le cous si de droit assenés Que il est sous le branc si derout et faussés , Et li chei[r]cle malmis et si desclavelés
. Que il ne li valut ne que .11. oes pelés.
* Li haubers est derous, dessous et despennés , Parmi la char li est le riche branc estes ; De la char et de l'os est .1. lambiau volés.
Le hiaume li quéi , que tout fu effondrés > Et li sanc li raia aval par les costés
152 R.OON DE MAIENCE. JO^s— J0J7
Mez tant fu grant le coup que Do li preus souffri
Que son cheval courant à genoullons sorti ;
Mez il fu fort et bon , vistement sus sailli.
Et Do giete la main au branc d'achier fourbi ,
Que li avoit donné son père u gaut failli .
Ains meilleur n'en ot hons dès le temps Anséi :
.1. fevre, que Galan avoit tous jours nourri ,
La fist et la forja, chen soi jen bien de fi.
Quant Do le tint u poi[n]g, roidement le brandi,
Et voit Droart gésir couroucheus et marri,
Que ne se peut lever, si l'avoit mal bailli.
Il li a dit : a Droart, or vous gesés ichi ;
« Or vous monstre bien Dex chen qu'avez deservi ,
« Et l'engin et le mal que vous avés basti.
« Tel louier en ares, se Dex plest et je vi,
« Que vous serés pendu ainchiez chest samedi. »
Et quant ses compengnu[n]s ont chu fier mot oï ,
Li traïtour, qui erent sus l'enfant aati,
Tuit se sunt esméu et vers li escueilli.
Ja Pochirront entr'eus, se Dex n'en a merchi,
Le gloriex du chiel, qui onques ne menti.
Droart jut tout souvin à la terre pasmez.
Les parentez en furent malement aïrés ; Les fers de leur espiés ont vers Doon tournés Et hurtent les chevax des espérons dorés.
Tant corn chevax leur viennent, es les vous abrievés, Et jurent Damedieu, qui en crois fu penés, Que Droart sera ja chierement comperés.
Ja fust mort Do li preus, ne fust pas escapés, Quant Sanses de Clervent est à rencontre aies , Armé moult richement , .V e . adoubés.
« A vois! lor escria , gloutons, mar vous mouvés ! a Par le saint Sauvéor, qui de vierge fu nés,
S o(8 — S091 DOON DE MaIENCEv 1)J
« Se plus aies avant, s'uns en est dessevrés , <f N'i ara si hardi, tant soit riche clamés, « Se jel voi estourmir, qu'il ne soit desmembrés « Ou geté ens u feu qui là est alumés. »
Et quant il ot chen dit, es les vous raquées. Do dist à Herchembaut : « Et vous, quel le ferés ? « Vendrés vous à merchi ou vous vous combatrés ? » Et respont .Herchembaut : « Orendroit le verres ; « Se je puis esploitier, mar nous véistes nés. » Lors hurte le cheval des espérons dorés, L'espée nue u poing, dont li braac fu letrés, Et vint droit à Doon comme vif forsenés.
Sus le hiaume le fiert par si très grant fiertez Que parmi le plus fort l'en est le coi[n]g faussés , Et li chei[r]cles en est à la terre volés.
•\ A la coife de fer est li branc arestés
Et Dex, qui devant s'est contre le coup parés ; Mes tant fu le fier Do de chu coup estonnés Que petit s'en failli que il n'en est versés. Mez il reprent son cuer com vassax aloses , Et hauche le branc nu, qui bien fu esprouvés. Herchembaut feri si, quer moult fu aires, Sous le pant de Pescu , qui à or fu bendés ; Mez il ne li valut .11. deniers monnaés; .1. quartier en est jus quéus et esgrunés.
Sus le hiaume est le cous si de droit assenés Que il est sous le branc si derout et faussés , Et li chei[r]cle mal mis et si desclavelés . Que il ne li valut ne que .il. oes pelés.
* Li haubers est derous, dessous et despennés , Parmi la char li est le riche branc estes ; De la char et de l'os est .1. lambiau volés.
Le hiaume li quéi , que tout fu effondrés > Et li sanc li raia aval par les costés
152 QOON DE MAIENCE. jo?j— joj 7 §
Mez tant fu grant le coup que Do H preus souffri I
Que son cheval courant à genoullons sorti ;
Mez il fu fort et bon , vistement sus sailli.
Et Do giete la main au branc d'achier fourbi , ;|
Que li avoit donné son père u gaut foilli. (
Ains meilleur n'en ot hons dès le temps Anséi : ^ i
.1. fevre, que Galan avoit tous jours nourri , 1
La flst et la forja, chen soi jen bien de fi. » '
Quant Do le tint u poi[n]g, roidement le brandi,
Et voit Droart gésir couroucheus et marri,
Que ne se peut lever, si Pavoit mal bailli.
Il li a dit : a Droart, or vous gesés ichi;
« Or vous monstre bien Dex chen qu'avez deservi ,
« Et l'engin et le mal que vous avés basti.
« Tel louier en ares, se Dex plest et je vi,
a Que vous serés pendu ainchiez chest samedi. >» j
Et quant ses compengnu[n]s ont chu fier mot oï , à
Li traïtour, qui erent sus l'enfant aati, ]
Tuit se sunt esméu et vers li escueilli.
Ja l'ochirront entr'eus, se Dex n'en a merchi,
Le gloriex du chiel, qui onques ne menti.
Droart jut tout souvin à la terre pasmez.
Les parentez en furent malement aïrés ; Les fers de leur espiés ont vers Doon tournés Et hurtent les chevax des espérons dorés.
Tant com chevax leur viennent, es les vous abrievés, Et jurent Damedieu, qui en crois fu penés, Que Droart sera ja chierement comperés. .
Ja fust mort Do li preus, ne fust pas escapés, Quant Sanses de Clervent est à rencontre aies , Armé moult richement , o .V e . adoubés.
« Avoisl lor escria , gloutons, mar vous mouvés ! jl Par le saint Sauvéor, qui de vierge fu nés,
|0(8 — $o*i DOON DE MAIENCEv 1)J
« Se plus aies avant, s'uns en est dessevrés ,
<r N'i ara si hardi, tant soit riche clamés,
« Se jel voi estourmir, qu'il ne soit desmembrés
« Ou geté ens u feu qui là est alumés. »
Et quant il ot chen dit, es les vous raquées.
Do dist à Herchembaut : « Et vous, quel le ferés ?
« Vendrés vous à merchi ou vous vous combatrés ? »
Et respont .Herchembaut : a Orendroit le verres ;
a Se je puis esploitier, mar nous véistes nés. »
1 Lors hurte le cheval des espérons dorés, \ L'espée nue u poing , dont li branc fu letrés, Et vint droit à Doon comme vif forsenés.
Sus le hiaume le fiert par si très grant fiertez Que parmi le plus fort l'en est le coi[n]g faussés , Et li chei[r]cles en est à la terre volés.
- A la coife de fer est li branc arestés
Et Dex, qui devant s'est contre le coup parés ; Mes tant fu le fier Do de chu coup estonnés Que petit s'en failli que il n'en est versés. Mez il reprent son cuer corn vassax aloses > Et hauche le branc nu, qui bien fu esprouvés. , Herchembaut feri si, quer moult fu aïrés,
, Sous le pant de Pescu , qui à or fu bendés ; Mez il ne li valut .u. deniers monnaés; .1. quartier en est jus quéus et esgrunés.
Sus le hiaume est le cous si de droit assenés Que il est sous le branc si derout et faussés , Et li chei[r]cle mal mis et si desclavelés
. Que il ne li valut ne que .11. oes pelés.
* Li haubers est derous, dessous et despennés , Parmi la char li est le riche branc estes ; De la char et de l'os est .1. lambiau volés.
Le hiaume li quéi , que tout fu effondrés > Et li sanc li raia aval par les costés
140 D00N DE MAIENCE. 4**4— 4**7
a S'ilz le pevent à plain véir ne rencontrer,
oc Mourir luy convenra , rien nel pourra garder.
a Et bien viengne deçà contre nous .II. chappler!
a Les bpyaulx luy ferons parmi lez champs traîner. »
Quant Hermant Ta oy, sel prent à regarder,
Et lui dit : « Par celluy qui tout a à saulver,
« Se yous voiez son corps par devant vous ester,
« L'espée nue au poing , que je lui viz porter ,
« Vous ije Poseriez mie de voz yeulx regarder
« Qu'il ne vous convenist de vozmembrez trembler.»
Lors respond Archambaut : ce Trop le povez louer.
oc La dame verres ja dedens ung fu ruer. »
Sy courut vers la dame, la main luy va combrer,
Par delez son cheval la fit à pié trotter
Devers le fu tout droit , tant qu'il povoit aler.
Lors véissiez grant cry entre les gens lever :
Les plusieurs de pité commancent à pleurer.
Quant Sansez de Clarent la vit einsi mener,
Son enseigne çommance moult fort à escrier :
« Or avant, beaulx amiz! Qui or me veult amer
« Sy me suive bien tost. Plus ne puis endurer
« Le tourment que je voy à ma dame porter.
a Je vueil ad ce jour cy les biens luy guerdonner,
« Que mon seigneur et elle m'ont fait, sans plus lesser.»
Lors il fit touz lez siens entour luy assembler.
Quatre cens furent bien, hardiz pour commancer ;
Les chevaulx ont hâtez tant qu'ilz pevent aler
Où Archambault devoit la dame ou fu bouter.
Sansez fu le premier, la dame ala combrer,
Et dit à Archambault : « Moult faitez à blasmer,
ce Quant par droit ne voulez ceste chose mener.
a Ma dame a présenté ung vassal à livrer,
« Qui cy la détiendra pour sa vie saulver
a Contre vous et Droard : cy l'oïz deviser.
4éj8— 4<9< DOON DE MAIENCE. 141
« Donq , ce par droit voulez ceste aflere mener,
« Respiter la devez de cy jusqu'au disner,
« Pour savoir se pourra son chevalier trouver,
« Qui de vous l'escremisse pour son corps délivrer. »
Quant Herchembaut l'oï, couleur prist à muer ;
Damedieu a juré , qui tout a à sauver,
Se il ne la guerpist, mal les osa penser.
Et Sanses li respont : « Sire , par saint Osmer ! '*'
« Ele n'ara ja mal dont la puisse garder. »
Et quant Herchembaut Pot, n'i vout plus arester,
Ains a mise la main au bon branc d'achier cler.
Sus le hiaume en va tel au preus Sanson donner'
Que une piche en fist contre val esgruner;
Mezla coife fu fort, ne la peut empirier,
Et Dex vit sa bonté , qui nel lessa grever.
Sanses traist le sien branc , qui moult fist à loer,
Et fiert si Herchambaut, que il ne pot amer,
Que le hiaume li fet en .11. piechez voler.
Déable le garda qu'il nel pot entemmer ;
Mes le coup , qui fu grant , le fist tout cancheler.
Lors courent chele part qui plus i pot aler
Et dechà et delà , pour les grans cous donner.
Et Sanses de Clervent fet la dame garder,
Si que nus ne s'osa près de li habiter ;
Par la presse se fiert, si commenche à capler.
Qui li véist ches hiaumez depechier et quasser,
Et hiaumes et clavains et capiaus effondrer
Et l'un mort dessus l'autre couchier et reverser,
Merveilleus chevalier y péust on trouver.
A son branc esmoulu en fet tant aterrer
Que si hardi n'i a qui l'osâst encontrer ;
Tous les plus mestres rens fet partir et sevrer.
Et si homme après li ne finefnt] d'enfouler,
Par trestout où il tourne font la presse tourner;
a S'ilz le pevent à plain véir ne rencontrer,
oc Mourir luy convenra, rien nel pourra garder.
a Et bien viengne deçà contre nous .11. chappler!
a Les boy aulx luy ferons parmi lez champs trainer. »
Quant Hermant Ta oy, sel prent à regarder,
Et lui dit : « Par celluy qui tout a à saulver,
« Se vous voiez son corps par devant vous ester,
oc L'espée nue au poing, que je lui viz porter,
« Vous ne Poseriez mie de voz yeulx regarder
oc Qu'il ne vous convenist de vozmembrez trembler.»
Lors respond Archambaut : oc Trop le povez louer.
oc La dame verres ja dedens ung fu ruer. »
Sy courut vers la dame, la main luy va combrer,
Par delez son cheval la fit à pié. trotter
Devers le fu tout droit , tant qu'il povoit aler.
Lors véissiez grant cry entre les gens lever :
Les plusieurs de pité commancent à pleurer.
Quant Sansez de Clarent la vit einsi mener,
Son enseigne çommance moult fort à escrier :
oc Or avant, beaulx amiz! Qui or me veult amer
« Sy me suive bien tost. Plus ne puis endurer
oc Le tourment que je voy à ma dame porter.
oc Je vueil ad ce jour cy les biens luy guerdonner,
oc Que mon seigneur et elle m'ont fait, sans plus lesser.»
Lors il fit touz lez siens entour luy assembler.
Quatre cens furent bien , hardiz pour commancer ;
Les chevaulx ont hâtez tant qu'ilz pevent aler
Où Archambault devoit la dame ou fu bouter.
Sansez fu le premier, la dame ala combrer,
Et dit à Archambault : oc Moult faitez à blasmer,
oc Quant par droit ne voulez ceste chose mener.
oc Ma dame a présenté ung vassal à livrer,
oc Qui cy la deffendra pour sa vie saulver
oc Contre vous et Droard : cy l'oïz deviser.
4*$8— 4*91 DOON DE MAIENCE. I41
« Donq , ce par droit voulez ceste aflere mener, « Respiter la deyez de cy jusqu'au disner, « Pour savoir se pourra son chevalier trouver, « Qui de vous l'escremisse pour son corps délivrer. » Quant Herchembaut l'oï, couleur prist à muer ; . Damedieu a juré , qui tout a à sauver, Se il ne la guerpist, mal les osa penser.
Et Sanses H respont : « Sire, par saint Osmer! '*' « Ele n'ara ja mal dont la puisse garder. »
Et quant Herchembaut Pot, n'i vout plus arester, Ains a mise la main au bon branc d'achier cler. Sus le hiaume en va tel au preus Sanson donner' Que une piche en fist contreval esgruner; "'" ' Mezla coife fu fort, ne la peut empirier, Et Dex vit sa bonté, qui nel lessa grever.
Sanses traist le sien branc , qui moult fist à loer, Et fiert si Herchambaut , que il ne pot amer, Que le hiaume H fet en .11. piechez voler.
Déable le garda qu'il nel pot entemmer ; Mes le coup , qui fu grant , le fist tout cancheler. Lors courent chele part qui plus i pot aler Et dechà et delà , pour les grans cous donner. Et Sanses de Clervent fet la dame garder, Si que nus ne s'osa près de li habiter ; Par la presse se fiert, si commenche à capler. Qui li véist ches hiaumez depechier et quasser, Et hiaumes et clavains et capiaus effondrer Et l'un mort dessus l'autre couchier et reverser, Merveilleus chevalier y péust on trouver.
A son branc esmoulu en fet tant aterrer Que si hardi n'i a qui l'osàst encontrer ; Tous les plus mestres rens fet partir et sevrer. Et si homme après li ne fine[nt] d'enfouler, Par trestout où il tourne font la presse tourner;
1 66 DOON DE MAIENCE. H9*-H*9
Quant Baudouin o! son segneur droiturier, De la joie qu'il ^a commenche à lermoier, Et de la grant pitié moult fort à souspirer; Maintenant le courut acoler et beisier.
« Gentil sire , fet il , or ai mon desirier.
« Se tenisses à plain la terre à justizier, a Che est la rien du mont que seul plus couvoitier ; « Mes quant je te sent pris , n'i a que esmaier. « Dex i meite conseil , qui tout puet conseiller. » Or oés comme Dex voutdes .H. esploitier :
Chil qui il est amis ne se doit esmaier ; Que dessus eus amont, u plus mestre solier, Là avoit .1. serjant, qui moult fist à prisier, Qui gardoit chele tour pour le mestre tourier. Tant les ot escoutés , ne fina d'oreillier, Si grant pitié en a qu'il prist à lermoier Et du cuer en parfont moult fort à souspirer. Damedieu a juré, qui tout a à jugier, Que il ne lor faudrait pour les membres trenchier. « Sire Do, fet li ber, ne vous caille aïrer; <k Ja sans moi n'i morrés, par le cors saint Richier ! a Vo père me nourri , qui maint jour me tint chier; a Le guerredon ares, se je puis esploitier:
« Je vous rendrai la tour maintenant sans targier. « N'a si fort chà ne là, chen puis je affichier, « En castel n'en chité n'en tertre n'en rocbier. « Ja si fort Herchembaut ne sara menachier « Que par forche vous ait dedens .1. mois entier, « Que nous avon assez à boire et à mengier.
« Dedens chel mois nous puet bien Dex appareillier , « Que nous aron secours de conte ou de princhier, « Ou de Dieu , qui bien puet son ami avanchier. » Et respont Do : « Amis, chen fet à merchier.
^ex me doinst le poveir que t'en puisse vengier! »
« oTnq 9 ,'** *°°* DE Maiknce. 14,
wespiter \ j °'* vo "l« «ste affere mener, * 5ot» r «**r ^ <»e cy jusqu'au disner, * ria» <* c v °t* V P ° Una son cheva, ' er trouver > « Q^ t HefchemK*"' 111 ' 8 *' P° ur son cor P s délivrer. * Q5* j|eu a jurf * ,,oï » couleur prist à muer ;
, Da«> e ^ la guerpûr t ? nt a à sauver ' Seil^slireS ma, I«osa penser
* 5^ara ja m^L. , Sire '• par *"? 0smer !
* »i* *\, He r *\. \ aont la puisse garder. »
*&*S // lV t ^ Ul ''<*» •*«* plusarester, c?*£lÏÏ/** n va tel au P reus S 3050 " do "«««"
!&}*&tâ forf st co r treval esgn ? ner; "
Vb 1 * ly'^Si ' ne la P eut empiner, ^» e * tû *j0OBf*> <î u ' nel lessa grever.
\ -at&ta C^.:^ branc, qui moultfistà loer,
fe^^cnS^"'' ,,Ue . , ' , ne P*"*' Wab e fc n ^P 01 entemmer ; Ur, Sr.' 8 *^5' P ,tts i P ot a,er
l68 DOON DE MAIENCE. J$*J— SS95
Quant se sent en prison, moult ot le cuer marry.
Il jura Jhesu Crist qu'il leur sera ami,
Et a dit à Doon : « Or entendes à my.
ce Vous ne me congnoissez, on m'apelle Vuaudry.
« Or ne soiez de riens doubteus ne esbahy ,
a Quant Dieu a ce donné q'une eschiele avon cy.
a Quant ces gloutons seront d'armures desgarny
a Et qu'au mangier seront bellement et sery,
« Nous les yrons véoir lassus, ce je tant vy.
« D'espées serons bien et de bastons garny :
a Nous serons bien couart ce ilz n'en sont servy. »
Et quant ilz l'entendirent, si furent resjouy.
Doon luy dit esrant : « Ce ilz ne sont servy ,
a Je vueil cy demourer toujours , je vous affy.
« Benoîte soit ly heure que tel homme nasqui ! »
Lors s'assirent tous .m., en devisant einsy.
Et quant ce vint le soir, qu'il estoit avespry ,
D'eulx vous lerray un peu, sy seray reverty
Au chevalier d'amont, qu'on apeloit Tyerry.
Pour garder ceste tour estoit là estably.
Les aultres qui là furent sont trestous esbahy ;
.XV. furent ensemble et cousin et amy.
Desarmez se sont tous les félons que je dy ;
Le queux a apointé le mangier sans detry.
Dont se sont les gloutons esploitiez et hasté, Que le souper fut prest et le vin aporté Au dehors de la tour, au senestre costé, En ung beaul grant praiel, qui là fut ordonné ; De feuliez et de fleurs estoit environné.
Manger vorent de jour, car c'estoit en esté.
Marez avoit entour, bien estoit fort fermé.
Les tablez mirent là pour le doulx temps soué ; Au souper sont assiz , car tout fut apresté.
5î?6-ïéa9 DOON DE MAIENCE. 1 69
Einsy comme ilz mangoient et se sont devisé,
Est venu .1. sergent, qui leur a raconté
D'Archambault leur seigneur commant luy a esté,
Et dit qu'il guarira et bien ara santé ;
Ung mire y est venu qui Ta tout affermé.
« Archambault, de par moi , vous a à tous mandé
« Que bien soient léans iy prisonnier gardé
« Et que nulle vitaille on ne leur ait donné,
« Jamaiz ne mangeront, einsi Ta devisé. »
Et Thierry luy respond, qui la tour a gardé :
« Sire, par Dieu, dit il , qui de vierge fu né,
« De cuer et voulante acompliray son gré.
« Et aussy en avoie très bonne voulante,
a Et bien fut il einsy que point ne l'eust mandé. »
Lors se juent ensemble et ont riz et gabé.
Maiz avant qu'on leur ait le second mez donné ,
Leur parlement sera en peu d'eure tourné; .
Car les prisonniers orent tout très bien escouté ,
Et scevent qu'ilz estoient très bien- à leur privé,
Et oyrent la noise qu'ilz ont entre eulx mené.
Adonq a dit Vu au dry : ce Qu'avons nous en pansé ?
« Ces gloutons sont lassus au mengier emblavé ;
a Adviz m'est que séans ayons trop demouré.
« Se me voulez suyr, et Dieu l'a destiné,
« Telz les atournerons, ains qu'ilz aient soupe,
« Que maiz en leur vivant ne seront recouvré. »
Adonc ont ilz l'eschiele au hault mur adossé ,
Et Vuauldry monte en hault : partout a regardé ;
Maiz il n'y a véu homme de mère né.
Les armures persçut , qu'ilz orent desarmé ;
Adonq en a il pris ce qui luy vînt a gré ,
Et puis c'est descendu , sy leur a escrié :
« Armez vous vitement! n'y aiez arresté.
« Jamaiz joie n'aray que seront resveillé
170 D00N DE MAIENCE. $630—5*61
««Ces félons trayteurs, desloiaulx, parjuré. » Et Doon l'entendi , forment luy vint à gré.
Lors s'arment vitement ly vassal aduré Et saignent les espées an senestre costé.
Armez furent les .m., einsy qu'oiez contant ; Par l'eschelle s'en vont en çontremont levant. Quant Doon fut amont , il est passé avant ; Bauduin et Vauldry i'alerent près suivant.
Vers le praiel s'en vont tost et incontinent Tant qu'ilz vindrent [illec] , tous en main le nud brant. Quant ceulx les ont choisiz , de paour vont tremblant, Et le preus Doelin lez va hault escriant :
« Ma ranson vous aport , soiez la recepvant.
ce En la prison m'alastez vilainement jettant ; « Vous me délivrerez ains qu'alez plus avant. » Lors a féru Thyerry, qui estoit tout devant.
Dessus la teste amont luy va tel cop donnant Que tout jusques aux dens l'ala il parfendant. Bauduin fiert ung aultre , la teste en va sevrant , E Vauldry fiert le tiers, tout le va pourfendant; Car désarmez estoient , comme j'ay dit devant. Quant les aultres ont veu tel encombrement grant, Suz piez se sont levez pour aler à guarant , Et les aulcuns s'aloient soubz la table mussant. Maiz Doon y ala, ne lez va déportant ; Aussy fit Bauduin et Vauldry le vaillant.
Trestous ceulx qu'ilz ataignent alerent pourfendant. Hz crient tous mercy , çà et là vont fuiant; Ne scevent ou fouir pour aler à guarant, Se es fossez ne saillent, où l'eaue estoit moult grant; Nul ne la peut passer, ce se n'est en nouant.
Vauldry a lors la table toute jus reversée,
jééa— $*94 DOON DE MAIENCE. 171
Et les gloutons crioient, grant noise ont démenée.
Maiz on frapoit sur eulx par telle de visée
Qu'ilz ne firent tantost ne noise ne criée.
Mec ont des trayteurs la place délivrée
Et ruez ez fossez noz borniez .gens louée.
Puis vindrent en la tour et très bien Pont fermée,
Et ont levé le pont qui estoit à l'entrée.
A manger et à boire moult forment leur agrée ;
Assez en ont trouvé, grant joie en ont menée.
La gent est par dehors venue et amassée ,
Chevaliers et bourgoys et gens de renommée.
La nouvelle leur fut tout esramment contée
De Doon , qu'a conquis la grande tour carrée ,
Qui est filz leur seigneur de moullier espousée.
Tous se sont acordé que , avant l'advesprée ,
Assauldront le palaiz et la tour bien fermée ,
Et prendront Archambault; la teste ara coupée.
La cité luy rendront , qui est et grant et lée ,
Et toute la conté luy sera délivrée.
Tout ensement se sont les bourgoiz devisé. -\ Ensemble à .1. conseil ont plevi et juré Que Archambault turont, ne Tarant déporté , Et de Doon feront leur seigneur aduré. *
Issi furent la nuit, que plus n'i ot parlé, - * Ains Font segréement as autres gens chelé Jusqu'à demain au jour, que il seront levé.
Et nostre .111. baron, qui furent entouré Dedens la tour amont, quant il orent soupe, Waudri a fet .m. lis, n'i a plus demouré.
De coûtes et de dras qui de fres sunt lavé , De riches couverteurs furent tous .111. paré. Quant il veulent couchier, le vin ont demandé , Et Waudri leur en a du meilleur apporté.
Puis se couchent en pes douchement et souef.
Do de Maience en a Baudouin apelé :
« Baudouin , biaus amis , qu'avez vous en pensé ?
« Encor ne sommes nous pas du tout escapé.
« Quant Herchembaut sara de ses hommes verte ,
« Que les aion ochis et getés u fossé ,
« Lors nous asegera son riche barné.
« Se par forche nous prent, à mort sommes livré;
« Ne nous espargneroit pour mil mars d'or fondé.
« Mes se vous en ouvrez selonc ma volenté,
« Nous aron le paies ains le miedi sonné.
« Et vous diroi comment, se il vous vient à gré :
« Quant vendra le matin, qu'il sera ajourné
« Et nous seron vestu et richement armé,
a Et verron qu'il seront u pales assemblé
« Pourvéir Herchembaut comment li a esté,
a Cui je ai tout derout le flanc et le costé ,
« La joe et le visage .1. poi esgratiné,
« Lors saudron de chiens coiement , à chelé ,
« Et fermeron la tour et porteron la clef,
a Puis nous ferron entre eus , se Dex l'a destiné.
« Ghascun ara u poi[n]g le riche branc letré :
« S'il i sont .c. et plus , et soient desarmé ,
ce N'en escapera .1. qui le chief n'ail coupé.
a Herchembaut destruirai , que moult l'ai désiré ,
ce Qui malade se gist, que .1. poi l'ai navré.
a Tel medechine sai, quant l'en arai donné,
ce James mire pour li nen i ara mandé.
« Quant aron le paies à nostre part tourné ,
a Dex pensera avant, par le sieue bonté,
« Gomment aron le bourc et la bonne chité.
« Et se nous sommes mort, de par la Trinité,
« Tout aussi sommez nous ichi emprisonné.
ce Hons qui tous jors est pris est en chetiveté ;
j 7 a9— $7*a DOON DE MAIENCK. 17J
« Moult fet meilleur mourir que vivre en tel lasté. »
Et Baudouin respont : « Moult avés bien parlé
« Issi le feron nous , se Dex me doinst santé. »
Et quant Waudri Poï, s'a Damedieu juré
Que tant en ochirra à son branc néélé
Que le bras jusqu'au coûte ara ensanglenté.
Lors s'endorment en pes li vassal alosé ,
Tant qu'il virent du jour apparoir la clarté
Et virent le soleil luire par le resné.
Dont levèrent des lis , si se sunt atourné:
Quant il furent vestu et il orent lavé
Et encontre orient Damedieu aoré,
Waudri mist entre .11. un grandisme pasté
Sus une blanche nape , puis a vin apporté ,
Si leur dist bêlement , à loy d'omme séné :
a Segnors, vous mengerés , se il vous vient à gré ,
« Que le mengier matin apporte grant santé
ce Et plus en a li hons hardement et fierté ;
« Et bevés .1. petit de moult riche raspé;
« Quant en ares le front un petit avivé ,
« Plus en ares orgueil et forche et cruauté
« Contre cheus qui nous ont ichi mis à vilté.
« Mez je croi qu'il sera ains la nuit comperé. »
Et quant Do l'a véu , .1. ris en a geté
Et commenche à mengier et boit de chel claré.
Moult se sunt bêlement et en pez desjuné.
Et quant il out mengié et béu [à] plenté ,
Chascun a en son dos le hauberc endossé,
Et chaint le riche branc au senestre costé,
Et le hiaume lachié fort et bon et doré.
Et quant il furent bien garni et apresté,
Il regardent aval parmi .1. fenestré :
Virent lestraîtours, quituit sunt assemblé,
Qui issent du monstier où on avoit canté.
174 DOON DE MAIENCE. Î7éj— 5796
Droitement du paies montoient li degré.
.C. en i ot et plus, qui tait sunt parjuré'
Contre lor droit seignor et lor droit avoé ,
Qui maint bien leu[r] a fet et tenus en chierté ;
Mes se Do peut, li enfes que il a engendré >
Il le comperront tuit ains le midi passé.
Issi li traîtour sunt u paies entré
Pour véir Herchembaut, que il i ont trouvé.
Quant il sunt devant H , si l'ont bel salué ;
De Doon son segnor li ont tout raconté,
Comme il [*ocist] Hugon et Tierri et Hardré
Et les .XV. serjans qu'il lor ot quémandé
Pour garder la fort tour on on l'avoit geté.
Et quant Herchembaut Tôt, s'a tout le sanc mué;
Damedieu le puissant a maintenant juré
Que Do sera pendu ains qu'il soit avespré :
« Aies ! feites crier par toute la chité
a Qu'à l'assaut voisent tuit , li jenne et li barbé ,
« Et feites tant geter pierre et fust u fossé
« Que on voist jusqu'au mur tout à sa vol enté.
ce Se rendre ne se veut, n'i ait ja rien douté ;
oc Abatés moi la tour et la grant fermeté.
oc Ne m'escapera pas, tout est de li aie;
« As fourques le pendroy eu au gibet levé.
— Sire, fet li .1. d'eus, merchi, pour amour Dé!
« Chen ne puet estre issi com l'avés devisé,
oc Que nous aion Doon tout si acouveté ,
a Que li bourjois se sunt tuit à li acordé.
« Moult se sunt contre nous malement révélé ,
oc Et Do est en la tour, qui tant a grant fierté.
oc Baudouin et Waudri sunt avec li armé ,
a Qui tost vendront sus nous , ne sera demouré.
a Se vous i a cor dés et à vous soit Ioé,
a Nous vous aron moult tost sus .1. cheval monté ,
« De chiens vous merron aillors à sauveté ;
* Que , par le saint Segnor, qui le monde a fourme ,
« Se nous sommes chiens jusqu'à midi trouvé ,
« Nous seron tuit pendu et as fourques levé ,
a Que li bourjois dehors ont à Sanson mandé
« Qu'il viengne vistement, il l'ont asséuré.
a Ja verres tel assaut en chest paies levé,
« Si grant n'éustes mez à jour de Yostre aé. »
Et quant Herchembaut Pot, s'a de paour tremblé;
Ne vousist estre ileuc pour .1. val M 'or rasé.
Herchembaut ot cheli, n'i a que esmaier; De la paour qu'il ot commenche à fremillier.
a Segnors , fet il as siens , n'i a que delaier : a Feites moi un cheval tantost appareillier « Et chu mur par derier derompre et depechier. « Parmi nous en iron ; trop peut on foloier.
« Puis que nous seron hors et entré u sentier, a Ja ne nous cacheront, si corn j'ai en cuidier. » Et il ont respondu : a Bien fet à otroier. »
.1. garchon l'a oï, si commenche à huchier :
a Or as chevax tantost, garchon et escuierl « Aler nous en couvient et le pais vuidier.
« Herchembaut le quémande ; n'i a que d'esploitier.» Baudouin l'ot d'amont , qui fu au fenestrier. « Sire Do , fet li ber, trop povon someillier : a Se nous n'alons avant vistement , sans targier, ce Jamez ne pourrés bien vostre honte vengier; a Quer il font lor chevax ferer et atirier, '
a Si s'en cuident aler et fuir et muchier. »
Et quant li ber l'entent, si commenche à cangier. L'uis courut vistement tantost desveroullier, Et Baudoin le sieut, et Waudri au vis fier L'uis ferma vistement, n'i ot que enseignier;
I76 DOON DE MàIENCE. 5830 — 58^3
La clef mist en son sain , [*qu'il] ne la vout lessier.
Et Do se mist devant, qui n'ot pas cuer lanier ;
Par les degrés monta u grant paies plenier,
Là où les traltours ot parler et noisier.
De la chambre orent trait Herchembaut le murdrier ;
En .1. lit u paies le font appareillier.
Li mire sunt entour pour les plaies lier ;
Si meitent ongnement pour li miex chevauchier.
Tuit pleurent devant li li félon losengier ;
Mes je croi qu'il aront , à petit de targier,
Assés plus à plourer que il n'avoient ier.
Se Dex garde Doon de mort et d'encombrier,
Tant en fera chaïr, verser et trebuchier
Que en lor sanc gerront li sain et H entier.
Onques n'en sorent mot la gent à l'aversier,
Quant Do entra laiens, u poi[n]g le branc d'achier,
Et Baudouin aprez , qui moult ot le cuer fier,
Et Waudri li serjans , qui plus vaut sans trichier
Que .m. autres ne font pour félons justizier;
Tant par fu grans et fors , chen puis je fianchier,
Que nus ne le véoit nel féist merveillier.
Chascun ot en son dos bon hauberc et doublier,
.1. hiaume fort et bon, de Peuvre Berenguier,
.1. fevre poitevin qui moult sot du mestier.
Armé furent si bien qu'il n'i ot qu'atirier.
Waudri remest à Puis et si se fist portier,
En sa main le branc nu, qui moult fist à proisier,
Qui plus fu grant assés d'un autre le quartier.
A Goulongne la grant l'acheta d'un Bavier,
Qui trouvée l'avoit ens u fons d'un vivier
Et fu à .1. gaiant dès le temps Ansehier.
Tant trenche li bon branc que je nel soi nunchier ;
Rien nen ataint à coup que nel fâche esmier.
Waudri le tint u poi[n]g, qui le corps ot legier;
En travers devant Puis le prist à brandillier, Les dens croit et martelé et prist à rduïlljer, Semblant fet d'esragié, qui le voit recbignier. Damedieu a juré , qui tout a à jugier, Qui voudra par ileuc passer et reperier Et fuir de leiens et le paies vuidier, Que les bouiaus du corps li couvendra lessier.
Do entra u paies , ainsi com je vous chant , ^ Et Baudouin après , à l'aduré semblant.
En trestout le pais n'avoit plus combatant , Plus sage ne plus preus ne plus aperchevant.
Cheus les virent venir, si les vont regardant; Ne soivent qui il sunt, si le vont demandant. Li .1. à l'autre a dit basset en conseillant : « Est chen de vostre gent , que si voi desréant, « Qui chi viennent armé ? Chi que vont il querant ? « Entre nous n'en a nul [qui soie] si trez grant « Com je voi chi venir cheli qui vient devant; «'D'un autre chevalier est greignor .1. espant. « Che est li enfes Do , par le mien ensient ! « Tous sommes mors et pris , jamès n'iron avant ; « Se Dex n'en a merchi , vés no fin àprechant. » Quant chil l'ont entendu, de paour vont tremblant; Tous esgarderent l'uis pour aler à garant..
Atant es vous Doon, le chevalier vaillant, Qui leur a escrié : « Nen ira pas atant.
a Vous conterés à moi , mar irés refusant , « De chen que vous ma terre m'aies si recoupant, a Et que ma mère aies si vilment démenant.
« Et li mire aront ja leur louier avenant « De chen qu'Erchambaut oignent et le vont soulegant. « Bien sai que moult chier couste li oignement traiant; « James voir de lor part n'iront jour detriant, Doon de Maience. 12
I78 DOON DE MAIENCE. 5897—5929
« Atns lor en li verrai trestout à remenant. »
Lors leur vient comme chil que mautalent esprent ,
L'espée ens u poi[n]g destre, fourbie et bien trenchant.
Chil le voient venir, devant li vont fuiant
Vers Puis du .grant paies, l'un l'autre entreboutant.
Là les atent Waudri , entesé le bon brant ;
Ainsi comme il i viennent les va eschervelant.
Et Do et Baudouin les vont au dos sievant ,
Par angles et par chambres fièrement decachant.
A la mort est livré cui il vont ataignant,
Quer il sunt desarmé , ne n'ont armes trenchant,
Ne garnement nisun qui lor porte garant.
Se de mort ont paour, ne m'en vois merveillant,
Que li dui sunt derier et li tiers fu devant ,
Qui à son branc d'achier les trenche en escoant.
Tant comme il i en vient va à terre portant.
Chil ne crient merchi ne ne vont rebarbant ,
Ne nus ne se deffent de mâche ne de branc ;
Mes tous jors vont li un par les autres muchant
Et fuient chà et là; tel noise vont menant
Que trestout le paies en va retentissant.
Par destours qui i sont s'aloient reponnant;
Fenestres i avoit par ont il vont saillant.
Lez bourgeis sunt dehors qui les vont recueillant,
Qui as brans esmoulus les vont tous découpant ,
Et jurent Damedieu, le père roy amant ,
Que mar i sont venu li ouvert souduiant,
Qui lor segnor ont pris par traïson si grant ,
Et si vilment geté en chartre messéant.
Quant H bourjois dehors ont le bruit escouté Là dedens le paies , et le grant cri levé Que chil font là dedens qui à mort sunt livré, Et chil qui sunt d'amont quéus du fenestré
S9)0— S9'? DOON DE MAIENCE. 179
Leur ont tout de Doon et dit et raconté ,
La grant ochision et la mortalité
Que il fet de lor gent u grant paies listé ;
Tant en i a ochis mort et esbouelé
Que en gavele gisent par tout amonchelé.
Et par dessus les mors se fichent H navré ;
U sanc parmi les mors se sunt atapiné,
Dont il i a de cler demi pié mesuré ;
Là se cuident garir et estre à sauveté.
Li bourgois l'ont oï , si l'ont tuit escrié :
« Ja n'i garront li fel , par Dieu de majesté !
« Nous les en trairon tous , ja n'iert plus demouré ;
« Ochis et depechié et tuit eschervelé. »
Lors viennent au guichet du portail quernelé ,
As cuignies trenchans l'ont à terre porté ;
Fere le porent bien qu'ains ne leur fu véé.
Dont s'en entrent laiens , de ferir apensé ,
Et viennent au paies. Au premier du degré
Et ont .XLVH. maintenant encontre ,
Qui par forche se furent du paies escapé.
Baudouin les cacheit , u poi[n]g le branc letré ,
Et Waudri leur crioit : a Mar i estes aie!
« Encor ne m'avez vous nul passage livré ;
« Ne m'escaperés pas si serés aquité. »
Les bourgeis li ont dit : « Vous dites vérité.
a Tele amende en feront, ja n'iert plus demoré,
a Que jamès leur vivant ne seront rapelé. »
Adonc leur queurent sus aussi comme desvé,
Qui hache, qui faussait, qui bon branc acheré.
Amchiès que on éust .1. pouchin escaudé,
Furent en pieches mis et rués u fossé.
Et quant Waudri le voit : « Avois! a escrié,
« Or chà , à livreson , traïtour parjuré !
a Encui verra on bien qui à droit a ouvré . »
180 DOON DE MAIENCE. j 9 6 4 m7
Atant es les bourgeis , qui sont amont monté ~ Et virent le paies par tout ensanglenté , De sanc descoulouri de toutes pars rasé , Que on n'i peut passer se on n'i passe à gué. Par le sanc se gesoient li mort et H navré, Qui ont si grant douleur et si fier bret geté Que li plusor en sunt trestout espuanté ; Et chil qui n'ont paour sunt là dedens entré. Li bourgeis de Maience et li plus haut chasé En la sale se fichent par le guichet barré , Que onques de Waudri n'en furent devéé , Que bien set qu'il n'ont pas d'eus mal fere pensé. Tant comme des vis ont u grant paies trouvé , Tous meitent à la mort ; tost les orent fine. Puis viennent à Doon , si l'ont bel salué , Comme leur droit segnor bonnement encline.
« Segnors , fet Do li ber, merchi , pour carité ! « Que mes ne seroi lié à jour de mon aé , « Si arai Herchembaut le traître trouvé, « Que je croi que on m'a ou tolu ou emblé, « Ou déablez d'enfer l'ont de moi escapé , « Que trouver ne le puis , si l'ai moult pouralé. » Et quant chil l'ont oï , grant duel en ont mené ; Il cherquent le palez et de lonc et de lé , Et quierent le félon , foi menti , parjuré.
Par soliers et par voûtez l'ont quis et pourgardé ; Sel trouvèrent en haut sus .1. fust acouté, Où déables d'enfer l'avoient encroé.
Ribaus montent amont, si l'ont aval geté.
Quant il feri à terre , s'a si grant cas donné Que parmi la grant plaie que il ot u costé Li sont li bouel hors de la panche volé.
A queue de cheval l'ont maintenant noué , Si le vont traînant par toute la chité;
j 99 8— *o;o DOON DE MàIENCE. l8l
Issi tout traînant l'ont as fourques mené , Là le lessent pendant , si s'en sutit retourné. .Quant Do fu u paies et on Pot délivré, Et H mort furent ars et li plus suffossé , Son barnage a trestout en son paies mandé.
Plus de .M. et .V e ., qui tuit sunt si chasé , I vindrent en .1. jour et jurent féeulté.
Sa mère fet venir de là où' ot esté ; Grant joie fist de li, que moult Ta désiré; Dame en fist du païs et de tout le régné.
Et Baudouin remist ariere en s'erité, Ses castiaus li restore qui estoient versé.
Et Waudri ra il fet chevalier adoubé , Trestout le fié li donne Herchembaut le desvé ; De sa mère le tint puis trestout son aé Et en rechut l'ommage devant tout son barné.
Et quant [il] ot issi bien .11. mois séjourné Et seisi ses castiaus et son fié rassasé , Son père ala véir, que plus n'a demouré , Que hermite lessa ens u grant bois ramé.
Pour l'amour de son père a le lieu henouré ; Une abéie i fist de pap la Trinité , Si i mist bel couvent , son père en fist abé. A Maience s'en vint quant tout ot achevé; Sa terre tint en pes, .1. an i ot esté; Mez ne demourra pas , se Dex n'en a pité , Qu'entre li et Challon seront si descordé , Que on avoit en Franche tout nouvel couronné , Qu'en .1. jour en mourront plus de .M. adoubé.
Explicit des jenneichez de Do le bon guerrier, Qui sus tous en jenneiche fist chu temps à proisier. Plus ne vous en quier.dire ; mez lessiés le noisier, S'orrés, en s[on grant-aage] , comme il se fist proisier
l82 DOON DE MA1ENCE. 6031—60)8
Vers Kallez le bon roi , qu'en sot tant henourer, Et comme il prist Fiandrine la courtoise à raoullier, La fille l'Aubigant que onques Dieu n'ot chier; Sire estoit de Vauclere et tint tout rentier.
C'hestlafin des jenneicbez; or voudrai commenchier Comme en son grant aage fu orgueilleus et fier : Or l'entendes , seignors , que je vous en requier, Et Dex nous doinst pardon, le bon roy droiturier.
EXPL1C1T DES JENNESCES DOOLIN.
«0J9— *°M DOON DE MAIENCE. l8j
i R escoutez, pour Dieu, qui tout a à jugicr, ) La grant mortalité et le grant destourbier [ Et la guerre mortel, le merveilleus tcmpier, 1 Qui avint de Doon, le bon roy droiturier, Et de Kalles le roy, qui Franche ot à baillier. Chen fu u temps de mai, que flourissent rosier v/ Et flourissent li pré , verdoient li vergier, Et li oiseillon chantent aval par le ramier, Que Doon de Maience , qui tant fist à prisier, Avoit ensemble o li maint conte et maint princhier Et d'Anjou et du Maine , de Tours et de Poitiers, D'Auvergne et de Berri. Venoit de tournoier ; Trestout avoit vaincu , s'en fesoit merveillier Tous cheus qu'en ont oï la nouvele nunchier : Quer en tant coin Dex a de terre à justizier Ne poveit on trouver nul meillor chevalier, Plus sage ne plus preus, ne meillor despensier, Ne qui miex créust Dieu, qui tout a à baillier. Mes sa trez grant fierté le fist si orgueillier Que onques à Kallon ne se vout acointier, Ne il ne le dengna servir ne losengier; Ains passa par Paris , qu'ains n'i vout hebergier, Ne au roi ne parla , qui moult l'en fist proier. Et quant le roi le sot, n'i ot que courouchier; Par devant ses barons commencha à tenchier, Et Doon le vaillant moult fort à leidengier, Et dit que , se il vit , ains le mois de février Li fera chel orgueil .1. petit abessier :
« On ne sceitqui il est; venus est dès l'autrier,
a Povrez, eschetivés, tout seul, sansescuier.
« Maience tient à tort, il n'î a .1 denier;
a A rendre li couvient , quant n'i a héritier. »
Devant le roy avoit .1. jeune soudoier,
L'omme en trestout le mont que Do avait plus chier.
Quant chil 01 Doon issi lait menachier,
Tant respondi le roi qu'il le fist courouchier,
Et que il le feri d'un baston de pommier
Si que par devant li le fist agenoullier.
Chil saut susvistement, si commenche à sainier,
Et monta erroment sus son courant destrier,
Et jure Damedieu , le père droiturier,
Que se conter le peut à Doon le guerrier,
Que le roi en fera la teste roongnier.
Le roy nel prisa rien ne nel daigna cachier.
Or orrez ja, pour Dieu, du déable aversier
Comment il se pensa de sa honte vengier,
Et corn grant ennui vint à petit de pleidier.
Chel nouvel chevalier, qu'en apeloit Richier,
Mons en Henaut tenoit , la tour et le terrier.
Tant erra son chemin et se sot esploitier,
Que Doon a rataint à .1. tertre puier.
Richier ataint Doon au fons d'une valée; Plaingnant vient devant li et si li a monstrée Sa teste , qui moult lait estoit ensanglentëe. Et quant Do l'a véu , s'a la couleur muée :
a Diva ! qui t'a si lait chele teste atornée ? » Et chil li a tantost la vérité contée «' De chen que Kalles dist en sa sale pavée , Qu'il l'apela chetif , fix de putain prouvée , : Trouvé et escillié , né d'estrange contrée , Et que Maience avoit à grant tort recouvrée
éioo— éiM DOON DE MAIENCE. 185
Et que il la perdra ains qu'en cueille la blée.
Quant Do Ta entendu , si a traite l'espée ,
Et jura sus la crois qui i estoit dorée
Que icheste parole li sera amendée ,
Ou Kalles en ara la teste tronchonnée.
Lors a fet retourner sa mesnie privée ,
Qui .vn x . furent bien de bonne gent armée ,
Que nommez, que cousins, que gent de voisins née.
Quant il furent [aie] arier une louée ,
En .1. moult riche bourc , près d'une large prée ,
Se hébergent la nuit ; feite fu lor journée.
Et quant vint o matin , que l'aube fu crevée ,
Leur robe et leur bernois est vistement troussée ,
Et montent es chevax sans plus de demorée.
U chemin se sunt mis la grant voie ferrée
Droitement vers Paris, la chité alosée.
Or les conduie Dieu et la Vierge henourée ,
Quer, ainchiès qu'il soit nuit, esmouvront tel meslée,
Se Dex n'i met conseil , qui la terre a formée ,
Dont le pais sera et la terre gastée ,
Tant chervel espandu et tante bouelée ,
Et tant riche vassal souvin , gueule baée.
Tel guerre esmouveront , ains que past 4a vesprée ,
Dont jamès bonne pes nen iert pour eus trouvée ,
Se Dex la pes n'i met , qui en sceit lor pensée.
Entresique à Paris n'i ot resne tirée.
Par dehors en .1. bois s'est lor gent aûrée;
Mainte chauce onl lachie , mainte broigne endossée ,
Et tant hiaume fremé et chainte tante espée.
Les chevax ont restrains en la plache aûmbrée,
Puis est chascun monté en la sele dorée.
Chascun a de l'escu la fort guige acolée,
Et, quant il Ta au col , la lanche a demandée f
Et il treuve moult bien qui li a présentée.
l86 DOON DE MAIENCE. 6134—6166
Do se met par devant , qui sa gent a guiée ,
Et passa la chité , qui longue fu et lée.
Au paies est venu , s'a la porte passée
De la grant cour devant , qui entour est murée ,
Et sa gent après H est maintenant entrée.
Après eus ont moult bien la grant porte barrée,
Que le portier fu hors , qui moult mal Tôt gardée :
Tiex en sera irés qui encor rien n'i bée.
A l'entrer du palez, en la plache pavée,
Deschendent des chevax chele gent abrievée ;
Chascun a son escu et s'anste jus posée ,
Et il ot bien trouvé qui la li a gardée.
Do de Maience en est sus u paies montés.
Si corne il'deschendi, fu richement armés Et si compengnon tuit; n'en i a nul remez, Fors cheus qui les chevax ont en la court guardés. Kalles les voit venir ; tout en fu effréés , Que ne les connut pas , si i pensa assés.
Petit ot compengnuns et fu tout desarmés; Nonques mes hons armé ne fu laiens trouvés, Quedeffendu estoit, .vu. ans avoit passés.
Râliez dist à ses gens : « Segnors, se vous savés « Qui sunt ichele gent , mie nel me chelés. » Chil sont si esbahi que mot n'i fu sonnés ; Il n'i ot si hardi tout ne fust aquéés.
Quant Kalles le vit près , en estant s'est levés , Et Do li dist tantost : « Tout en pes vous séés; « Ne soiez si hardi que vous ja vous mouvés , « Ne vous ne chevalier qui chi soit aûnés , « Que , par ichel Seigneur qui de vierge fu nés , « Je le pourfendrai tout de l'espéedu lés. »
Et Kalles s'est assis, de paour estrembiés, Ne vousist estre ileuc pour l'or de .11. chités.
Il a dit à Doon : « Vassal, que demandés,
« Qui si très fièrement sus nous vous em bâtés
« Armez et haubergiés , si ne nous salués ?
« Ne nous est pas avis que vous fâchiez assés.
« Mez ditez vistement chen pour quoi vous aies. »
Et Do li respondi : « Prechainement l'orrés.
« Kalles, j'ai à nom Do; de Maience sui nés,
a Et de France est estreit trestous mes parentés.
« Or me dist on ersoir que vous me sourdisiés,
« Et que ribaut, chetif et truant m'apelés,
« Né d'estrange pais , et que je sui trouvés.
« Se ne fust pour ichen qu'estes mes avoués
« Et que j'en doi tenir toutez mez hérités ,
« Tost vous eusse dit : Sire roy, vous mentes!
« Que je ai père et mère, que de fi le savés ,
« Qui encor sunt tout vif ; le fet est tout prouvés.
a .1. mien cousin germain à mort féru avés
« En despit de mon corps; à moi s'en est clamés.
« Se ne fusse vostre hons , par Dieu de majestés !
« J a de la moie part nen fussiés appelés,
« Mez orendroit fussiés à piechez desmembrés,
« Comme fel , desloial , traître parjurés,
« Qui mesdites de moi quant vous ne me véés.
« Mes, par ichele crois où Dex fu cloufermés ,
« Se l'amende n'en est tout âmes volentés,
« L'espée vous metroi tout parmi les costés. »
Le bon quens de Poitiers s'en est en pies levés;
Chil a dit à Doon : « Biau sire, et vous Tarés
« Tout à vostre plesir; ja mar en douterez.
« Me sirez fu iriés que estïés passés
« Par devant chest paies , où moult estes amés ,
« Que me sire vousist que fussiés ostelés
« Et servi richement et de tous henourés.
a Or vous pri je pour Dieu que vous li pardonnes;
l88 DOON DE MAIENCB. **>i— **jj
a Tele amende en ares com vous demanderas. »
Et Do li respondi , qui moult par fu irés :
a Sire quens de Poitiers , preudons estes sénés , a Riches bons et vaillant et moult bien emparlés ; « Mes , foi que doi cheli dont je fu engendrés , e Ne foi que doi as fons ou fu crestiennés , « N'en partirai jamès, quant chiens sui entrés, a Si sarai ains comment j'en seroi desgrevés.
— Do , fet Kalles le ber, trop as d'aïrement. « Que me demandes tu si desdaigneusement ?
« Bien soi que tu feras de moi à ton talent, « Que deffense nen ai vers toi ne tensement , « Que chi sui desarmé devant toi en présent.
« Mes se tu m'ochis chi , bien saches vraiement « Grant reproche en aront ti heir etti parent; « Mez ains que muire issi , te fes bien convenant a Que tele amende aras, s'en ferai serement, « Com tu deviseras, et di isnelement.
a Ains que je prengne mort, te doins outréement « Franche et toute l'empire, se toi vient à talent, a Encor sui à venir bacheler de jouvent , a Si ne voeil pas mourir encor si feitement, « Que je me fi en Dieu, qui conseille sa gent, « Qu'encor me fera bien par son quemandement. » ,1. chevalier parla, qui fu de Saint Florent : a Sire, Do estvostre hons, chen soit on vraiement; « Chevalier de grant pris et de grant hardement ; « Moult vous puet avanchier, et il et si parent, « Et avoir grant mestier et menu et souvent, « Vous li devés donner pour son dessérvement , « Et il vous doit servir en foi et loialment. « Donnés li la conté de N«vers qûitemeht, a Que le quens est feras ore nouvçlement.
62n-6*te DOON DE MaIENCE. 189
« Des hers n'i a remès c'un enfant seulement , a Une preus pucheleite moult bêle à ensient, « La plus très bêle rien , si corn dient la gen't, a Qui soit en tout li mont tant com terre pourprent. « Prengne la à moillier au Dieu quemandement ; « Bel mariage i a , se Damedieu m'ament. »
Et Kalles respondi : « Je l'otroi bonnement.
— Chertés, dist Do li ber, or oi plet de noient. « Kalles, moult me tiens or pour enfant de jouvent, « Qui d'un petit jouel s'esbaudist , s'en li tent. « Bel mariage a chi 1 Moult me va bêlement 1 « Dire ne déussiés itel ramposnement « A homme de valour, quant à nul bien s'estent. « Par la Vierge du chiel ne par le sacrement 1 « .1. preudom de hautcuer, qui à haut fet entent, « N'en vivrait .1. seul jour bien henourablement. « Autri feites chestdon et chest riche présent, « Qui vous en sache gré et merchi bonnement ; « Que honni soit or Do se merchi vous en rent ! « Mez quant pramis m'avez, donnez moi largement; « Se chen non , ja mourrés , se Damedieu m'ament. » Lors se tret vers le roi , espris de mautalent; Lesiex qu'il ot u front li rougissent forment, U chief li estenchelent si très menuement Qu'il n'i a si hardi n'en remut son talent.
Et quant le roi le voit de tel esprenement, Tout tremble de paour et de frémissement ; N'i vousist estre lors pour plain .1. val d'argent.
Donques parla en haut le bon quens de Poitier, Et apela Kallon , le bon roy droiturier :
« Sire , Do est vostre hom , sel devez tenir chier, « Quer on ne peut trouver nul meilleur chevalier, « Plus sage ne plus preus, ne meilleur justizier.
<* Si est li plus haut hom de trestout vostre empier « Et qui plus a d'amis et plus fet à proisier. a Ja n'en aiez courous s'il vous vient menachier, « Que nous le feron bien vers vous humilier « Et par devant vos. pies en bas agenoullier. « Vous H avez mesdit , sel devez amender « Et donner largement , se il en a mestier.
« Vous li donrés Loon , qui siet sus le rochier, « Si fort chité n'a il desique au Mont Pellier, a Et la terre environ li feites à baillier , « Une journée grant, pour son cors aeisier.
« Se issi li donnez, bien vous puis affichier « Que il l'en serviront .llll c . chevalier.
« Vo nieche li donnés Helissent à moullier, « La trez plus bêle rien que on puist acointier, <c Et la rente est si grant que je nel soi nunchier. « Avec tout chen li feites maintenant esligier « .LX. mile mars pour ses debtes paier.
« Devant tous nous Pires en la bouche beisier, ce Et serés bons amis plus que n'estiés ier, « Et chen nous convendra jurer et fiançhier « Et vostre greigneur fis en ostage baillier. » ^Et Kalles li respont : « Bien le voeil otroier. « Do, chest don vous otroi ; prenés lei sans dangier. » Et quant Do l'a oï, prist sei à courouchier; De mautalent fu noir com meure de meurier.
Vers cheli qui chen dist commenche à roeillier Et la teste à crouller et l'espée empongnier : « Par les sains Dieu ! dans quens, or voi je sans trichier « Que pour fol me tenez et pour mauves lanier, ce Qui pour itel noient me cuidiés apaier.
« Par le saint Sauvéor, qui tout a à jugier ! « Ne fussiés mez cousins, com j'ai oï nunchier, a Je vous alasse ja chele teste trenchier ;
*,oi-6n3 DOON DE MAIENGE. \$l
« Tel don doit fere roi à aucun soudoier
oc Ou à aucun dansel pour son cheval torchier.
« îchi n'a il pas don à conte n'a princhier,
a N'a nul homme de pris, pour qu'il ait à mengier;
« Ne nul preudom ne doit son segnor droiturier
« Descroistre son honneur ne sa rente abessier.
« J a ne cuide li rois que le voeille escillier,
« Ne qu'en sa roiauté voeille estre parchonnier. '
ce Trop en a il petit : moult se doit esmaier
a S'il en bée à henour li et sa gent soignier.
« Mes tel terre me doinst , et n'en fâche dangier/-
« Où je puisse .1. preudomme à henor hebergier,
a Li méisme son cors, se il en a mestier.
« De petit ne puet on auques appareillier,
« Ne donner largement, ne félon guerroier,
« Ne Damedieu servir, ne les siens avanchier.
— Do , fet li emperere , tu fes moult à blasmer, « Quant je ne puis à toi nule merchi trouver, a Se vers toi ai mespris en fet ne en parler, « Tu me treuves tant prest ichi de l'amender; « Ne je ne te soi tant prameitre ne donner, « Que tu le voeilles prendre ne de rien merchier, « Ne qu'envers toi en puisse nule acorde trouver. <* Mes saches bien de fi , je nel te quier cheler, « Se fusson egalment , moi et toi , per et per, « Que j'eusse poveir de mon corps délivrer « Et deffendre de toi , qui me veus sourmonter, « Autrement alast tout que il ne peut aler.
« Mes quant je voi et soi que ne puis escaper, « Ne que rien ne te plest que te voeille donner, « A ton vouloir sera d'amende demander a Si riche et si très grant com tu saras rouver, « Et je te donroi tout , quoi qu'il doie couster,
I92 DOON DE MAIBNCE. *??+-*fé*
« Quant il te plest ainsi et jen nel puis muer. — Par saint Jaques ! fet Do , or vous oi je parler; « Issi poumon nous vous et moi acorder.
(( Kalles , fet Do li quens , ses que je te déniant ? « Se tu tenir me veus de voir ton convenant , « Vauclere me donnés , une chité vaillant « Qui est outre le Rim , une eve moult courant , « Par dejouste la mer, en Seissoigne la grant, « Si la tiennent paien , li ouvert mescréant « Qui de Dieu ne de toi ne se vont réclamant, a Li sire qui ele est a crualté trop grant , « Et n'est ne roi ne quens, ne dus ne amirant, « Ains fu fis de moullier à .1. moult grant gaiant , « Qui la terre conquist par son effors puissant. « Et chist en ra conquis tout entour itrestant « Que .vu. jornées tient adès en .1. tenant.
« Vint mile Sarrazins , estrès de haut beubant, « Le servent , quant li plest et li vient à talent. « En Flandres vint l'autre an, sus Flamens chevauchant, « Pour crestïenté nuire et la loi avilant.
« Une dame emporta , qui estoit moult vaillant; a Quant à Vauclere fu , si la prist maintenant. « Or en a une fille , qu'en chest siècle vivant ce Nen a tant bêle rien , tant preus ne si sachant, « Et croit en Damedieu , le père omnipotent ; « Sa mère l'a aprise dès petitet enfant.
« Encore n'a mari , ains le va atendant , « N'encor n'a que .xn. ans, chen me va on contant. ce Flandrine a à nom la bêle au cors pleisant , « Que de Flandres sunt né si parent plus puissant. « Le roy danois la quiert , chen sai je vraiement , « Pour donner son neveu , .1. damoisel vaillant, « Gontier est apelé des vaus de Montbruiant;
6,67—6400 DOON I>E MàIENCB. I93
« Gonteron le Danois l'apelent H auquant.
« De France furent né si bon appartenant, « Que sa mère i nasqui , la bêle Helissent ; « Mes ele fu emblée et prise en hapant.
« Li frère au roi danois la tint corn sa songnant , . « Si en ot chel Gontier que je vous vois contant , *r
« Qui Flandrine requiert et à li va béant ; -
« Mez son père ne veut , qu'en apele Aubigant. « Guerre l'en fet li roi à son ost sourpoant , a Et chil se déifient si , par ire contendant, « Que rien n'i prent du sien que ne li toille autant. « Kallez , or te requier et pri en suppliant <c Que la bonne chité o la terre apendarit « Et la bêle au cler vis , que je couvoite tant , « Me donne , s'il te plest et te vient à talent. « Et se tu ne le fes, par le cors saint Amant! ~h
<c Ne seron pas ami moi et toi dessenrant. »
Et quant Kalles l'oï , sa main dreiche en estant ; Devant tous se seigna, moult se va raervei liant. « Biau sire Dieu 1 fet il , nui à vous me quemant. a Chest bons qu'a en pensé et qu'a il à semblant , « Qui me menache issi et si me va querant « Où je n'ai nul poveir nient plus qu'en orient? « Ains mon, père Pépin, qui poveir ot si grant, « Nen osa aprecbierchele chité puissant « D'une jornée et plus , s'en retorna fuiant ; « S'estoient avec li .c. mile combatant.
« Or, gardez que chest hons me va chi demandant : « Tout est hors derson sens., par le mien ensient I « Il ne quiert fors ma mort, chen voi je au semblant/ « Dex ! de m'ame te pri , se toi vient à quemant, « Que le cors est aie, se pitié n'en as grant. » Lors regarde entour li, de paour va tremblant;. ' • N'i voit home dez siens qui ja li port garant. Doon de Maience. 1 3
Et Do li escria : « Qu'aies vous atendant ?
c Se vous me feites bien , ne le m'alez vendant , « Que fere le couvient, quoi que il vo st tardant. « Acoustumé avon qu'en doinst à cuer joiant, « Ou il est tout perdu. Chen voit on avenant « Que tout hom qui tôt donne le sien en retraiant « Le pert tout en la fin , et si couste en avant. »
Quant li rois ot Doon , pour poi n'est forsenés ; De l'ire que il a s'en est en pies levez, Et parole à Doon , de grant irè embrasés :
s Do , par les sains de Dieu ! je cuit que vous desvés , « Que chen où je n'ai rien ichi me demandés , « Ne où je n'ai poveir , ne tous mes parentés. « Voudriez vous Paris , où vous estes entrés ? « Tout quite le vous doins , mez que vous me quités , « Et le roiaume tout , se prendre le voulés.
« Je n'en diroie plus se j'estoie bendés « Et asfourques tirés comme lerre prouvés. »
Et quant Do l'a oï , d'ire est tout embrasés, De mautalent li est le sanc u vis montés ; Aussi rouge devint comme feu ai u mes Et a mise la main au branc, qui fu letrés.
Vers Kallon est venu aussi corn forsenés , Iréement li dist : « Kalles , poi me doutés , « Qui chi sui courouchié et si sui tout armés , « Et vous m'avez meffet et mesdit, chen savés, « Ne de rien contre moi deffense nen avés.
« Vous avés tors vers moi, et bien le eonnoissiés ; * Amende vous en quier, et vous la prametés , c Et quant prendre le voeil, et vous le me véés. « Vauclere vous demant , qui est bonne chités , « Où vous n'avés nient ne rien n'i atendés , « Ne il ne vous couvient rien fors que dire : Aies!
«4M— *4éé DOON DE MAIENCK. I95
a La chité vous otroi et si la conquerés.
« Plus ne vous voeil ne quier, ja ne vous en mouvés,
« Ne plus ne vous demant , fors cohgié me donnés,
« Et de vos chevaliers .1. millier me prestes,
« Et je les paierai que j'en seroi loés ,
« Et de vous la tendroi , sire en serés clamez ,
« Essauchie en sera sainte crestientés,
« Et Damedieu servi tous jors et henourés.
« Et se ne le m'octroies , par Dieu de majestés !
« Vous serés orendroit trestout eschervelés
a De mon branc esmoulu, et tout vif desmembrés. »
Et quant Kalles l'oï, s'est .1. poi reculés;
Pais se retrest avant , quant se fu apensés.
L'ire li donna cuer, hardement et fiertés ,
Et respondi Doon issi corn ja orrés.
a Do, fet Kalles le roi , moult mainez grant « Trop avés grant orgueil et grant fierjé menée « Ichi par devant moi , ne soi où est trouvée, a Pour noient n'avés pas si grant gent amenée & Chiens en mon paies , si richement armée v « Et garni mon ostel et ma porte fermée.
& Ochirre me voulés, bien soi vostre pensée, « Ou mener en lien comme chievre encornée.
« Quant je plus m'umili,et plus vous desagrée, & Et plus me courez sus , vostre espée levée. « Grant paour m'avés fet , n'i a mestier chelée ; c Mes ja cheste paour à moi n'iert reprouvée, c Que , par ichel Segnor qui la terre a formée , c Du mien n'arés jamez vaillant une desrée , a Se ne le conquerés au trenchant de l'espée c Contre moy, corps à cors, là jus en chele prée, a Si que plusors en voient de nous .11. la meslée, «Quant je seroi armé sus la sele dorée,
I96 DOON DE MAIENCÊ. «467— 6499
« L'escu devant te pis et là lanche afeutrée,
« Et le hiaume iachié, où La chei[r]cle est dorée ,
a Et vous rares le cors bien et la teste armée
« Sus le cheval courant à la longue alenée.
« Et li chans sera bien et la plache gardée,
a De trestous nos barons et plevie et jurée ,
« Et qu'il n'i ait torfet d'ame crestiennée
« De issi com la chose iert devant devisée.
« Tu demandes chité et moillier espousée,
« La fille l'Aubigant , que tu as aamée ,
« Flandrineite au cler vis, qui tant est achesmée,
« La très plus bêle rien qui onques fust trouvée.
« Lors , se je la te doins , ne me soit merchiée ;
« Et se ne la te doins , quant ele tant t'agrée,
« Combat toi tant à moi que la t'aie donnée.
« Lors ne dira on pas que tu Taies emblée,
«c Ains diront que tu Tas par lorche conquestée
« De. moi , qui n'i ai plus fors qtle la t'ai véé[e].
« Mez chertés , ains l'arai si très chier comperèe
« Que la teste en arai fendue et entemmée ,
« Et vercoi de mon cors saillir la bouelée,
« Que je die le mot de toute une louée,
« Ne que ja la chité te soit par moi quitée ,
« Où jen nen ai vaillant une pomme parée.
« Donques, se tu m'ochis, cors à cors, en meslée,
« Ne seras si blasmé ne ta gent encoupée.
« Do, ne respondre encore, os que je te dirai. « Je ai mesdit de toi , ja ne le chelerai, « Et ton cousin germain en la teste navrai.
« Pour toi miex courouchier le feri et blechai , « Que ne t'amoie pas , ne ja ne t'emmerai « Se tu refuses chen que te présenterai.
« Tu demandes chité où je nul poveir n'ai ,
éfoo-^n* Doon de Maience. 197
« Ne onques ne l'i oi, ne ja ne l'i arai , ■
« Se Dex n'i met conseil, que j'en deprierai.
« Grant paour m'as hui fet, ains de tel netastai ;
« Mes ja Dex ne m'ait , quant plus poVeir arai
« Ne quant je ja pour toi .1. pas reculerai ,
« Que je soi bien de fi que une fois mourrai.
« Honte t'ai fet assés et encor t'en ferai ,
« Se je puis escaper, quant de chi partirai ,
« Se ne nous acordon si coin deviserai ;
a Et se refusez chen , pour couart te tendrai ,
ce Jamez en mon vivant rien ne te priserai.
a Sus sains et loialment ichi te jurerai
« Que je tendrai en foy chen que je te dirai ,
a Et jen et tuit li mien, que ja n'en fausserai.
« Tu es moult bien armés, et je me rarmerai ;
a Nous iron en .1. camp que je te mousterrai :
« Lors demande à ton gré ; quant je ne te donrai ,
« Si m'ochis, se tu peus , que je me défendrai .
a Et se tu me conquiers, Vauclere te donrai ,
a Où jen nen ai noient ; mez je la conquerrai ,
« Se Dex me veut aidier, en qui me fierai ,
ce Que de tout mon poveir mez hommes manderai.
« .LX. mile et plus ensemble en i merrai ,
« Mon or et mon argent tout i abandonrai ,
« Flandrinete la bêle entre tes bras métrai ,
« James à mon vivant nul jour ne te faudrai ,
« Ains t'amerai tous jors tant comme je vivrai , '
a De ma terre et de moi tout segneur te ferai.
« Or respon, s'il te plest, et je Pescouterai. »
Et Do li respondi : « Et je me combatrai.
« Je me fi bien en Dieu que je te materai
« Et Tarai maugré tien , ne gré ne t'en sàrài.
c Mes arme toi tantost, et je remonterai ,
« Que ja, se Dex m'ait, ne t'en respiterai.
I98 DOON DE MAIENCB. 6^4-^*4
« Mes fei moi ainchiez fi que ja regart n'arai
« D'omme, fors de toi seul , quant ens u camp serai. »
Et Kalles li respont : « Bien t'aséurerai
c Et jurerai sus sains , ne m'en parjurerai. »
Lors a on le messel u paies apporté , Et Kalles nostre roi i a sus sains juré La parole à tenir, si comme est devisé.
Dont furent li baron devant le roi mandé :
.III I e . furent bien quant il sunt assemblé, Qui tuit jurent sus sains, devant tout le barné, La bataille à garder en bonne loiauté, Si que ja n'i ara de nulle part faussé ; Et quant on sara bien lequel ara outré , Ne partiront d'ileuc pour nulle poosté Tant qu'il seront eh pes bonnement acordé Et baiseront en foi de bonne loiauté , Que il soient ami tous jors en leur aé , Si aura chen chascun que il a conquesté.
Et se Do puet tant fere que Kalles ait maté , Vauclere li donra , que il a demandé , Et Flandrine au cler vis et au cors achesmé , Et la terre qu'afiert à la bonne chité , .VII. jornéez moult grans et de lonc et de lé , Dont .xx m . paiens en sunt prinche chasé, Qui tuit crerront en Dieu , le roy de majesté , Ou il seront ochis et trestout desmembré.
Et se Kalles fet tant que Doon ait outré, Do li deliverra Maience le régné, Que jamez n'i querra vaillant .1. oef pelé, Outre mer s'en ira chetif en poverté , Jamez ne revendra pour nulle aversité ; Et se il en revient et Kalles Fait trouvé , As fourques le pendra comme larron prouvé.
<!*7— M" DOON DE MAIENCE. 1 99
Tout ainsi ont entre eus chest affere affermé, Et dechà et delà donnée séurté Et bonnement plevi en foi et gréante.
Des barons i a moult qui les en ont blasmé . Et qui de la pes ont et chà et là parlé ; Mez ch'est tout pour noient que il s'en sunt pené , Que remanoir ne puet pour nule poosté , Ne ja ne remaindra , si aront tant caplé Que il saront moult bien qui ara tout passé.
Quant il orent ainsi tout dit et acordé , Kallemaigne le roy ont si baron armé.
.1. paile d'orient ont u paies geté; Lez pierres qui i sunt valent une chité , Jagonces et saphirs, dont il i ot plenté ; Kalles est sus assis , que plus n'a demoré.
Une cauchez caucha , qui sunt de grant bonté » Que meillors n'en avoit en la crestienté , Et quant il fu cauchié, es vous le roi levé.
Tant par fu gros et Ions et de si grant biauté Que moult s'en merveillierent chil qui l'ont resgardé. Il li ont .1. hauberc riche et fort endossé, A double maille fet , moult fort et moult serré. Le mestre qui le fist i ot moult demouré , Tant i mist de son temps que si bien l'a ouvré Issi comme une fée li avoit devisé ; Tant fu fort et bien fet et de si grant bonté Qu'ains Dieu ne fist oustil, tant l'ait on bien trempé, Espée ne faussait , se on ne l'a faé , Qui en .il. jors entiers en éust esgruné Tant comme peseroit .1. festuet de blé.
Sus le chief li lachierent .1. hiaume à or listé; Une couronne i ot de fin or esmeré, Qui reluist et retient et giete tel clarté Que li pilier marbrin en ont estenchelé.
100 D00N DE MAIENCE. tfoi— 6*J4
Le heaume fu d'achier ; tout l'a voit on doré ,
De rubis precieus trestout avironné ,
Qui valent tout l'avoir au bon roi Ysoré.
Tant par fu forint bon, que moult avoit cousté, .
Qu'arméure ne crient .1, cienier monnaé^
Se n'estoit branc d'achier de l'anchïenneté ,
Que fées en eussent si grant éur donné.
Et quant sus le çhief Tôt et assis et fermé,
Durandal li ont chaint au senestre costé ,
Qu'il conquist à Rremant , que mort avoit geté ,
Quant soudoiers estoit Galafre l'amiré ,
EtHeinfrey et Heudris l'avoient degeté
A tort et à pechié de Franche le régné.
Quant il Forent armé tout à sa volenté ,
Uns riches espérons d'argent à or soudé
Li caucha .1. vassal , qu'en apeloit André.
Puis liont .1. cheval en laplache amené,
Grant et gros et membru et moult bien enselé.
Li archon sunt dessus à esmail tresgeté,
A flouretez d'asur pourtret et floureté ;
La couverture fu d'un brun paile roé ,
De riches bendez d'or moult richement oiillé;
Le frain n'aroie pas en .1. jour devise
Comment il estoit fet , que n'en soi vérité.
Moult fu bel li destriers et bien l'ont atourné»
Et Kalles i monta qu'à estrief n'en sot gré.
Par dehors en la cour du grand paies listé
Fet le roi .1. eslés; son cheval a trouvé
Fort et bon et adroit tout à sa volenté.
Moult menache Doon souvent en son pensé ,
Et dit que, se il vit, ain$ qu'il soit avéspré,
Li vendra chierement chen que si l'a mené
Par dedens son paies et si espuanté.
Son escu li tendi Gui de la Charité, ,
tf}f— ft*7 DOON DE MAIENCE. 101
Fort et fin et nouvel et bien enluminé ,
De ses armez pourtret et moult bien atourné ;
Le roi le pent au col , moult Ta bien achesmé.
Une bien grosse lanche à .1. lonc fer quarré
Liont mise en la main; à Dieu l'ont quémandé,
Qui leur ramaint arrier à joie et à santé.
Issi s'en va le roi de Paris la cbité ;
Li prinche etli baron sunt après arrouté.
Sus Saine par dejus, en .1. moult large pré ,
S'aresta le bon rois au courage aduré.
Ileuc atent Doon , le vassal alosé ,
Le meilleur chevalier de la crestienté ;
Le plus bel , le plus preas et où plus a bonté ,
Et qui plus aime foi et bien et loiauté ,
Et Dex limonstra bien , si corn vous iert conté.
Segnurs, vous savés bien» et je en sut tous fis, Que phisors Kalles ot [chà arrier] k Paris, . .,
A Nerbonne la grant ot plusors Aymeris , V
Et à Orenge rot maint Guillaume marchis , ' r Et si rot maint Doon à Maieoce jadis.
Chil Do dont je vous chant , qui chest fet a erapos Contre le roi Kallon et qui s'est aatis , Chen ne fu pas chil Do, le traître faillis , Qui Beuvon de Hantonne cacha de son païs \ ' Le mari Josiane , la bien feite au cler vis, Ains est li anchïen et li premerain vis Dont la geste sailli des barons de haut pris , . Qui ont sus Sarrazins le bon resne conquis Tout entour cheste terre, et le riche pais Où Dex est henourez et protsiés et servis , Dont il se fet tout lié las&us en paradis.
Pour chen le vous ai dit. que n'en soie. repris» Que tel i a de vous qui en estoit pensis ^
202 D00N DE MAJENCE. 6M8~-*7»»
Or pensoit en ichen , or en est bien apris.
Or mes orrés les vers si fes et si bien dis Qu'ains meillors ne miex fes n'oï on , ne miex dis.
Kalles fu à Paris sus .1. courant destrier.
En .1. pré verdoiant, selonc Saine, u gravier, Et ot ensemble lui maint vaillant chevalier, Qui se painent tous jors de la pes pourcachier. Mes vers le roi ne vaut ne dire ne proier, Que pour homme qui soit ne se veut apaier Ne acorder à pes ne s'irour adouchier.
James n'amera Do ne ne le tendra chier Tant qu'il li ara fet chel orgueil abessier.
Bien se cuide de li avant la nuit vengier, Et la teste et le cors et les membres trenchier. Mes se Dieu ne le fet , qui tout a à jugier, Je cuit que il istra du tout de son cuidier ; Que Do est si créans en Dieu le droiturier Et volentiers le sert dehors et en moustier, Et aide en tous lieus là où il peut aidier, Que Dex nel leiroit pas honnir ne vergongner, Que moult a grant talent de la loi esssuchier. Qui Dex aime de cuer ne se doit esmaier ; Ja honni ne sera, pour qu'il voist droit sentier. Do issi de Paris, qui le courage ot fier, Armé sus .1. cheval d'Espengne bon coursier, Qui plus couroit assez par plain et par rochier Que .1. autre le plain, tant le sache on cachier; Et ot l'escu au col et lanche de pommier , Grant et grosse et pesant, à .1. lonc fer d'achier; L'espée chainte au lés , dont je puis affichier Qu'en la forge Galan fu feite, sans trichier. Chil qui Durandal fist i fist chesti forgier A son mestre serjant , qui bien s'en sot aidier.
* 7 oi— *7H DOON DE MAIENCE. 20)
Quant esmoulue fu , si la fist essaier ;
A .1. coup en trencha un. espées d'achier.
Or conseut Dieu le roi, qui le puet conseillier!
Par le mien ensient , il en a grant mestier,
Que moult ara u champ aspre et dur parchonnier.
Quant Do fu en[s] u champ, par devers .u vergier
S'aresta bêlement et tuit si chevalier.
Atant es chele part le conte de Poitier
Et Robert le Normant et Girart le Bavier.
Tuit furent si parent et moult Pavoient chier;
Ni a cheli des .m. qui le voeille boisier,
Ne qui pas se penast de s'onneur abessier.
« Do , fet le duc Robert , par le cors saint Richier!
« Je vous voi .1. petit vers le roi foloier,
c Que vous ne vous voulés vers li humilier ;
« Son seignor ne doit on si fort contralier.
c Metez vous à merchi , jel vous voeil conseillier,
« Et venés devant li sans autre delaier.
« Quant serés devant li , deschendés du destrier,
c A sez pies vous alez tantost agenoullier
« Et crier li merchi , ja n'en feites dangier.
« Et nous sommes tous près ichi de fianchier
« Que Vauclere avérés , dont avés desirier,
« La terre à l'Aubigant et le pals plenier,
« Et sa fille, la bêle Flandrineite , à moullier.
« Feites li , s'il vous plest , gréer et fianchier
« Pour l'amour des barons, qui vous en font proier.»
Et quant Do Ta oï, si prent à souspirer;
A cheus a respondu : « Or n'i a que targier ;
a Je feroi vostre gré, segnors, moult volentier. »
Quant chil Pont entendu, n'i ot qu'esléeichier ,
Vers le roi se sunt mis tantost. à reperier.
Vers le roi sunt tantost chil .m. barons râlé.
204 Doon de Mme n ce. $734— *?*7
Quant il sunt devant li , si l'ont aresonné :
c S[ire] , font il , merchi , pour sainte carité !
« Nous avon tant Doon de Maience blasmé
« Que en couvent nous out à fere séurté
« Que à merchi vendra à bonne volenté,
« Et criera merchi devant tout le barné ,
« Jointez mains, à genous , que si est devisé.
a Or vous proion , pour Dieu et pour la Trinité ,
a Que se il chen vous fet, qu'il li soit pardonné.
a N'i a chil de nous tous ne vous en sache gré ,
a Quer si cousin tuit sommes et de son parenté, .
« De par Guion son père et son oncle Painsné. »
Et quant Kalles l'oï , s'a tout le sens mué ;
Du mautalent qu'il ot a le front tressué.
Une grant pieche fu que il n'a mot sonné ,
Et quant il respondi , si a si haut parlé
Que li plusour en sunt trestout espuanté.
« Segnors , chen dist le roy , avés me vous trouvé ,
a Qui me cuidiez mener comme fol assoté ?
« Par le saint Sauvéor qui le monde a fourme !
« Je ameroie miex le chief avoir coupé
a Que ja moi et Doon soion jour acordé ,
a Si Tarai ains vaincu ou il m' ara maté ,
a Que trop a grant orgueil hui toute jour mené ,
« Et moult m'a leidengié et tenu en vilté.
« Tous jors mez mon vivant me seroit reprouvé ,
a Que pes aroie fet par ma grant lascheté.
a Je li cuit vendre chier chen dont m'a aïré;
a Mes gardés vous bien si qu'il n'i ait fausseté
« Ne tourné traison , que sus sains l'ai juré ,
« Que par homme vivant n'i ara ja faussé.
c Lessiez nous cou venir, se Dex l'a destiné.
a Je li cuit fere tant ja ne m'en sara gré ,
a II iert mort ou destrujs ou cachié du resné.»
*7**-ttoi DOON DE MAIENCE. 20)
Quant l'oent li baron , puis n'i a si osé
Qui l'en ost plus proier, et se sunt aqué[é]
Et se traient arier .1. arpent mesuré ; '>
Grant paour lor ont fet et de lonc et de lé.
Et quant Kalles fu seus, s'a Doon escrié :
« Vassal , que délaies ? Trop avon demouré.
« Se Vauclere voillés , la nobile chité ,
« De moi la conquerrés , que si est devisé ,
a Et Flandrine au cler vis et au corps achesmé ,
« Que je onques ne vi , au gent cors hènouré ,
« La très plus bêle rien , si comme on m'a conté ,
« Qui soit en tout le monde tant comme il a de lé.
« Mez vous ne Parez ja , par ma crcstienté 1
« Par moi ne par les miens, à jour de vostre aé ,
« Desque vous m'arés chi recréu et maté,
« Que défendre la voeil à mon branc acheré. »
Et quant Do Ta oï, il* n'a pas reculé;
Ains li a dit en haut , que maint l'ont escouté :
« Roi , et je vous deffi de par la Trinité ,
« Le gloriex du chiel, qui plain est de bonté,
a Qui sceit tout vraiement mon cuer et mon pensé ,
« Que je n'ai chen e m pris pour nulle cruauté
« Ne pour grant terre avoir, que j'en ai à plenté,
« Fors que pour essauchier sainte crestienté,
a Et pour aler sus cheus qui tiennent en vilté,
« Qui ne croient en Dieu ne en sa déité. »
.1. prestre devant li a tantost apelé,
Contre li deschendi par grant humilité,
Mené l'a une part ens u vergier ramé.
Devant li à genous es vous Doon geté
Et de tous ses pechiés bonnement confessé.
U a en penitanche au prestre demandé
D'aler sus Sarrazins au premerain esté,
A trestout le poveir que Dex li a donné.
206 DOON DE MAIENCE. 6802— ttff
Le prestre li donna volentiers et de gré ;
La crois li met tantost où il li a rouvé ,
Et la lanche ens u poi[n]g pour le bourdon feré ,
Pour escrepe litent .1. riche branc letré. .
Do prent .1. hardillon que ileuc a trouvé ,
Si le se met au col , moult estroit Ta noué ;
Puis en a pris le chief , au prestre l'a livré :
« Sire prestre, fet il , de cuer et de pensé
c Fes offrande de moi au roi de majesté,
« Que je pri de fin cuer en bonne volenté ,
a Aussi veraiement corn je sai de verte
« Que chiel et terre fist et tout a compassé ,
a Adam et sa moullier, pour la cui foleté
« Nous fusson en enfer à tous jors mes dampné,
a Quant il daigna venir en sainte Trinité
« Et nestre de la Vierge et estre en poverté ;
« Et aussi vraiement comme par sa pité
« De son precieus sanc a son peuple acheté ,
a Ne me doinst il mourir tant que j'aie achevé
a Chen que j'ai à son preu dedens mon cuer voué;
a Et aussi vraiement comme il a poosté ,
«c Me gart il mon segnor, que je voi là armé ,
« Couroucheus et iré, tout seul emmi le pré,
« Que je hui ne l'ochie de mon branc acheré.
« Chertés, si je l'ochis, jamez en mon aé
« Nen arai en mon cuer léeiche ne clarté;
« Mes tant depri je Dieu , par sa grant digneté,
c Que fere puisse tant qu'il viengne de bon gré
a A tout son grant poveir, à joie et à barné,
c En Sessoigne la grant , où sunt li parjuré
« Qui ne croient en toi ne en ta déité.
« Se je fere puis tant que l'i aie amené,
« Et Vauclere tenir, la nobile chité ,
« Moult en sera ta loi et li tien alevé. »
Et quant il ot chen dit, s'a du cuer souspiré t Et beisa le soûler au prestre couronné.
Quant li prestre le voit, s'a de pitié plouré; De sa main le seigna , à Dieu Ta quémandé.
Quant li prestre ot Do[on] seignié moult bonnement , A Dieu Ta quémandé, le père omnipotent , Et Do saut u cheval tost et isnelement Et ot Pescu au col et la fort lanche prent.
Du gardin est issu sans nul delaiement , Et Kalles li a dit moult aïréement :
c Vassal , trop demourés , par le mien ensient ! a Moi semble que le cuer vous afleboie et pent. » Et quant Do l'a oï , si li dist cruelment :
a Vous le sarés ja bien , je cuit , prochainement. a Gardés vous, ja mourrés ; mez mon cuer est dolent « Que vous, sans coup ferir, n'ouvrés à mon talent; a Miex aimasse la pes que vostre empirement. » Lors hurte le cheval des espérons d'argent, Et le cheval s'en va corn foudre qui descent; Vers le roi est venu tant com cheval li rent. Et le roy muet à li moult angoisseusement Com chil qui espris fu de trez grant hardement ; Et le cheval s'en vint d'un cours si plainement Que la terre sous eus en escroulle et retenti : Toute en fremist la terre et li heirs et li vent. Et quant il furent près , chascun d'aïr s'estent - Et abessent les lanches as fers de Boni vent; Des escus se couvrirent moult très apertement. Les lanches furent fors , li fer lonc durement , Dont il se sunt férus tant aïréement Li escu sunt perchié et l'asur en desment; Mez li hauberc sunt fort et serré durement, Si qu'tnpirié ne sunt ne maiie n'en desment.
Des lanches qui sunt foré volent 1i irons avant Plus haut en eontremont qu'engaigne ne destent ; Sus les archons derier vont li nasal ploiant. Quant il chéu ne sunt , merveille en ot la gent Qui les cous ont véu et l'estenchelemeht , Et l'escrdis si très fier à lor cohfraignement; Et li larris d'entour en bondist et destent.
Mez li barons sunt fort et si per egaiment Comme chil qui estoient bacheler de jouvent, Et d'un aage sunt et d'un estachement.
Entr'eus .11. et Garin, où grant proeiche apent, Qui Moaglane a conquis sus la mescréant gent , Nasquirent en .1. jour par grant deraonstrement rei du saint soleil , quant au matin resplent. L'eure que il nasquirent vous di chertainement Que le soleil rougi en empatissement, Et mua sa faction et son trescourement , Et la terre croulla et coururent li vent.
Les nues de lassus menèrent tel torment Que du vent qu'en sailli , que u grant croullement En Espengne en quéirent des castiaus plus de .G. Senefianche fu , chen dit on vraiement, Que merveille feraient chil .111. à lor vivant. Si firent il pour voir , bien i fu apparant ; Et tuit chil qui saillirent de lor engendrement As félons Sarrazins esmurent tel content Dont la loi Damedieu acrut moult grandement.
Or diron de Kallon le fier hardement Et du gentil Doon qui envers li content, Le segnor de Maience , dont la geste deschent. Quant il orent jousté tout issi feitement , Au recour se sunt mis chascun isnelement.
Quant il se furent près, moult s'esgardent forment. Kalles trest Durandal , qu'il conquist franchement
*90}-$9H DOON DE MAtENCB. 20$
Sus Bremant l'amiral par grant effbrchement.
Ch'est la meillor espée dont ains fust proiseraent ; Tant fu clcre et luisans que trestoute resplent
Quant Do voit Kallemaine qui ot treste l'espée, * Durandal ot à nom, moult fu bien esprouvée, Il a tantost la main à la soue getée.
En la forge Galan, le fix à une fée', Fu feite sans mentir, ch'est vérité prouvée; Mes Galan ne Tôt pas forgie ne temprée, Mez .1. sien aprentis, qui bien l'ot manouvrée. Grant merveille orrés ja , se ele est escoutée , De l'espée Doon comme ele fu faée.
Quant esmoulue fu , fourbie et atrempée , Et la mère Galan l'ot tenue et gardée , Et dit ses oreisons , seignie et conjurée Corn chele qui estoit de faement senée, Sus .1. andier de fer Ta maintenant posée, Letrenchant par dessous; issi l'a oubliée; Et quant vint au matin , si Ta dessous trouvée, Que coupé Pavoit tout et outre estoit passée. « Par foi I fet ele lofs, merveille ai esgardée. « Pour chen voeil que soiez Merveilleuse apelée , « Et merveille sera de vostre renommée; « Ja rien encontre vous n'ara à coup durée, « Se Dex ne le défient, qui mainte ame a sauvée. » De l'espée vous di quiex ele fu contée , Que Do tint en son poi[n]g, à la nere pensée. Du bon escu à or la guige a acolée, Vers le roy est venu à grant esperonnée, S'espée la trenchant li a tantost livrée :
« Roy, m'espée te rent par bonne destinée.
« En ta merchi me met; la bataille as outrée. « Je voi bien et connois que folie est prouvée Doon ai Maienct. 14
2IO DOON DE'MaIK^CE. 69^-^68
« De moi corobatFeii toi, qui ma foi ai jurée. »
Et Kalles li respont : a Par U Vieege henourée I
« Ja ne m'escaperas qu'en icheste journée
« Ne voie de ton cors le cuèr et la courée. »
Et quant Do Ta véu , s'a la couleur muée;
De l'espée tranchant li. donne. tel colée
Dessus le heaume amont, oatach*i[r]cle|;esjt] dorée,
C'une pieche en a jus au bon franc esgnmée.
La coife de l'auberc n'i peut avoir durée;
Ensement li deront comme pomme parée.
Une Apte du poil .en a aubranc portée,
Mez la char n'a il pas , merchi Dieu , entemmée.
Quant l'espée escapa, s'a la targe encontrée;
Tant comme ele en ataint , abat emmi la prée.
Sus le col du cheval est si souef passée
Que du cheval courant est la teste volée.
Le cheval trébucha, qui ot la teste ostée,
Et le roi est chéu souvin , gueule baée. -
Et quant Do Ta véu , forment li desagrée ;
La mère Dieu du chiel a souvent reclamée : .
« Glorieuse du chiel , roïne couronnée J.
« Gardez moi mon seignor l'ame n'en sort alée. »
Lors deschent vistement de la sele dorée -,
Vers le roi est couru sans plus de demorée;
L'espée a aussitost en son leurre boutée.
Et li roi saut en pies si comme à la volée ,
Durandal queurt combrer, qui li fu escapée ;
Là où il voit.Doon a sa voie tournée :
Ja se vengera bien , çhen dit en sa pensée*
Ainsi corn je vous di , le boen roy se leva ; Vers le vassal Doon fièrement s'adrecha , Durandal u poing destre,, qui durement trencha. Dessus le faiaume [amont} si grant coup li donna
69**-700i DOON DE M Al BNCE." 2 1 V
Que le destre quartier au bon branc en sevra. Dessus Pespauie destre le boa brâne dévala , Devers chete partie le bâton agrèv* ; Le hauberc qui fu fort H rumpi et faussa , Sus Pespauie dehors .1. petit le navra ; Tant comme il en ataint , à l'espée emporta : Che le gari de mort que le branc trestornâ.
En terre fiert le branc, quant d'ilenc eftapà ; Plus de pié et demi en terre en entra*.
Tant par fu grant ie coup que le roi li donna Que le gentH Dobn à terre àgenoutla; Mes il resaiUi sus , Merveilleuse combra , S'espée la trenchast, que du feurre geta ; Ja se vengera bien, se le pofreir en a.
Contreval a véu le sanc qui li raia ; Moult en fu courouchié et moult li ennui*.
Ne fet à merveillrer se lé cirer h troubla", Que plus cuide avoir mat assez que ii n'en a. Damedieu a juré, qui le ntcmde fourma , Que jamez vers le roi ne s'umiïiera.
De chen Ta en despit que si s*amotia ; Or l'ochirrra, s'il puet,'et son sanc vengera, Ou Vauclere la grant eneui li prametra , Flandrineite la gente à famé li ifenra , La fille 1*A«bigant , qui sr grant biauté a.
Et le roi li revint, en haut H escrià r a A foi 1 fel destaial , ne m'escapefés ja.
« Se Dex plest, le puissant, qui ja ne mentira , a La peur vous vendrai que me féîstes ja a U palez là dedens, dont Dex me délivra* « Tant que chi sui armé. Diflt'Do, ôi» i pârra a Comment vous ferez chen que me (fisïés* là , « Que vous m^chifrés ; mit autrement Ira :
a Vous le compeifé* chrer ja ains n'atmitera. »
212 DOON DB MaIEHCB. 700$— yo%%
Et quant Do Ta 0! que il le menacha ,
Moult l'en est à petit; gaircs ne le prisa,
Que dès or, se il puet, de chen s'escleirera,
Et sa ruiste vertu sus le roi prouvera ,
Et tous jours plus et plus son cors enforchera.
Quant Do s'oï du roy malement menachier, Il ne le prisa pas la monte d'un denier.
Qui le véist muer, et pâlir, et cangier, Les iex tourner u chief , bouffer et roueillier, Seul de son fier regart se déust on seignter. Vers le roi est venu pour sa honte vengier, Merveilleuse en sa main , dont li branc fu d'achter, Contremont la leva ; ni ot que courouchier.
Et li roy li para son escu de quartier, Et Do i feri si , qui le courage ot fier, De l'espée trenchant qui tant fist à proisier, Qu'autresi li deront comme .1. feul de rosier; Trestout li esquartele sus la bougie d'ormier. D'ileuc fist le bon branc sus le hiaume glachier, .1. quartier en fist jus voler et escleirier. La coife du hauberc ni valut .1. denier; Jusqu'à la char li fist le riche branc glachier. Tout Péust pourfendu ^hen sai je sans trichier, Mez Dex gari le roy, qui tous jors l'avoit chier; Mez onques Dex oel vout si du tout espargnier Que Do ne le féist si malement saignier Que son sanc vit li roy tn contreval rajer.
Si fièrement saigna tout le fist esmaier, Et le bras et le cors moult à afleboier, Que si le vouldit Dieu mater et justizier, Savoir se il voudrait ja Vauclere otroier Doon , qui li requiert pour sa loi essauchier. Et quant Do l'a véu , vis cuida esragier
70,6-70*9 D00N DE MâIENCE. J|}
Sî grant paour avoit du hon roy empi rier.
Quant il le voitsaignier, tout commenche à cangier ;
Deyant H maintenant se queurt agenouiller,
S'espée li tendi , qui moult fist à proisier,
Et commenche à plourer et fort à lermoier :
« Roy, je te cri merchi , pour Dieu le droiturier,
« Que tu ne voeilles Franche de ton cors vergoignier.
« Se je ichi t'ochis , bien te puis affichier
« De douleur m'ochirrai ou je m'irai noter.
« Et se tu m'as ochis, bien te puis'fianchier
« Que chi en a tex .c, qui tuit sunt haut princhier
« Et tuit sunt mi parent et tuit me tiennent chier,
* Qui ne leroient pas, pour Dieu à renoier, « Ne s'on les devoit tous ardoir ou gréillier ,
* Qu'il ne te meitent mort , qui qu'en doie ennuier. « Roy , donne moi Vauclere , dont je te voeil proier,
* Où tu nen as vaillant la monte d'un denier. « Lî Aubigant la tient, qui tant a lecuerfier;
* Pour li servir l'en viennent .xx m . chevalier.
« Roy, donne moi sa fille Flandrineite à moullier,
« La très plus bêle rien que nus hons puist trouver,
« Et je la conquerrai à m'espée d'achier.
c Roy , je ne te demande fors que seul l'otroier
« Et .1. poi de tes gens me fâches à baillier,
« Que soudoierai tous et ferai bien paier;
« Ne voeil que il te coust vaillant .1. seul denier.
« Et se tu chen ne Ces , bien te puis affichier
« Que nous feron en sanc nos espées baignier.
« Et se tu le m'otroies, bien te puis fiancmer
« De Sarrazins feron tante sele vuidier
« Et tant riche castel verser et trebuchier
« Pour la loy Damedieu acroistre et essauchier;
« Jusqu'à Romme feron le pats fremillier ,
« Et de toute la terre que pourrai justizter
214 DOON DE MllSNCK. Top-^roa
« Te feroi, après Dieu, segnur et justizier; .
« Féeuké t'enJeroifConuIoial herbier. / ., . nu.< ■
« Roy , le soûler t'[ir]oy par devant tous, beisier,
« Se tu m'ptroJes çhen que 4e chi te requier.. »r
Et le roy ILrespont : « Par ie cors saint Ligier 1
« Je me leroiemiex la teste roongnier
«l Et lez piez découper et les, il. iex sachier
« Que de moi aiéz pet, tant sachiez losengier, >
« Des que je i'àrai fet la boaelé vuidier. • •
« Et se tu ne sans sus, se Déx raie puist aidiery
« Je te fendrai ja tout, qui qu'en doie grouchier.
QUANT Do voit qu'il ne peut nulle merchi trouver, Il sailli sus en piez à loi de bacheler Et a mise la main au hçm, branc d'achier cler. Le roi va si grant coup .sus son escn donner Que la moitié en ist ernni iecamp voter; Dessus le hiaurae amont II va tée donner Que le hàuberc doubiierfist rompre et desmaillier. Onques rien ne li pot gatantize porter: •■'••- Que la char ne féist le richebranc reter; . . Mez Dieu le bon branc fet à la ckararrestèr, Que tous jours vout le roy garantir ettensex. Mes le coup fu si grant tout le fist cancheier Et venir à genous, 4m que déust grever.
Quant Francheis «l'ont vèu , *si prennent à crier : « Do, ne Tochlire pasJMar l'oseras penser, * Mez Kallcs se leva, où ti n*ot-qu»aïrer.
Grant vergoigne à le roi, quant ot le bruit lever; Se vengier ne se puet, de due) cuide desver.
De Durandal la longue r qui tant ist i 4oer , Fiert Doon en J'escu; tel coupiala estiez t ;. C'un quantel en abaj , que *»s n'i jx* durer. Sus l'espaule a- traversée va si assener
7 l«j 7i;4 DOON DR MAIENCR. 915
Que le hauberc deront et fet tout despenner.
Mes Dieu, qui ne Voaloit son croisié oublier, Fist Durandâl la grant .1. petit trestourner Si que la char ne pot empirief n'tntemmer.
Mes tant fil grant le coup <ju'il le fist adenter, Des genous et des mains à terre pàumeter.
Puis li dist : « Sire Do , foy que doy saint Gumier ! « Vauclere la vaillant vous feroy comperer « Et Flandrine la gehte, que tant povés amer; « Mar m'osastes ichi si haut don demander. »
Lors li vient comme chil qui moult pot endurer, Et Do li recourut devant à rencontrer.
PlÉ à pié se requièrent ambedui à .1. fes.
Do fu moult courageus et Kalles fu engrès, Qu'acorder ne se pot ne fere nule pes.
Et Do tint .Merveilleuse, dont îi achier fu vrais. Par grant irour l'entoise, de bien ferir entais, Et va ferir Kallon , corn se chen fust souhais , Sus Pescu de son col qui bruisié est et frais; Trez par endroit la bougie en fist voter les ai s. Le branc s'en passa outre , qui par vigour fu trais ; Sus Tiaume deschendi, où li chei[r]clez est vrais; Le coi[rf g en a fausse > que pesant fu li fes. El respéc irenchant > que meilleur n'îert jamès , Vers le chei[r Jde eschïva , qui Juist comme li rats ; OnqueSOel pot malmeitre, qu'à senestre s'est trais, noy, et Ee ber saint Genres ;
pris t ochist fust et dtffès.
"l 4 véir fu lais ;
ne c'un contrais :
mez,
Éfturdis;
Z\6 DOON DE MAIENCE. 7 ijj— 71*7
Mez ja set vengera, se H n'est entrepris.
II brandist Durandal , i Doon est guenchis
Et li donne grant coup sus son escu voutis
Que tout li esquartele, s'en abat le vernis.
Là fu le branc d'achier moult petit arrestis;
Mez encontrer l'estuet, qu'au devant li fu mis.
D'ileuc fiert sus le hiaume , qui à or fu sarchis ,
Qu'il li embarre et ront; petit li fu aidis.
Li nasax ne li chei[r]cle n'i valut .11. espis,
Que Durandal lez outre comme chendal pourris ;
Mes la coife dessous ne toucha, che m'est vis,
Ains eschiva vers destre; tout chen vout Jhesu Cris.
Contreval les adous fiert le branc es larris
Que les pierres pourfent et les caillez petis.
Quant Do voit le grant coup, tous en est esmarris,
Ains ne monstra semblant ; ains est au roi guenchis ,
Et le roy contre li , qui n'est mas ne delis.
Se l'un fiert, l'autre rent; grant i est li estris.
Tant se fièrent et frapent à lor estrivéis
Qu'à chascun saut le sanc des membres et des vis.
Là véissiés estour et félon capléis.
Et li baron d'entour crioient à haus cris
Et reclamoient Dieu, saint Jaque et saint Denis,
Qu'il meitent pes entre eus par lor saintes merchis.
Tous pleurent par la plache; n'i a joie ne ris.
Et li duicampion, qui tant sunt de grans pris,
Se requièrent des brans amoureus et fourbis;
N'ont cure de séjour ne de lonc pleidéis.
Lî .!. est dessus l'autre engrès et embramis ;
•I. petit se resoufflent, ains n'i ot congié pris.
Moult amassent andui que li champ fust fenis ,
Mez petit i séjournent: es les au feréis;
Par irour se rafichent, es poins les brans fourbis.
71*8-7101 D00N DB MAIENCE. 217
Li vassal s'entreviennent, moult par sont aire. As bons brans esmoulus se sunt tant carpenté Que leur hiaume à fin or est tout esquartelé , Et H escu fendu et en pieches volé , Et le hauberc du dos derout et entemmé.
Et li vassal refurent parmi le cors navré Si que lor garnemens en sunt ensanglenté ; Et il furent si las, si chaut, si tressué, Qu'il fument comme feu de vert busche alumé.
Tant furent recréu qu'il se sunt arresté , Que li .1. ne li autre n'a féru ne bouté, N'i a cheli qui ait tant poveir ne osé Que l'espée levast demi pié mesuré ; Ains estèrent tuit coi , si se sunt regardé.
Et Do a toutadés Damedieu apelé, Ainsi veraiement corn fet Ta et fourme, Qu'il li gart son seignor tant que il Tait mené A Vauclere la grant, la nobile chité, Sus félons Sarrazins qui Dieu ont en vilté»
Qui ne croient en Dieu ne en la Trinité Ne en la sainte Vierge qui son cors a porté.
Quant issi ont .1. poi li dui vassal esté, Et lez barons , qui erent entour avironné , De la paour qu'il ont sunt trestuit abpsmé Et si souple et si mat que tuit sunt asommé , Et li plusour en ont moult tendrement plouré. A une part se sunt li meilleur assemblé Et tuit li plus haut prinche et li plusalosè. Le bon quens de Poitiers a premerain parlé :
« Si m'ait Dex , segnors, chi a grant foleté.
* Grant mauvestié feson et grant desloialté
« Que nous souffron Dooa, qu'est de no parenté ,
* Ochire devant tous et mener à vilté »
* Et nostre droit segnur, cul devoaféejihé,
2l8 DOON DE MAIENC7. 7101—731;
« Coi nous avbti sus sains et plevi et juré
« Garder H et son droit à nostre poosté ,
« Que lesson chi tuer comme chien forsené,
« Sachiez à ensient , moult en seron blasmé
« De tous cheus qu'en saront conter la vérité.
« Departon les or mez, se i! vous vient à gré;
« James joie n'arai, se seront acordé. »
Et il responnent tuit : « A vostre volenté, »
Lors vienne[n]t chele part H prinche alosé;
Plus de .XLiii., qui furent bien armé,
Se sont devant le roy à genoullons geté.
« Sire, font il à H, raerchi pour carité
« Et pour ichel Segnur qui le monde a formé!
<* Quer otroie Doon chen qu'il t'a demandé ,
« La fille l'Aubigant au gent cors henoùré
« Et Vauclere avec li , la nobile chité,
« Et il te quitera toute sa contée,
« Maience le resné et trestout l'erité ,
« Si t'en revestira devant tout le barné.
« Quant de Vauclere ara le pais conquesté
« Et ara mis par tout sainte crestienté ,
« De Vauclere la grant t'aportera la clef,
« Pour fere vo plesir et à vo volenté.
« Chen vous prion trestuit pour sainte carité. »
Et respondi le roy : « Puis aie je dehé ,
« Quant ja à mon vivant me sera reprouvé
« Que nous ja, moi et li , soion entr'acordé,
a Si l 'avérai ochis ou il m 'ara tué,
« Ou je l'arai vaincu ou il m'ara maté 1
« Miex aim mourir du tout que ja soit reconté
« Que me raîmbe vis pour .1. seul homme armé. »
Et dtent li baron : « Or soit à vostre gré;
« Mez , par le Sauvéor que avon aoré ,
« Se ochiés Doon que avon tant amé,
.7*}6t~7**8 DOON DE MaIBNCE. Cll$
« Vous ne vivrez ja tant que il soit avéspré* a j
Lors viennent à Doon, sel rontaresonné :
« Sire Do, fet li uns, au roi avan parlé,
« Ne n'a von pas en li souvenue trou vé ...
« Qu'en Sessoigne vous doinst Vaudere ladûté.
« Tuit sommes vostre ami et de vo parenté :
« Feites à nostre los > si vous en saron gré , ., .
« Et se ne nous créez, tuit sommes vergonéé.
« Quittez li le pais que li avés, rouvé;
« Au déable soit tout rendu et quémandé, • m
« Puis soies bon ami si corn avés esté ;
« Se il vous a raeffet, bien sera amendé. »
Et quant Do Ta oï> si a le front levé :
« Se Dex m'ait, segaurs, le roy.de majesté,
a Je ameroie miex le pié avoir coupé
« Et le cuer ens u cors et fendu et crevé , . .
a Que jamez quite soit à jour de son aé , .
« Si m'ara ains le don que H ,qnier gréante.. <
« Se pour chensui ochis, chen sai je de verte
« JSelonc m'entencion que j'arai bien ouvré ' ■
« Et que tuit mi pechié me seront pardonné,
« Quant, pour Dieu essauchier, ai chest don demandé,
« Et pour croistre sa loi et pour avoir son gré. »
Et dient li baron,: « De par la Trinité l »
Lors se traient arrier ,i. arpent mesuré,
Et chil s'entrerevjennent com vassal alosi. >
Ensemble s'en reviennent li chevalier vailiant , As espées contentent et se vont requérant; - » " Moult grant chainbiaus i ot f jpianfcil suwt Baserablant. Au commenchjer le eaple se vont moult jow&iienaiit'j Ne se feignaient mie. ne nei.vonjl refrénant < < n . Tant comme on$ des escus , se vont loue découpant x Et les haubers.du dos. aa espées, rompant, < <
2X0 DOON DE MAIE M CE. 7**9— 7ï°*
Les coifes elles hiaumes enserréfs] desbarrant ,
Les costes et les pis et les bras dépêchant
Si que le sanc tout cler lor va aval raiant ,
Et devant et deriere contreval dégoûtant.
Que la tere dessus en ala rougiant.
Il se livrent estai , ne se vont pas feignant ,
Fors les espéez nuez dont se vont empirant ; .
L'estoc ne la retreite n'i vont pas oubliant.
Chascun, du pis qu'il puet y va l'autre requérant;
As iex et as visages se vont entrecherquant;
Par bouche et par narines va le sanc dégoûtant.
Tant furent parigal et si se vont partant
Que on ne soit le quel va l'autre raûsant.
Ja se fussent ochis , chen sai de maintenant ,
Quant Dieu en ot pitié par le sien saint quemant.
.1. angre i tramist, devers le chief volant;
En semblanche de feu vint aval deschendant.
Quant il fu entr'eus .il., tel clarté va rendant
Et si grande lueur comme en esclistrant , i
Que tuit chil qui le virent se vont esbahissant. |
Cheus sunt si empirié qu'il vont tous aveuglant , I
Et si atenebri qu'il ne virent noient , |
Fors la clarté de t'angre , qui parla en oiant ,
Et dist en sa reson à parole entendant :
« Kalles, Dex le te mande par moi qui le te chant,
« Que donnes à Doon Vauclere la vaillant
« Et trestout le païs à la chit appendant.
« Dex , qui sceit son pensé et son vouloir ardant ,
« Si le secourra tost et H sera aidant ,
« Qtg'il entent à bien fere , je li en port garant.
« Et se tu ne le fes , saches dès maintenant ,
« Tu morras devant li ichi chertainement
« De mort toute souvine qui t'ira sousprenant;
c Jaraez .!. autre jour ne verras ajournant
7W-7»' DOON DB MaIENCE. 221
« Et iras en enfer, en la meson puant
« Où déablest'atendent, qui t'iront tormentant. » r
Lors s'en tourna ariere li angre en esconsant.
Chen que il lor a dit oîrent li auquant,
Et li .1. et li autre en vont joie menant.
Et quant Kalles voit chen , si se va repentant ;
Et Do vient devant li de douchour lermiant,
Si s'estent à ses pies la merchi demandant,
Le soûler li beisa moult en humiliant. i
Et Kalles l'en leva bêlement souspirant,
De la pitié de li ploura, sa gent voiant,
Devant tous i'acola , moult le va essauchant ;
Ileuc li pardonna son mautalent plus grant.
Après chen li rendi Durandal latrenchant :
« Do, je vous revest chi de Vauclere la grant,
« De Flandrine au cler vis, la fille l'Aubigant,
« Et trestout le païs à chel fié aclinant.
« En Sessoigne seron moi et toi chevauchant
« Et mouvron tel content sus la gent mescréant,
« Dont en .1. jour mourra .X m . combatant. »
Lors viennent chele part chevalier et serjant,
Damedieu et saint Pierre en vont moult aorant.
Kalles s'en retourna en son palez manant,
Avec li emmena Doon le combatant.
En sa capele vint ; la crois prist maintenant
Pour aler à effors sus la gent souduiant.
Tuit se croisent ileuc, li jenne et li [ferrant],
Plus de .v c . barons trestous en .1. tenant; J\
Et par tout le païs se croisa de gent tant
Que petit en remest , se ne furent enfant.
Che fu en ichel tans que on seut désirer, Que on ot chez oisiaus parmi chez bois canter, Et parmi chez ruissiaus chez poissonnez noer, Et on voit ches buissons florir et bourjonner,
2*2 DOON DE MàI-EKCR. 77^.737*
Par chez prés verdoians xhez flouretes lever,
Pucheles et vaHès: danser et carder, "
Et toute Heu frémis* de joie démener.
Kallemaigne le roy, qui Franche ot à garder,
Quant il ot fet . Doon de ses plaie* sauter" '
Et il refu gari qu'il ir*i ot qu'amender,
Fet ses plus, haus barons de son païs mander.
Je les vous nommerai , que bien les sai ttàrairier':
Le bon duc d'Aquintaine i vint sans demourèf ,
Qui frère fu Gafin de Moiigtane au vis fier ;
Le preus duc de Dijon i vint sans aréstef,
Et H dus Loherans, qui moult fist à loer.
Du[c] Naimes de Baviér n'i vout pas oublier,
Ne le duc de Louvain , que moult pôveit amer.
Et Tierri l'Arddnais, Berart 1 de SaimrOsmèr,
Le conte dePonti, .1; moult biâu ! bacheleir,
Et Richart le Normaht, qui moult fist à douter,
Et Guiffrei l 1 Angevin et du Mans GûilleMéf,
Et le conte de Blois, qui Loire ot à garder,
Le conte de Poitiers, qui si bel Sôt parler,
Et Tiebaut de. Prou vins, [qui ses] biens sot donner,
Et le conte Herpin , qui Berri dût garder, "
Le conte de Nevers, Girart l*t>ï nomttief,
L'archevesque Turpin et tuit li .xn; pet
Viennent devant le roy sans plus dé demôrér.
Les meillors chevaliers que il peurent trouver
En trestout le pais, tant comme il peut durer,
Eurent fet avec eus Venir et assembler.
Et quant le roi le! vit , si lez queurt acoler .
« Segnors , chen dist le roy, je vous ai fez mander
a Comme mes bons amis et que moult doi amer,
ce Comme cheus qui sus tous font prisier et loer
a De prôeiche et de sens , chen puis je bien jurer.
o: Je ne puis pas sans vous grant afere mener,
7J7»— 7404 D.OO.N. DE. MàIEJNCE.. 22}.
a Pour chen vous voeil ichi .1. conseil demander,
c Do de Maience est chi , qui moult se veut pener
c De la loy Damedieu essauchier et lev,er..
a En Sessoigne se veut par forche marier
« Et destruire païens et la terre combrer,
a Où on ne veut Jhesu nostre père aorer.
ce A tel fet li devrait tout le monde aidier
« Et mètre cuer et cors et grânt painè endurer,
ce Que plus courtoisement ne se peut nus sauver.
ce Tant m'a démené Do que il m'a fet jurer
« Qu[c] Vauclere la grant, qui tant fet à loer,
a Et la terre environ , tant comme el peut durer,
a Que tient ii Aubigant , qui tant fet à douter,
a Li ay pramis en foy quitement à donner,
ce Et sa fille au cler vis , dont je puis gréanter
ce Que si bêle nen a dechà ne delà mer
ce Ne en trestout li mont , tant comme il pot durer,
a Se n'est la raere Dieu, qui tout doit trespasser.
ce Puisque juré li ay, ne m'en voeil. parjurer.
a Se , pour l'amour de li , voulés moi aler,
ce Et, pour l'amour de moi, les travax endurer,
« Nous iron u païs la terre regarder
ce Et véir de quel part nous i pourron aler,
ce Ainchiès que le grant ost i fachommes guier.
a Se nous àvon besbng, tost le saron mander ;
ce Gent païenne feron honnir et lapider.
ce Se vous à mon conseil vous voulés acorder,
« Je me ii bien en Dieu, qui tout a à sauver,
ce Que, ains que viengne .1. mois, les cuit si atourner
ce N'i ara si hardi né couviengne trembler. »
Et il s'escrient tuit : ce Sire, sans demourer
ce Iron ensemble toi , quoi qu'il doie couster. »
Et KalleS maintenant en courut .C. sevrer
Des meillors chevaliers que il i pot trouver
224 DOON DE MàIENCE. 74*f— 74)8
Et dez plus ridiez hommes , si sunt li .xu. per.
Au matinet les fet des armes conréer,
Puis se mist au chemin. Ains ne fina d'errer
Tant qu'à Coulongne fu ; mes n'i vout sejorner,
Ains fist semblant à tous qu'à Romme voeille aJer.
Endroit la mie nuit Çst sa nef aprester,
Puis s'en entre el Rim ; si bien se sot cheler •
Que , ains que il fust jour, fist ses nés aprester
En une grant forest , qui bien poveit durer
Trois jornétt'ët plus sans nul homme encontrer.
As mariniers a fet tout maintenant jurer
Qu'il n'i ait si hardi qui l'osast encuser.
le roy ot .1. mestre qui [le] fist tresmuer
Et pâlir et cangier et yiel homme sembler,
Les cheveus canuir et la barbe mesler
Et la chiere fronchir, les espaules combrer
Et la barbe canue à son menton gluer.
N'ot pas .xxv. ans, mes bien cuidast jurer
Plus de .c. en éust , qui l'en véist aler.
Quant se fu atourné, si fist sa gent monter;
Do de Maience queurt parmi la main combrer
Et Turpin l'archevesque, que il pot tant amer.
« Segnors, chen dist le roy, ne me devés cheler,
« Dont n'a il orendroit en moy bel bacheler ?
— Par foi 1 che a dit Do , or povés bien jurer
« Ja ne trouverez homme qui vous puist enterver;
« Bien resemblés veillart qui doie radoter.
« Moult avés sage mestre qui ainsi sceit ouvrer. »
Issi s'en vont gâtant H demaine et li per,
Moult en rient entr'eus et prennent à parler.
Parmi la grant forest pristrent à cheminer;
En Sessoigne la grant commenchent à entrer.
Vers la chit de Vauclere pensent d'esperonner,
^t jurent Damedieu, qui tout a à sauver,
Se ensemble s'en issent li Sesne à rencontrer,
Tant en i ochirront , se Dex lez veult sauver,
Que .1. pourchel d'un an pourra u sanc noer,
Ou il cresront en Dieu , qui tout a à sauver,
Et la bêle au cler vis , qui tant fet à loer,
Donront il à Doon à moullier et à per,
Et la terre et l'onneur tenir et gouverner.
Mes ains si folement nen oï je parler,
Que ne furent que .a; corn se pevent vanter
De plus de x. mil Sesnes issi desbaretër
Et leur terre tolir, ochirre et découper
Et le riche Aubigant issi déshériter,
Le plus fier chevalier que on puisse trouver,
Et qui plus a poveir que hons dechà la mer?
Comment [ichen] peut estre, je nel vousquier cheler;
Vous Poirés moult très bien , s'il vous plest escouter,
Et si comme Garin de Monglane le ber
I vint aprez Kallon , quant en oï parler,
Et amena o li Mabireite o yis cler
Et Robastre le fier, en qui se peut fier,
Que ains plus fort de li ne pot de pain gouster.
N'ains tel merveille mes n'oïstes deviser,
Ne de si grant enging vous n'oïstes parler,
Ne à si poi de gent si grant fes afiner.
Huimès à no matière devommes retorner,
De Kallon et de Do la vérité conter.
KALLES trestout issi la forest trespassa, O lui .C. chevaliers, qu'ensemble b lui mena, De tous les plus eslis que en Franche trouva, Et les plus haus barons et où plus se fia.
Tout issi corn je di en Sessoigne entra.
Se Dex ne le sequeurt, qui ja né mentira, JameZ ne sain ne vis arier ne revendra.
Doon de MaUncc. 1 5
Or orrez ja comment Doon mariera ,
Et comment Damedieu pour lui esploitera :
Cui il veut conseillier ja honni ne sera.
Quatre journées grans tout issi chevaucha.
A l'entrée d'uns plains .1. Sesne encontre a;
Le roy se traist avant et si li demanda
De chel fier Aubigant où il le trouvera.
Et chil tout maintenant li dist et aconta :
« Sire, il est à Vauclere, de chen ne doutés ja ;
« .LX. mile Turs ensemble lui i a.
« A grandismez chevax tous armés les manda ,
« Que le roy des Danois grant guerre fet li a
* Pour sa fille la bêle, que Pautrier li véa,
« Ains ne li vout donner, quant il la demanda.
« Tel duel en ot le roy que Mahommet jura ,
« Ou il bien voeille ou non, que la puchele ara*
« Avec .1. sien neveu pour qui il la rouva,
a L'autrier vint u païs et grant gènt amena,
« Que tout arst et destruist quanque il i trouva.
« Par delà devers li Vauclere asegié a ,
a Et .1. castel garni et grant tertre freraa.
« Le siège a il juré tant comme il vivra.
« As portes chascun jour li Aubigant lez a ,
a Si que par toutes terres [^lettres envoyé a ]
« Pour avoir soudoiers, que petit de gens a.
« Se vous aies à li , par Mahom qui fet m'a,
« Tant vous [*donra] avoir que mes ne vous faudra.
— Or me di , fet le roy, chen que je te déniant. « Se Mahommet t'ait , ne me va rechelant, a Pourras tu nous guier devant chel Aubigant?
— Oïl, sire, fet il, par mon dieu Tervagant, a Qu'il en ara le cuer lié et baut et joiant.
— Or va donc , biaus amis , si te met par devant. »
7J o$— 7H* DOON DE MAIENCE. 237
Chil se met au chemin , et il le vont ['suivant] ;
Desic en la chité n'alerent arestant.
Par devant le paies deschendent maintenant ,
Monter cuident amont u paies reluisant.
Atant es le portier .1. baston paumoiant,
Qui leur a escrié : « Vous n'irés pas avant !
« Nus nen entre chiens sans tréuage grant.
a Chascun de vous donra .1. marc d'argent pesant
« Ou vous n'i entrerés , par Mahommet le grant!
ce Pour homme qu'en parot jel vous di et gréant. »
Et quant Do le hardi ot cheli refusant ,
Vers le portier se trait et va à li hapant.
Parmi le bras Ta pris par ire en esteurdant ;
Si fort le trait à li, puis le va empoignant,
Que plus de .G. degrés mesconte en toupinant.
Aval le fist chéir, sus Terre bochiant
Si bel et si souef et par si dous semblant
Que le col li bruisa au pavement hurlant,
Et déables d'enfer l'ame emportent uslant.
Quant Francheis l'ont véu, leur paumes vont bâtant.
a Va tu , fet il , portier, au maufé te quemant 1
a Or peus tu menachier, et nous iron avant. »
Lors s'en entrent là sus u mandement plus grant,
Et trouvent l'Aubigant avec sa gent séant.
Et quant il les parvit , nés ala ravisant ;
Forment les redouta , quant les vit aprechant ,
Quer il furent armez , si nés connut noient.
En estant se leva , si leur dist entretant :
« Qui estes vous, segnors, et qu'aies vous querant?»
Et Do fu le premier qui respondi avant :
a Sire, .!. chevalier sui, qui aloie querant
« Haut homme ou haut baron de grant terre tenant,
« Qui retenir vousist à louier conquérant
a Avec li, à soudées, moi et ma gent puissant,
228 DOON DE MAIENCB. 7$î9^-7Sl*
« Que vous vé'ês ichi devant vous àrengant.
« Là dehors en ches plains m'a on fet entendant
« Que soudoiers aies pour avoir demandant ,
« Et je i sui venu , qui mestier en ai grant.
« Et se me retenés , je vous di et gréant
« Que je vous servirai si à vostre quemant
« Ja blasme n'en arai , par le mien ensient;
a Mes soudées voudroi nommées tout avant,
« Que je ne voeil servir se je ne soi comment.
— Amis , fet PAubigant , bien soiez vous venant ,
« Et vostre compengnun , s'il estaient autant.
« Retenu estez tuit , et si vous donroi tant
« Com vous deviserés , se il est avenant.
« Devises moi le don tantost de maintenant ,
« Si m'en conseillent à ma gent miex sachant.
— Sire , fet Do H ber, et je le vous diroi ; « Je remaindrai à vous si com deviserai.
« La dehors en ches camps , quant je armé serai , « Contre vos anemis de cuer vous aiderai , - - « Et mi compengnun tuit. Chen vous gréanterai « Que che Iroy, qui vous het, mort ou pris vous rendrai, « Et vostre mortel guerre je vous apaiserai.
« Mes ichen soi je bien , quant revenu serai « En la chité laiens où me hébergerai , « Et se je onques puis , que je la vous todrai , « Le pales et la tour, que ja ne m'en feindrai. « Todrai vous le paies et si le retendrai ,' « Sesnes et Sarrazins trèstous convertirai , « Et qui ne crerra Dieu , ochirre le ferai, « Méismement ton corps; ne t'en déporterai, « Se ne veus otroier chen que devisé t'ai.
« Flandrineite ta fille à famé esponserai , « Que je Faim par amours, ja nel te chelerai; '
7$7*~- 7*>S DOON DE MaIENCI., JIÇ
« Se ne la puis avoir, jamès joie n'arai.
« Et se tu ne le fes si corn devisé t'ai, « Pa/ ichel saint Seignor qui fet flourir legbi, « As Danois d'autre part contre toi m'«n -irai, a Et de nuis et de jours sus toi chevaucherai. « Se te puis encontrer, tout te desmerobrerai , « A m'espée d'achier les bouiaus te jtreirai ; « Tant que t'aie destruit jamès ne finerai.
« Or me respon à chen et je t'escouterai» »
Quant li Aubigant Tôt, n'en ot pas le citer [*gay] ; Ains ne li respondi, tant par ot grant esmai. a Roy, chen li a dit Do, di quel je le ferai, a Respondras tu à chen , ou je m'en tournerai ? » Et respont l'Aubigant : « Par Mahom ! je ne soi ; « Conques mes soudoier si félon ne trouvai « Ne de si grant orgueil comme je trouvé t'ai. « Mes atent moi .1. poi; je m'en conseillerai, c Chen que m'en loeront mi baron jen ferai; « Puis revendrai à toi , savoir le te leroi »
Li Aubigant a fet ses barons a peler.
De l'ire que il a commencha à trembler, Et des iex roïllier et la couleur muer, Et jura Mahommet, que il doit aorer, Que les Francheis fera ochirre et découper, Qui si l'ont menachié à douleur démener ; Jamès en lor contrée ne s'en pourront vanter* . . Qu'aient fet si haut homme rien dont se doie irer. . Atant es vous .1. Sesne , que Dex puist encombrer. Marchéant pt esté poor avoir cpnquester ' K Mes pour son grant avoir Tôt on fet adouber. . Es foires souloit tant et venir et aler , ■ » « Et estre entre Francheis, déduire et déporter, Que bien les connut tous et les savoit nommer.
a)ô DÔON DE MaIEKCE. 7606— 7éj^
Chil sourvint au conseil , qu'en It ot fet mander.
Devant tous hautement commencha à parler :
« Sire, fet il au roy, je nel vous quier cheler,
« Bien vous est avenu , si savés regarder.
« Toute crestienté > tant comme el puet durer,
« Avés en vostre main , se le savés garder.
« Véés vous chest veillait devant chest bacheler,
« A chele barbe blanque, à chel viaire der,
a A chel félon regart qui tant fet à douter ?
« Sachiés veraiement , sans guile et sans fausser,
c Che est Kalles le roy, qui Franche a à garder,
« Et sunt ensemble o lui trestout li .xu. per,
« Et li plus haut baron , qui plus font à douter,
« De la terre Pépin , qui tant vous sot grever.
« Et se chen nen est voir que m'oés deviser,
a Si me feites les iex de la teste crever. »
Et quant li Aubigant l'oï issi parler,
Par mautalent le prist moult fort à regarder.
« Diva 1 fel losengier, me veus tu encanter ?
« Kalles , le fis Pépin , dont foi ichi parler,
c N'a encor que xxx. ans, [*comme j'oïz] conter,
« Et che est .1. veillait que je voi chà muser,
« Qui en a plus de .c, sans point de deviner.
« Par .1. poi ne te fes en .1. let lieu geter.
— Sire, chil li respont, moult feitez à blasmer.
« Kalles a tant de sens et si [se] set mener,
a Et tel mestre a lui qui si bien seit ouvrer
a Et qui si set sa gent trescangier et muer
« Que li jenne vallet fet veillait resembler,
« Et li veillait enfant , tant li peut on donner.
* A Paris l'ai véu et venir et aler,
« Encor le voi je là selonc le roi ester.
« Et se vous ne créés chen que m'oés conter,
« Et vous les retenez pour vo guerre finer,
#l*-7*7* DOON DE MâIENCE. 2)1
« Se li viex que voi là des espaules crouller
« Vient en bataille en champs as Danois assembler,
« Vous le connoistrez bien as ruistes cous donner,
« Et as selez vuidier et as escus troer,
« Et as faaubers serrés desmaillier et fausser,
« As testes et as bras départir et sevrer,
« Et à ses anemis ochirre et découper.
« Quant son anemi veut damagier et grever,
« Tant fièrement s'esmuet et tant fet à douter
« Que la terre sous li fet bondir et crouller.
« Lors , se il l'aconsient, vous pois bien gréanter
« Que jusque es dens li fet le branc d'achier couler,
« Que tel chevalier n 9 a jusqu'à la rouge mer.
« Vostre terre est venu véir et esgarder,
« Savoir de quele part il porra miex entrer,
« Quer il la vent à Do de Maience donner,
« Et vostre fille atout, qui tant fet à loer.
« Bien l'oï à Paris devant ier reconter
Que Doon de Maience , que je voi là ester, « Demanda à Kallon vostre fille au vis cler, « Et la terre et l'onnour, tant comme el peut durer, « Et Kalles li pramist par itel deviser « Que se il le poveit en bataille mater, « Que la puchele aroit , quoi qu'il déust couster. « Pour chen les vi en champ en bataille assembler «Et fendre leur escus et lor heaumez fausser « Et le sanc contreval à la terre voler.
« Les barons du paîs vi tout entour ploùrer, « Pour chen que nule pes n'i poveit on trouver. « Kalles haeit Doon de la teste couper, « Pour chen ne se poveit à la pes acorder; « Ne' Do ne li vouloit pour nule rien conter, « Se il ne li aidoit Vauclere à conquester, « Et Flandrine an gent corps, vo fille, à espouser.
« Tant dura longuement, bien vous puis gréaqter
« Ne cuidai que jamès se péussent amer.
« Mez je vi .1. grant feu de lassus avaler,
« Qui se mist entr'eus .11.; moult le vi flambeter.
« Une vois oï on en chel feu escrier : .
« Kalles , otrie Do chen qu'il te veut rouver,
« Qu'il ne te requiert rien pour ton corps vergonder,
« Mes pour la loi Jhesu essauchier et lever.
« Lors départi le feu, et je vi acorder
a Kallemaigne à Doon, et si li vi jurer
« Que Vauclere la grant, que tu tant pues amer,
« Et trestout le pals et ta fille au vis cler
a Donra il à Doon à moullier et à per ;.
« Et se tu ne veus Dieu Jhesu Crist aorer,
« Mahommet renoier et ton corps générer,
a La teste te fera dez espaules voler. »
Quant li Aubigant Tôt, couleur prist à muer
Et le front à rougir et les sourchis lever.
Cheli qui chen li dist commenche à demander :
« Biaus amis, quel conseil me sarastu donner,
a Comment je les porrai ochirre ou afoler . . ',•
« Ou geter en prison pour martire endurer ?
« Que il sunt près de .C, où il n'a que armer,
a Chà dedens u paies , si font l'uis à garder,
« Que leur chevax i sunt et maint fort bacheïer.
a Mon portier m'ont ochis, que moult poYeie amer,
« Et se sunt mis chiens sans congié demander,
« Et chiens n'ai pas gent dont les puisse grever.
« Tel paour m'en est pris, je ne lor quier cheler
« Que ains puis de paour ne finai de trembler.
« Conseille m'en , amis , se t'i peus assener,
« Que je ne soi comment je m'en puisse «sçaper.
— SlRE , chil li a" dit , gardés que, vous ferés ,
7707—77,9 D00N DE MàIENCK. 2JJ
Et en quele manière vous les engignerés :
De trestout à lor gré o vous les retendrés , , . Et qaanque ri diront de bouche offerrés.
Une sale là hors u bourc leur baillerés, A boire et à mengier assés leur liverréV.
A mil Sesnez armés moult bien les gueiterés.
Quant seur Danois irés , avec vous les menés t , Ja mar en ferés plus for que leur mousterrés; Se eus ne les ochient , ja mar jour me crerrés. Tant en i abatront et de nuis et de frés.
Que li plus enheitiés s'en ira tout destrés.
Quant ares tout vaincu, si les losengerés , . Beisant et acolant o vous les emmerrés.
Quant seront à ostel , à forche les prendra , ., . Puis les ardrés en feu , ou vous les noierés , > Ou il soient pendu , le quel que vous voudrés» Et puis, se il vous plest et vous i acordés, Povés en Franche aler, si ferés tés esplés Que trestout le païs par forche conquerrés.
Et , se ainsi n'est fet, vous en repentirés, Et de sanglente mort encor enuit mourrez. » ... Et respont l'Aubigânt : «- Ja mar en douterés, a Et j'en feroi du tout chen que m'en loerés..*, •.
A ichel conseil furent li Sesne longuement. Et nostre Francheis sunt u paies qui resplent, Et sunt tuit en estant,; armés moult richement. Chent furent en A. front de la plus bêle gent Que on péust trouver desic en orient.
Dist Tiebaut d'Aspremont , que mautaleot esprent : a Et qu'atendon nous chi tpute jour, pourvoient? « Nous sommes u :i paies ; couart sommes et lent t • a Que nous ne) retenon ; s'ochion çhele gent a Qui Damedîetf ne çr#it ne son baptizejaent ,
2J4 Doon de.Maience. 7740—7771
« Puis mandoti le secours en Franche vi stem en t.
a Quant il sera venu , jel vous di vraiement,
« Toute aron la chité et la terre ensement,
« Et Fiandrine et sa mère, tout à no sauvement. j>
Et Do li respondi : « Dex , à qui tout apent ,
« Nous en puisse garder par son quemandement !
« Qui a cuer ne valoir ne sens ne hardement ,
« Sans traïson peut moult esploitier largement.
« Traïs soit il en fin qui à traïr entent !
« Nus traître ne peut pas vivre longuement
« Et, se il longues vit, che est honteusement.
« Je me fi bien en Dieu, le vrai omnipotent,
« Que nous l'arommes tout et sans blasme de gent. »
Atant es PAubigant venu du parlement ,
Et cheus de son conseil après moult maternent.
Trestout le plus hardi de paour se desment ,
Quant voient les Francheis armés si richement.
Li Aubigant parla , si leur dist bêlement :
« Segnors frans chevaliers , or feson liéement.
« Bien soies vous venus maint et quemunalment ,
« Retenu estes tuit si qu'estes en présent.
c Là hors en la chité , en .1. paies moult grant ,
« Où il a grant déduit et bel aeisement,
« [*Vous] hébergera on moult henourablement.
« Se contre lez Danois .m'aidiés de bon talent ,
« Tant vous donrai avoir, demein , or et argent ,
« Conques mez soudoiers n'ot plus bel paiement.
— Sire, Do li a dit, chen ne queron noient,
« Que deniers avon nous plus que tuit vo parent;
« Mes nous i remaindron par itel couvenant
« Que là hors en istron contre Danois souvent ,
« Et vous ferés secours à vostre efforchement.
« Mes bien soies séur, n'i ait redoutement,
« Et s'en avon poveir et no cuer s'i assent ,
7774—780* DOON DE.MàIENCE. *J$
« Que la chité perdrés et chest haut mandement/
« Et vo fille la bêle , que désir moult forment. »
Li Aubigant Tôt, si respont faintement :
« Do, ainsi l'otroi je, quant vous vient à talent,
« Que je me cuit de vous gaitier si feitement'
« Que ja par vous n'arai mal ne encombrement:'
« Trop avés à tel fet, chen m'est vis , poi de gent.
« Mes par vo lai me dites et par vo sauvement
« Qui chu vassal là est , à chu cruel semblent,
« A la barbe camie qui contreval li pent ,
a A chel grant corps membru, à chel fier vis rouvent,
« Qui si fort me roïlle à son ravisement.
« Moult me semble orgueilleus, de fel apensement;
« Ains mes homme ne vi de tel contenement;
« Chen semble .1. canelex au poil qui li depent.
-*• Sire , chen a dit Do , or sachiés vraiement
« Che est mes conseilliez , s'est de mon tenement.
« Je ne fes se poi non fors de son loement. »
Et respont PAubigant: « Par Mahom qui ne ment!
«Il vous a conseillié, chen cuit, moult folement,
« Qui Vauclere cuidiés avoir si feitement ,
« Ma moullier et ma fille avoir si folement.
« Mes n'ïert pas à [vous] encor si temprement ,
« Que , s'estïés .M. mile et .vu™, et puis chent,
« Si vous cuit je garder chiens si fermement
« Que ja ne me nuirés, par le mien ensient. »
Le roy Aubigant a Do par la main combré, En une sale grande, près du paies listé, En a li et Kallon tout maintenant mené , Et les Francheis trestous , par semblant d'amistié. Et quant furent laiens et il sunt desarmé Et de leur riches dras bien vestu et paré , Plus de .M. Sarrazins, qui i sunt assemblé,
2)6 DOON DE MAIKNCP. 7807—^^40
Se sua* à une part à merveilles tourné.
Tuit furent esbahi de la très grant biauté Qu'il virent es Francheis et la très grant fierté. Et dist li Aubigant à son dru Galmatré :
« Mar furent cbil Francheis qu'avons en poosté a Et n»r,sunt chi venu et mar sunt engendré , « Que je les pendrai tous ains l'issue d'esté, a Ja si tost ne m'aront vengié ne délivré « De ches puans Danois , qui si lait m'ont mené « Et qui m'ont assegié chiens en ma chité. »
Lors lejur ont à mengier du paies aporté , Méisme l'Aubigant a avec eus soupe, Où leur monstre d'amour et les sert à sonore. Puis s'en est retourné en son paies pavé , Tout plain de traïson et de félon pensé.
A sa famé est venu , si li a tout conté Comment de chez Francheis a le murdre atourné ; Quant servi l'aront bien tout à sa volentéj, Que il les pendra tous sus .1. tertre levé, «c Ha 1 sire , ele respont , ja n'aies vous santé , « Se issi s'en revont li traître prouvé ! »
Puis a dit coiement , qu'il ne l'ont escouté : *. Tout sera autrement, se j'en ay poosté , a Que le miex dez barons sunt de mi parenté.
* Maugré mien m'amenastes de Flandres le régné ; a Onques jour ne guerpi sainte crestienté.
« Voir mar véistes onques mon corps et ma biauté , « Quant vous contre les miens pensés tel foleté. * A Flandrine s'en vint et si li a monstre :
« Fille, si m'aït Dex, bien vous est encontre, « Que Kalles, le , bon roy de Franche le régné , « Et li plus haut baron.de la crestienté 1 Sunt venus pour t'amour en cheste roiauté ; Que Doon de Maience, qui tan} a dç biauté
784i—?8?4 DOON DÉ MAIENCE. 1J7
« Que si bel ne treuve on en nulle poosté , « Désire tant ton cors, ton sens et ta biauté, « Que à famé te veut , se Dex Ta destiné. » ■ ■ Et quant Flandrine Tôt, s'a du cuer souspiré, Que ch'est cheli du mont qu'ele a plus désiré Et que on li ot plus et proisié et loé.
James joie n'ara tant qu'à li ait parlé , Ains la nuit n'en menja ne but vin ne claré; En Doon a tout mis son cuer et son pensé.
Quant chen vint au matin , que il fu ajourné , La famé d'Âubigant a .1. serjant mandé , Qui fu de son pais , de Flandres le régné.
Par devant le paies , droit au pié du degré , * Li ot lionne mei son et si Pot marié ; S'ot pris une paienne de moult grant crualté. - La dame en apela chel serjant abrievé : • " /
« Antequin , biaus amis , je vous ai moult amé ; £/ fi . f : .
a Or verroi je comment il m'iert gerredonné. » »'
Lors li a maintenant tout dit et raconté De Kallon et des siens toute la vérité, a Amis, vous savés bien où il sunt ostelé, « En une sale grande de viel antiquité , a Qui haute estoit de murs tout entour quernelé : a Vostre ostel i ajoint et li fust et li tref ; « Gardés que ains la nuit m'aies le mur troé , a S'irai à eus parler coiement, à chelé.
« Se je puis esptoitier et Dex l'a destiné, « Tel chose atorneron à brief terme nommé « Dont seront detrenchié mil Sesne parjuré , « Ou il cresront en Dieu , te roy de majesté. ' « Vostre famé i croit : bien soies asseuré a Ja pour li ne sera séu ne raconté. »
Et quant chil Ta oï , s'a de joie plouré ;
En plourant li a dit : « A vostre volehté. »
Lors s'en va à Postel , si Ta dedens fermé.
Entre li et sa famé ont tant chel mur cave
Que d'autre part coisirent le jour et la clarté.
Par chel treu sunt laiens en une chambre entré ,
Et treuvent nos Francheis , qui ja furent levé.
Quant virent nos Francheis,, si sunt tuit effréé.
Kalles le roy l'en a devant li apelé :
oc Amis, qui estes vous ? Qui vous a chi guié?
— Sire, chil li respont, ja en orrés verte.
« Ma dame Helissent, qui tant a de bonté,
« Qui famé est au segnor de trestout chest régné ,
a Vous salue par moi et si vous a mandé
« Que à vous parlera ains qu'il soit avespré ,
a Et sa fille avec li , qui tant a de biauté
« Que si bêle n'en a en la crestienté ,
« Ne en tant corn Dex a forche ne poosté ,
a Si sage ne si preus ne de si grant bonté ,
a Ne qui miex croie en Dieu et en la Trinité. »
Et quant Kalles l'oï, si a Doon bouté ;
.1. sousris li geta, si l'a aresonné :
a Do , ja verres cheli pour qu'avés tant pené
« Et tant mal enduré et tante nuit veillié. »
Et quant DÔ l'a oï , si l'en a merchié ;
Tout li tressaut le cuer de joie et de fierté.
A la joie qu'il fet se sunt tuit assemblé.
Moult fu grande la joie qu'on[t]tuit laiens menée. Atant es Helissent, qui est laiens entrée, Et Flandrine après li , la très plus bêle née Qui soit en tout li mont, tant corn la terre est lée. Plus sage ne plus preus ne miex endoctrinée James jour ne sera véue ne trouvée.
D'un diapré à fin orfu vestue et parée, Cote en ot et mantel ; moult fu bel atornée.
79o8—794i D00N DE MAIENCE. 2)9
Si cheveul furent cler comme coupe dorée ,
Le vis blanc et treitis , la fâche coulorée ,
Jenneite de .xn. ans, en vérité prouvée.
De sa très grant biauté fu toute enluminée
La chambre où nostre gent fu trestoute assemblée.
Quant Do la voit venir, si Ta bel salué[e]
Comme la riens qui soit que plus a désirée ,
Et ele lui aussi , que moult estoit senée. •
Et la dame tantost est vers le roy alée;
Moult le salua bel , et il Ta acolée.
Et ele maintenant li a la main getée ,
Par la barbe le prent, qui a glu fu fremée ..
Et qui canue fu et toute entremeslée.
a Biau sire , cheste barbe où Pavés vous trouyée ?
« D'aucun veillait Pavés, chen cuit je ,. empruntée ;
a Encor n'est pas , je cuit , la vostre issi fumée.
a Onques Kalles nen ot barbe ne rebiffée ;
« Tant estenfes encore, onques ne Pot ostée. »
Et quant le roy Poï, s'a la couleur muée,
Que il cuidoit très bien la barbe fust chelée.
a Sire , fet li la dame , qui ait bonne pensée ,
« Vostre parente sui et de vostre contrée.
a Li Aubigant m'en a par sa forche amenée,
a Et à la loy Mahom contre Dieu espousée ;
« Une filleite en ai, Flandrine est apelée.
« Je sai Pafere tout et à quoi vo cuer bée
« Et pour quoi venu estes en icheste contrée ;
a Ch'est pour ma fille avoir, et qu'ele soit donnée
a Au preus conte Doon de Maience la lée.
a Je n'atendrai ja tant qu'ele me soit rouvée;
a La puchele li doins par bonne destinée ,
a Et voeil que ele soit maintenant espousée
a Et le servise fet et la messe cantée ,
a Et que enquenuit soit coiement , à cjielée,
24O DOON DE MAIENCE. 794*— 7974
« Nueite entre ses bras en chambre encourtinée , « Que en verte vous di qu'ele est crestiennée ; « Or ne failloit [*mais] plus fors que fust espousée. « Et vous di sus ma foi , ja nen iert parjurée , « Vaucîërè la chité et toute la contrée « Li rendrai Vins .1. mois trestoufe délivrée « Au secours qui vendra de Franche la loée. » Et quant Kalfes Poï , moult Pen a merchiée ; Plus de .XL. fois Ta en ses bras combrée.
Et la dame li a la traïson contée Toute de chief en chief, si comme est pourparlée, * Qu'a fet li Àubigant , qui lor mort a jurée ; Si tost qu'il li aront sa guerre definée , Les pendra tous, chen dit, sans plus de demorée. « Dame, chéri dit le roy, preus estes et senée. « Dex nous en getera , s'il li plest et agrée , a Et vous, qui vostre amour nous avés présentée. »
Quant le rby oï chen , tout s'en esléèicha , Le preus conte Doon devant H apela ; Et il i est venu , que plus n'i demoura.
Quant la dame vit Do et reconnéu l'a, Onques mes chevalier si très bel n'avisa.
Sa fille fu ileuc, qui moult s'umilia, Qui saint angre du chiel de biauté resembla.
Parmi la blanche main sa mère la combra , Devant le.conte Do plourant s'agenoulla :
« Sire , en ichele foi que Jhesus quémanda « Sa mère à saint Jehen , quant Pâme en dessevra , « Quant Longis u costé du glesve le navra, « Te doins je mon enfant. 9 Adonc H présenta , Et lequens la rechut, qui sus Pen releva; En foi et en amour la dame le beisa. Ainsi coin Damedieu et ele devisa,
797Η 6oo6 DOON DE MAIENCE. 141
L'archevesque Turpin sonanel apresta,
Des armes Damedieu se vesti et arma ;
Quant les ot espousés , la messe leur canta.
La dame s'en départ et le soir retourna;
Quiex le vaillant serjant sa fille heberga,
Entre les bras Doon bêlement la coucha.
Le riche duc Gaufrei chele nuit engendra,
Qui père fu Ogier, que Kalles tant ama.
Ch'est Tune des .111. gestes que Damedieu créa,
Et pour garder sa loi dedens Franche estora.
L'une est de Garin de Monglane dechà ,
Qui tout chel Toulousan de païens délivra ,
Et tout le Nerbonnois et Orenge combra,
Venice sus la mer et Biaulande aquita ,
Puille et Calabre aussi et quanque il i a.
Chele geste ama Dex et bien le demoustra ,
Que sus trestoute gent l'acrut et essaucha.
En Sessoigne dechà , qui tant est riche et grans , Par de coste la mer, outre les Alemans , Là s'en ala chil Do qui tant fu conquerans , Qui Vauclere conquist, que tenoit l'Aubigans, Et sa fille espousa , puis en ot .xu. enfans. Tous les vit chevaliers hardis et combatans; Kalles les adouba , qui moult en fu joians.
De Sessoigne delà conquistrent les grans pans, Et Danemarcke aprez, qui jafu as Normans.
Gaufrei fu li ainsnés et li plus ayenans; De li firent ségnor, que moult estoit sachans. Cheli fu père Ogier, qui tant fu combatans , Qui en Rainchevax fu quant ochis fu Roullans , Et Tierri l'Ardenois, de Paubourc jasarans , Et li quens Baudouin de Flandres, li vaillans, Doon àt Maience. 16
La dame de Vimaie, dont parole fu grans.
Le Chevalier chisne fu pour li combatans ,
Quant il sa fille prist, dont il ot .111. enfans.
Godefrei en sailli, qui puis fu roy puissans
Là en Jérusalem, outre les mescréans.
Cheste geste ama Dieu; sainte fu et vaillans.
Encor i a des hers , grant est li apparans
Que meillor gent nen a tant corn Dex est puissans.
La tierche geste après , chele qui miex valoit , Chele fu de Pépin , qui l'empire tenoit , A qui li angre dist que .1. enfant aroit Qui sus les Sarrazins de terre conquerrait Deus tans et plus assés que Pépin ne tenoit.
Chen fu Kalles le ber : li angre voir disoit. Et si li dist après ja mar le mesquerroit , Que jamès meillor roy en Franche nen aroit.
Des .111. gestes de Franche dont on a fet canchon , De Pépin et de l'ange, chen fu dit pour Kallon , De Garin de Monglane et du conte Doon , Vous ai chi dit le voir, ainsi com nous trouvon. Là où je vous lessai arrier retourneron , Si chanteron du roy et dé son compengnun , De Doon le vaillant, qui cuer ot de baron, Qui Flandrine jut à la clere fachon , Que espousée avoit par le conseil Kallon.
Quant le jour apparut par toute la maison , Do li beisa .C. fois la bouche et le menton , Vesti soi et caucha sans plus d'arrest oison, Vers le roy s'en ala , [*qui luy dit sans tenson] : a Do, or vous va moult bel , se Dex pi est et son non , a Encor nous ira miex ains que nous retournon. « Se Dex nous veut aidier, en qui nous nous fion ,
8oj9—8o7* DOON DE MâIENCE. 24)
« Le pals et la tour et la terre environ
« Ares dedens .1. mois , sans plet et sans tenchon, »
Atant es vous Garin de Mong « à bandon ,
Qui parler ot oï du riche roy Kallon
Que il est en soudées à l'Aubigant félon ,
Et ot ensemble o lui de Maience Doon.
Une espie li dist , qu'il ot pris à larron ,
Qu'il ierent à Vauclere et li franchois baron.
Pour chen s'est esméu Garin de son roion ,
Et Robastre avec li , le vaillant campion ,
.1. vassal qui est nés de famé et de luiton;
Ains plus fort hons ne fu dès l'aage Sanson.
Et si fu Mabireite sus .1. mul arragon,
La très plus bêle rien de nule région.
Garin l'avoit plevie , pour voir le vous dison ,
Nel vouloit espouser fors par devant Kallon ;
Pour chen venoit au roy et acointier Doon.
Garin vint à la sale où erent li baron ;
A la porte hucha Robastre à haut ton.
Le portier li ouvri , qui connut la reson ,
Et Garin deschendi là dedens au perron.
Et quant Kalles le voit, si leva le menton;
Si tost qu'il le connut , si li va de randon ;
Nel féist on si lié pour tout l'or d'Arragon ;
Aussi tost le beisa .G. fois en .1. randon.
Tuit queurent chele part chevalier et baron.
a Bien veignantl bien veignant! dient tuit à .1. son.
a Par le saint Sauvéor que nous tuit aoron ,
« Mal est hui avenu à la geste Mahon :
« Or ont il tout perdu , quant nous Garin avon ,
«c Et Robastre le fier, le gentil careton; ,
a La terre conquerron si qu'en Carphanaon. »
Mabire geta sus son capel de paon. {
Kalles la deschendi , onques n'i ot garchon ,
Trestout se merveilla de sa bêle fachon.
Garins se desarma , et si dui compengnun ; Ne connut pas le roy, qu'il ot flouri guernon , Mes il connut Turpin et Tierri et Naimon Et le duc d'Aquitaine et cheli de Dijon , Cheli de Normendie et Houel le Breton , Et tous les haus barons de la terre Kallon.
Quant Garins fu laiens et il fa desarmés , Il demande le roy, et il li est monstres.
Quant il le reconnut , si en a ris assés , Que si sembla musart et si fu tresmués.
a Sire , fet il au roy, envers moi entendes : « De Monglane la fort, que vous donné m'avés, a La merchi Dex du chiel , jen sui sires clamés. « Les félons mescréans ai du resne getés ; a Biaulande la chité, as pors de Balesgués, « Ay mon frère donnée, moult est bel ostelés. a Et une damoisele, dont je cuit estre amés, a Ay amenée chi , que je sui ses jurés ; « Mes ja sans vous nen iere, se Dex plest, mariés. « Une espie me dist, qui d'ichi estoit nés, « Que estes en soudées à PAubigant remés , « Et qu'avés- à Doon pramis ses hérités « Et sa fille la bêle , qui le corps a moullés ; a Et je vous sui venu aidier par poostés.
« Quant aron le paies et lez mestres fertés , « Et Do de chest païs iert roy et avoués, a S'espouserai m'amie que vous ichi véés. »
Et respondi le roy : « Garin , merchjs et grés ! « Par le Segnor du mont , à bonne eure en parlés. « Do de Maience est chi, le vassal aloses ; « Il espousa hier famé, à vos iex la verres.
« Je ray famé à Paris, que de fi le savés ;
gioé— 8199 DOON DE MaIENCE. 24$
« Je, la manderoy chi , qu'or m'en sui pourpensés. « Ele nous amerra .c. mile d'adoubés « Sus bons chevax courans moult richement armés. «Pour amour de vous .11., qui henour me portés, « L'espouserai encor, et si m'en sachiés grés. « Par le saint Sauvéor qui en crois fu penés , a En chest paies amont qui de nous est gardés , « Ferons nous nueches tiex, ains que past li estes,
a Si riche ne vit bons , tant soit de grant aés.
« Sachiés que je vous aim et amer me devés ,
« Que le jour que nasqui fu chascun de vous nés ;
a Toute terre croulla environ et en lés,
« Et le soleil canja et toute sa clartés.
a Mes pères me conta, ains qu'il fust trespassés ,
a Que .1. angre li dist en fine vérités
a Que par nous .m. serait le pais délivrés
« Des félons Sarrazins , traîtres parjurés ,
« Crestienté hauchie et le règne tensés.
a Or vous pri jen pour Dieu , et de chen me créés ,
a Mon or et mon avoir corn le vostre prenés.
« Se Dex me veut aidier, bon compengnon avés;
a Ma terre et mes avoirs vous est abandonnés. »
Lors a pris .1. vallet qui bien fu emparlés,
Ses letres li bailla et ses briés séélés ;
La royne a mandée , si corn oï avés ,
Qu'ele viengne secourre en ches lointains régnés.
Et li mes s'achemine, qui bien fu afeutrés;
James ne chiessera ne n'iert asséurés
Tant que en Franche viengne, où il est aroutés.
Et nos barons qui sunt à Vauclere remés
Cheli jour se déportent et bourderent assés.
Dont lorfu le disner maintenant aprestés; r Après disner se jouent as esches et as dés.
Grant merveille orrés ja, c'onques mes ne fu tés.
lâfi> DOON DÉ MAIENCE. 8140—8172
Quant chen vint vers le soir, que le jour fu aies , Kalles s'àla couchier et trestout li barnés.
QUANT Kalles fu couchié, si prist à sommeillier. Une avision vit qui le fist merveillier, Que unangre li dist , sans guile et sans trichier : a Kalles, de par Jhesu te vien dire et nunchier « Qu'entre toi et Garin et Doon le guerrier, « Vous .111. sans autre gent, n'i ait plus chevalier, « Vous feites au matin armer et haubergier.
« Danemontle Danois, qui Dex.doinst encombrier, « Qui Vauclere est venu , où tu es , asegîer, « A fermé .1. castel amont sus .1. rochier, « Et sunt ensemble lui plus de .xxx. millier. a Or vous mande le roy qui tout a à jugier « Que vous .111. les ailliés as espées d'achier « Asaillir à lor très et leur corps detrenchier, « Ochirre et découper et lor corps mehaigner. a Que, se issi n'est fet, bien vous puis affichier « Ja Vauclere n'arés ne le pais ptenïer.
« Nel tenés mie à gap; je m'en voeil reperier. » Lors s'esveille te roy, si se prist à seignier. « Biau sire Dex , fet il , qui me set conseilliez « Chest songe merveilleux aprendre et enseignier, « Se chest songe est vrai , n'i a que esmaier. « Bien voi que Damedieu se veut de nous vengier, « Ou il nous voeut issi prouver et essaier.
« Bien sai que j'ai oï ichi son mesagier; « Onques Dieu ne gaba crestïen qui Tôt chier. « Par li qui tout le mont doit 'en la fin jugier, « Ja ne m'i trouvera ne mauves ne lanier.
a Le matin me metroi tout premier u sentier ; « Se je truis les Danois et soient .xx. millier, « Si irai je ferir du glesve le premier
8i73-8aôî DOON DE MAIENCE. 2tf
« Si que je li feroi Pâme du cors vuidier ; « Puis que je arai tret le branc fourbi d'achier, « Si se gart qui se veut , que bien li ai mestier. « Puis me chevira Dex, qui me set conseilliez « Et se je muir entr'eus, n'i donroie .1. denier; « Quer qui [sert] bon seignor s'en atent bon louier. » Lors se rendort le roy, que plus n'i pot veillier. Trois fois li vint, la nuit, li angre çhe nunchier. Et quant il vit le jour au matin escleirier, Vesti soi et caucha, puis ala Dieu proier.
K allés a fet Doon par devant H mander, Kt Garin le vaillant, qui moult fist à loer; Le songe lor retrest, que rien n'i vout cheler, Que Dieu lor a mandé , qui tant les peut amer, Que il voisent tous .m. as Danois assembler Et n'aient avec eus plus compengnun ne per.
Le castel conquerront , que chil ont fait fermer, Et en ochirra tant qu'on en pourra parler }
A Paris et à Rains et au [bourc] Saint Osmer. -*j Li baron l'ont oï, si se vont adouber.
"« Segnors, chen dist le roy, n'i a que de l'errer; « Quant Damedieu le veut, nel devon refuser.
« Par le saint Sauvéor qui tout a à sauver, « Se venon as Danois à esme pour capler, « Nous en feron ja tant trebuchier et verser « Que trestout le chemin en feron encombrer, «c Qui Dieu a à ami ne se doit redouter.
« Segnors , chen dist le roy, or vous voeil quémander « Qu'aussi comme j'ai fet mes chevex canuer « Feites les vos aussi , et les barbes fremer ; « Grant mestier nous ara , je cuit, ains retourner. » Lors a fet Valebron , son bon mestre , mander. Chil les atourna bel , que bien s'en sot aidier ;
248 DOON DE MaIENCE, 8so6— 8sj9
Ainchiès que on péust une louée aler,
Les a fet ambedeus viex hommes resembler,
Les barbez bien canuez et as mentons gluer,-
Les espaules crochir, les iex esparpeillier :
Bien sembloit qu'il eussent .vu x . ans à Terrer.
Quant il furent armé , si coururent monter.
Lors véissiés barons tout entour assembler,
Maint conte et maint haut duc, si sunt li .xil* per;
Par prière les cuident ariere retourner.
« Segnors, fet li quens Do, ja n'en couvienl douter :
a Se Dex garde nos corps de mort et d'encombrier,
« Ains que nous revenon , feron de corps voler
a Mainte teste et maint bras, et maint Danois verser.
« Mes n'i ait .1. de vous qui ja s'ost remuer
* Pour rien que vous voies , chen vous voulon rouver.
« Par nous .111. nous couvient chest afere achever,
« Quer ainsi le veut Dieu , qui tout doit gouverner. »
Atant es vous Robastre, le hardi bacheler. .
« Segnors , fet il , pour Dieu , où voulés vous aler ?
« A chen ne baés ja, que, par saint Guillemer!
« Je serai tout premier as ruistes cous paier.
— Amis, chen dist Garin, ne vous caille aïrer;
« Vous demourrés ichi entresqu'à Panuitier.
« Quant vous estes moi et je voeil quémander,
a Ne devez mon quemant cangier ne remuer. »
Et respondi Robastre : « Or povés sarmonner !
« Je ne sui pas à vous ne plus ne quier ester;
« Ja pour vous ne leroi à fere mon penser.
« Me cuidiés vous en cage chi endroit enfermer ?
« Ma cuignie trenchant voeil as Danois monstrer,
« Et savoir lor couvient comme j'en soi jouer.
« La moie compengnie ne vous doit pas grever,
« Que bien vous aiderai païens à desmembrer.
a Toutes les gregnors presses vous feroi aquéer,
8140—8271 DOON DE MAIENCB. 249
« Et les plus desréés tapir et affrener. »
Lors commenche les iex en la teste à crouller,
Les sourchis abessier et les dens marteler;
Seul de li regarder se peut on effréer.
Quant Kalles Tôt, si prent Garin à demander :
« Qui est or chil vassaus que je oi si vanter ?
« Garin , chen dist le roy, dites moi sans detrie a Qui chu vassal là est, qui maine tel rustie; « La sieue contenanche semble forsenerie.
— Sire , chen dist Garin , or nel mescrées mie ; « Che est li plus fiers hons qui onques fust en vie. « La mère dont nasqui fu en vile nourrie.
« Quant ele estoit la nuit toute seule couchie , « Si se couchoit li une fantosmerie , a Ne sai quiex esperis, dire ne le sai mie.
« Maintes fiées ot à son corps compengnie :
« C hil vallès en isst , et vous di sans faintte « Si fort homme nen a desiqu'en Lombardie « Ne en tant corn Dex a poveir ne segnourie.
a De païens a ochis , par Dieu le fis Marie l a Plus que il n'a de gens à Meullenc n'a Pavie. « Une gentil dansele dont il a fet s'amie a L'adouba l'autre jour et chainst une cuignie ; « Or li a puis .1. fevre si créue et forgie a Que sous chiel n'a il homme de si grant segnorie, « S'a son col la porteit une lieue et demie , a Que Famé ne li fust hors du corps départie, « Et ele ne li poise vaillîssant une alie.
a Se il vient après nous sus la gent paiennie , a Sus le destrier courant, à la hache empongnie, « Si les atournera ains I'eure de complie «N'i ara si riant qui talent ait qu'il rie. » Et respondi le roy : « Le cors Dieu le maudie!
« Que il nous abatra nostre chevalerie. »
Lors viennent à Robastre , qui vestoit sa cuirie
Et endoissoit Pauberc , s'a la hache empongnie
Et on li amenoit son cheval de Sulie ;
Il lâcha son capel, s'a la hache acuisie.
Kalles li escria : « La vbstre compengnie
« Confunde Damedieu , le fis sainte -Marie !
« Nous ne feron mes rien de quoi on ja bien die.
« Segnors, mouvon avant; chit ne remain dra mie,
a Si ferron as premiers , se Dex le nous otrie.
— Aies ! chen dist Robastre, n'ai soifnjg de vo baraie.
« Par moi tendroi ma route et ma barquegnerie ;
«Et vous feites la vostre, vous et vo> compengnie.
« Les premiers cous vous doins et la première hie ,
« Mes tost m'arés après à la retornerie.
« Se je ne vous ait , je ne vous nuirai mie. »
Kalles, Garin et Do, ches .m. furent monté Et armé richement et moult bel conréé.
Lors hurtent les chevax , n'i ot plus demoré , Tout bêlement le pas issent de la chité , Et droitement vers l'ostse sunt acheminé.
Quant il orent u plain .1. petitet aie, Il voient Danemont et son riche barné.
.LX. mile furent , qui bien sunt atourné , Les Danois orgueilleus , plains de grant crualté , Qui ne croient en Dieu ne en la Trinité.
Quant les voient Francheis , si se sunt aresté. « Segnors, chen dist le roi, qu'avés vous en pensé?' « Nous ne sommez que .111. chi endroit assemblé, « Et chil sunt si grant gent, qui viennent tuitarmé. « Se il viennent sus nous , à mort sommes livré. « Le songe que songer ne m'a pas dit verte ,
C^ui me dist qu'en chest jour, ains qu'il fust avespré,
8,o*-8n9 DOON DE MAIENCE. 2)\
« Arïon le caste! et la grant fermeté
a Que H Sarrazins ont sus chel tertre fermé.
<c Se éusson o nous chel déable amené ,
« Que j'ai véu si grant, si gros et si quarré,
« Et il fust si vaillant corn vous m'avés conté,
« Adès i éusson .1. poi de séurté.
« Penser me fist déable que je li ai véé
« De venir avec nous et le ting en vilté.
a Mes traion nous arrier, se il vous vient à gré,
« Tant que nous sachon bien de chez la vérité.
« Ne voeil que par mon dit soies mort ne navré ;
« Jamez ne sériés à nul jour restoré. »
Et Do li respondi : « Puis aie je dehé
« Que je retourneroi jamès en mon aé,
« Si arai de mon branc tant féru et caplé
ce Que tresiques au poi[n]g en iert ensanglenté.
« Ja nen iert à mes hers ne dit ne reprouvé
« Que il ait couardie en moi ne lasqueté.
« Quant vous avés weillié et béu à plenté ,
ce Si songiés toute nuit à vostre volenté ,
« Tantost vous est avis Dex le vous a mandé.
« Chil songe soi je bien que sera comperé ,
« Se Dex n'i met conseil par la sieue bonté. »
Li Aubigant les voit, qui fu au fenestré
O sa famé et sa fille , qui sunt de grant biauté ,
Et si fu Mabireite avec , par amisté ,
Si i ot chevaliers sarrazins a plenté ;
Pour deffendre lor murs se furent apresté
Encontre les Danois qui venoient armé.
Li Aubigant esgarde aval parmi le pré ,
Et a coisi les Frans issus de la chité ;
Moult en a grant merveille pour quoi il sunt monté.
a Segnors, fet PAubigant, or véés grant fierté;
« Comme sunt chil Francheis fol et desmesuré ! •
« Tant par sunt plains d'orgueil et de félon pensé
« Ne fuiroient arier pour estre desmembré ;
« Ja seront devant nous ochis et découpé.
« Merveil moi qui il sunt et comme il sunt nommé.
« Nous le saron moult bien ains qu'il soit avespré ,
a Que de lor compengnuns seront plaint et pi ou ré. »
Danemont le Danois , quant les Frans avisa , Li et ses compengnuns maintenant aresna.
Trois de ses chevaliers des meillors apela :
« Segnors, aies véir qui chil sunt que voi là, « Se il demandent jouste ou qui tramis les a. « Se il veulent jouster, ne lez refusés ja :
« Vous .111. contre ches .m., bêle partie i a. « Mes aies bêlement ; qui les effréera , « Sesnes sunt si couart que il s'en fuiront ja. » Et chil ont respondu : « Si corn il vous pleira. — Qui estes vous , glouton , et chil qui vous guia ? « Estes vous mesagier, que n'aprechiés vous chà ? a Qui chi vous a tramis gairez ne vous ama, « Que jamez de ses iex nul jour ne vous verra a Vo sire PAubigant , qui sa fille véa « Mon segnor avant ier, quant il la li rouva. « Veut il li lors donner ou se il s'en fuira ? » Et Do li respondi , qui gaires nel prisa :
« Vous li demanderés et il le vous dira ; a Mes se jouste voulés , à chen ne faudrés ja. « Se abatre vous puis , moult bon gré m'en sara a Flandrine , qui hui main tendrement me beisa. » Et quant li Danois l'ot , pour poi ne forsena, Que la barbe li vit longue , qui blanchoia.
Par ire et par courous en haut li escria :
€ Fix à putain , glouton , chen comperrés vous ja;
Onques si bêle rien à vous nen adesa.
a Or vous gardés tuit .m.: par Mahom qui fet m'ai
« A nos fers esmoulus vous acoureron ja. »
Et quant Do l'a oï , sa ventailte lâcha
Et le hiaume luisant qu'en sa sele porta;
L'escu a adrechié et la lanche bailla,
Des espérons dorés le bon destrier hurta ,
Va ferir le Danois, qui pas ne recula;
Que l'escu li fendi et Pauberc li faussa :
Parmi le gros du pis le glesve li coula ;
Du cheval , qui bon fu , à terre le porta. *
La hanste fu si fort que onques ne bruisa
Et Do la tret arier, que mestier li ara.
Flandrine l'a véu , qui par amours l'ama,
Qui as fenestres fu ; sa mère li moustra.
Mabire iert avec li , que Garin amena.
a Dame , fet Flandrineite , quel chevalier chi a I
« Benéeite soit l'eure que s'amour me donna !
— Dame , fet Mabireite , moult bon vassal i a ;
« Mes vous reverrés bien du mien quel le fera. *
Quant li autre Danois ont chel fier coup véu , Le plus hardi des .11. a le cuer esperdu.
Mahommet ont juré et la soue vertu ; Encontre nos Francheis sont ambedui méu.
L'un jousta à Garin , l'autre a Kallon féru : Leur lanches ont brisies , qu'autre chose ne fu. Et les nos les ferirent de si très grant vertu Que li escu perchierent , li hauberc sunt rompu ; Li fer trenchant lor ont parmi les corps cousu , Trestous envers les ont à la terre abatu.
Mabireite le voit, ains si joiant ne fu.
« Flandrine , bêle suer, or avés vous véu « Quel chevalier il ra en Garin , len mien dru ? »
254 DOON DE MAIENCE. 840J— 84J7
Quant le roy Danemont vit ses hommez mourir, Les .111. qu'envoies ot pour les nos .111. matir, De la douleur qu'il ot commencha à frémir.
.VI. en ra apelés, qui sunt de Mont espir; Les meillors chevaliers les souloit on tenir Que on péust trouver dès les mons jusqu'à Tir. «c Segnors, fet Danemont, or n'i a que honnir. a Se vous ches .m. traîtres ne me povés laidir, « James terre ne fié ne vous leiroi tenir. »
Et il ont respondu : « Sire , à vostre plesir. » Chele part sunt aies, ne s'en osent tenir.
Et quant li Aubigant ra véu cheus venir :
a Segnors , fet il as siens , ja lez verres fuir, « Ou il mourront tous .111. ainchiès le départir. » Quant Flandrine l'entent, si commenche à pâlir; Tel paour a de Do ne se sot contenir ; A Mabireite dist, ne se pot plus tenir :
« Bêle , toute ai perdue ma joie et mon désir. » Lors commenche à plourer et getoit maint souspir. a Ma suer, fet Mabireite, par le cors saint Espir! « N'i éust fors le mien, et fust as cous ferir, « Si les feroit il tous de maie mort mourir. »
Quant nos .111. chevaliers virent cheus aprechier, Onques ne lez daignèrent autrement menachier; Ains a chascun hurté le bon cheval coursier Et fiert chascun le sien sus l'escu de quartier Qu'en fendirent les es ; les haubers font perchier, Parmi les cors lor font les fers trenchans baignier, Tous esteudus les font à terre baaillier.
Li autre Pont véu ; n'i ot que merveillier.
De peur se frémissent , quant voient Pencombrier; S'il osassent , pour crisme tourné fussent arier. Et Do tout maintenant deschendi du destrier,
8438—8470 DOON DE MAIENCE. 2J$
Devant le roy Kallon s'ala agenouHier :
a Sire, ches .m. Danois par amour je requier.
a Se tous .111. ne les puis par mon corps justizier,
« Ne me proisiés jamès la monte d'un denier.
« Se m 'amie le voit, qui est sus le solier,
« Je soi bien tout de voir que plus m'en ara chier,
a Et pour chen doi je bien ma proeiche essaier. »
Et quant chil l'ont oï , si se traient arier,
Et Do muet à ches .111., qui le courage ot fier.
L'un feri sus Pescu , qui estoit de quartier,
Que li et le cheval afet jus trebuchier.
Si grant flat a donné le col li fist bruisier ;
Onques puis n'c* poveir d'ariere redrechier.
Et Do ala tantost son glesve es prés fichier,
Puis a mise la main au branc fourbi d'achier,
Les .11. va asaillir, qui sunt lés .1. vivier.
Quant les .11. ont véu que Do les aprecha , L'espée nue u poi[n]g , qui durement trencha , Merveilleuse otà nom; bien ait qui la nomma , Que merveille orrés ja de chen qu'il en fera. Il la tint en son poing, contremont l'entesa. .1. des Danois ataint, que ferir le cuida, Dessus le hiaume amont, que tout l'eschervela ; L'espaule et le bras destre du cors li dessevra, Le cheval par le col rompi tout et coupa , Et li et le cheval en .1. mont trébucha.
Quant Flandrine le voit , de rire s'efforcha ; Devant trestous les Sesnes à grant vois s'escria : a Chil n'i a pas failli ; bien ait qui l'estrienna ! » Et quant li Aubigant son père Pescouta , De sa paume ens u vis .1. grant coup li donna : « Pute , par Mahommet 1 or voi bien et soi ja a Que vous le couvoitiés, mes de vous ne gorra,
« Que je les pendroi tous, gaires ne dem ouïra. »
Et ele dist en bas , qui durement ploura :
« Vous ne savés pas bien comment il avendra.
« Parlé avés à tart, que espousée m'a.
« Cheste terre perdrés, mon ami la tendra;
« Qui ne crerra en Dieu , à ses mains Pochirra. »
Et quant le tiers Danois vit que chil fu fenis , Des cous qu'il a véus fu tout espéuris.
A la fuie se met par selonc .1. larris; Mes le quens l'a ratai nt, qui preus fu et hardis. Sus le heaume le fiert qui à or fu burnis ; Mes il ne li valut Pelé de M. pertris, Ne escu ne hauberc , tant par fust bien sarchis. Très parmi le corps outre H a le bon branc mis Que il et le cheval est à terre flatis.
Quant Flandrine le voit, s'en a geté .1. ris; Oubliée s'estoit , garde ne s'en est pris ; A grant vois escria : « Moult est preus mes amis ; « Bien sera emploie en son corps chest païs. » Son père l'a oïe , par poi n'esrage vis ; Grant coup li ra donné devant emmi le vis.
« Par Mahom ! orde pute , ja n'iert vostre maris. « As fourques le pendroi , ja n'en sera garis , « Et Kallon et les siens , le roy de Parisis , a Qui se fet viel semblant et s'est achanuïs. » Et ele a dit en bas : « Fox estes et naïs.
« Chest païs ara Do, que ja est mes maris.
« Encor enuit gerra en mes bras, che m'est vis. »
Quant le roy Danemont vit sa gent mal menée, Moult par en est dolent ; si a sa loi jurée Queches .m. ochirra ains la nonne passée.
Baudemont apela, qui fu de Valdorée :
90)7-90*9 D00N DE MàIENCE. 273
Et voit Robastre entrtus, qui moult lor fesoit pis,
Et qui plus estoit d'eus ochirre entalentis
Que n'est leu affamé qui est entre brebis.
« Par Mahommet! fet il, or sui je bien honnis,
« Quant par les miens sui si vilainement laidis!
« Moult par a maie gentu resne de Paris.
« Quant les mis avec moi , moult en fu fol nais;
« Mez je les pendroi tous, par les hersdont sut vis ! »
Moult fu grant la bataille et moult fist à douter. Robastre fiert et tue ; n'i a que forsener , Quant ne pot son segnor, le preus Garin , trouver. Par la bataille va où sunt li .xii. per , Qui tant ont entendu as ruistez cous donner Qu'il ont fet lez Danois arrière reculer Une huchieet plus, à tant le puis esmer.
Et il lor commencha tantost à demander De Kallon , de Garin , de Doon le guerrier.
« Robastre, fet Estout, se Dex mepuist aidier , « James ne le verres, si corn j'ai en cuidier. » Quant Robastre l'oï, sel prent à regarder; La hache que il tint commenche à enteser, Dessus le hiaume amont le cuida assener.
Et le coup vint de haut tant com pot amener; S'Estout ne se lessast jus dû cheval verser, Entresique au braier n'i lessast que couper.
Le cheval fist parmi en au trons tronchonner. « Fix à putain, fet il, Dex vous puist vergonder ! « Qui estchll qui porroit ches .in, destareter, « Les meillors chevaliers que on puisse trouver « En tant corn Daraedieu a terre à gouverner ?
— Par Dieul chil li a dit, je les en vi mener a U castel as Danois et vilment débouter,
— Encore, fet «Robastre , vous ci je U parler! »
Doon de Maienct. 18
Lors le cuide au cheval dessous li deffouler, Mes chil fuit devant li quanque il pot aler.
Robastre fu u champ , qui de rire n'a cure ; Son segnor va querant aval par la couture.
Quant ne le pot trouver, moult en a grant rancune ; Pour li a si grant duel que tout se desséure ; Moult regrette en son cuer son corps et sa feiture. « Ahyî Garin, fet il, courtoise créature, a Le plus vaillant qui soit tant com la terre dure, « Qui sus tous avïés de grant proeiche ardure , « Tant mar fu vostre corps, se cheste prison dure, a Mabire que fera, qui tant est bêle et pure , a Qui pour vous a lessié amis et nourreture ? « Quant sara, siredous, cheste desconfiture, « Jamez en son vivant n'ara de joie cure.
« Danemont le Danois , qui ait maie aventure , « Vous a mis en prison et en sa ferméure; « Mez f par ie Sauvéor c'on pourtret en painture ! « Chen sera comperé devant la nuit oscure. »
Robastre fu u champ, sa cuignie en sa main.
Quant perdu a Garin , moult en a le cuer vain ; Damedieu a juré, le vrai segnor hautain , Que il sera vengié , ja n'atendra demain.
Se il est alrés, n'a il pas le cuer vain.
Moult le pourra tenir s'amie pour vilain, Se ve[n]janche ne prent de chel fis à putain , Quj son segnor a pris, ne onques n'en fist daim. Lors queurt sus as Danois contreval en .1. plain; Se avenir i pot , ja ne s'en iront sain.
Robastre voit Danois , dont le val est peuplés ; Par ire lor queurt sus que moult fu escaufés ,
9 ioi-9i)4 D00N DE MAIENCB. 275
Et s'est féru en eus corn se il fust desvés.
A la hache trenchant , dont le trenchant fu lés ,
A tant de ches Danois abattis et versés
Que tout le champ en fu devant li encombrés.
Par le mien ensient, tous les éust tués,
Mez le soleil fu bas , le jour est aclinez.
Danemont a sa gent entour li aûnez ,
Tout bêlement le pas est arrière tournez ,
Et li Aubigant rest en Vauclere rentrez.
De ses gens i a moult de mors et de navrés ,
Et Danemont s'en va , qui a perdu assés.
Li Francheis, encauchant à lor brans acherés,
Lor detrenchent lor cors , les pis et les costés ;
Mez n'i voient lor miex , es les vous retournés.
Robastre à les Francheis au cors Dieu quémandés ,
Bêlement se part d'eus tendrement esplourés.
Après les Danois queurt dolens et embosmés ;
Il s'est féru entre eus, nés a point redoutés.
Tuit se traient arier, que moult fu regardés,
Conques mes si fiers bons ne fu de mère nés ,
Ne plus grant, ne plus gros, né'plus desmesurés.
Onques (Tomme n'i fu touchiez ne adesés ;
Trestout le plus hardi en fu espuantés.
Danemont demanda , et il li fu moustrez.
« Danemont, fet li ber, envers moi entendes.
« Mon segnor avés pris, dont moult sui aïrez ,
a Le meillor chevalier qui onques fust trouvés ;
« De Monglane la fort est sires apelés.
« Et .11. autrez barons ensemble li tenés,
« Qui moult preudomme sunt , que bien véu l'avés.
« .1. gieu vous partirai, à vo vouloir prendrés :
« Ou vous m'emmenés pris ou vous le me rendes.
— Amis, dist Danemont, sagement en parlés;
« Je m'en conseillerai ichi à mez privés. »
Les meillors chevaliers des siens a apelés :
a Segnors, conseilliez moi : tout en sui esgarés, « Que, se je cheus li rent, moult en seroi blasmés, « Pour chen que il m'ont tant de mes hommes tuez; « Et se je prehg chestui qui si est forsenés, « II nous ochirra tous ains que jour soit levés, « Et deliverra cheus qui si nous ont grevés.
— Sire, fet .1. Danois, de quoi vous en meslés? « Que vous n'en ferés rien , se fere nel voulés. » Et respont Danemont : a Ben conseil me donnés. » Et a dit à Robastre : « Amis , failli avés!
« L'un ne l'autre ne voeil ; tourner vous en povés.
— Danemont, fet le ber, se vous me refusés,
« Que vous n'en prenez .1. , par les hers dont sui nés
« Ne par le saint Segnor qui en crois fu penés !
« Tous vous detrencherai les flans et les costés.
« Miex aim estre pendus ou ars ou traînés
« Que mez sires me soit .1. seul jour reprouvés
« Que li soie failli pour estre desmembrés.
« Se me sire est ochis, je voeil estre tués,
a Et se il est pendu , avec li me pendes ;
« Se il est ars en feu , je voeil estre bruslés ,
« Et se il est hoié , avec li me getés.
« Or ne dites pas non, ne soies. tant osés :
« Ou o li me metés, ou vo jour est aies. »
La hache leva sus , avant li est passez.
Quant Danemont le voit, tout en fu estremblés;
Ne vousist estre ileuc pour For de .x. chités.
« Biausire, fet le roi, quant si vous aïrés,
« Vostre vouloir ferai, mes que ne m'adësés. » *
Lors escria sa gent, dont if fu mouît amés :
« Aies avant, segnors, si le me desarmés,
« Les mains derier le dos fermement li noués,
a Puis le metés devant, richement le bâtés;
« Se demain n'est pendu , jamès ne me créés. »
Et il ont respondu : « Si corn vous quémandés* »
Robastre deschent jus, n'i est plus demourés;
Sa hache rua Ioi[n]g aval parmi les prés.
Deus Danois en consieut; si les a atournés
Que il leur a les cuers ens es ventres crevés.
Vers le castel amont s'est droit acheminés ,
Et trestout le poveir est après eus aies.
Quant en la sale fu et il est desarmés,
Avec ses compengnuns fu moult bien enserrés
Et les pies et les mains en bons aniax boutés.
Puis fu à .1. perron moult bien encaennés,
Qui estoit ens u mur de la tour séélés ,
A grans espois de fer atachiés et serrés.
Quant là fu atachié, si fu bien bastonnés,
Leidengiés et batus et vilment déboutés,
Et jura Danemont Mahom et ses bontés
Que il sera pendus, quant il iert traînés.
Et quant Kalles le voit, s'en est tout effréés;
Garin et Do en a maintenant apelés :
« Segnors, ch'a dit le roy, ennui avon assès, ...
a Or nous va malement , se Dex n'en a pités. .. .
— Sire, chen dist Garin, or ne vous démentes 1
« De maint plus graht péril est mon cors escapés;
ce Quant Robastre est venu, je sui asséurés.
« Je vous di vraiement que Robastre est faés;
« Ja li ne sera preudons desconfortés.
« Dedens demain au soir tel merveille verres
« Qu'ains ne véistes tex puis que vous fustes nés. »
Et respondi le roi : a Bien soit il donc trouvés 1
« Grant mestier nous aveit, Dex en soitaorésl »
Ainsi furent la nuit com m'oés deviser, Onques n'i ot parlé chele nuit de souper,
27^ DOON DE MAIENCË. 9202-923 j
Tant que vint à midi , que le roi dut laver,
Et qu'il avoit empris des barons afouler.
Pour chen vouloit mengier o li maint riche Escler,
Maint Hongre et maint Grifon et maint d'outre la mer,
Que il avoit mandés pour la terre gaster
Et pour la grant chité destruire et affamer.
A l'eure qu'en lava et que on dut disner
Et que on aprestoit pour le vin aporter,
Et Doon de Maience commencha à chanter
Si très seriement et si haut et si cler
La chartre en fet bondir et si fort retinter
Que la sale et la tour en fet tout resonner.
Tant plot as Sarrazins oïr et escouter
Qu'il estèrent tuit coi , si lessent le parler;
Et chen fist Damedieu, qui si le fist ouvrer.
Moult par sot bel sa vois conduire et démener,
Et Danemont tantost commenche à demander
Qui chil est que il ot si douchement noter.
« Sire, fet .1. Danois, qui ot nom Gaudemer,
« Ch'est .1. des prisonniers que féistes geter
« Ersoir en chele chartre pour martire endurer.
— Par Mahom ! fet le roy, il font moult à loer;
« Mes si très fiere gent ne pu en champ trouver.
« De ma gent m'ont hui fet tant chéir et verser
« Que pour chent mile mars ne les porroie amer.
« Se estion levés , jes feroie bender
« Et puis pendre ou noier, chen qu'en voudrés loer. »
Et dient li baron : « Bien fet à gréanter.
« Qui mal fet mal aquiert et mal le doit trouver. »
Issi roy Danemont commenche à menachier Nostre .1111. barons de pendre ou de noier.
Et Do canta adès, que ne se vout laschier; Si bel et si seri sot sa vois adrechier Que tous les fist laiens de joie renvoisier.
Danemont l'a oï, n'i ot que merveillier;
Moult li plot à oïr et moult a le son chier,
Quer ventre saol veut rire et esbanoier.
A sa mesnie a dit : « Levés sus, escuier!
« Feites le moi venir et des fers deslier,
« Et nous cantera chi ; si l'orront mi princhier
« Et saron qui il sunt , baron ou soudoier,
« Francheis ou Alemant, Ardenois ou Bavier.
« Par Mahommet mon dieu ! rien ne lor puet aidier
« Qu'il ne soient pendu corn ribaut pautonnier. »
Lors queurent à Doon serjant et chevalier,
Les fers li firent hors tantost deschevillier;
Devant le roy danois le firent aprechier.
Le roi le regarda : n'i ot que merveillier,
Quant la barbe li vit contreval pandillier,
Que il s'ot fet à glu fermer et atachier,
Et voit le poil canu par dessous flamboier
Et vit le cors si grant , si gros et si plenier,
Si bien fet et si droit que n'i a qu'esligier.
Onques mes à si bel ne se sot acointier;
Devant li l'apela , sel prist à aresnier :
« Amis, d'ont estes vous? Nel me devés noier.
— Sire, je sui de Franche, se Dex me puist aidier! « Doon me nomma on , quant vint au baptizier;
« Maience la chité ai toute à justizier. »
Lors li a dit le roi pour li contralier :
« Do, se Dex teconseut, ses tu nisun mestier?
— Chertés , sire , oïl bon , que je soi bien mengier « Et boire de bon vin , quant je le puis baillier. » Quant l'entent Danemont, n'i a qu'esléeichier ;
Il li a demandé maintenant sans targier :
« Amis, menjas tu hui ? di le moi sans trichier.
— Nennil , sire , par Dieu 1 hui ne de trestout ier,
« Et sachiez bien [de voir] que j'en ai grant mestier.
280 DOON DE MaIENGET. ^270-9502
— Par mon chief ! dist le roi, s'en aras voientier,
« Et ti compengnun tuit ; ja n'i ara dangier.
« Mes , par Mahom mon dieu qui me doit conseiller,
« Jamez ne mengerez, se je puis esploitier. y>
Une blanche touaille H fet tantost baillier;
Pain et vin li ont mis devant li bouteillier;
Le queu li apporta d'un chevrel .1. quartier
Et d'autrez mez assés; n'i a que aeisier.
En la chartre déportent as autres à mengier ;
Moult lez servirent bien du tout li mesagier.
En la sale fu Do, où il ot maint princhier;
Tant par fu bien servi n'i ot que renheitier.
Damedieu a juré , qui tout a à jugier,
Qui le voudra jamez encheper ne lier,
Tant comme il sera vif, se vendra si très chier :
Que on en parlera desi à Saint Richier.
Malement s'est oï d'ochirre menachier;
Mes ains en fera tant que ja ne l'aront chier;
Ja ne s'en gaberont, mar l'osèrent penser.
Mauvesement l'ont fet chele nuit hebergier;
Mez , s'il escaper puet , si les cuMe paier
Que selonç lor servise richevront lor louief .
Atant es .1. Englois, fier et fort pautonnier;
Si fort ne trouvast on , tant séust on cherquier :
En la court ne servoit de rien fors de luitrer
Et de tous les plus fors honnir et vergonder.
Devant le roi venoit tous jours après mengier,
Que le roi li amoit pour li esbanoier.
. I . Danois saut avant , que Dex ne fist si fier,
Si fort ne si puissant, bien le puisaffichier.
Contre le grant Englois se voudra essaier ;
Devant le roy se vont as bras entrelachier.
Le Danois prent l'Englois, qui moult grant poveir a >
9*o?-9U* DOON M MaIENCB. 281
A son tour qne il fist trestout l'agenoulla.
Et PEnglois sailli sus, qui à li le sacha, Que de luite savoit tant que tous en passa; Moult se prent fermement et moult par s'aficha. .1. tour fist au Danois et de li le bouta , Sus la banque le met, à terre le coucha; -Onques par forche puis d'ileuc ne releva.
Ileuc ot si grant hu que tout en resonna.
4L. autre en prist après , à terre le porta , Et le tiers et le quart et le quint aterrâ ; Tant comme il en i vint , que nul n'en escâpa. Et quant le roi le vit, grant joie en démena ; Do , qui fu devant li , tantost en apela :
« Do , savés vous luitier ? né le me chelés ja.
— Sire y se Dex m'ait qui le monde fônrma ,
« Onques jour ne l'apris n'on ne le me monstra.
— Do , par Mahom mon dieu I vous en aprendrés ja « Si doulereusement que ja ris n'i aura ,
ce Que luitier vous couvient à PEnglois que voi là.
ce Et se il vous abat , de chen ne doutés ja
« Que vous serés pendus , ja plus ne demourra.
— Sire, fet Do li ber, quant il plus nen i a, « Je feroi mon poveir : feites lei venir cbà. » Lors leva sus le quens, et si se rebracha
Et sa robe entour li bêlement escoureba,
Et regarde PEnglois; durement s'aficha,
Se il se prent à li , jamez ne roengera
Et que trestout le mont de H deliverra.
Lors queurent chele part tant corn de genti a,
Et regardent Doon , qui si s'esroïlla;
Moult le voient canu , cfaascun le degaba.
« Veillait , font li ptnsors, dehe ait qui vous porta!
« Tout serés ja.derout; on vous debrisera. »
.1. tecbéor i ot qui moult le débouta;
282 DOON DE MAIENCB. 9 H 7^9 5^9
Par la barbe le prent^ si très fort le tira Que .1. flochon de poil par forche esracba.
Et Do hauche le pong, si grant coup li donna Que les iex li saillirent et le glout trébucha Et par devant le roy estendu le geta; Puis le fiert si du pié , le ventre li creva. Quant le roy Ta véu, moult fort s'en couroucha, Que chil estoit son clerc que il tué li a. ,
Courouchié fu le roy, quant son cler vit tué ; Moult menache Doon, le chevalier membre; A l'Englois escria : « Par Mahommet mon dé!
« Se vous nel honnissiés, vous ares l'oeil crevé. « Estreigniés lei si fort que , tout outre son gré , « Le getés tout envers devant tout mon barné. « Puis li traies les iex, s'en avés poosté; « Plus en sera courtois, quant l'aron aveuglé. » Et quant Do l'a oï , Damedieu a juré Que il le comperra; mar li a quémandé.
Et l'Englois vient à Do, si l'a as bras combré, Et Do le resaisist, qui n'a pas reculé; .1. petit se soufasquent et se sunt afermé.
Li Englois fet son tour de si très grant fierté Par .1. poi que Doon n'a à terre porté; Agenoullier le fist outre sa volenté.
Et Do resaut en pies , qui le cuér ot iré ; As bras que il ot fors l'a contre li serré; Si fièrement l'estraint et de tel crualté Que la langue li saut demi pié mesuré.
Le glout sent la douleur, si a grant brait geté Que tuit chil de îaiens en furent effréé.
Et [Do] le trestorna, si l'abat tôt pasmé; Puis resailli en pies , s'a le vin demandé. Par Mahom 1 fet le roy, vous en ares plenté ,
9370-94" D00N DE MAIBKCE. 28j
« Tant com boire en pourrez , quoi que il ait cousté.
« Mes, par Mahom mon dieu ne par ma loiauté,
« Vous ne bevrés ja mes puis qu'il iert avespré,
« Que vous serés pendu à .1. arbre ramé ,
« Et yo compengnun tuit, qui si mal m'ont mené. »
Et respondi le quens , qu'on ne l'a escouté :
« Par le saint Sauvéor qui maint en Trinité I o
« Vous en mourrés ainchiez , sen j'en ai poosté. » *
Lors lï a on le vin plain .1. pot aporté L
Et .1. henap parfont de fin or esmeré;
Et Do a pris le vin , si l'i a tout Ytrsé ,
Puis l'a tout à .1. tret en son ventre geté.
« E nom Dieu! fet le roy, tu l'as .1. poi tasté.
« Aussi i fussent ore tuit li déable entré.
— E non [Dieu], sire roi, que j'ai mengié salé;
a Encor en bevroi je, mez qu'il me soit livré.
« Quant nous aron béu et nous aron conté ,
« Tant vous en paierai , par ma crestienté 1
« Par le mien ensient , ja ne m'en sarés gré. »
Quant le roi ot Doon , fièrement li agrée. Tout quanqu'il li ot dit ne tient fors à risée, Quer il le vit canu et la barbe meslée, Et le cors grant et gros et la brache quarrée ; Ains mez si bel ne vit en nisune contrée.
S'estoit il jennez hons, n'ot onques barbe ostée ; Chele H fu à glu sus le menton posée.
Atant es vous .1. Turc de Turquie la lée ; Plus fier homme n'avoit jusqu'en la mer betée. Chil servoit en la court chascun jour à journée De la pierre ruer, que plus à rien ne bée.
Devant le roi s'en vint sans plus de demourée ; Une pierre moult grant a à son col portée ; La jambe [tarit avant] : tant l'a le giout getée
284 DOON DE MAIENCE. 9403— 94H
Tuit s'en sunt merveillié cheus de l'avironnée.
Le roi geta après ; mes sa paine a gastée ,
Que avenir n'i peut d'une aune mesurée.
Maint s'i sunt essaie, mes tous li ont quitée.
Et Do a dit au roi : « S'il ne vous desagrée,
« La pierre jeterai à l'us de ma contrée.
— Veillart, chen dist le roy, folie avés pensée, « Vous ne l'ariés pas en .1111. jors levée.
— Si feroi , dist Doon , par la Vierge henourée ! « Je la geterai miex que ne l'avés getée. »
Et quant le roi l'oï, forment li desagrée ;
Ens u vis li donna une moult grant paumée.
Et Do se trestourna, autre li ra donnée ,
Si que la fâche en ot vermeille et escaufée.
Lors li coururent sus chele gent mal senée ,
Et Do a regardé vers une cheminée,
Une busche a saisi, grant et grosse et quarrée;
Là les atent le ber, sa grant busche levée.
Et le roi a juré sa teste couronnée
Que qui l'adesera la teste ara coupée :
« Pour quoi le ferrés vous ? Ja est sa vie alée.
« II sera traîné ains la nonne sonnée ,
« Et pendu au gibet ou ochis à m'espée.
a Mes metés li devant chele pierre costée
« Et le lessiez jeter, si verron sa posnée.
« Segnors , che dist le roy, n'alez ja plus avant, « Mes lessiés li ruer du tout à son talent; a Si verron son poveir et son dit affichant.
« Par Mahommet mon dieu où nous sommes créant ! oc Se il ne rue plus de moi ou autretant, « Maintenant Pochirrai à m'espée trenchant , a Et ses compengnuns tous ; ja n'en aront garant. » Et quant il l'a véu, moult le va roïllant.
9 4;é-9468 DOON DE MâIENCE. 285
Lors s'en vient à la pierre , sel souslieve en hauchant
Et la rue à son col; moult la va paumoiant,
De l'un costé à l'autre à son vouloir tornant ,
Et regarde lor get ; tout le tint à noient.
La pierre lest aler, la jambe met avant,
De toute sa vigour l'ai a si empeignant
Que il les a passés demie toise grant,.
Quant Danois l'ont véu , tuit s'en vont merveillant
Et dient tuit entr'eus : « Esgardés du ferrant !
« Déables sunt Francheis ; trop i a gent puissant,
« Fiere et forte et cruele et de divers semblant.
« Quant li veillait sont tel, moult sunt' fier H enfant.
ce Mahommet les confonde J que trop sunt mal feisant. »
Atant es .1. serjant par la sale venu; Onques plus outrageus mes Sarrazin ne fu.
Chiereot de traïtour et couleur de. pendu; Le nés ot rebifé et le menton lavru , Et fu noir comme pois; tout le cors ot velu , Le carcois grant et Ions et par derier bochu , Et porta à son col .1. merveilleus escu , Et tint en l'autre main .1. grant baston cornu. Tant fu fier et hardi qu'il T'orent esléu A estre campion; maint en avoit vaincu.
Devant le rôy s'en vint , le cuer ot irascu : « Ahy 1 sire , à vous me claim , ei a mon dieu Cahu , « De chel félon Francheis, qui chi vous a féru. « Mon frère m'a ochis, trestout l'a pourfendu. « Et se il vouloit dire qu'ainsi ne fust eu , « Devant vous l'en rendroi.matéet recréu. »
Et quant le roi danois a cheli entendu , Il a dit à Doon : « Veillârt , que feras tu ? « Se tu ne te deflens, à .1. arbre ramu a Seras, tu et li tien, tout maintenant pendu.
— Sire, fet Do lî quens qui li a respondu,
« Quant déables d'enfer me sunt chi sourvenu , « Défendre me couvient ou tout arai perdu. « Adez me défendrai , se Dex Ta pourvéu , a Le gloriex du chiel , qui en sainte crois fu. a Mes tele envie ai du vin que j'ay sentu , * Jamez jour bien n'arai si en rarai béu.
— Par Mahom ! fet le roi, déables t'ont véu a Ou il te sunt el cors, qui si t'ont esméu.
a Aportés li du vin ! » Et chil i sont couru. Plain pot l'en bailla on , et il , qui sage fu , Le but tout à .1. tret ; puis a le pot rendu.
Quant Do ot de chel vin béu à grant foison , « Déable , fet le roi , te soient u grenon 1 « Se bevoient autant tous cheus de ma meson, « Je n'aroie pas vin jusques à Rouvoison.
— Sire , fet Do li quens , que j'ai mengié bacon , « Qui tout m'a ars le cors, le foie et le pommon ; a Si ne puis sans le vin pas avoir garison.
a Onques ne vi sans vin fere bonne poison ;
oc Pour chen le boivent tuit gent de relegion ,
a Que il porte santé et ne fet, se bien non.
a Or ne le m'esloigniés, pour Dieu et pour son non ! »
Et respondi le roi : « Tu en aras foison ,
« Tant corn tu en voudras , que assés en avon.
a Mez , par le Sauvéor qu'on apele Mahon ,
« Tu ne bevras ja'mez quant de chi partiron ;
a Encor enuit pendras à .1. grant hardi lion.
a Et tî compengnun tuit , qui tant par sunt félon ,
« Qui m'ont mise ma gent à grant confusion ,
« Encor encui seront jetés de la prison ,
« Traîné et pendu comme mauves glouton.
« Et tu , qui m'as féru du poifnjg sus le menton
9f**~*S)4 DOON DE MAIENCE. 3&7
a Si que le sanc m'en chiet aval jusqu'au talon,
« Ne m'escaperas pas, s'en aras guerredon.
a Mes quant escaperas à nostre campion ,
« James ne bevras voir , ainsi corn nous cuidon. »
Lors apela Buffaut , issi avoit il non :
« Buffaut , chen dist le roi, dites vostre reson :
a Que demandez vous Do chiens en ma meison ?
« Se ichi m'a féru par maie entention ,
a Je ne voeil , de par moi, qu'il i ait traïson
« Ne meffet ne mesdit, se parmi le voir non.
a Se il rien m'a meffet, ichi a maint baron
« Qui jugeront à droit chen que nous en feron.
— Sire , chen dist Buffaut , dit vous ai de piecha « Que chil veillait canu que vous or véés là, a Que vous abevrez si et qui féru vous a , a A son branc esmoulu mon frère me tua « Comme fel desloial , si li monsterrai ja.
a Se vous me feites droit , la verte connoistra , a Et, se ne le connoist, de maie mort morra. » Et le roy vers Doon maintenant esgarda :
a Veillart, fet Danemont, deffense nen i a, « Que chil est si fors bons et si grant fierté a « Que au premerain coup à mourir vous fera; « Mes reconnaissiez voir , si vous pendra on ja. — Dehe ait , sire , fet Do , qui ja voir connoistra ! « Vous me présentés mort : ja si ne m'avendra ; « Il me vaut miex mentir et vivre par dechà.
« Véez me chi tout prest : viengne qui m'asaudra , « Que je me deffendroi si qu'on bien connoistra a Que homme droiturier le mien cors ne tua, « Se desloial ne fu qui bien deservi l'a.
« Mes escu me prestes et baston , qui l'ara : a Dehe ait qui ne vivra tant conx vivre pourra !
288 DOON DE MAIENCE. 95H— 9J68
« Se je ne me deffent, on dit qu'on me pendra :
« Honni soit i! de Dieu qui ne se. détiendra !
ce Or chà , tost le baston ! » Et on li apporta
Et .!. escu moult fort, que à son col geta.
Grant et gros fu et lonc, trestout se hericha ,
Legier , fort et alis ; moult très bel homme i a.
Il roîlle les iex et la teste croulla ,
Les sourchis lieve et besse et si s'estentillà ,
Des narines refroigne et la hure drecha ;
De la hideur qu'il maine tous esbahis les a.
Jusqu'au genoul amont sa cote rescourcha;
Il dreche son escu, le baston empoigna
Et regarde Buffaut; nostre Segnor jura
Que mar l'a apelé, moult chier le comperra.
Si fiere chiere fet trestout s'en rechigna
Et barbeite des levrez et les iex clugneta.
La mesnie le roi entour li assembla ,
Et princheet haut baron , dont largement i a.
Tuit se rient entr'eus que si se démena
Et de la grant fierté que dedehs son corps a ,
Pour chen que si viel homme -à tous lor resembla ;
Onques mez si fiers bons u pais oen entra-
Roy Dànemont le voit r moult fort le degaba :
« Do , si m'ait Mahom , or finerés vous ja ?
« Ja vostre rechignier idhi t ne vous vaudra,
« Quer onques à Buffaut mil homme n'escapa
« Que il ne l'ochesist; maint estrângléen a.
« Se vousliescapés, grint merveille sera.
— Sire, fet Do li quens , Dex m'eftiscâpera ,
« Que jen pri dé bon cuer, si^bfflmôil me fourma,
« Que avanchier me puist, si corn poveir en a.-
« Mes encui ve/réz bien comment il en sera. »
Buffaut passa avant, qui prèmerain juta;
Sus l'ymage Mahom sa destre main posa.
tjoj— 8jj6 DOON DE MAIENCE. 2)7
« Aies , prenés vo gent coieraent , à chelèe; ». « Si les menés delà parmi chele valée, « Qu'il ne puissent fuir vers la chité loée, « Et je r'irai dechà, ma baniere levée.
« Se il m'escapent vif, par ma loy henonrée ! « A tous jours mes serai dolent en ma pensée. — Sire, chil li a dit, vostre plesir m'agrée. » Lors s'esmuet d'autre part, si a avironnée Une roche et .1. mont , s'a une eve passée ; Par devers la chité a sa resne tirée, O li .c. Sarrazins , tous à une huée.
Robastre a encontre, à la grant eschinée, Qui fu sus .t. cheval, s'a la broigne endossée Et le capel u chief , la cuignie levée; De Vauclere est issu par une destornée.
Quant il vit Baudemont et cheus de s'asemblée , 11 leur a escrié à moult grant alenée :
« Fix à putain , glouton, par la Vierge henourée ! « Mar m'avés l'eve amont si malement troublée. a Je n'i ose abevrer, si la m'avés brassée; « Mes vous le comperrés sans plus de demourée. » Lors a hurté Morel à grant esperonnée, Et lor vient à travers très parmi une prée.
Parmi eus s'est féru comme beste desvée, Et il li ont donné mainte ruiste colée De lanche, de faussait et de trenchant espée ; Mes il ot si la char de toutez pars armée Que il ne les prisa une aloe plumée.
La hache a contremont par mautalent levée , Dont le manche fu lonc et la lemele lée , Et fiert comme desvé de moult grant escaûfée. II ochist et detrenche; mainte teste a coupée. Contre son coup ne pot nus bons avoir durée; Qui il ataint à coup tost est sa vie alée,
Doon de MaUnce. 17
Et Ji et le cheval gjete gueule baée.
Tant en a abatu à chele randonnée
Que la plache entour li en a toute encombrée.
Li plus hardi li a la plache délivrée;
Vers Post viennent fuiant à grantesperonnée.
.Kalles, Garin et Do virent chele meslée ,
Et virent chele gent qui est desbaretée.
« Par foi 1 dist Kallemaignes , merveille ai avisée :
« Ch'est chit à la cuignie, qui ait longue durée,
a Qui cheste gent acache fuiant toute essouflée.
« Quant j'uï l'escarni , moult ai foie pensée ;
« N'est hons qui à li vaille une pertris plumée.
« Véés comme il caploie et fiert d'une escaufée :
« Quanqu'il ataint ochist et met en gavelée.
« Dex 1 comme encauche fort chele gent mal senée !
<x Qui sus eus iw ferra sa char soit tormentée 1 »
Lors brochent les chevax tous .m. d'une alenée ;
A rencontre leur vont par moult grant aïrée.
Chascun ot lanche fort et roide et bien ferée ,
Et en encontre .m,, à loi* maJéurée ;
Chascun abat le sien à une grant arée.
Les espées u poi[n]g ont maintenant combrée ;
A la gent queurent sus < qui véuoit desréée.
Kalles ala ferir ,1. Turc de Galatree ;
Ains ne le pot ferir, broigne tant fust serrée,
Que il ne le fendist entresqu'i la courée;
Du cheval l'abat! souvin , gueule baée. >
Garin en refiert .j, à ichele encontree
Que la teste li a hors du bu .dessevrée.
Et Do feri le tiers, qui H mestters agrée ; ]
Tresqu'en la poiterine li embarre l'espée.
Li Aubigans le voit de sa grant tour quarrée;
A ses barons a dit ; «<Cheste gent. est desvéel
a Trop sunt Franchets manier et cruel en meslée.
8571—860*. DOON DE MAIENCB. 259
a Preudomme sunt ches .m. et de ruiste posnée;
a Se li autre sunt tel , de la sal[e] pavée,
« Par Mahommet mon dieu! |a n'i aron durée;
a Chest paies me todront et toute ma contrée. »
Quant Flandrine Toi, s'a la teste levée ;
Poi s'en faut qu'el ne dîst : « Ch'est vérité prouvée. »
Quant chen voit Danemont, qui des Danois fu sire, Moult par en ot le cuer courouchié et plain d'ire. Mahommet a juré , moult se tint bien de rire , Que les .m. ochirra qui si le font defrire, Et l'Aubigant aussi fera pendre et ochire, Qui ne li veut donner sa fille qu'il désire, La plus très bêle rien que nus hons puist eslire ; La chité destruira , le paîs et l'empire.
Lors atourne sa gent, de mautalent souspire; Pour assaillir as murs bêlement les atire.
Or s'esmuet Danemont vers Vauclere la grant ; .LX. mile sunt trestous en .1. tenant.
Kalles les a véu, moult s'en va redoutant; Garin en apela et Doon le vaillant.
« Segnors, alon ariere, nen alon plus avant, a Chi vous ai amenés, si m'en vois repentant, a Que vostre blasrae doute et vo desavenant « N'empiré ne soies par mon dit enortant.
« Chen que songei ennuit ne semble fors enchant. » Et quant Garin l'oï , tout va d'ire teignant : « Pour les sains Dieu 1 distil, sommes nous donc enfant « Que on va comme chat à .1. festu menant, a Or avant or arrier, or arier or avant ?
« Encor ne voi je sanc de mon corps deschendant > « Ne le bras ne me deut , ne rien ne me content , a Et si sent mon cheval fort et roide et courant.
260 DOON DE MàIBNCE. 8*>j— 8é;6
« Se nous nous en tournon ainsi sain et riant,
« Que diront les Danois [ b et] la gent d'Aubigant ,
« Mabireite au cler vis et Flandrine au cors gent,
« Qui paraient de nous et nous vont regardant?
« Par le saint Sauvéor où nous sommez créant !
a Je n'en tournerai mes ne n'irai refusant
« Si seront tous mes bras de mes plaies senglant ,
« Et que on dira bien que j'en arai fet tant
a Que blasmer ne m'en doit homme qui soit vivant.
« Se je muir sus paiens, à Damedieu quemantl
« Li angre emporteront l'ame de moi chantant. »
Et Robastre respont : a Mestre a cuer vaillant.
« Fuies vous ent , mauves, que nous iron avant. »
Et quant je roy l'oï, si li a dit riant :
« Robastre, dont mouvez; nous vous iron sievant.
« Par le saint Sauvéor qu'en quiert en Bethléem !
a Je n'en tournerai mes en trestout mon vivant;
« Si serai mort ou pris de cheste gent puant ,
a Ou autrement ira que n'alon devisant.
« Mon songe sera voir, se Dex nen est mentant,
« Que le castel aron ains lonc terme passant.
« Dex sceit bien que il fet et où est entendant ,
« Et en quele manière sa gent va assemblant.
a Pour couart me tenez, que vous vois apensant;
a Mes chil est plus couart qui ne m'ira sievant. »
Lors a hurté Sorel , qui sous li va saillant.
Danemont voit venir , sa grant gent cajelant ;
.XX. mile sunt et plus u premier front devant.
Le roi tint .1. espié de fresne moult pesant;
Au mautalent qu'il ot et à l'ire esprenant
Va Danemont ferir, qui li sembla plus grant,
Sus l'escu de son col ; tout li va défendant.
Le hauberc fu si fort maîle n'en va rumpant;
Mes Kalles l'a féru par irour si ardant
Que il l'abat envers de son cheval courant.
Puis a tret Durandal à Pachier burniant, Et se fiert en la presse , où il la voit croissant. Il depieche chez hiaumez, ches escus va froissant; Cui il consieut à coup n'a de mort nul garant.
Quant Garin a véu son segnor courouchier , Moult forment se repent que il ii fist dangier De retourner arier, quant l'en vouloit proier; Vers Doon regarda , que tout vi fremillier.
« Sire Do , fet li ber , or voi je foloier.
« Se perdon no segnor, vechi grant destourbfer ; « Mez puisque issi est , ne le devon lessier : « Secouron lei , pour Dieu , si li alon aidier. « Je sai bien que noient sera dureperier, a Se le Sire nel fet , qui tout a à jugier. » Quant Robastre les voit parler et esmaier :
« Fi! fet il, recréant, estes vous chevalier, « Qui pour gent mescréant commenchiés à plaidier ? « Par le saint Sauvéor qui nous doit conseillier ! « Je feroi ja les rens si tost aclaroier « Vos chevax i pourrez largement eslessier. » Chen que Robastre a dit les fist ençouragier ; Tous ensemble en .1. front commenchent à brochier. Chele part sunt venu , parmi .1. sablonnier, Là où virent le roy ferir et caploier, A Durandal la grant ches hiaumes depechier, Et fendre ches escus et haubers desmaillier.
Et se fièrent tous .m. par si très grant tempier Que plus de .ix. en font à terre trebuchier ; Lors traient lez brans nus, à loi de bon guerrier. Qui donques lor véist ochirre et detrenchier, Et hiaumes et escus fendre et escarteler, Et cherveles voler et ches bouiax vuidier ,
î6l DOON DE MAIENCE. 8670^—8705
Fièrement se péust des barons mervetllier,
Et des cous que il fonttrestout rassouagier.
Li Aubigant les voit, qui lu sus .1. solier
Et ot aveques li sa fille et sa moullier,
Et maint Sesne orgueilleus et maint félon archier,
Qui estoient as murs pour les pierrez lanchier.
« Segnors, fet l'Aubigant, par Mahom que j*ai chier,
« Chil siint tous hors du sens ; h'i a que esragier.
« Fiere gent sunt Francheis; trop font à ressoignier.
c< Je fis moult que musart quant les reting l'autrier,
« Que les fis en la sale là aval hebergier :
« Se je ne les fes bien chascune nuit gaitier,
« Ma chité me todront et le pats plenier ;
« Mez si les gaiterai , se je puis esploitier ,
« Que ja ne me nuiront la monte d'un denier.
« S'il me pevent Danois de chest païs cachier,
« Après les feroi tous pendre ou escorchîer. »
Et Flandrine commenche en bas à conseiffier :
« Non ferés , se Dex plest et je leur puis aidier ;
« Mes de cheus que je vbi là hors si martirier
« Ay moult très grant paour. » Lors prist à Jermoier.
Eleprent maintenant .1. courtois mesagier,
As autres Francheis mande que trop pevent targier
De secourre Kallon , le bon roy droiturier,
Et Garin et Doon et Robastre le fier,
Que sus eus sunt venu phis de .xxx. millier.
Et quant chil Pont 01, n'i ot que courouchier ;
Damedieu ont juré , le père droiturier ,
Que mar i sunt venu , s'fl sHeslsènt bailHer.
Lors se queùrent armer li Vaillant chevalier,
Et li Aubigant fet sa gentap^areillier.
Tant li furent' venu de par tout' sbudoier ,
Que bourjois, que tarons, qu'il furent x. millier.
Se si as Danois pevent venir pour caploier ,
8704-873* DO ON DE Ma! EN CE. 26}
Assez en i feront des chevax trebuchier.
Moult par fù grant la gent que Danemont mena , Quant dehors la chité nos barons encontra , Qui , pour .1. songe fol que roi Kalles sonja , Alérent assembler à trestous cheus delà.
Le songe fu moult bon , que il averira Issi corn vous orrez, gaires ne demourra; Que Bobastre le fier qui la hache porta , Qui onques père n'ot , si corn on nous conta, Fors que .1. esperit qui de nuit l'engendra, Fu entre les Danois que il gaires n'ama.
.LX. mile sunt, qui à droit lez esma; Danemont fu monté , qui tous les cajela.
Et Robastre lor vint et la hache leva Et fiert soi là endroit où plus espès en a.
. Le manche fu moult lonc et la hache pesa ; Plus de pié et demi l'un des trenchans en a.
Et chil fiert à travers , qui si grant poveir a Que de forche de cuer tout le monde passa , Tous les ront et départ ; maint en agraventa. Ja si très petit coup parmi eus ne ferra Qu'il n'en abate tant corn la hache ataindra. Tant leur en a ochis comme il en atainft a] Et chevai et Danois, que rien n'i espargna.
Trestous les plus engrés par sa forche mata ; Com plus le vit isnel et mains le déporta.
L'un couche devant li et l'autre eschervela , Et devant et d'encoste moult bien s'i mania : Chascun fuï son coup et sa route èschiva.
?ui or vous voudrait dire combien en aterra , rop aroit à conter, que nul numbre n'i a.
Des mors et des navrez devant li tant versa Petit i peut aler qui sus mort* ne monta.
Le sanc qui ist des corps en .1. missel coula ;
Tant en crut li ruissiaus , pour chen que sanc i a ,
Chevax n'i peut passer se il ne se noa.
Et Robastre tous jours de tuer ne fina;
Qui il ataint à coup jamès ne mengera.
Tous fuient devant li et il les decacha ,
Que li cheval fu fort qui moult tost le porta ;
Tant comme il peut aler la plache en délivra.
Et Kalles, le bon roy , et Do , qui moult Pâma,
Et Garin de Monglane qui Hernaut engendra ,
Le bon père Aymeri qui Nerbonne combra >
Cheus sunt en .1. conroi encontre çheus delà
Qui lor sunt tout entour : moult grant assaut i a ;
Jamez bons qui soit vif tel assaut ne verra.
Kalles tint Durandal , où il moult se fia ;
Quanque il en atainst ochist et detrencha.
Garin tint Finechamp : son père li donna;
Quant le déluge fu , en terre souffossa;
Meslin , quant il vivoit , as Englois l'enseigna ;
Artus la tint maint jour, qui souvent l'esprouva.
Merveilleuse tint Do , que le fevre forja
Que Galant ot apris, qui Durandal forja ;
Le trenchier qu'ele fet enchantement sembla.
Li .m. vassal sunt fier, et cbascun se pena
De derompre la gent qui onques Dieu n'ama.
Tous ensemble se tiennent, li .1. l'autre garda ;
Se l'un fu agrevé , li autre li aida.
Kalles fiert et macbacre au mautalent qu'il a ;
Toutes les gregnors pressez rompi et dessevra.
Et Do dejouste li bien s'i remania;
De Merveilleuse frape; l'un fiert, l'autre tua,
Que li vassax fu grans et grant forche en li a
Et l'espée fu bonne , qui ne frainst ne plia.
Tant fiert destre et senestre et tant i tournoia
877t-S*>} DOON DE MaIRNCE. a6j
Que tout le cors H sue des cous qu'il endura.
Et Garin d'autre part pas ne se rechela;
De Fincchamp la longue gentement s'i aida,
Coupe tes et cherveles , ches hiaumez desbarta ,
L'un découpe par mi et l'autre esboûela.
E Dex! quiex .m. barons, com chascun s'î coita!
Mes tant i ot Danois et dechi et delà
Que les .m. se départent; l'un l'autre desmana.
A paine vitli uns quel part l'autre tourna,
Fors à l'ensengne Kalle, que chascun escria.
Danois assaillent Frans et moult les vontcoitant, Et Francheis se défendent par merveillex semblant. Maint i en font chéir enclin et souvinant , Senglant et depechié, poi[n]g ou membre perdant. Mez Danemont i vint o son ef ors plus grant , Kallon ala ferir emmi le pis devant; Mes Dex le garanti qu'il nel greva noient, Et Kaliez lesse aler Durendal la trenchant, Si l'en cuide couper la teste maintenant.
Issi que le coup vint de grant forcbe abrivant, Et chil se laist chéir et le coup va avant.
De si grant forche vint l'espéê affendant, Et chen que son grant coup n'ala pas poursivant , Que le poi[n]g li lascha : Durendal va volant Par selonc .1. marois, en une eve bruiant, Parfonde , lée et grande et navire portant.
Comme Kalles le voit , de duel va rougiant. Lors a brochié Sorel , ne se va esperdant; Ains a hauchié le poi[n]g, qu'il ot gros et pesant, Et va ferir assus qui l'ala costiant, Qu'il li froisse la teste et la chervele espant. Du poi[n]g en rabat .1111. qui l'aloient hastant. Mes Danemont li saut, qui le va sousquerant;
Z66 DO ON DE MAIENCE. 88d*"9*><
Par la resne Ta pris et l'ala cstirant r
Et si homme l'apressent et deriere et devant.
De tons sens l'ont seisi plus de .C. à itant;
Les pies sus le cheval 1i lient maintenant
Plus de .c. en i a , qui tuit le vont gardant
Et tout le pas le vont vers le castel menant
Et devant et deriere l'aloient costiant.
Quant Garin l'a véu, moult se va doulousant;
De duel et de grant ire li va le cuer muant.
« Dex ! fet il , roy puissant, mon segnor te cotnmant !
« Or sui je trop failli , s'ainsi le vont emblant.
« Se il i muert sans moi , ja Dex n'aie à garant ! »
Lors courut chele part, la presse derompant;
Tant corn cheval puet courre, va après encauchant;
Qui il ataint à coup de mort n'a nui garant. ,
Et chil li vont derier, et chil li vont devant,
Et uslent entour li et si vont glatissant ;
Tant l'empressènt et tirent qu'il ne peut en avant.
Son cheval trébucha, sous li va reversant
Et Garin fu dessous; mez tost fu en estant.
Défendre se cuida, mez ne li monte .1. gant;
Quer chil li courent sus, si li tolent son branc
Et Paerdent as poins; moult le vont detirant.
Les mains li ont liés d'une corde estreignant, .
Puis le montent tantost sus .1. cheval courant ,
Vers le castel l'en ont mené tout debatant.
Ahy I las , que nel sceit Robastre le vaillant I
Comme il les secourust à la Hache pesant 1
Mes il est en .1. val , où. il va dçcachsnt
Les Danois orgire^llex', che|*geife meseréant;
Quant le sara le ber y lercttec ara dolent.
Do de Matence volt chele: mesjwenue Qu'il a;perdn Kalfampartèl descouVenue
8837—8869 DOON DE MAIENCB. 267
Et Garin le vassal revit mener en mue.
Du mautalent qu'il a le viaire fi sue ;
Il ne lor puet aidier, si cria : « Dex aiue !
« Ha ! dist il, douche Franche, comme estez esperdue !
« Jamez de si bon roy ne serés maintenue.
« Garin , gentil vassàus , chi a maie venue.
« Compeins , que devendra Mabire , vostre drue ,
« La très plus bêle rien qui onques fust véue ?
« De douleur se mourra, ch'est bien chose séue,
« Et vous morrez pour li ; mar Pavés connéue.
« De moi resai je bien que ma mort est venue ;
« Mez, par le Sauvéor qui fet plouvoir la nue 1
« Ma mort lor sera ja moult chierement vendue. »
Des Danois voit la presse contrevat revestue ;
Lors se fiert parmi eus, u poî[n]g l'espée nue,
Et consieut .1. Danois, qui fut de Valperdue.
Par tel radeur le fiert du branc , qui couleur mue,
Que le hiaume li fraint et sa targe est fendue ;
Tout envers Pabati de la sele crèmue.
Puis s'embat en Pestour et en la presse drue,
Et gravente Danois; l'un pourfent, l'autre tue.
Devant li les gavele corn ramille menue ;
Puis lor a escrié : « Orde gent mescréue!
« Tuit serés mort et pris àins que nuit soit venue. »
Lors H queurent trestuit chele gent mescréue ;
Li .1. le fiert de près et li autre li rue ;
Li auquant de guisarmez li ont mainte rendue
Et de [lanches] turcoises la broigne debatue :
Qui sus lr peut ferir, toute douleur H mue.
Mez Dieu , qui savoit bien sa vraie entendue ,
Li a son hardémerit et sa foiiéhe rendue,
Que il n'en a pris mort ne plaie n'a eue.
DANOIS empressent Do, la maie gcntdesvée.
Daraedieu reclama et la Vierge henourée.
Tant fu la broigne fort, que il ot endossée, Qu'arméure ne crient une aloe plumée.
Richement se deffent o sa trez bonne espée ; Mez chil li queurent sus à grant esperonnée ; Mainte guisarme i ot sus son corps esprouvée; Toute li ont sa targe déroute et découpée Et de l'auberc doublier mainte maile faussée. A lor lanches li ont si s'espée atrâpée Que lever ne la peut ; s'a la couleur muée :
Ne peut ferir à coup , ainchiès fiert de boutée. Et il li queurent sus tous à une alenée Et sachent et detirent; grant i est la huée.
Pris l'ont et retenu , n'i a mestier chelée; A son courant destrier ont la panche enfondrée Et li lient les mains à cordele noée.
Et s'amie le voit, Flandrine sa jurée; De la douleur qu'ele ot est queue pasmée , ~ Et quant ele revint : « Avois 1 s'est escriée, « Dolente , que feroi ? lasse , maléurée 1 a Ma joie à tous jours mes est fenie et alée. « Moult cuidoie estre bien à tous jours mariée « Du meillor chevalier qui ains chainsist espée. « Lasse ! or m'a eu si petite durée. »
Mabire d'autre part ra sa douleur menée ; De .11. famez ne fu mez si grant regardée.
Et li félon Danois, à lor maléurée, Furent X. en .1. front de gent moult bien armée, Qui les emmainent pris ; mainte lor ont donnée. En lor castel amont sus la roche levée, Où la haute tour fu , qui entour fu murée Et de fossés parfons trestoute avironnée , Les mistrent en bons fers et en chartre ferée ; ardes î a on mis, qui fermèrent rentrée.
Se Dex ne les sequeurt et la Vierge henourée,
Si tost corn Danemont vendra de la meslée,
Qui va pour assaillir Vauclere la loée ,
Seront mort ou noie dedens la mer salée.
Et Danemont le fel ne mist en oubliée
Que le fier Aubigant ne li avoit donnée
Sa fille tout errant que il li ot rouvée.
Vers la chité s'en va , sa baniere levée,
Et sunt ensemble li li miex de sa contrée,
De la gent mescréant, qui fu moult aïrée.
.LX. mile sunt tous à une atropé[e] ,
Qui ont la grant chité trestoute avironnée.
Tant ont en ches fossés pierre et terre ruée
Que il Font apavé et l'eve hors getée.
As murs viennent à plain , mainte eschiele ont levée ,
Et cheus lor ont aval mainte pierre ruée.
Et nos Francheis qui furent en la sale pavée,
Quant se furent armé , n'i firent demourée.
A la porte s'en viennent; on lor a deffermée
Et il s'en issent hors, chascun lanche levée.
Le bon duc de Dijon, à la fiere pensée,
A moult très bien lor gent de combatre aprestée.
Li Sesne et li bourjois de Vauclere la lée
S'en resaillent après comme gent adurée.
Chil les voient issir, s'ont lor gent aùnée
Et pour combatre à eus moult très bien ordenée.
Et Robastre estoit u fons d'une valée;
La cuignie li est hors du manche volée.
Ainchiès qu'il la réust congnie n'atirée,
Se fu la nostre gent à la leur assemblée.
L'archevesque Turpin a l'ensengne portée.
Les .Xll. pers s'esmurent à une esperonnée,
Les lanches sus les bras; chascune estènferée.
Chascun feri le sien sus la targe dorée
270 D00N DE MAIENCB. 89 $8—8969
Que contre les gfans cous n'orent onques durée. Haubers ne lor valurent une pomme parée ; Chascun abat le sien souvin , gueule baée.
A chu commenchemeot ot si trez grant criée Que la gent Danemont en fu toute effréé[e].
La où li .xii. perse furent esméu, Nostre .c. chevalier n'i sunt mie esperdu.
Chascun point le cheval à forcheet à vertu Et va ferir le sien u plus fort de l'escu.
Li escu sunt perchié et li hauberc rumpu ; Onques n'i ot cheli le sien n'ait abatu.
Li Aubigant le voit; n'ot pas cuer irascu.
« Par Mahommet 1 fet il , nous avon tout vaincu ; a Trop sunt bon chevalier chil Francheis mescréu. « Moult grant damages est que il sunt chi venu , a Que , s'avïon chest ost cachié et recréu « Et nous fusson arrier à Vauclere venu ; ce II seraient tantost par les gueulez pendu. « Mes de Kallon et Do m'est moult mesavenu , « Qui escapé me sunt; lassus sunt retenu.
« Se Danemont nés pent t nous avon tout perdu; « Vauclere me todront et mon paies volu , oc Et ma fille la bêle , ains si gente ne fu. « Qui sera chevalier, et [il] sera mi dru.
« Nos Francheis ont tant fet ja lor est meschéu. a Pour Mahommet vous pri qu'il soient bien féru, « Ains le soleil couchant seront tuit confondu. » Lors lor queurent tuit sus parmi .1. pré herbu; Moult i ot grant escrois quant il i sunt venu.
La bataille fu grant et fièrement dura Là où li Aubigant as Danois assembla.
Et Robastre le fier sa cuignie [^emmancha].
Quant affeitie fu r chele part regarda ;
Vit le mont de. la gent et la aôise escouta
Des espées trenchans, dont capléis i a.
Ne sot que che estoit, moult par s'en merveilia ;
Mes bien soit et connoist et bien connéu a
Que tuit sunt Sarrazms et dechà et delà.
Ne vit pas nostre gent, que petit en i a;
Mes l'Aubigant connut, qui l'enseigne porta.
A H méisme dist et bien s'en afficha
Que à cheus de laiens de bon cuer aidera ,
Quer issus en estoit et leur gent i fessa.
Puis s'apensa après et Damedieu jura
Qu'il se ferra en eus au plus tost qu'il pourra,
Ne cauf ne quevelu il n'i espargnera ,
Ains ochirra a fet qùanque il trouvera.
Son segnor a perdu, par tout le regarda,
Garin , qui u paies avec li l'emmena;
Ne sot pas tout issi corn il l'emprisonna - -
Entre li et Kallon et Doon ,1 qu'il ama.
Vers la bataille droit moult tost s'achemina
Et roïlle les iex et la teste leva;
Le poil , que il ot dur, trestout li hericha.
Bien pense en son courage , si très grant fierté a ,
Que, ains que il soit nuit, trestous lés ochirra,
Quer il sunt mescréant et dechà et delà.
Lors lor vient comme chil qui gaires nés. ama ,
La cuignie à .11. mains en contremont leva
Et hurte le cheval- qui moult tost le porta.
Parmi le plus espès que il vit se plunga *
Et fiert de grant vertu, que nul n'i espargna,
Et d'une part et d'autre rpleriet en demoura.
Froisse lor les escus et. les haubers iaussa ;
Tant comme il eaataint à la terre porta «:
Tant en a abatu que le champ en joncha.
La bataille et les renssi fort aclaria,
Et tant à ses gratis cous en i detronchonna
Que tous sunt esbahis, tant comme il en î a.
Là où voit PAubigant, qui sa gent cajela,
Cuida Garin trouver ; chele part s'adrecha.
Par les Sesnes se fiert , à chascun demanda
De Garin son segnor, que il deperdu a.
Et il li dient tuit que ja mar le querra,
Quer il est [en] prison , dont il jamès n'istra.
Et quant Robastre Pot, pour poi ne forsena;
A sa haute vois grosse les Sesnez escria :
« Fix à putain , glouton , vous l'envoiastes chà
« Encontre le Danois , qui asegié vous a.
« Onques nen ot secours ne nul ne li aida.
« Par le Segnur du monde , vous le comperrés jà !
Quant Robastre oï que ses sires fu pris Et Kalles l'emperere et Do ses bons amis , Si grant douleur en a par poi n'esrage vis.
As Sesnes courut sus, qui chen li ont apris; Si estoit [il] des lor, mes pour chen lor fu pis. La hache leva sus comme hons mautalentis, Et comme chil qui fu de grant courons espris. Onques n'i regarda ne blanc ne noir ne bis :
A travers les aqueut, que bien en fu apris, Et fiert comme vilain qui à fauchier s'est pris ; Tant comme il en ataint a contre terre mis.
Il lor froisse les os , nés et braons et pis; De testes et de bras fet grant gaveléis.
De chez Sesnez puans a fet tel plesséis Que tout en est couvert et senglant li Unis.
La noise fu si grande et si fier fu li cris Que tout en retentist entour li le paîs.
Li Aubigant les ot, s'a trestorné son vis,
9; 69—9601 DOÛN DE MAIENCE. 289
« Sire, fet le Danois, à moi entendez chà.
« Par cheïfi] Mahommet qui la loi nous donna ,
« Que Damedieu du chiel par li nous envoia ;*
« Chil traître Francheis mon frère me tua,
« Devant mil Sarrazins la teste li coupa.
« Moult mar fu son biau cors quant tous jors ne dura ,
« Que jamez si vaillant gentis hon&ne sera. »
Et quant Do Ta oi, chele part s'adrecha ;
Vers le chiel contremont sa main destre leva.
« Sire , fet il au roi , par le chiel qui est là
ce Ne par le saint Segnor qui le monde créa ,
« Chil vous a dit tel chose dont il menti vous a.
« Maint en ai je ochis , chen ne dirai je ja;
« Mes si loial vassax corn chil juré vous à
« N'en ochis je pas ier ; ja monstrer nel porra ,
« Et s'asaillir me veut, nel refuserai ja :
« Véés me chi tout prest , viengne quant il voudra
Quant Danemont Foi , as barons quémanda
Qu'il se traient arier , que vèir voudra ja
Qui en ara le miex et comment il sera ;
Ja , pour lor cous véir, de la sale n'istra.
Chil se traient arièr et le roi s'escria :
a Buffaut , or verron nous qui campion sera.
« Se vous ne Pochiés, par Mahom qui fet m'a!
« Vous serés ja pendu ou on vous noiera. »
Et quant Buffaut l'oï , à terre se jeta ;
S'oreson fet tantost , et puis se releva
Et regarde Doon. Moult forment s'aficha
Que au premerain coup à terre le jnetra ,
Ou en la temple amont si grant cop li donra
Que le chervel du chief à la terre espandra.
Quant Buffaut voit Doon, si le va envéir, Et Do le voit venir , qui si se sot couvrir.
Doon de Maurice. 19
Et Buffaut lesse aler par merveillex air,
Le baston que il tient commencha à brandir;
Sus J'escu de son col ala Doon ferir
Que parmi le plus fort le fist fendre et croissir;
A genoullons le fist, ou voeille ou non , venir.
Mes le quens sailli sus , qui ne se vout tenir ;
Damedieu a juré , qui ains ne soit mentir,
Que , se il onques puet , il li fera merir ;
la n'atendra la nuit le glout du repentir.
Et Buffaut li a dit : a Par mon dieu que désir,
a Je vous ferai encui de maie mort mourir. »
Et le roi li a dit : a Trop feites à lesir ;
« Se vous ne Pochiés , je vous feroi mourir :
« Il n'est rien , fors Mahom, qui vous puisse garir
« Que ne soiez pendu u plus haut de montir ,
a Ou u parfont de mer on vous fera saillir. »
Et quant Buffaut Poï , si commenche à frémir.
La parole du roy le fist encouragir;
Mahommet a juré , qui ne li doit faillir,
Que mar Tara véu en la sale venir.
Quant Do voit le glouton qui issi Ta féru , Moult par en ot le cuer dolent et irascu.
Lors li vient comme chil qui moult courouchiéfu , Ariere dos geta erroment son escu Et seisi à .11. mains son grant baston cornu. Par moult fier mautalent l'a amont estendu Et fiert le traïtour de si très grant vertu Que i'escù li a fraint, depechié et fendu , Etli a contre terre trestout plat estendu.
Aussi corn s'il fust mort Ta de son pié féru ; Puis demande le vin : « Bouteillier , où es tu « Aporte le vin tost ; trop m'i as atendu.
« Se tu tost ne te hastes , maie honte aies tu ,
9*1S— 9^7 DOON DE NÎAIENCE. 29 1
« Et li queus soit honni , qui si m'a dechéu ,
« Qui m'a donné bacon qui le cuer m'a tolu ! »
Quant Pont véu Danois , si sunt tuit esperdu ,
Et dient tuit entr'eus : « Déablez l'ont véu
« Ou il li sunt u cors atachié et cousu.
a Onques mes si fier homme en chest siècle ne fu.
« II [se] courouchera : nous avon tout perdu ,
« A mort sommes livrés , mar sommes chi venu.
a II en i a .m. mors et mon segnor féru ;
a Se il retorne à nous , mal nous est avenu. »
ÇKjànt Do ot abatu Ie«felon Sarrasin Et il le voit gésir à terre tout souvin , De son pié le feri aussi comme .1. mastin ; Puis escria en haut : « Apportés moi le vin , « Que trop mengei salé au disnerhui matin.
« Que maudit soit le queu de son dieu Appolin , « Qui fèves me donna au lart et au saïn !
« Aportés moi le pot et le grant maselin , « Ou jen ferrai si un qu'il fera pute fin.
— Veillait, chen dist le roi , foi que doi Malaquin , « Moult par menés ichi devant nous grant hustin ; « Mes ains que il soit nuit , issi corn je devin , « Vous couvendra parler à moi d'autre latin , « Que vous serés noué à queue de ronchin , a Si serés traîné dessus chel pui perrin ; « Là vous pendra mon cors à .1. fust de sapin. » Et respondi le quens : « Dex , à cui je aclin , a M'en puisse garantir, et le cors saint Fremin ! » Puis dist entre ses dens : « Issi com je destin , « Vous me tendrez ainchiès, je cuit, à mal voisin. » Lors s'escria li quens, qui n'ot pas cuer frarin : a Aportés moi le vin , fiex à putain , mastin ! » Lors apela le roi son bouteillier Aquin :
X)l DOON DE MAIENC1S. 91*8—9700
« Feites li apporter; mez, par saint Faradid ! « Il ne bevra jamez ne verra le matin. »
Lors li firent le vin maintenant aporter , l\it ta»» Fort et fier , fres et fin, franc, ferme, fort et cler. Et Do verse u henap , si le voit sauteler :
« E nom Dieu! fet li quens, à vous doit on parler; « Et je m'i jouerai , se g'i puis assener, « Que vous feites la gent souvent rire et canter , « Danser et envoisier et joie démener , « Toute ire > tous courous et tout duel adosser. » A la bouche le met ; si beî en sot ouvrer Que plain henap en but sans point de reposer. Et Buffaut, qui se jut, se prist lors à lever; De pasmeson revint, n'i vout plus demourer, Et jure Mahommet , qui le doit gouverner, Que chel fier coup pesant fera Do comperer.
Dont li vient comme chil qui ne le pot amer Et lieve le baston qui moult fist à douter :
Vers Doon est venu tant comme il pot aler. i
Et quant Do Ta véu , coulor prent à muer, 1
Que ne cuidoit jamez se péust relever. J
<* Les déables d'enfer t'ont fet resusciter, « Quj t'en puissent encui en lor pais porter ! « Miex te vausist, [chen cuit], en bonne pes ester, « Que , se je onques puis , je te feïoi tumber. » Lors seisist son escu, son baston va combrer; A rencontre li vient à loi de bacheler.
Et Buffaut du baston le va si assener Que l'escu de son col fet en pieches voler; A Doon l'a si fet à la temple hurler Que le sanc contreval en fet jus avaler ; Par .1. poi tout envers ne Le fist cancheler. Et quant Do l'a véu, vis cufcja forsener;
9701-97M DOON DE NÎAIENCE. 293
Se vengicr ne se pot, vis cuidera desver.
Et le roi Danemont li commenche à crier :
« Veillait, par Mahommet! d'el vous couvient parler, ce Trop avez hui béu , or vous couvient conter ; a Moi semble que Buffaut vous fera escouter.
— Sire, fet Do li quens, tout chen lessiés ester; ce Plus H paierai ja n'oseroit demander. »
Lors li queurt comme chil qui ne le pot amer.
Do, quant il voit son sanc, n'i ot que courouchier ; Moult se tient à honni se ne se peut vengier. Du baston que il tint , qui gros fu de pommier, Fiert Buffaut à .11. mains sus Pescu de quartier Que l'or li derompi et fist tout depechier.
En la temple l'ataint, si bien le sot paier Que le chervel li fist de la teste espanchier ; Tout estendu Ta fet devant eus trebuchier.
Puis le fiert et refiert , ains ne se vout targier, Que le roi li a dit : a Dex te doinst encombrier ! ce Le veus tu devant nous comme pourchiaus michier ? » Et Do li respondi : a Par le cors saint Ligier ! « Il n'en lèvera mes de mai ne de février; « Ja pour dormir forment ne le couvient berchier. « Bien me cuida orains oralement engignier. » Lors le fiert et refiert pour le roi courouchier Et tous ses compengnuns , qui moult l'avoient chier. Et le roi tout adez le prent à menachier : « Do , si m'ait Mahom , que je doi deprier, « Moult te painez de moi et des miens vergongnier ; « Mes tu le comperras , se je puis esploitier, a Toi et tes compengnuns feroi vis escorchier, ce Traînés à chevax et pendre et hardillier, 7
ce Conques mes ne trouvai si félon pautonnier. ce Le visage m'as fet et le nés à saignier,
294 DOON DE MaIENCB. 97*4—97*7
« Mes ains que il soit nuit en aras ton louier.
— Par foi ! sire , fet Do , or vous voi foloier.
« Je vous vouloie .1. poi aprendre et enseignier
« Ainsi doit on félon et musart castier.
« Autre fois vous gardés de tel fet commenchier,
« Que ne vous aim pas tant que vous voeille espargnier.
« Vous me menachiez chi de pendre ou de noier,
« Que nus hons ne me puet de la mort respiter.
« Par le saint Sauvéor qui tout a à jugier !
« Je vous cuit tant monstrer ainchiez de mon mestier
a Que mez n'arez talent de baron paumier.
« Mes donnez moi le vin, que j'en ai grant mestier:
« Tant comme vif serai , me voeil je aeisier. »
Quant le roi Pa oî , n'i ot qu'esléeichier.
« Par Mahommet ! fet il , chil a cuer d'aversier,
a Ou il est enivré, qui le fet forvoier.
« Aportés li devant du vin demi setier ;
« Se il tout ne le boit, Dex li doinst encombrierl
« Trop par a chi bon fol pour gent esbanoier.
« Mes il le nous couvient à .1. fust atachier;
« Si nous i deduiron entresqu'à l'anuitier.
« Aprez nostre déduit i trairont li archier,
a Se vous i acordés, et li arbalestier. »
Et dient li Danois : ^ Bien fet à otroier,
« Mes chen ne couvient pas remanoir ne lessier.
« Feites lei vistement atraper et lier;
« Si bel ne nous povon du traïtour vengier. »
Et quant Do Ta oï, si prent à oureillier
Et les iex à ouvrir et la teste à hauchier.
Trouver cuida lés li son baston de pommier
Dont il avoit vaincu le félon losengîer;
Mes le roi Danemont li ot fet eslongnier,
Si grant paour avoit ne l'en venist paier.
Mes cben est pour noient, se Dex me puist aidier,
9768-9800 DOON DE MàIEKCE. 295
Quer ainchiez qu'il soit nuit, se Do puet esploitier,
Li fera le chervei de la teste voler.
Qui donques véist Do estendre et roïllier
Et estraindre les dens et les pies âffichier
Et le roy Danemont en son cuer menachier,
Fièrement se péust du vassal merveillier
Et de sa contenanche trestout rassouagier.
Il jure Damedieu, qui tout a à jugier,
Que du poi[n]g [le] ferra, se il puet, le premier
Que de sanglante mort le fera baaillier.
Ja ne le trouveront ne couart ne lanier;
Chil sera bien hardi qui le voudra lier.
Quant à mourir l'esteut, vendre se cuide chier;
Ja ne s'en gaberont li traître murdrier.
A tant es vous entré laiens .1. marinier,
.1. grant vilain canu, qui venoit de peschier,
Et portoità son col .1. grandisme pennier.
Devant le roy s'ala tantost agenoullier.
Le vilain vint laiens, issi corn je vous chant, .1. pennier à son col, merveilleus et pesant. Si avoit sus troussé une espée moult grant, Trestoute enroïllie et de moult lait semblant; Li trenchant ambedui furent trestout senglant De sanc trestout beté et de rougeur prenant.
Devant le roi tantost chil s'agenoulle atant, Si le salua bel de son dieu Tervagant :
« Sire, fet il au roi , feitez vous tout joiant. « Chi vous fet .1. présent moult gent et avenant « De poisson que j'ai pris hui à l'aube apparant, « Lus, perches et barbiaus et maint bequet noant. « Assés i a pescaille et tout à remenant; a Feites les rechevoir, ne m'aies delaiant. » Lors euvre le pennier au couve[r]cle cloant ,
Et l'espéé dessus va à l'eire coulant
Si que le pavement en ala resonnant.
Et le roi s'abessa, la maiageta au branc
Et le leva de terre , si le senti pesant ;
Moult par se merveilla qu'il le senti si grant.
« Vilain , chen dist le roi , or me di maintenant
« Pour quoi portes tu nu chest branc par tel semblant ?
« N'i a il point de feurre à son oes estoant ?
— Sire, par Mahommet oà nous sommes créant,
« Ne li ai pas aie moult longuement portant.
« Quant je peschoie ennuit en une eve courant
« Et je trais mes engins , si comme on va traiant,
« Cheste espée i trouvai ; paour en si grant
« Pour poi je ne chéi en Peve du chalant.
« Aportée Pen ai , que mestier m'aura grant.
« Le bois en trencheront ouen mes mi enfant ,
« Que aussi n'ai je sarpe ne ferement taillant. »
Quant Do va la parole et le dit entendant ,
Chele espée reguarde , si la va avisant.
De Kalles li souvint, le riche roi puissant :
Quant il se combatoit à la gent mescréant,
Durandal li vola en une eve mouit grant;
Chil vilain Pot trouvée, qui or lava portant.
Le quens la connut bien, quant la vit touterrant.
Quant Do voit Durandal, de la joie s'estent; A Jbesu en rent grâces de chel demoustrement. a Durandal, dist li ber, or me va gentement.
« Se je vous puis avoir, par le Dieu qui ne ment , « Tel essart feroi ja de cheste pute gent « Que mi bras en seront jusqn'as coûtes senglant. » Oés à quel engin Do sz pensé estent 1 De grant aviseté li souvint erroment.
^out chen fist Dieu de gloire pour 1e Iqr sauvement,
Qui li mist ens a cuer et en pourpensement.
U milieu de la sale fist son arestement , Vers les lates amont à regarder s'estent, Semblant fet qu'il les conte à son avisement Et pense et si regarde moult estaliement.
Et le roi li a dit ; a Do, di moi ton talent. « A quoi pensiez vous ? nel me chelés noient.
— Sirè, Do li respont, à .!. gieu bel et gent , « Une grande merveille et .1. espirement.
« Quant chele espée vi devant vous en présent ,
a Si me souvint d'un gieu qne seul fere souvent,
« Que onques ne trouvei en trestout mon jouvent
« Qui plus bel le féist ne plus apertement.
« Bien sai que je mourrai assés prochainement ;
« Pour chen ai moult mon cuer courouchié et dolent
« Que je ne l'ai apris aucune bonne gent.
« Séu mes ne sera, se Dex pitié n'en prent,
« Que jamez si très bon ne si bel ne si gent
« Ne verra hons qui soit, chen soi je vraiement.
« Là met je ma pensée et mon estudement ,
a Que ma mort est jurée par vous et par vo gent. »
— Do , chen li dist le roi , par mon couronnement , « Se le gieu m'aprenés , je vous fies convenant
«c Que vous ne morrez hui ne demain ensemenL »
Et quant Do Ta véu , s'esgarde plus souvent
Vers les lates amont moult ententivearent.
« Sire , fet Do li ber, ja le sarés briéroent.
« Je voeil qu'après ma mort l'aies heritaument,
« Et bien croi qu'à vo dit me tendres bien couvent. »
Lors s'estent bêlement et sez jambes estent ,
L'espée demanda et le roi .si li tent;
Et Do , quant il la tint , à Dieu grâces en rent.
<c Durandal , fet H ber, or voi chertainement
« Que Dex envre pour nous ; bien i pert vraiement;,
« Li songe sera voir, or le voi clerement, « Que Kallez nous retrest à chest commenchement. » Lors sailli sus en pies moult très isnelement Et vit Fuis de la tour ouvert apertement.
Do s'en va chele part , si le frema moult gent ; La clef mist en son sain bel et courtoisement. Et le roi li a dit moult ramposné[e]ment :
« Fox, mescréant veillait, Damedieu te gravent ! « Quel gieusera chen donc qu'as en commenchement ? « Encor quanque tu fes ne pris un soufflement. — Vous le priserés ja , fet Do , se Dex m'ament, « Que je vous deffi tous, de Dieu omnipotent , a Comme fel desloial et traîtour pullen,t a Qui ne créez en Dieu ne en l'aveneraent ; «.Mes vous le comperrés, par le Dieu qui ne ment! » Lors se traist vers le roi, espris de mautalent ; De la trenchant espée le fiert si ruistement Que la teste et le bras de Pespaule en desment Et le destre costé li deront et pourfent ; Tout estendu l'abat dessus le pavement.
.1. autre en fiert après, qui li vient en présent, Que trestout esbaquié l'abat u pavement.
Puis va ferir le tiers si que trestout le fent, Et le quart rabat mort et le quint ensement ; Cui il ataint à coup n'a de mort tensement.
Tous fuient devant li ; chil est fol qui l'atent, Et de sa vie n'a jour ne respitement.
It les cache et empresse par fier randonnement , A Durandal les cache et ochist et estent; Chil est mort sans respit sus qui ele deschent. Chascun fuit qui miex miex, autre secours n'atent. Chil qui ne pot issir de la sale erroment ^u mort et découpé sans [nul] recouvrement, ue Do fiert de l'espée si trez menuement
Que nul n'i puet avoir nisun trestournement.
Ainchiez s'en fuit cbascun , que nul congié n'i prent ; Par les fenestrez saillent à grant trepillement ; Par huis ne par fenestre n'ont autre tensement. Et chil qui demourerent u mestre mandement Furent mort et ochis à grant destrivement , Que Do les decoupoît corn fueille de sarment. Plus de .c. i sunt mort à duel et à tourment. Mes chil qui hors issirent firent grant marement , Leur Danois recueillirent et rasemblent lor gent; Très par devant la sale font lor aûnement.
Et sunt bien .xxx». à lor aesmement , Qui tuit jurent Mahom, s'en fiert chascun son dent, Qu'il ochirront Doon , qui envers eus mesprént , Li et ses compengnuns, et metront à tourment. Et quant il ot fine lassus son caplement , Fenestres, porte et huis frema moult mestrement, Que il ne fust souspris par nul traïssement ; Et il se hasta moult, n'i mist pas longuement. Puis s'en va à la chartre sans nul delaiement, Où Garin fu es fers, et Kalles [le] puissant, Et Robastre le fier , à tel destraignement Comme devant vous dis et fis de vi sèment.
Quant il oent Doon venir si soutément, Qui venoit par la chartre à eus si roidement , De la paour de li sunt en estremblement.
a Segnors, chen dist [Doon], n'aies esmaiement : « Je vous deliverrai d'ichi tout maintenant , « Que je sui vostre ami et de vo chasement.
« Kalles, bien aiez vous et le vostre parent 1 « Vostre songe est vrai ; je vous di vraiement « Que la sale avon ja et la tour quitement, « Et vés en chi la clef, qui est toute d'argent. » Quant Kallemaigne Pot, à Dieu grâces en rent.
$00 D00N DE MAIENCE. 9936—5969
Et Do de Durandal desriva et desment Les fers là où il erent enferé fer[me]ment.
Kailes voit Durandal à son ravisement , S'en est pour la merveille en esbahissement Comment trouvée Tôt Do issi feitement ; Quer chéue li lu à son trestornement A une eve bruiant, quant fu pris vraiement.
Et Do lor a conté trestout son errement Et toute s'aventure, que .1. mot n'i mesprent. Tuit en aorent Dieu de chel aquistement ; Vers la tour [sunt] venu, qui vers la sale tent. Viandez i ot mis assés et largement , Et dras et couverteurs et lis à leur talent.
Li huis furent de fer, qu'il ne doutent noient, Et il les ferme bien et bel et fermement.
Puis alerent mengier et burent largement , Corn chil quLassés ont et ne couste noient.
Puis montent as querniax contre l'avesprement ; Et Robastre canta haut et si fièrement Que trestous cheus dehors s'en effréent forment , Et moult s'en e&bahissent du grant estonnement. Et Robastre s'efforche et plus et hautement Et fiert avec du pté moult envoiseusement»
II regarda aval en .1. embusçhement , Et coisi sa cuignie entre la pute gent , Oui là la soushauchoient par lor esprouveroent, CEascun l'un aprez l'autre s'i efforche et estent, Nel poveient lever ne mouvoir seulement ; Tant iert pesant et longue qu'il n'i pevent noient, Quant Robastre le vit, moult li vint à talent ; Tout se fremist d'aïr et de fier hardement; He la joie qu'il a à Dieu gracezefc rent s Danois voit dehors et lor arengemeot il font pour la cuignie à teur effçrçbement ;
997o—io,oô2 DÔON DE MaIENCE. $01
Il jure Damedieu, le père omnipotent, Que ne lor remaindra pas issi quitement ; Entr'eus Tira seisir par tel estendement Que, se il i a nul qui i meite content, A mourir le fera à ire et à tourment.
Quant Robastre le fier a véue et trouvée Sa cuignie pesant qu'il orent aportée , Derier Puis a trouvé une perche enfumée , Grant et fiere et pesant , merveilleuse et quarrée. A .11. mains la leva, si Ta moult regardée, Et jure Damedieu et la Vierge henourée Que sa hache pesant sera ja comperée.
Pour l'amour de cheli qui la li a donnée, Qui chevalier l'en fist en sa chambre pavée , En ferra ains la nuit , se il puet , tel colée Que jamès ne sera par homme bien sanée.
Lors s'arment nos barons coiement , à chelée ; Des armes prent chascun tant comme il l'en agrée. Quant il furent armés , la tour ont deffermée. Une coulombe i ot de fust , droite et pjanée : A .1. cleu vit Garin que là pendoit s'espée ; Plus de .xxx. en i ot , la sieue en a sevrée , Et Do rêva avant, s'a la sieue trouvée.
« Garin , chen dist li quens , or est il fol qui bée a Que nous nous rendon pris de toute une j ornée , « Tant que seront de corps mainte teste sevrée. — Segnors, chen dist Robastre, trop feitez demourée; « Je crien que ma cuignie n'en aient traînée « Chele gent mescréante à lor maléurée.
« Ouvrez mpi cheste sale : par la Dame henourée ! « Chil le comperra ja qui la m'a apportée ; «Mes gardés cheste tour , que ne vous soit emblét. « Ma cuignie arai je , si sera comperée ;
;02 DOON DE MA1ENCE. io, ooj— to,o)6
« Mar l'ont tant chil glouton tenue ne guardée ;
« Je leur vendrai moult chier ainchiès ma retornée. »
Lors li a Do li quens la porte deffermée ,
Et Robastre s'en ist, la grant perche levée ,
Qui grans et gros estoit et de fiere pensée.
Là où la hache estoit iert lor gent assemblée ;
Tant par la virent grant et merveilleuse et lée
Tuit en sunt esbahi cheus de Favironnée.
Et Robastre lor vint par moult grant aïrée
Et se fiert parmi eus comme beste desvée.
De la perche qu'il tint lor a tante donnée
Qu'il les fent et desclot par moult grant escaufée ;
Plus de .xxx. en a mors en une gavelée.
Tuit fuient devant li contreval la valée ;
Sa cuignie remaint, et il l'en a levée,
Puis lor a escrié : « Pute gent esgarée!
« De quel conte avés vous ma cuignie adesée?
a M 'amie la me chainst, Plaisanche la senée,
a Qui chevalier m'en fist et donna l'acolée
« A Biaufort le castel , en sa chambre pavée.
« Pour s'amour en feroi de vous tel lapidée
« Jusqu'au poing en sera la hanste ensanglentée. »
Et quant lor gent se fu tout en pes apensée ,
Li vindrent à .1. front tuit à une huée.
De loing li ont tantost mainte pierre ruée ,
Et maint dart empenné , mainte lanche planée.
Se Dex ne le gardast et la Vierge henourée
Et chen que il avoit l'arméure endossée ,
James jour ne menjast ne ferist en meslée.
Mes il se tret arier vers la tour quernelée ,
Pour chen que vespre fu , a la porte passée.
Et Garin après li l'a aussi tost fermée.
Robastre fu laiens, sa cuignie a combrée;
Lavée l'a du sanc, moult l'a bien escurée.
Le Segnor a juré, qui la terre a fourmée , Que ains demain au soir minchera tel porée Qui ne seroit pas bien d'un mui de sel salée. Mar i sunt assemblé chele gent mal senée , Tuit seront mort et pris; ja n'i aront durée.
Nostre baron se sunt là dedens enfermé ; De la tour ferment Puis, si se sunt ostelé Et H huis de la sale refurent tuit barré.
Coûtes et dras de lin i treuvent à plenté.
Robastre a à chescun .1. bel lit aprestè, Puis lor a fruit et vin largement aporté , Et cante devant eus; souvent a espringué.
Tel joie en ont lez .ni. , ja ne vous iert conté . N'ont doute ne paour , tuit sunt asséuré ; Ains jurent Damedieu et la sieue bonté Que ains demain le soir i aura tant caplé Sus les Danois puans, qui là sunt atravé, Que trestout le larris sera ensenglanté.
Quant il orent veillié et béu à plenté , Il se couchent dormir douchement et souef.
Et Danois sunt dehors , qui moult sunt adoulé De leur sire qu'est mort, que Do lor a tué ; Mahommet ont juré et la sieue bonté Que jamés n'en istront si l'aront ains bendé, Traîné et pendu comme larron prouvé, Et si compengnun tuit reseront encroé.
Lors s'armèrent trestuit li traïtour desvé ; Si les gueitent la nuit, moult richement armé. Quant chen vint au matin , ains qu'il fust ajorné , En furent plus de .C. geté en .1. fossé, Et orent maint martel et maint pic aporté; Droit au pié de la tour ont féru et houé.
Le mur avoient ja en .un. lieus crevé
Qui gratis et ff \1f" rt \° r S e0 \ttettse et l *
Cà ob ta bâche estoit «*t ^^e-
Tant par ta v\reat £ ^ ^ &*
Tnit en sunt esbahi che* £» B desV èe-
Et Robastre \or tin . P» be ste n êe {ée
Et se fiert parmi eus cow* ^ ao ^n
Deta P er«heq«nit.ntlor» |o0tt u^ léc .
Qu'il lestent et desclotp» g
Plus de .xxx. en a mors rf u ta
Tuit fuient detant U co« » a let*^.
Sa cuignie remamt, * ^ e0 t «g^ **%
Puis lor a escné : «^ ^ ^ la *J
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n penera.
4 al orra ,
I a, 1 poveif a, us secourra, »
ira, l mie» nen i a, évertua, rna
.es gens apela *englier trouva* résonna
i en retinta.
/en ala , et raeiu
Et le mortier derout et le mur desrouté ;
Et li autre refurent au senestre costé ,
Qui mainte eschiele i ont et maint engin levé.
Mes, ainsi com Dex voutet qu'il en ot pité,
Garin s'est esveillié , s'a .1. poi escouté,
Et les oï ferir, que moult ont martelé,
Les pierres ot chéir et li mur a branlé ,
Et entent le grant bruit que aval ont mené.
De la paour qu'il a à le cuer effréé ;
En séant se leva, si a Dieu reclamé.
Ro bastre a tantost et Doon apelé ,
Et le bon roi puissant > Kallon le couronné.
« Or sus I fet il , segnors , mal nous est encontre ,
« Se Dex ne nous sequeurt par la soue bonté.
a Li traïtour nous ont dessous ie mur crevé.
« Or as querniax amont ! Si soient afronté ,
« Ou nousavon perdu quanqueavon conquesté. »
Lors saillent li baron , qui tuit sunt effréé ,
Et montent contremont de la tour li degré,
Et ont en contreval .vers terre regardé ,
Et virent des Danois li fossé tout rasé ,
Reluire tant escu et tant hiaume doré,
Tant martel et tant pic de bon achier tempré,
Dont chil ont maint quarrel ja hors du mur osté ;
Moult s'en failloit petit que tout ne l'ont miné.
Et quant Kalles les voit, si leur a escrié :
« Fix à putain glouton ! par ma crestienté ,
« A la mort serés tuit soushauchié ej. livré. »
Des cailfîex lor ont tant contreval rué
Et tante grès cornue et tant gai encosté
Que plus de .1111 e . en i versent pasmé,
Et li rilestre s'en sunt en fuiant destourné.
Chil qui escapé sunt ont arier retourné,
Qu'il n'osent aprechier le mur ne le fossé.
10,104-10,136 D00N DE MAIEN£E. 3°*
Issi sunt chele fois nostre gent escapé.
Et quant vint au matin , que li aube creva , Que Kalles nostre roi .1. cor laiens trouva, A ses compengnuns dist : « Segnors , entendes chà! c Se nous n'avons secours nous n'escaperon ja « Que ne muiron ichi : ja rien ne nous vaudra, « Que le mur est derout; gaires ne targera « Qu'il ne faille dessous, et chele tour querra, « Et cheste pute gent tantost i entrera , « Qui nous pendront à forche; chascuns'en penera. « Dedens la sale sunt : oés quel noise i a 1 « Je cornerai chest cor si que Turpin l'orra, « Et tuit li .xil. per, tant comme il en i a , « Et le fier Aubigant, qui moult grant poveira. « Je vous di bien pour voir que il nous secourra. » Et dient li baron : « Issi com vous pleira.
c Cornez donc , de par Dieu , que il miex nen i a. . Et Kalles prent le cor, qui moult s'esvertua. Tout issi gentement le gentil roi corna Gomme il corneit l'autrier, quant ses gens apela En Ardane es grans bois , où .1. senglier trouva. De la vois de chel cor trestout en resonna La terre et le pais et dechà et delà; Toute enfremist la terre, le val en rctinta.
A Vauclere la grant chele vois s'en ala, Issi com Damedieu la conduist et mena.
En la sale as Francheis chele vois s'en entra , Si retentist laiens, tous effréés les a.
Et Tierré l'Ardenois l'archevesque apela Et les autres barons , tant comme il en i a , Qui plourent pour lor roy. Ghascun se dementa : Mabile s'ochieit; Flandrine se pasma Pour Doon son seignor, que il deperdu a.
JOÔ D#ON DE MAIENCK. 10,137—10,170
Onques ichele nuit hons ne s'i despoulla ;
Jamez si grant douleur nule gent ne merra.
« Segnors,chen dist Tierri, pour Dieu, entendes chi:
a Avés oï le cor qui orendroit corna ?
« Je vous di vraieraent, et si n'en doutés ja,
a Che est Kalles le roi qui or nous apela,
a Qui. demande secours, que grant mestier en a.
« Averis est pour voir le songe que sonja ,
« Que il ont le castel que Danemont frema.
« Secouron lei , pour Dieu qui ja ne mentira ;
a Dison lei PAubigant, qui ses gens i merra.
« Mors sunt tuitli Danois, qui bien lez assaudra. »
Et responnent Francheis : « Dehe ait quil véera 1 »
Lors s'armèrent trestuit , que nul n'i demoura.
Atant es vous .1. mes qui en la sale entra ;
Là où voit PAubigant, moult haut l'en apela.
De Kalles le bon roi trestout li raconta ,
De Garin et de Do , que rien n'i oublia ,
Corn le roi Danemont tous .111. les emmena,
Et de Robastre aussi , corn prison se livra ,
Et comment Danemont en ses fers les riva.
Si li conta de Do tout si comme il canta ,
Et comment Danemont devant li le manda ,
Comme il bevoit le vin et comme il luita ,
Comme il ferï le roi et la pierre rua,
Et du fier campion comment il le mata ,
Et du gieu que il fist , quant il le roi tua
Et tous cheus de laiens quanqu'il i en trouva,
Et comme les barons de prison délivra ,
Comme il garni la tour et comme il assega ,
Comme on a rout le mur et corn la tour cherra ,
Se il n'ont bon secours, ja ains n'anuitera.
Et quant li Aubigant la parole escouta,
Selonc la loi Mahom maintenant se seigna.
10,171—10,204 D00N DE MAIENCB. }07
a Mahom! fet PAubigant, cora fier Doon chi al
a Je sai bien, se il vit, que il me destruira.
« Secourre l'irei je pour mal de cheus delà;
« Mez, par cheJi Mahom qui la loi nous donnai
a Je Pescorcheroi vif, ja n'en escapera.
« Kalles le roi et tant comme il en i a
ce J a si tost des Danois délivré ne m'ara
a Que Do sera pendu ou on le noiera ,
a Et Kalles et li sien ja ne s'en gabera. »
Lors a on fet crier, quer il le quémanda,
Qu'il se voisent armer chascun qui plus pourra;
Quer en Tost se ferront : point de segnor n'i a,
Que Danemont est mort, qui les i amena.
Sesnes s'arment laiens , que nul n'i demoura ;
De la vile s'en issent; lor sire les guia.
.X. eschieles en fist, moult bien les doctrina;
Les Francheis mist devant, où il plusse fia;
Contre Danois félons issi s'achemina.
Kalles fu en la tour ; sa baniere avisa ,
Que li dux des Normans comme vassaus porta ;
De la joie qu'il ot Garin en apela :
a Sire Garin , fet il , chertés or i parra
« Qui sera chevalier et qui s'esprouvera.
a Nous avon le secours qui grant mestier nous -a. »
Et Robastre tantost sa cuignie afila ,
Pour miex adamagier cheus sus qui el cherra.
Deus haubers a vestus, que là dedens porta,
Et une fort cuirie par dessus endossa
Et puis .1. hiaume fort en sa teste frema,
Et bachinet d'achier, que sous chiel meilleur n'a.
La hache mist u poi[n]g, et Damedieu. jura
Que la honte Garin son segnor vengera ,
Que le roi Danemont si lait emprisonna.
Tant abatra Danois et tant en ochirra
}<>8 DOON DE MAIENCK. to,aof— io,ift
Que le pais cntour trestout en jonchera ; Moult se pourra prisier qui li escapera.
De cheval n'a il point, mez il le conquerra Au plus tost , se il puet , que à main li vendra. Le jour fu bel et cler et soleil se leva , Et le fier Aubigant à forche chevaucha.
Ja i ara perdu ou dechà ou delà.
Les gens à 1' Aubigant viennent grant bruit menant ; .XX. mile sunt et plus, par le mien ensient; Se créussent en Dieu , moult éust gent aidant. Nos .c. Francheis armés vindrent trestout devant. Là péussiez véir mainte ensengne pendant Contremont venteler lassus eni'air bruiant, Buisiner et corner maint grant cor d'olifant. Quant Robastre le voit, joie fet si très grant Que ses .m. compengnuns s'en vont resbaudissant. Et li Danois si s'arment, qui se vont desréant; Virent cheus de Vauclere o le fel Aubigant Qui venoit dessus eus à la forche apparant; A rencontre lor vont par .1. ruiste pendant.
Et nos Francheis tous .c. s'esmuevent à itant , Envers Danois s'eslessent , fièrement randonnant. Et quant les aprechierent, ne les vont deffiant, Ains se hurtent en eus, de grant forche pongnant; Tant comme en ont ataint vont à terre portant. Au froisséis des lanches i ot noise moult grant. Là véissiés fier cri , merveilleus et pesant. Es vous cheus de Vauclere qui vont après ferant : Danois muèrent et braient; n'ont deffens ne garant. Si bien l'ont ileuc fet la gent à l'Aubigant Que li Danois retornent vers le castel fuiant. Quant Robastre les voit, si lor va escriant : a Fix à putain glouton ! ja n'arés nul garant ;
10,138-10,171 DOON DE MàIENCE. JOÇ
« Je vous destrairai tous , se je puis, maintenant, a Compengnuns , ouvrez moi , ne m'aies delaiant, a Que, par ichel apostre c'on quiert en Orient, « Vous ares ja chevax, se voulés, plus de chent ; c Si en pourrez coisir tout i vostre talent. » Chil li euvrent la porte , et il s'en ist atant , Sa cuignie à son col, tout i pié deschendant. Et voit venir Danois, que chil vontencauchant; A rencontre lor vint à .1. tertre montant, Issi com lî Francheis les aloient tesant , Et tuit chil de Vauclere , à esfors pourfichant. Robastre fu amont et chil vindrent puiant , Et il deschent à eus , sa hache paumoiant.
Le premier qu'il ataint fiert par itel semblant Que li et le cheval va en .11. tronchonnant.
Puis refiert le secont, qui li vint aesmant, Qu'en .11. moitiés abat etli et l'auferrant; Et le tiers et le quart va à .1. coup froant : Tout ainsi comme il viennent les aloit souvinant. A tout son mendre coup et au miex apparant En abat .111. ou .un. ou les va afolant; Puis se fiert par les autres , s'en abat itrestant Tuit en sunt esbahi li petit et li grant.
Ains n'i ot si hardi qui t'alast atendant , Ains fuient devant li com devant .1. tirant.
Nos gens sunt d'autre part , où les vont ochiant ; Devant cheus de Vauclere demainent leur bobant. Là péussiez véir tant bon cheval courant Qui fuient par les chans , lor resnes traînant. Kalles fu en la tour ; de joie va riant, Quant à ses .xu. pers ot s'ensengne escriant. Voit le bon duc Tierri et Robert le Normant , Et le duc de Dijon les Danois encauchant, Le Flamenc Baudouin et le duc de Brebant,
} 10 D00N DE MAJENCE. 10^73—1^904
L'archevesque Turpin , Estout le combatant.
Le conte de Poitiers et Naimon le vaillant ,.
Et des autrez barons qui forent si aidant.
Des biaus cons que il font a envie si grant
Que il n'en prendrait pas .G. mile mars d'argent •
Qu'as Danois ne monstrast Durendal la trenchant.
De chen qu'il l'orent pris en lor chartre ensement
Prendra grieve venjanche, chen se va porpensant.
Lors deschent de la tour par le guichet coulant,
Par si grant desverie autresi reboufant
Com se fussent tuit mort dehors li raiex vaillant.
Quant Garin l'a véu , si [se] sengne en riant
Et a dit à Doon : a Qu'alons nous atendant ?
« Le déable d'enfer alon nous chi musant ?
« Mes sievon no segnor, pour le Dieu qui ne ment !
« A nos brans esmoulus lor liverron ja tant
« Que les plus viguereus en devendront pensant. »
Et Do li respondi : a Chen soit à Dieu queraant! »
Lors s'esmurent aval de la tour deschendant ;
Si le ferment moult bien à la clef veroullant.
Armés furent il bien , qu'il n'i falli noient.
Les espées es poins, sunt au capleaprechaat ,
Et voient les Danois tout le tertre couvrant.
Parmi eus sunt féru à plain cours enorchant ;
Des espées trenchans les vont si festonnant • - .:
Que le plus haut Danois va de paouf tremblant*
Des chevax n'ont il nul, dont il sunt désirant ,
Et Robastre le preus lor en amena tant: >
Que à chascun en va plus de .vu. présentant,
Que li Danois i furent fera sanscontremant,
Et forment àsailli et deriere et devant.
Quant Kalles et Garin et Do furent monté, Chele part sunt Danois fièrement escrié.
io,jo$— io,h* DOON DE Màience. jh
Parmi eus sunt féru aussi comme desvé ,
Et comme chil dont Dex ot dit et quémandé
Que il li meillor fussent et li miex àlosé
De tant com li mont tient et comme il a de lé.
As hers qui d'eus issirent fu il puis espfouvé,
Issi comme li livre le nous ont devisé. f'
Kalles ala ferir .1. Danois deffaé '
De Durandal la bonne , qui tant ot de bonté
Que li et le cheval a parmi tronchonné.
Et Garin li a dit : « Vous Pavés estrienné.
« J'en repaierai .1., se Dex me doinst santé. »
A .1. autre s'esmuet : tel coup li a donné
Que Pespaule et le bras li a tout dessevré ,
De la destre partie Ta tout desordené ,
Et le col du cheval trez par mi tronchonné ;
Tout abat en .1. mont par selonc .1. fossé.
« E nom [Dieu] ! dit le roi , t'espée a grant bonté ;
« Fors la moi[e], n'ai je si bon branc avisé.
« Sire Do , par mon chief 1 Garin vous a passé. »
Et respondi le quens : « Che iert ja esprouvé. »
Lors en va .1. ferir, Kalles Pot aïré;
Par si grande rancune li a le branc rué
Que le hiaume li ront, s'a le hauberc faussé,
Très le front jusqu'au pis l'a fendu et froé;
Merveilleuse li met très parmi lecosté,
Tuit li boue! li sunt hors du ventre volé ;
Entresique es archons n'a le branc aresté,
Tout estendu l'a jus à la terre versé;
Et le cheval ra il deriere esgareté ,
D'autre part son segnor a à terre tumbé.
Et quant Kalles le voit, s'en a .1. ris geté :
« Do, fet [il], par mon chief! or vous ai esprouvé;
« Il n'a meilleur de vous en la crestienté.»
Lors se sunt sus Danois tous .m. resvertué
?!2 DOON DE MAIBNCE. 10,33?— "M;*
Et lor sunt sus courus, de ferir avivé.
Et li autre baron n'i resont séjourné ,
Ne Richart, ne Tierri, ne li autre barné;
Tous fièrent et captaient sus la gent maufé.
Ne Robastre le fier ne s'i ra pas chelé,
Et l'Aubigant méisraè i ra grant bruit mené.
Et sa gent de Vauclere n'i resont oublié ;
Trestous fièrent et frapent, n'i a autre amisté.
Et d'une part et d'autre sunt Danois mal mené.
Que li Francheis i furent, qui bien i ont caplé,
Et li .1111. prison , qui maint en ont maté,
Et Robastre le fier i ra sus tous frapé.
Ains nen éust on pas une lieue aie
Que tuit li Danois furent mort et desbareté.
Moult fu grant li avoirs c'on i a conquesté.
Quant li Aubigant voit que il a tout outré,
Les Francheis en a moult bonnement merchié.
Il embrache Doon, Kallon a merchié ;
Par fine traïson a chascun henouré;
Riant les emmena vers la bonne chité.
En lor sale se sunt nos Francheis ostelé,
Et l'Aubigant entra en son pales listé ,
Et jura Mahommet et la sieue bonté
Que li Francheis seront le matin traîné
Et pendu au gibet comme larron prouvé ,
Pour chen que devant li s'erent issi vanté
Que il le geteront de toute s'erité
Et que il li todront Vauclere sa chité.
L'Aubigant en a duel , quant l'en est remembré,
Et dit bien et affiche à son conseil privé
Que Francheis en morront à honte et à vitté.
Lors en a apelé Feramont de Monlé :
« Gardés bien que .m. Sesnes richement atome
a Soient devers la saie où Francheis sunt entré ,
10 ,J7?-io,4o6 DOON DE MAIENCE. J1J
* Et de nuit et de jour soient moult bien armé, a Ne m'escaperont pas, mar lor est encontre; « Le matin les pendrai quant seront traîné.
— Sire , chil li respont , à vostre volenté. » Lors s'en part Feramont, s'a l'Aubigant cliné, Et a fet erraument chen qu'il ot quémandé.
Mil Sesnes s'arment tost, qu'ainsi est devisé; La sale et les Francheis ont tout avironné.
Quant Francheis l'ont véu , tûit en sunt efréé, Il n'i a si hardi qui moult n'ait redouté.
La famé l'Aubigant, qui Dex otroit santé,
Quant ele a chen véu , n'i a plus demouré.
Quiex Àntequin s'en vint , son serjant henouré ;
Par le mur qu'il avoit de la sale troé
S'en entra là dedens; Kalles a apelé
Et les.autrez barons , qui Dex croisse bonté.
« Segnors Frans, fet la dame, or est tout apresté
« Que demain serés pris et mort et affolé ,
a Se Dex n'i met conseil par la soue bonté.
a Mes n'aies ja peur, soiez asséuré ;
« Que je me fi en Dieu et en la Trinité
ce Que je vous jeteroi d'ichi à sauveté.
« Quant vendra au matin , qu'il sera ajourné,
« Vous serés assailli, qu'ainsi est devisé.
« Quant vous verrez que Sesne seront chi assemblé
« Et lessié le caste! pour chi estre atravé ,
« Et que il aront tout le palez délivré,
s Si vous en sailliez tuit parmi chest mur crevé;
s Au pales trestout droit vous en venés serré ,
« Que je et Antequin , qui le m'a gréante ,
« Jeteron le portier tantost ens u fossé.
« Le paies vous rendrai , se Dex l'a destiné;
« Puis nous chevira Dieu , qui en a poosté.
— Ma dame, il. li ont dit, de par la Trinité,
« Issi le feron nous corn Pavés quémandé. »
La dame s'en départ, qui congié a rouvé, Et li baron se sunt moult richement disné ; Après mengier ont tuit canté et carolé.
Quant l'Aubigant les ot du grant paies listé , Entre li et les siens les ont moult degabé , Et dit li Aubigant , que maint l'ont escouté : « Or chantés hautement, que, par ma loiauté!
« Vous serés tuit pendu ains demain l'avespré. » Flandrine Ta oï , s'avala li degré ; Par l'ostel Antequin , li serjant henouré , S'en vint à nos Francheis et si lor a conté Trestoute la menaches de l'Aubigant desvé.
Et Robastre respont : « Trop avés fol pensé.
« Nous bouteron le feu par toute la chité , « Puis les jeteron ens, quant seront découpé"; « Le paies aron nous et trestout le régné. »
Or orrez ja comment il furent encusé, ::
Et comment fu séu du fort mur desmuré.
Or escoutés , pour Dieu , qui le monde forma, ' [Si] comment une famé du mur les encusa.
Li serjant quiex qui Do Flandrine coucha, Qui crestïen estoit et qui le mur percha , A [*sa] famé au matin .1. poi se couroucha , Pour .1. petit braquet que ele li tua.
De sa main la feri et ele s'aficha '
Que mar l'osa penser, que il le comperra.
A l'Aubigant s'en vint au point que il leva ; Devant li à genous maintenant se geta :
« Sire, pour Mahommet, à moi entendes chà.
« Ma dame de ehïens, qui ains ne vous ama « Ne qui ains bien ne crut ne ja bien ne crerra ,
Mon mari Antequin devant ier quémanda
10,440-10,47) D00N DE MàIENCE. 3 1 5
« Que il perchast le mur de la sale delà :
a Dedens nostre meson Antequin le percha.
« Ma dame entra laiens, et sa fille î mena,
a Au preus conte Doon à mou 1 lier la donna ;
« Et li quens la rechut : maintenant Pespousa;
« L'archevesque Turpin la messe lor chanta.
« En ma chambre en meson maintenant se coucha.
« Ma dame li a dit que chest païs aura ,
« Vauclere la chité et quanque il i a.
« Se vous les assaillies, en couvenant lor a.
« Que chiens u paies me[n]tenant les metra. »
Et quant li Aubigant la parole escouta,
Tout le vis H rougi et le sanc li mua ;
Mahommet a juré, à qui sa créanche a,
Que il ardra les dames et Antequin pendra.
Serjans et chevaliers devant li apela ;
A l'ostel Antequin maintenant s'en ala ;
Antequin a on pris , bien fu qui le Jia.
De chel mur le pertruis à murer quémanda;
Puis amaine Antequin , en sa tour le jeta ,
Et sa famé et sa fille en sa chambre enfrema ,
U solier de la tour où Antequin lancha.
Et quant il ot chen fet, tous ses hommes manda;
Quant furent devant li , si les aresonna :
«Segnors, fet P Aubigant, or n'i attestés ja.
« Tout à pes vous armés, tant corn de gent chi a; '
« Si prendron les Francheis en la sale delà.
a Par le saint Mahommet qui la loy nous donna ,
« Jamez la moie bouche de pain ne mengera
« Si seront tuit pendu ; ja chen ne remaindra.
a Et la putain ardroi qui ma fille donna
« A Doon de Maience ,• qui honnife] la nta.
« Or as armes tantost! que qui ne s'armera,
« Ne sera mes amis ne de moi ne tendra. »
ji6 Doon de Maience. 10,474— io,*o*
Chil se courent armer, que nul n'i aresta.
La gent de la chité si grant noise mena Que tout en retentist et dechà et delà.
Quant Kalles l'a véu, forment s'en effréa ; Les barons de laiens devant li apela , Et , quant il sont venu , moult bel les salua.
c SEGNORS y chen dist le roi , ne leroi ne vous die a Nous sommes chi venu en une compengnie <l Pour servir Damedieu , le fis sainte Marie. « Qui à bon segnor sert , je vous di sans faintie , « Bon guerredon en a, de chen ne doutés mie.
« Nous sommes chà dedens, en la chité antie, « En cheste tour enclos de la gent paiennie, « Et la sale est moult forte et feite par mestrie , a De mur sarrazinois et close et bateillie « Et de très bonne gent moult richement garnie, a Que de meillor n'a point desi en Lombardie. « Nous aron ja l'assaut , de chen ne doutés mie, a De cheste maie gent , que le cors Dieu maudie ! « Gardés que en vous n'ait paour ne couardie; « Mes deffendés [vous] si que tout le monde die a Vous estes bon vassal plain de chevalerie.
« Chil qui mourra ichi , je vous di sans boidie , « Aura en paradis moult très bonne partie.
a Et si vous di sus Dieu, qui ma foi a plevie, a Que chel riche paies, où H or reflambie, a Où les hautes tours sunt et la fort manantie , « Aron tout quitement ains Pore de complie.
a U fossé jeteron chele Mahommerie, c Un ymage i metron u nom sainte Marie.
a En la chambre roial, où le roussignol trie, Là coucheron Doon entre les bras s'amie, landrineite au cler vis comme rose espanie ;
io,jo7-io,n9 DOON DE MAIENCE. J17
a Tout ara le païs et la grant segnorie, « Et qui Dieu ne crerra tout maintenant l'ochie. « Montés tous as querniax; se Dex me benéie, « Ja i aura de cors mainte ame départie. »
Quant sa gent Ta oï, s'en est toute esbaudie; Tuit se queurent armer, qu'il n'i demeure[n]t mie. Quant se furent armé, lor très bonne mesnie Ont la table de pain et de bon vin garnie.
Pouchinés fruis au lait et à la gansai 1 lie Leur apporte le queu : si ot envoiserie.
Tuit queurent chele part, n'i a chil qui ne rie; Chascun prent chen qu'il peut avoir sans vilenie; L'un à l'autre le toit par fine mignotie , Et boivent de bon vin où il n'a point de lie. Robastre i sourvint , qui à vois lor escrie : « Segnors, or i parra qui ara bêle amie; « Ichi connoist on bien qui aime sans faintie. « Se vous ne m'en donnés , par Dieu le fis Marie! « Ja me verres venir, en mon poi[n]g ma cuignie. » Lors s'en rient trestuit la riche baronnie; Du sien li tent chascun par fine courtoisie.
Et il a pris du pain et la croste et la mie Et menjue cantant , vestue sa cuirie ; Puis a béu du vin une seille et demie.
Et quant il ot béu , la chiere li rougie, Et roïlle les iex, s'a la hache empongnie; Lors s'escria en haut : « Se Dex me benéie, « Ja i querra de tex qui n'en lèveront mie. »
Grant joie marnent tuit laiens nostre baron.
Do de Maience rit et embrache Kallon; Mes ne soit pas comment Flandrine est en prison , Sa mère et Antequin, qui cuer a de lion. Se Damedieu nel fet et son saintisme non ,
ji8 Doon de Maience. 10,540— 10,171
Jamez n'escaperont , se par ochirre non
Ou pour ardoir vilment en feu et en car bon.
La bêle pleure et crie, qui Flandrine otà non;
Moult regreite souvent le preus vassal Doon :
ce Ahy 1 franc chevalier, gentil fis de baron,
a Tant mar fu vostre cors! Ja vous ochirra on ,
« Se Dex n'i met conseil par sa benéichon. »
Lors quéi de douleur souvin en pasmeson.
Sa mère l'emmena, qui Dex fâche pardon,
Et ploura tendrement , Dex apele et son non ;
Moult li beise souvent la bouche et le menton.
« Ma fille , en vostre mort n'a coupes se je non.
« Moult te cuidoie bien meitre à garison ,
ce Et oster de la loi Tervagant et Mahon
ce Et crestïenté meitre en cheste région ;
a Or voi que de la mort n'aron ja garison.
« Les âmes en ah Dex par sa rédemption
ce Et de cheus qui pour nous sunt en tel soupechon,
« De Kallon et des siens, qui là sunt en prison. »
La dame pleure et crie, ne se pot conforter; Bien voit que de la mort ne puet pas escaper. Sa fille voit pâlir et la couleur muer ; La biauté de son cors commenche à regarder, Que jamès plus biau cors ne porra on trouver, Ne qui plus puisse Dieu nostre segnor amer.
Et li Aubigant fet .C. Sarrazins monter U plus haut du paies pour la meson garder ; Puis manda as Francheis s'il se voudront livrer Et meitre en sa merchi d'ochirre et de tuer.
Et il ont respondu ja n'en couvient parler ; Que se il ja ne pevent vers li merchi trouver, Qu'il se vendront si chier, se il les veut grever, Que desique à Bordiaus l'orra on raconter.
| 0> 57J— io,6°6 DOON DE MàIENCE. JI9
Quant li Aubigant Tôt, si commenche à crier :
a Or à l'assaut, segnors! que, par saint Guinemer!
« Ja feron de chest mur .mi. toises verser.
a Feites eschielez tant entour les murs porter
oc Et feitez nostre gent en"contremont monter.
a Ja seront mort et pris; rien ne les peut garder
a Que au gibet amont nés fâche traîner. »
Lors queurent chele part qui plus i pot aler,
Et portent mainte eschiele et maint pic pour miner,
Maint arbaleste fort pour les quarria*<s geter.
Au mur viennent tantost ; si prennent à hurter
Et de pic et de houes que le mur font trembler.
Et nos Francheis les oient, que Dex puist henourer !
As murs montent amont ; si prennent à ruer
Pierres grans contreval pour eus à mort livrer.
Qui donques lor véist ches hiaumes effondrer
Et fendre ches escus et ches Sesnes tumber
Et Mahom lor segnor à grant vois reclamer.
Et Francheis tout adès ne finent de ruer ;
Et li arbalestier prennent à enteser,
Quarriaus font contremont et séeites voler,
Et li autre se painent de mangonniax lever
Et tant de fies et flondres pour Francheis gra venter.
De nos barons ont fet tant plaier et navrer
Que grant douleur seroit qui voudrait raconter.
Mort nous i ont Girart , qui tenoit Saint Osmer,
Aliaume de Berri , le vassal Aymer,
Et maint autre baron que je ne soi nommer.
Et quant Kalles le voit , couleur prist à muer
Et ses gentis barons plaindre et regreter.
Et quant Robâstre oï le roi si dementer,
De la pitié de li commenchâ à plourer ;
A grant vois s'escria : « Segnors , Iessiés m'aler !
a Par le saint Sauvéor qui nous doit gouverner 1
} 20 D00N DE MàIENCE. 10,(07—10,619
« Tant vous en feroi ja trebuchier et verser
« Que .1. pourchel d'un an porroit u sanc noer. »
Sa cuignie courut iréement combrer,
Isnelement courut la porte deffermer,
Et chil viennent devant, qui cuidierent entrer.
Et Robastre à .11. mains lor va tante donner»
A sa grande cuignie en fet tant tronchonner
Et tant hiaume lor fet et tant escu quasser
Et tant hauberc serr[é] desmaillier et [fausser],
Et tant fet de paiens devant li traverser
Que à paine i pourront jamès H sain passer.
Mes li Aubigant vint, qui lor prist à crier :
a Fix à putain glouton 1 l'en lerés vous aler ?
« Par Mahom que je croi et que doi aorer,
c Se vous tost ne li feites chest ennui comperer,
« Jamez ne vous porrés en moi de rien fier. »
Robastre queurent sus aussi com pour tuer.
Dont li véissiés pierres et pessemens ruer
Et de lanches ferir et d'espées capler,
De mâches, de plommées, merveiileus cous donner,
De leviers et de busches entour li atroper.
Si très fort le destraignent, le gentil bacheler,
Que, ou il voeille ou non , le couvint reculer.
Ariere se retrait , quant nel pot endurer,
Et il trestous après commencbent à entrer
Et chil derier tous jours ne finent de bouter.
.C. et .L. et plus, à tant les puis esmer,
S'en entrèrent laiens quoi qu'il déust couster.
Mes or orrés comment Dex en sot bien ouvrer.
Une porte ot amont, qui pendoit pour couler;
A une corde pent qu'en i ot fet nouer;
Et .1. Francheis i queurt, la corde va couper.
La porte deschent jus par si très grant fierté
îo,*40-io,*7* DOON DE MàIENCE. $21
Que tous cheus qu'a ataint a sous li aterré.
Cheus qui sunt ens cuidoient trestout avoir trouvé,
Et Robastre leur queurt à guise de desvé ;
A la grande cuignie en a maint assommé;
Qui il ataint à coup tout l'a à mort livré.
Kalles fù sus les murs , qui cben a regardé.
Entre li et Garin et Doon le séné
Et plus de .xxxvii. du miex de lor barné
Deschendent chete part corn vassal aduré.
As Sesnes queurent sus , de ferir apresté ;
Sus les hiaumes lor ont maint ruiste cop donné ,
Maint cbervel espandu et maint col tronchonné ,
Maint félon Sesne ochis , mort et esbouelé.
Et cfail si se deffendent, mes petit ont duré;
Quer, aincbiès qu'en éust .1. pourchel escaudé,
Furent il trestuit mort, ochis et desmembré ,
Li .1. trenchié parmi, li autre esbouelé.
Li Aubigant le sot , tout a le sens mué ;
Mahom et Tervagant a maintenant juré
Que chen sera moult chier ains la nuit comperé.
Li assaut fu moult fort ; ains plus aspre ne fu. Et nos Francheis resunt sus le mur acouru , Si leur ont trait amont maint fier quarrel agu ; Tel i a qu'en a .c. et plus en son escu.
Et il leur ont rué maint grant caillieu cornu ; .V e . et plus des leur i sunt à mort féru , Qui gisent tuit envers lés le mur estendu.
Li Aubigant le voit, ains si dolent ne fu; Mahommet a juré, Tervagant et Cahu, Que sa famé, qui a tout chest fet consentu , Et sa fille au cler vis, à qui Do a géu , Et Antequin le fel , qui le mur a ru m pu Et qui chen a basti et tout chen a séu,
J22 DOON DE MAIENCE. 10,675—10,705
Seront en .1. feu ars ainchiès qu'il ait béu. De cheus vous dirai je com leur est avenu.
En une tour moult grant du temps le roi Artu Sunt tous .lu. en prison , dont grant damage fa.
Antequin fu au fons de chele tour quarrée , Et la dame et sa fille fa dessus enfremée.
Moult demainent grant duel , mainte lerme ont plorée, Que bien sevent de fi qu'en ichele journée Seront arses en feu chascune et embrasée, Se Dex n'en a merchi , qui fet venir rousée.
La dame s'apensa , qui moult estoit senée ; Du solier ont tantost une plancheite ostée.
Antequin fu aval , s'a la teste levée ; Sa dame vit amont , si Fa aresonnée :
a Ma dame , estes vous dont là sus emprisonnée ? — Amis , chertés oïl , moult en sui adoulée ; « Bien soi que nostre mort est du tout atournée. « Se péussiés monter chi où sui enfermée , « Tost éussiés de Puis la seréure ostée. »
Lors a ele une nape grande et longue trouvée ; L'un boutgiete Antequin, et le berl'a hapée, Et Flandrine saut sus , qui s'i est acouplée ; Et la dame et sa fille s'est tant esvertuée Qu'Antequin en ont trait par bonne destinée.
Quant le ber fu amont , si J'en a merchiée :
« Dame , .V e . merchis 1 Vous serés délivrée « Bientost , se je ja puis , sans nule demorée. » Lors a tret son coutel la pointe amourée ; La serrure a tantost de chel huis defFremée , Et regarde là hors par la sale pavée.
Onques ne vit laiens homme ne famé née, Fors le portier, qui ot la porte deffremée , Et se séoit ileuc comme tnusart qui bée.
io,7o^-iô,7Î9 DOO'H DE MàïENCE/ J2J
Antequin s'en tourna, qui Voit que H agrée, Et s'en rentre en la tour; après ti l'a fremée. a Amis , chen dist la dame - dîtes vostrë pensée ? « Pourron nous escaper de cheste tour quarrée ?
— Dame , chiï K respont , par la Vierge henourée ! a Le portier ai trouvé, qui ma famé a amée;
« Mes je Pochirrai jaf^ se la porte nous vée. »
Lors a moult vistement une broighe endossée ,
Et la dame ii a la veritaille fremée ,
Et il chaint vistement une trenchant espée ;
En .1. capel d'achier a $a teste boutée;
Grant et gros fa et lonc , s'ôt la brache quarrée.
« Dame, feites tantost , ne soies mal senee :
« Gardés bien cheste tour, que ne nous soit emblée.
a Toute nous ont taiens la sale délivrée ,
a Que tous cheusqui mi sire Pavoit or quémandée
« Sunt amont as querniax , à Ior maléurée.
a Se je lor puis fremer dechà dessous l'entrée
a L'uis petit du degré par ont il ont montée ,
a James n'en descendront "s'iert la voûte crevée
« Sus qui il sunt monté , qu'à mortier est murée.
a Puis , par le roi puissant qui la terre a formée ,
« Vous di que le portier aura courte durée. »
Lors courut à l'uisset , s'a la barre coulée
Et fermé de la clef; en sonsai[n]g l'a boutée.
Le portier se leva , la noise a escoutée ;
Chele part est venu , sa grant mâche levée.
Et Antequin li dist : « Portier, se il t'agrée ,
a Ma dame sera ja de prison délivrée.
— Non sera, chil respont, ainssera embrasée, a Et Flandrine avec li , chele putain prouvée , <c Qui sans congié de nous s'est à Do mariée. » Et quant Antequin Tôt, s'a la couleur muée; Damedieû a juré et la vertu nommée
324 DOON DE MAIENCK. 10,740—10,77;
Que cbeste parole iert maintenant comparée.
Le portier fu armé par maie destinée; Plus fier homme n'avoit en toute la contrée.
Et Antequin H vient ; tele H a donnée De l'espée trenchant, qui bien fu afiiée, Sus l'espaule le prist que Pespaule a faussée ; Plaine paume et plain doi est en la char entrée; Poi s'en faut que du cors ne H a dessevrée.
Le portier sent le coup ; si a sa loi jurée Que il li vendra chier ains que past la vesprée. La grant mâche de fer a amont entesée , A .11. mains la leva par moult grant aïréfe] Et giete à Antequin par moult ruiste amenée ; ! La platine dessus est toute ens embarrée.
Si fièrement li a la teste martelée, Les temples entommies et l'oïe estonnée, Que pasmé le geta souvin , gueule baée; Tout à chertez cuida Pâme en fust dessevrée.
Vers la porte requeurt et la sale a barré[e]; Puis courut vers la tour, si t'a trouvé fremée. La dame en apela , si l'a aresonnée, Et sa fille au cler vis, qu'est Flandrine apelée: « Dame, que feites vous? Ditez verte prouvée. — Portier, ele respont, trop sui espuantée , « Que sui chi en prison à tort emprisonnée.
« Se délivrer me peus, moult bon me véis née; « Riche homme te ferai quant serai escapée :
« .C. mars de fin argent et ma coupe dorée « Te donroi , sans mentir, ains complie sonnée, c Sus ma foi le te jur; ja n'en iert parjurée. » Et quant le portier Pot , si l'a reconfortée : « Dame, or ne vous doutés; soies asséurée « Que, se puis achever n'acomplir ma pensée , * Par Mahommet mon dieu, en icheste journée
io,774— ">,8o* DOON DE MAIENCE. ja$
« Serés arse en .1. feu, brute et embrasée, « Que nostre loi avés honnie et vergondée. »
Antequin l'a oï, s'a la teste levée; Damedieu reclama et la Vierge henourée.
S'espée maintenant à du feurre getée ; Du mot que il 01 a s'ire remuée; La royne jura, qu'el chiel est couronnée , Que icheste parole H ert guerredonnée.
Anteqjjin lieve sus, qui grant mautalent a; Damedieu a juré , qui le monde forma , Que mar l'a chi féru et mar le menacha.
L'espée nue u poi[n]g vers le portier ala ; Ains ne le vout traïr, ainchiès H escria :
« Si m'aït Dex, portier, or i mourrés vous ja, « Se Dex en est au droit , qui ja ne mentira, o Mar m'avéssiferu, chier comperé sera. »
Et quant chil l'a véu , trestout s'en merveilla , Que ne cuidoit jamès qu'il se levast de là.
Et Antequin du branc si grant coup li donna Dessus la teste amont que le capel coupa; Devers la destre part une pieche en vola, Que l'oreille et la temple sus le col li coucha. Le sanc à grant foison contreval en coula ; Moult s'en failli petit que il ne canchela , Ou que il tout souvin à terre ne versa.
Mes il jure Mahom et la loi qu'il donna Que mar le ra féru , tantost se vengera.
La machue à .11. mains en contremont leva , Et saut vers Antequin , que du rement hasta.
Sus le capel le fiert; si grant coup li donna Que trestout estendu souvin le recoucha.
Il le voit baaillier et ne se remua; Tout est rasséuré, jamès nel doutera.
)26 DOOK DE M-AIËNCE. 10,807—10,840
Mahommet a juré,, pu il sa créanche a,
Que jamez li ne autre lie réconciliera ; ,
En la chartre en parfont arrier le lanchera.
De la chartre a la ciel, tantost la deffreraa;
Quant deffremée l'ot, coqtroVal regarda.
Et Antequin sau[t] sus , cbele part^'adrecha,
Qui fu tout reposé; s'alaine reprise a.
Quant vit que le portier en la, chartre musa,
Par deriere li vint , ens l'empaint et bouta ;
Puis frema l'uis aprez et la clef estoia.
Chil fu en la prison, qui jamès n'en istra,
Si en sera pendu ou traîné sera* . , ,,
Quant ch'a fet Antequin, Datnedieu en loa,
Puis se parti d'ileuc; en la tour s'en entra -
Où les damez plourans et pensives trouva.
« Dame ,. fet Antequin , ne vous esmaiés ja ,
« Que le paies avon ; home vivant n'i a ,
a Fors les .C. traïtours que me sire i lessa.
« As querniax sont lassus : ja .1. n'en deschendra
a Se il ne braise l'uis; mes ja chen n'avendra,
« Que il est tout de fer,, et mon cors Je frenia.
« Mes, se fere le puis j les, Frànçheis aron ja,
« Kallemaigne et DQOo,,.qui vo fille épousa.
a Je lor ferai savpir comment il. nous esta; .
« Si romperron le mur ^}e :1a salçdeçhà;
« La porte ouverroi Kalje-j et il i enverra
« Et tuit si compengnun, si; que vous, verres, ja
a Le pais conquerront, et Dp le ra^intendra, »
Quant la dame Foi , de joiesouspira. : :
Et Antequin. tantost, par tout laiens çherqua ,
Et enque et parchemin à .pleine i trpuva ,
Puis i escrist tout<hen que -sa dame conta ,
Comment il sunt laiens$t comment il sera ^ :
Se li Francheisi viennent, que gp lor ou verra.
10,841-10,874 DOON DE MAIENCE. J27
.1. arc turquois a pris, onques n'i demoura;
En une fleiche fort chele letre frema.
A la fenestre vint , les Francheis regarda ,
Comment il se deffendent encontre cheus de là.
Sus les querniax amont 1. Francheis avisa,
Qui moult se deffendoit et les pierres jeta.
Antequin lesse aler, et son arc entesa
Le quarrel vers la sale, où la letre noa;
En l'escu de son col au Francheis le planta
Tout issi corn Dex vout , qui les i amena.
L'archevesque Turpin chele part regarda ,
Et vit le parchemin qui aval pendilla.
Les letres aperchut, chele part s'adrecha,
La séeite seisi , les leitres esgarda ,
Et trouva en escript que la dame manda
Que le palez a pris et quanque il i a ,
Et le portier est pris , jamez ne li nuira ;
Les autres sunt amont, plus de .c. en i a; .
Mez il sunt enfremé , ja .1. n'en deschendra.
Flandrineite au cler vis son ami salua,
Le preus conte Doon , qui espousée Ta.
Si corn dit li escris, ensengnes li manda
Que il rumpent le mur et n'i demeurent ja ;
Par devers le paies ele leur ouverra,
U nom de Jhesu Crist, qui le monde estora.
L'archevesque le voit; Ka Ile ma igné apela,
Et Garin et Doon, et tout chen leur conta.
Francheis le sorent tuit, chascun joie mena;
Vers la. tour du paies le plus d'eus regarda.
As fenestres devant la dame se moustra,
Et Flandrine au cler vis , Antequin , qui seigna.
La puchele gentix le preus Doon guigna ,
Si ligeta, .1. ris; pour s'amour souspira.
Et quant Do l'a véu , de joie sautela ;
336 Doon de Maibnce. 11,144—11,177 Robastre prent les mors et chil qui sunt navré, Tous les a de lassus en contreval rué ; Puis séjournent ichi à joie et à barné.
Mes il n'i orent pas longuement sejorné , Quant .1. mesage vint coiement, à chelé.
En la guise d'un Sesne ot son cors atourné.
As fenestres vit Do , à sa main Ta chené ; Tant li a d'un et d'el fet et semblant monstre Que il l'ont connéu ; encontre sunt aie.
Le guichet li ouvri chil qui porta la clef; Devant le roi s'en vint là où il Ta trouvé , Et de par la roïne Ta tantost salué , Et li et les barons , qui là sunt assemblé.
<c Sire, fet il a[u] roi, dirai vous vérité.
« Dès que Dieu quémanda fere l'arche Noé , « Tel pueple ne vit on en .1. lieu assemblé a Comme il a à Coulongne , chele bonne chité; <c Que en trestoute Franche ne en la roiauté , « N'en l'empire dechà jusqu'as mons Maloré, « N'a il homme remès , s'il n'a enfermeté , et Que la roïne n'ait tout semons et mandé.
« Si très grant peuple i a venu et amassé « « Que une lieue grande et de lonc et de lé « Tiennent chil à cheval, quant il sunt bien serré. « Si s'en viennent tout droit , à joie et â barné , « Sus les chevax courans moult richement armé , « La roïne devant , au gent cors henouré , « La bêle Galienne , à la fresche biauté, « Qui toutez autrez passe de sens et de biauté. » Quant le roi l'entendi, s'en a .1. ris jeté, Et Robastre saut sus , s'a de joie chanté.
A grant vois s'escria : « En mal an sunt entré « Li Sesne desloial , se il sunt chi trouvé. » De la joie qu'il ot a monté le degré
ii,i7t-u,»» DOON DE MAIENCE. }$7
Contremont la grant voûte du paies quernelé ;
Tant a pierrez dehors sus les Sesnes rué
Et sus les grans mesons où il sunt oslelé ,
Que les tieules en braisent , les lates et li ttef,
Et des soliers i a qui tuit sunt effondré.
Li Sesne Pont véu , en fuie sunt tourné,
Plus que .1. arc ne tret sunt arier reculé.
Et il leur a en haut à haut ton escrié : * • •
« A foi , Sesne puant, à mort estes livré. :
« Chest présent vous fes je de par nostre espousé,
« Le preus conte Doon ., que avon marié.™
Nos barons séjournèrent issi com je vous chant ; Boivent et mainent joie et chantent Ji auquant, Liement se deduient à feste et à beubant :
Tant est fort lor palez qu'il n'i doutent noient. Et la rolne vint , grant joie démenant, Qui secourre les vient o sa gent conquérant; Plus de X. mile sunt trestout en .1. tenant.
Estes la gent venue, qui sunt avec venant; Parmi Seissi entrèrent, grant joie démenant Que trestout le païs va devant eus fuiant.
Le roy des ribaus va une journée avant;; .VIl m . ribaut sunt tuit à li aclinant # Ainchiés que il par fussent à Vaaçjere Ja grant, Ont pris .xv. castiax et viles autr étant, - Et richement garnis de bonne gent aidant.
Li Aubigant les ot , [*moult s'en va esmâiant], • * Or creint il perdre tout , de paour va tremblant. * Segnors, fet il as siens, tuit sommes recréant i « Se ne nous deffendon vers chest ost sourvenant. a Trop maternent ira, s'ainsi sommes faillant , « Que vers nostre paies n'a recouvrier noient. » Et chil ont respondu : « N'alez ja esmâiant , Doon de Maienct. ii
;;8 Doon de Maience. ii,hi-m,m} « En trop desconforter n'est on rien gaaignant, « Que nous nous deffendron, s'il estoient autant. » De défendre moult bien s'atournent H auquant , Et H auquant s'en vont hors de la vile emblant; Mez n'orent pas esté issi .m. jours estant, Quant la roîne vint son grant peuple amenant. Tout entour la chité se logent maintenant ; Grans très et paveillons tendent tout entour tant Que une lieue et plus vont les tentes durant. Quant Robastre les voit, de joie va saillant ; Au portier escria : « Euvre moi tost errant ! «. Par le saint Sauvéor où nous sommes créant , a Ja en ferot chéir plus de .G. en biant ;
* Chil sunt mort et destruit qui seront contrestant. » Ja s'en alast là hors sus la gent mescréant,
Quant Kalles le retint, qui H dist en riant :
* Amis , ne vous hastez ne n'aies desréant ,
,« Que , se Dex le consent, le roy de Bethléem, g Nous les irotf véir, n'ira gaires targant. »
Ainsi remest la nuit com vous m'oés conter.
La roïne dehors, qui tant ot le vis cler, .VIII. jours trestous entiers fist sa gent sejorner, Et ses engins drechier et moult bien atourner. A .1. lundi matin a fet ses gens armer; Ses engins fet as murs maintenant aporter, Pierrez et mangonniax à grant forche jeter.
Les fossés font tantost emplir et aplaner ; As murs viennent tantost pour rompre et pour miner. Et Sesnes se défendent, qui Dex puist mal donner; Mes onques leur défense ne lor ot nul mestier Que .C. toises du mur ne féissent verser.
Lors commenchent serjant et ribaut à entrer Et chevaliers après pour les grans cous donner.
n, 144-11,17* DOON DE MàIENCB. }J9
Lors i vétssiés testes et espaules couper, Et corps de Sarrazins à glesves effondrer.
Quant Robastre le voit, si se queurt adouber ; Quant il se fu armé, sa hache va combrer.
Il s'escrie en haut : c Portier, lesse m'a 1er! « Se tu ne m'euvrez tost, par le cors saint Osaer! « Ja prestre n'i sera à tans pour confesser. » Ou chil vousist ou non , Puis courut deffremer, . Et Robastre s'en va, quant il peut escaper, Plus que ronchi[n] ne peut courre ne galoper. Li Aubigant U vint devant à rencontrer Et furent avec li si demaigne et si per, Que eus es fors mesons se cuident entourer.
Et quant il voit Robastre, si cuide retourner; Mes Robastre l'ataint, qui plus tost sot aler. Issi comme il cuida une porte passer, Le feri à .it. mains ; si le sot assener Dessus le hiaume amont tout le fist effondrer, Et Pespaule et le bras hors du cors dessevrer, Et les bouiaus du cors à la terre verser.
En .u. montez le fist pourfendre et tronchonner; Puis li a dit après : « Ne vous caille à lever; « Vous levastes matin , bien devez reposer. » Lors trestourna as autrez , si commenche à fraper ; A sa hache trenchant les sot bien revider, L'.l. detrenchier parmi et l'autre esboueler. Qui li véist ches hiaumez depechier et fausser, De fiere ochision se péust remembrer.
Deffense n'i avoit, que rien n'i pot durer.
QyANT Kalles nostre roi de Franche l'absolue Vit Francheis là dehors qu'amenez ot sa drue , Qui de la chité ont la closture abatue Par forche et par engins, et s'estoit ens férue ,
340 Û00N DB Maience. 11,177—11,309
Et voit Robastre entre eus qui de ferir s'argue , A la hache pesant qui bien iert esmoulue Comment il lez abat e$ escheryele et tue,, Des biaus cous que il fiert a grant, envie eue. A grant vois s'escria : «Sainte Marie, aiue ! ce Armez vous tost, segnors, pour pieu qui fist la nue! « Ne seron mez à temps sus Ja gent mesçréue; « Ains que nous i venon sera toute vaincue. » Lors a chascun tantost la, fort broigne vestue; Vers la meslée vont sus. langent mesçréue, / Ja lor sera mai, pris à icb este venue.
Kalles y Garin et Do viennent à la meslée, Et tuit H compengnun , chascun traite l'espée. A l'entrée d'un ort ont lor gent encontrée , Qui decachoient Sesnes comme gent esgarée.
As espées lor viennent ; tante lor ont donnée Que la plache entour eus en fu ensanglentée.
Kalles ala ferir .1. Turc de Galatée De Durendal la. gran* par tele destinée Que au premerain coup li a la Jeste ostée.
Garin abat .!. autre SQuyin, gueule baée, Et Do en rabat .111. à une esbouelée.
Puis se fièrent li .111. es autréz à volée, Et fièrent et emploient de venue et d'alée; Plus de .xx. en, abatent à une randonnée.
Et la gent de dehors est avec assemblée ; Si bien l'ont ileuefet, ch'est vérité prouvée/* La sarrazine gent est tpute à mort livrée,.
Chele qui morte n'est , iert u paies menée ; Qui crerre ne vout Diqu s'ot la teste coupée, Et chil qui bien i crut £ Ja crois aorée; Sa meson li a on et sa terre, quitée : .
Issi fu la chité toute crestiennée.
n,)!0-tî,M* DOON DE MAIENCE. $41
Et la famé Antequîn fu arse et embrasée ;
Le roi Ii ra tantost autre femme donnée ,
Et le fist chevalier de grant terre assasée.
La roïne s'en est sus u paies montée ;
Des damez que i sunt fu moult bel saluée :
Kalles, quant il la voit, l'a .C. fois acolée.
Lors lavèrent lor mains, quant la table iert posée,
Et mengierent en pes desi à la vesprée ,
Qu'il alerent dormir tresqu'à la matinée.
Et quant vint au matin , Garin a espousée
Mabiréite au cler vis , qui estoit sa jurée ,
Et Turpin l'archevesque lor a messe cantée.
Quant sous le couverteur Porent encourtinée ,
Et le roi 1a roïne a par la main combrée -,
Dessous le couverteur Ta lés lî aclinée;
Do i maine tantost Flandrine fa sènée ;
Dessous furent tous .vi. par joie et par risée,
Quant la benétchon fu sus Garin jetée.
U paies sunt venu , quant la messe est finée ;
Le mengier fu tout prest, Tevé lor ont donnée ;
As noches sunt assis , grant joie ont démenée.
.VIII. jours après îchen s'est lor gent atournée,
Et vont par le païs et par la grant contrée.
Tout entour la chité une moult grant jornée
N'i a remès castel ne tour en haut levée
Qu'en la merchi Doon ne se soit acordée;
Tuit se sunt baptizié, lor foi H ont jurée.
Quant chéri fu atiré, Kalles s'en retourna ; Sa moulKer et sa gent avec H emmena; Mes moult en i remest, qui le paîs peupla.
Garin et sa mesnie à Mohglane en ala , Et Robastre le fier, qui la hache porta.
N'i demoùrerent gaires , quant Mabile acoucha
$4* Doon DE Maience. ii, Ml— ",ï7<
D'Ernaut , qui Aymeri de Nerbonne engendra.
En Sessoigne la grant li quens Do demoura.
Tous les jours qu'il vesqui Sarrazîns guerroia ; .VII. journéez moult grans du païs conquesta. Es premerains .VI. ans .xn. enfans engendra, Que jamez de plus biaus nus hons parler n'orra. Tant les nourri le ber H mainsné chevaucha; Quant il ot .xiiii. ans , bel bacheler i a.
Gaufrei fu li ainsnez; les autres mestria , Sire se fist de tous , moult par les sourmena. Quant le père le voit , forment s'en couroucha. •I. jour que li .h d'eus de Gaufrei se clama, Le quens fu devant l'us; devant li les manda. Quant tous .xii. les vit, Jhesus en merchia ; Tant furent bel et grant que tout s'en merveilla : Et furent tuit d'un grant, l'un l'autre resembla; Nis la mère meisme, qu'en ses flans les porta, Ne séust deviser qui est chà ne qui là, Se as robes ne fust de quoi les desguisa.
Quant le père les voit, Gauffrei en apela : « Gaufrei , fet le quens Do , si comme on dit le m'a, « Tu es ainsné de tous, voir dit qui! me conta; « Pour chen bas mes enfans , en vilté les as ja, « Et dis que chen que j'ai tien , après moi , sera , « Qui ains mal n'en traisis ne rien cousté ne t'a. « Par forche le conquis, et Kalles m'i aida, « Et le sire du chiel , qui de tout poveir a. k Maint grant coup en rechu, dont la char me seignai «r A trestout mon vivant mon cors s'en sentira. « Et tu t'en fes ja sire, cui il rien ne greva, « Et t'orgueillis de chen c'un autre gaaigna. « Pour noient t'en debas; ja ichen n'avendra , « Que, par le saint Segnor qui le monde forma ! « Ja .1. de vous trestous de ma terre n'ara
">?7?-"t409 DOON DB MàIENCE. }43
« Qui vaille .1. seul denier; à chen ne baés ja. « Je la donroi, pour Dieu qui donnée la m'a, a A aucun povre enfant qui mestier en aura.
« Vous en irés à Kalles, qui vous adoubera; « Doinst vous sus Sarrazins si comme il me donna « Et vous le conquerrez , que meillor aea i a. « Là sera il véu qui chevalier sera, « Qui sera conquerans et qui bien le fera , « Et qui la foi de Dieu de bon cuer acroistra. « Se vous vous avanchiés, Dex vous avanchera. » Lors les vesti tous d'un; bel les appareilla. Robes parties ont teles comme orrés ja, D'escarlate et de vert du meillor qu'il trouva. Quant il furent vestus et Do les regarda, Si s'entresemblent tuit que tout s'en merveilla; Pour poveir qu'il éust .1. d'autre n'entercha, Ne ne sot qui il sont, s'il ne les apela.
Quant li .xii. enfant furent richement atourné Et d'un semblant cauchié et d'un semblant paré , Et de corps et de vis se sont entresemblé.
Chil moult s'en merveillierent qui les ont regardé, Que trestous .XU. sunt de si très grant biauté Et si grant et si gros, si droit et si levé, Que si très biaus n'avoit en la crestienté.
Et le père a chevax à chascun .1. donné, Et furent tuit ferrant et par lieus pommelé.
D'une couleur sunt tuit li cheval enselé; Tuit se semblent li frain dont il sunt enfrené ; Et li vallet i sunt tout maintenant monté.
De boens esterlins ont .1. grant sommier troussé; Chevaliers et vallès lor [* bailla] à plenté. Et il ont pris congié ; onque puis n'ont fine Si sunt dedens Paris, où le roi ont trouvé,
?44 Daou dbMaienck. 11,410-11,44,
Qui as fenestres fu de son paies listé.
Quant il les voit venir, s'a Naimon apeié ♦
Et les autres barons , dont il i a plenté :
« Venés véir, segnors, pour sainte carité !
« Sont che angres du chiel qui chi viennent monté ?
« Si biau» enfans ne vi en trestout mon aé. » - " -
Lors deschendent trestuit ; u paies sunt monté ;
Devant le roi se sunt à genoullons jeté,
De par lor pcre l'ont maintenant salué.
Moult lor a de Doon ènquis et demandé,
Et li enfant l'en ont à son vouloir conté.
« Sire , chen dist Gaufrei , par nous vous a mandé
« Que vous nous adoubés, se il vous vient à gré ,
« Et que vous nous doinsiés terres et hérité ;
« Quer il s'est affichié et bien en a juré
« Que ja n'aron du sien .1. denier monnaé. »
Et respondi le roi : « Bien soies vous trouvé!
« Si m'ait Dieu dû chiel , bien serés atourné ;
« De ma terre arez chascun une conté.
— Sire , chen dist Gaufrei , pour sainte carité !
« Ja terre ne tendron à jour de nostre aé
« Où il onques éust sainte crestienté.
« Sus sarrazine gent, qui Dex tînt en vilté ,
« Nous donnés , s'il vous plest, à vostre volenté ;
« N'avon soi[n]g de repos , trop avon séjourné.
oc Sus païens conquerfon, se Dex l'a destiné ,
« De quoi nous seron riches tous jors et assazé ,
« Et le tendron de vous , quant l'aron conquesté. *»
Quant le roi l'a or, s'en a .1. ris jeté :
« Si m'aït Dex; amis; vous avés biert parlé.
« Danemârche vous doins , une grant roiauté ,
« Et .lx. mit mars d'argent tout mohnaé^ ' ' -;-•
« Vous seront maintenant à l'estrienne donné.
« .X. milexhevaliers, qui seront bien armé , •-
ii,444-n>47* DOON DE MÂIENCE. 34$
a Et despense à .1. an tout acompli passé
« Vous baillerai tantost à chest premier esté. »
Et quant Gaufrei 4'entent, s'a tout k sanc mué,
Et regarde le roy par ire et par fierté.
a Sire, fet il au toi , or ai je bien prouvé
« Que petit nouspfisiés et tenez en vilté,
« Qui si petitet deft nous avés présenté. .
« Par le saint Sauvéor qui maint en Trinité !
« Ja n'en ara que X. en une roiauté.
« Se il plus ne conquiert à brief terme nommé,
a On ne le doit prisier .!. pouchm escaudé.
« Je sui l'ainsné de tous ; je vous di de verte
« Ne vous merveillïés se pour eus ai parlé,
« Que je ne di fors chen que il m'ont quémandé.
« Mes se ne nous donnés terre à tel largeté
« Que soion trestuit prinche ou haut roi couronné,
a Ne prison vostre don .!. mouton escorné.
a Sire , vous nous donrés Seissongne la garnie : « Trois roiaumez i a de moult grant segnorie ; a Et nous la conquerron , se Dex nous donne vie , a A chen que vostre corps nous sera en aïe.
« Et Danemarche aprez nous donnés sans faîntise « Toute jusqu'à la mer, si comme ele tournie. « Sire , si nous donrés la terre de Roussie , a Et Lorraine aprez jusqu'as puis de Bugie.
« Sire , si nous donnez la terre de Honguerie « Et trestout le païs entresqu'à Rommenie.
« Sire , si nous donnés la terre de Bouguerie , a Qui marche à PAmustant et au roi de Blasqufe. « Sire, chen nous donnés : ne l'escondites mie , a Que, se Dex ra'aït, sire, chen serait vilanie , a Que vous nen i avés vaillissant une aillie. ce Je me fi bien en Dieu , le fix sainte Marie ,
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a Que nous assembleron si riche compengnie
« Que toute destruiron chele gent paiennie.
« Yostre homme en seron tuit et de vostre partie;
* Serement en feron devant la baronnie. »
Quant le roi l'entendi , ne puet muer n'en rie ;
Tant li ont deprié bonnement leur otrie.
A une Pasque après, une feste joïe,
Les fist tous chevaliers au moustier Saint Helie.
.LX. mile mars, par fine courtoisie,
Lor a donné le roi; il n'i faillirent mie.
Si lor bailla grant part de sa chevalerie ,
.X. mile hommes et plus sus chevax de Sulie.
Tant chevauchent ensemble la riche baronnie
Qu'à Vauclere la grant, chele chité antie,
Se hébergèrent tuit en une praerie :
Moult en mainent grant joie li quens Do et s'aime.
Dedens .x. ans entiers, si corn l'istoire crie,
Conquistrent .m. roiaumes et terre grant partie
Li .XII. enfant Doon, que proeiche manie;
Toute crestienté fu par eus essauchie.
De Doon de Maience est la canchon fenie , Mes des enfans i a grant matière et fournie, Comme il conquistrent terre desor la gent haïe ; Mes chil n'en trouva plus qui la vous a nunchie. Ichi faut le rommans de l'estoire polie.
Dex garttous cheus de mal qui par cuer l'ont oïe; Moi méisme si fâche et me giet de hasquie , Qui dite la yous ai et à point radrechie.
Dex nous doinst à trestous la pardurabie vie !