e Série, t. III, p. 393 et suiv
SOMMAÎ&E.
|out le monie sait qu'il n'y eut en France » que trois gestes : celle de Pépin, celte de ? Garin de Monglaneet celleile Doon de Ma*
/yencc; mais la troisième a été mise en oubli
par les nouveaux jongleurs. — Voici l'enfance du preux comte Doon, telle qu'elle a été écrite par les sages clercs de ce temps-là. — H y avait à Mayence un noble comte appelé Gui, qui "était arrivé à *a quatrevingtième année sans prendre femme; il s'y décida -enfin, et épousa la phis belle ille qui fût au monde; *— Il la mena en aval du Rhin, près de la mer salée, dans son fort château de Muntblots , et en sept ans elle toi donna trois beaux fils. — Un jour que Gui chassait dans une forêt profonde, le cerf qu'il poursuivant se réfugia dans la cour d'un ermite; il s'y précipita 4 son tour, on grand dard a ta main; « Sire, dit ie saint homme, faites-lui grâce pour l'amour de Dieu ! » — Mais le comte lance son dard , Îui manque le cerf 'et perce le coeur de l'ermite. — tepentir du meurtrier. — Pour se punir, il se condamne à prendre la place du mort; il desselle son cheval, dépose en un coin son arc et ses flèches, et Doon dtMauncc. b
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jure de servir Dieu toute sa vie dans cet ermitage;
Gui avait un sénéchal, nommé Herchembaut, homme cruel et félon. — Quand Herchembaut apprit que les serviteurs du comte, après avoir longtemps cherché leur maître, étaient revenus de la foret sans lui, il s'en alla à la chambre de la comtesse. — « Dame, dit-il, notre sire s'est noyé en une eau courante, c'est chose sûre; mais ne pleurez pas pour cela. Il était vieux et ne valait pas un bouton ; c est moi qui serai désormais votre seigneur et votre compagnon. — Sire, répondelle, n'ayez pas si folle intention ; car, j'en prends à ter moin le saint nom de Dieu, je ne déshériterai pas mes enfants.— Il en sera ainsi, que vous le veuillez ou non !»
— A ces mots, il la jette sur un lit, comptant en faire sa volonté ; mais elle lui donne un tel coup de poing sur le nez que le sang en jaillit. — Furieux, il fa saisit par ses beaux cheveux plus luisants que de l'or et la traîne par la chambre en l'accablant de coups.
— Aux cris de la dame, ses trois fils accourent, et l'aîné, qui n'avait que sept ans, le petit Doolin de JMayence, frappe Herchembaut sur la tête avec un arc gu'il avait à la main. — Le traître saisit l'enfant et le jette rudement contre le pavé ; mais Doolin se relève et court de nouveau sur lui : a Faux, traître 1 s'écriet-il, vous vous repentirez d'avoir battu ma mère ; je vous couperai la tête un jour, de mon glaive acéré ! — Certes, réplique le sénéchal, tu as le cœur fier pour ton âge, et je ne vis onques ton pareil ; mais tu vivras peu, si j'en ai le pouvoir. » — Ce disant, il jette par terre le petit Doon, le prend par le milieu du corps, et le met en travers sur son cou comme un agneau tondu ; il saisit de même ses deux frères, et, les tenant sous son bras, sort de la chambre, dont il ferme bien la porte. — Herchembaut emportâtes enfants dans un verger hors du château ; il avait emmené Salomon, le maître chargé de les élever. — « Bel ami, lui dit-il en allemand, pour n'être pas compris d'eux, veux-tu
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me servir? Je te ferai chevalier et te donnerai le meilleur château de la contrée. — Volontiers, sire. — Voici ce que tu vas faire : tu m'accableras d'injures en français ; tu me reprocheras de traiter ainsi ces enfants, tu me les arracheras de force, puis tu les conduiras au bord de la mer, tu les mettras dans un bateau et tu les noieras. — Sire, je ferai votre volonté, mais vous me garantirez de la vengeance de leur mère. — Leur mère ! je vais l'accuser de tel crime qu'elle sera brûlée ; j'aurai son fief et tu seras mon sénéchal. » P. j-io.
Le complot est sur-le-champ mis à exécution. — Doolin ne se sépare pas d'Herchembaut sans lui arracher une pleine poignée de cheveux. — « Onques n'ouïs parler de tel enfant, s'écrie le sénéchal ; rien ne pourra lui résister, s'il vit longuement ! » — Cependant, Salomon couvre de caresses les fils de son seigneur : a Venez, leur dit-il, venez au bord de la mer ; nous y trouverons de beaux cailloux avec lesquels vous pourrez jouer. » — Arrivé sur la plage, il monte avec les enfants dans un bateau, après s'être muni de trois grosses pierres, et gouverne vers la haute mer. -— « Maître, où allons-nous, demande Doolin ; ne seraitil pas temps de retourner ? Vous ne retournerez point, répond le traître, je vais vous noyer, car ainsi rai-je juré à mon cousin Herchembaut. » — En même temps il frappe le plus petit et lui brise la tête. — Les deux autres, effrayés, demandent grâce.— « Maître, s'écrie Doolin, que t'avons-nous fait? Ne sommesnous pas les fils de ton seigneur qui t'a nourri, honoré et enrichi : aies pitié de nous au nom de celui qui fut vendu par Judas et oui pendit en croix comme un larron ! — Coquin, replioue Salomon, vous prêchez à merveille, et vous avez bien profité de mes leçons ; mais votre beau sermon ne vous empêchera pas d'être mangé par les poissons. » — Le corps du plus petit est précipité dans la mer, et déjà Salomon saisissait le puîné, quand Doolin, apercevant le couteau qui pendait an côté dn meurtrier, s'en empare rapidement
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et le M enfonce dans le cœur. — Salomôïi cfeanceRé et tombe à son tour dans les flots. P. 7- 1 5 .
Tandis que les deux enfants voguent au ffré des Vents, leur mère crie et pleure, enfermée dans sa thambre. - Herckembaut avait barré solidement la porte, et toute la nuit il. veilla auprès avec quarante Serments. — Le lendemain, il fit venir deux ribaudsy Robaut cle Galatrée et son frère Ernoulin. « Je veux, leur dit-î! ? convaincre ma dame d'une telle tra*htson qu'elle soit jetée toute nue en un feu ardent* mais pour cela j'ai besoin de vous, et> si vous voulez' m'aider^ je vous donnerai à chacun une cape dorée. Je viens de voir près d'ici un pèlerin qui arrive de Jéru-»salem; coupez4ui la gorge et ensevelissez-le sous un arbre , puis demeurez en paix , et vous verrez avant peu si grande douleur que toutie pays en sera effrayé.» — Les traîtres se mettent aussitôt à la recherche du pèlerin ; ils le rencontrent près de la porte et lui demandent ce qu'il veut : « Seigneurs, répond-il, du pain par charité. — Vêtiez avec nous> nous vous en donnerons en quantité. » — Us le mènent en un jardin dont ils referment sur eux la porte: « Pèlerin, dit alors Robaut, on m'a conté que vous aviez sur vous maint denier monnayé : donner-les nous, ou nous allons Vous percer le ventre et le coté> -^ Par le saint Sépulcre que ma bouche baisa, réplique te pèlerin, je n'ai ni or ni argent, et n'en ai pomt eu depuis quinze fours. — Altfrs, tu vas mourir 1 » s'écrie Robaut en se jetant star lui. En même temps Ernoulm «tire son cou* teau. — Mais «l'étranger se défend avec son bourdon «t met en fuite les deux traîtres. — Herchembaut arrive •avec trois sergents, qui sont défaits a leur tour; il en •appelle six autres, et le pèlerin est enfin abattu. — Le sénéchal ordonne qu'on lui coupe la tête et qu'on ï'enseveHsse sousiin arbre. — Puis il -mande tous les barons de là contrée: « Seigneurs, leur dit-il, notre sire est mort ; en rentrant de la chasse il trouva sa femme entre les bras d'unribaud et tira son épée pour
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le tuer; mais le ribaud le prévint et l'assomma avec un bâton. Ma dame coupa la tète an cadavre et le fit enterrer dans le jardin, où je puis vous le montrer. — •• a Qu'on aille chercher la dame», répond un prud'hom» me. -*- Hercnembaut monte à la chambre de la eomtesse, et, la prenant par les cheveux, la traîne jusqu'à la salle où les barons étaient réunis. — La dame se jette à genoux et jure qu'elle est innocente; mais le traître conduit les seigneurs dans le jardin et fait dé« terrer le corps du pèlerin. « Son crime est prouvé, s'écrient à cette vue les parents d'Herchembaat ; il n'y a plus qu'à la brûler. » ^ On lui arrache les che* veux et on la frappe ; on lui lie les mains si serré que le sang lui jaillit des ongles. — Tous les barons qui ne sont pas de la famille du traître pleurent de pitié. « Seigneurs, faiuelle, je ne sais qui est ce mort qu'on vient de trouver; mais je jure que je n'ai jamais trahi le comte Gui. Herchembaut me hait parce que je n'ai pas voulu faire sa volonté; mais donnez«moi du répit, et j'aurai un vassal courageux qui me défendra de ce dont il m'accuse, en combattant contre lui. — Il ne doit point y avoir de bataille, s'écrie Herchembaut, puisque le crime est prouvé ! Dame, vous allez être brûlée. » Et , furieux , il la jette par terre d'un coup de pied. — Elle est relevée par un preux chevalier nomme Baudouin, — « Vous avez grand tort, dit— tl à Herchembaut, notre dame a toujours été sage et loyale, et vous devez lui donner le répit qu'elle de*mande. — Otezrvous de là, répond te sénéchal, ou je vous donne un coup de poing- sur les dents 1 » — Le baron ne dit mot; mais il monte à cheval et court à son château de Beauplain, qui n'était qu'à une lieue de là. — il fait armer à la hâte cent chevaliers et re^ vient s*emj)usquer avec eux dans un bois épais, près de l'endroit où la da.me devait être brûlée, P. i $-28, Traînée par deux ribauds qui la menaient battant, la dame sortit du château. — Après elle venait Heiv çfcenju<yit ayeç \oi% $es va.ssa.u$, armés, de tous fceau»
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mes de Pavie. — Quand elle fut arrivée au milieu de la place, on la dépouilla de ses riches vêtements, et on l'attacha à un pieu autour duquel on avait amassé du bois et des épines sèches. — niais, au moment où . on allait y mettre le feu, Baudouin et ses gens sortent de leur embuscade. — Sanglante mêlée. — Baudouin blesse Herchembaut, et fait prisonnier son frère Droart,
3u 'il envoie à Beauplain. — Pendant la bataille, la ame prie Dieu à genoux qu'il la défende de mort et lui carde ses enfants qu'on lui a pris. — Quelle serait sa douleur si elle savait qu'ils flottent en ce moment sur la mer, seuls et n'ayant rien à manger ! — Herchembaut vient à passer près de la dame : « Mets donc le feu à ce bois ! » dit-il à un sergent. — Le sergent obéit ; mais d'anciens serviteurs delà comtesse, de pauvres gens à qui elle avait souvent fait du bien, accourent et éteignent le feu. — Herchembaut revient sur ses pas ; tous fuient devant lui, et la dame allait être brûlée, quand Samson, sire de Clairvent, parut sur le champ de bataille. — « Seigneurs , s'écrie-t-il 7 faites paix et écoutez-moi. » — Comme il était fort estimé et redouté, les barons remettent l'épée au fourreau et se réunissent autour de lui. — Il se rend près de la dame. — « Sire, fait-elle, pour l'amour de Dieu, ne me laissez pas mourir si honteusement ! Herchembaut m'accuse d'avoir tué mon seigneur; mais je trouverai un chevalier qui le combattra lui et son frère ; et, s'il ne les vainc tous les deux, je consens à être jetée en un feu ardent. » - Samson est affligé de cette offre imprudente : « Dame, dit-il, vous avez trop parlé ; mais ce qui est dit ne peut plus être retiré. » — Herchembaut accepte le défi. — Baudouin se porte caution pour la comtesse. — Elle est aussitôt déliée, couverte d'un riche manteau fourré, et reconduite au château. — Mais à peine les barons sont-ils séparés que Herchembaut la fait jeter dans un noir cachot; puis il va surprendre Baudouin dans son manoir de Beauplain, le fait prisonnier, délivre Droart
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et se rend à Mayence avec ses deux captifs, qu'il enferme dans une tour profonde. — La dame et son champion ne seront délivrés que lorsque le petit Doon pourra ceindre une épée. P. 28-59.
En attendant, l'enfant vogue avec son frère sur la mer salée. Depuis deux jours et deux nuits, ils n'ont ni bu ni mangé. « Beau frère, fait Doolin, nous mourrons ici de faim. Nous ne verrons plus le riche castel de Montblois, ni notre père, ni notre mère Marguerite ; nous ne pourrons nous venger d'Hcrcherabau t. Si pourtant Dieu voulait que nous échappassions, et qu'un jour je pusse porter des armes, nen ne m'empêcherait de faire sentir à ce traître mon épée émoulue et de lui séparer le chef du corps 1 » — Son frère l'entend ; mais il n'a pas la force de lui répondre ; il pâlit, ses yeux se ferment, et il tombe épuisé. — Doolin le prend dans ses bras, l'accole et le baise ; mais ni ses caresses ni ses baisers ne peuvent rendre la vie au pauvre petit. — Il expira au coucher du soleil. Doolin passa la nuit à pleurer ; sa douleur était si grande qu'il ne sentait plus sa faim. - Au point du jour, il aperçut la terre à peu de distance ; le vent s'éleva, le ciel se couvrit; il tomba de la pluie et de la grêle. L'enfant se mit à manger les gréions et puis les extrémités des plantes marines qui çà et là pointaient hors de l'eau.- — « Ah Dieu! fit-il, mon doux frère, que n'ai -je pu te faire manger de ces herbes qui sont si tendres et si savoureuses ! Tu serais encore
voler la tête de dessus les épaules. P. 39-43.
Le vent poussait le bateau vers le rivage, et bientôt Doolin put sauter à terre. — Il se trouvait dans une grande forêt qui durait bien dix lieues. — Aux arbres pendaient des pommes et des noix, dont il mangea tant qu'il voulut. — Puis il s'enfonça dans le bois. — 9 Ah! disait-il, je serais bien mieux dans la bonne
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maison d'où le traître me chassa ; et, si Dieu ne me secourt, je vais être étranglé par quelque loup. Mais ]e me défendrai bien, et le frapperai de telle sorte sur son grouin avec mon couteau pomtu, qui me coûta cinq deniers, que le sang lai coulera du museau. » — La nuit venue, il se coucha dans le creux d'un chêne, en boucha l'ouverture avec un rameau vert, et dit ses oraisons. En ce moment, un tigre vint à passer ; il sentit l'enfant qui était dans l'arbre, tourna autour^ trouva le pertuis et arracha le rameau qui le bouchait*
— Si Dieu ne le secourt, Doolin sera bientôt mangé*
— Le tigFe était hideux et fort, long de phis d'une aune ; il avait de grosses pattes comme un dromadaire, te poil hérissé, la (jueue merveilleuse, rouge, jatmette et noire, et un- aiguillon dont la moindre atteinte est mortelle. — Mais Dieu n'oublia pas DooHti, et envoya par là un Hon courageux. - A la vue de l'enfant, qui menaçait le tigre de son petit couteau, le lion fui emu de pitié; il se battit avecsa queue pour se mettre en colère et courut sur te tigre. — Entre les deux bêtes la bataille fut longue et terrible. — Parfois elles; se dressent, et s'entr*em brassent de leurs pattes commodes lutteurs. - Doolin avait grande envie d'aller aider le gentil lion qui se peinait pour le défendre. — Enfin, le lion, atteint parle terrible aiguillon, tombe mort ; mais en expirant il cingle soh ennemi avec sa; queue, et l'en étreintsi fort qu'il ne peut plus bouger.
— Doolin alors sort de son arbre, achève le tigre avec son. couteau et retourne se coucher. — A peme était-il rentré dans le creux du chêne qu'un, léopard accourut, attiré par le bruit. Mais en voyant les deux bêtes mortes, et Doolin qui tenait encore son couteau tout sanglant, il crut que c'était l'enfant qui venait de tuer le lion, et le tigre, — il eut peur et s'enfuit, non sans regarder plusieurs ibis sSI n'était pas poursuivi. Doolin reboucha l'ouverture, se sjgna et s'endormit. P. 43-^1.
U len&wati». majin^ l'çn&.n^, après avoir dftscA
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psaumes et oraisons» se remit à errer dans le bois, et tout en marchant il criait hautement : « Vengeance, sainte dame Marie ! vengeance de ce traître d'Her-. chembaut ! » - Or, c'était justement dans cette même forêt, nommé* Ardenne, que le comte Gui vivait en ermite. — Il entendit et reconnut la voix de son fils. — Aussitôt il se dirigea du côté d'où la voix senv* blait venir; il ne rencontra pas Doolin, mais il trouva au bord de la mer le corps de Savari, son autre enfant. Douleur du vieillard . — 1 1 s'arrache les cheveux et s'égratiene le visage ; puis, après avoir enterré le cadavre, il se remet en quête, car il est bien sûr d'avoir ouï parler son fils aîné*. — Il l'aperçoit enfin > dormant, sous un hêtre. Il l'éveille doucement ; a Beau fils, lui dit-il en pleurant, comment vous trou-, yez-vous ici ? » L'enfant raconte ce qui s'est passé,
— a Par ma chrétienté, s'écrie le pèie, Herchembaut serapendu ! Demain, au point du jour, nous partirons,
— En attendant, il mène son fils à son ermitage et aJlume du feu pour cuire les racines qu'il avait cueillies. « Sire, fait Doolin, où sont aHés les cuisiniers? Je mangerais bien un poussin fricassé, ou un» géline rôtie, ou de l'anguille en pâté. — Beau fils, répond le comte, prenez patience, vous aurez cela tout à l'heure, » Après le repas, le père et le fils s* couchèrent. — Le père dort peu. Il a tant de pen-* sies diverses qu'il emoublie de servir Dieu. P. 51*57.
Dès qu'il fit clair, Gui prit sa hache, son arc et ses flèches , et se mit en route avec son fils. — • Mais à peine avait-il fait queloues pas qu'un ange descendit du ciel et d'un coup eu pied le renversa par terre; quand il se releva, il était aveugle. «— Dieu le punissait ainsi d'avoir oublié son vœu. ~~- Il dut retourne* à son ermkage, guidé par son fils. «- Désormais ce? (ut Doolin qui nourrit le vieillard. — L'enfant allait chasser les oiseaux dans la forêt, et les apprêtait suk vant les conseils de son père ; il tissait des nattes avec Us écorcts des «ta* et. taisait des, vêtemeats poju*
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l'hiver avec les peaux des bêtes sauvages. — Il se passa ainsi bien des années. — Quand Doolin eut quinze ans, il était devenu si fort, pour avoir toujours vécu de viande, qu'il aurait tué un bœuf d'un coup de poing, et que déjà il fût allé à Mayence se venger d'Herchembaut, s'il n'eût craint que pendant ce tempslà son père mourût de faim. P. 58-61.
Cependant la pauvre dame Marguerite était toujours en prison. — Le traître sénéchal ne lui faisait donner d'autre nourriture que du pain , d'autre lit qu'une paille puante. — Un jour, la sœur du comte Gui vint le trouver : elle s'appelait Suzanne et avait été richement mariée en Allemagne. — ce Pourquoi, lui dit-elle, ne fait-on pas brûler cette putain oui a coupé la tête à mon frère? — Dame, répondit Herchembaut, elle a promis de trouver un chevalier qui combattrait pour elle seul contre deux ; mais, s'il vous agrée, nous fixerons à quinzaine le jour du combat : elle netrouvera pas de champion, et nous la brûlerons devant tous. » — Aussitôt le félon appelle Evrard de Galatée : « Allez, lui dit-il, à Rosey, près de la mer, et ramenez ici mon frère Droart. » Il lui donne une lettre où était contée toute la trahison ; Evrart s'arme bien et part accompagné d'un sergent. — Mais il s'égare dans une grande forêt ; plus il pense en sortir, plus il s'y enfonce. — Il chevauche tant qu'il aperçoit devant lui un jeune garçon portant sur son cou un chevreuil. — C'était Doolin qui revenait de lâchasse. — a Va, dit-il à son sergent, et prends à ce vilain son chevreuil, car nous n'avons rien à manger. » — Doolin, au lieu de livrer son chevreuil, le saisit à deux mains et assomme l'insolent valet. — Evrart accourt le glaive à la main ; mais l'enfant ramasse un grand bâton et en assène un tel coup sur la tête du félon qu'il lui brise le crâne. — Il lui ôte son armure, s'en revêt, prend la botte qui contenait la lettre, monte sur le cheval et va vers son père. — a Oui est-ce qui vient ici à cheval ? » demande le vieillardaveugle.
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— Son fils lui raconte ce qu'il a fait. — Gui se jette à genoux : « Beau sire Dieu, s'écrie-t-il, donne-moi de voir une fois mon enfant ! » — Quand il se releva il n'était plus aveugle. Quelle fut sa joie lorsqu'il vit son fils si beau et si fort ! — Doolin lui donne fa lettre d'Herchembaut, et toute la trahison lui est révélée. — L'enfant veut aller défendre sa mère. * Vous êtes trop jeune, répond le père, et ne savez ni vous servir de vos armes, ^ni mener votre cheval. — Père, quand on a Dieu pour ami, on ne doit pas reculer. S'il vous a rendu la vue, c'était pour que vous lussiez la lettre; et s'il m'a fait fort et membru , c'est pour que je venge le martyre que ma mère a souffert. — Eh bien, beau fils , puisque tu le veux, tu partiras demain. Salue tous ceux que tu rencontreras et demande-leur ta route, mais ne te fie à aucun étranger. Donne aux pauvres gens. Entends chaque jour la sainte messe ; ne fais pas de bruit au moutier. Honore tous les clercs et parle-leur poliment, mais IaisseJeur du tien le moins que tu pourras , car on se moquerait de toi. Si tu as valet , ne le fais pas asseoir à ta table , car i) te mépriserait. Si tu as femme, ne lui confie pas ce que tu voudras tenir secret, car tu t'en repentirais au premier déplaisir que tu lui ferais. » — Puis, afin de mieux mettre ces conseils au cœur de son fils, il le frappa au visage. Le lendemain matin, le vieux Gui arma Doolin, le fit monter à cheval et lui mit en main une grosse perche. — L'enfant courut la briser contre un hêtre , et quand elle eut volé en tronçons, il tira son épée et se mit à frapper l'arbre à coups redoublés. « Beau doux fils, dit le père, à quoi songez-vous ? M'est avis que vous avez le sens trou* blé. — Père , fit Doolin , il m'a semblé que ce hêtre était Herchembaut. — Je vois, répondit le père en riant, que lui et Droart vont être mal menés ; en attendant, cet arbre a payé pour eux bien à tort. » — Gui conduisit l'enfant à travers la forêt, et, quand lui fallut retourner à son ermitage , il dit : a Beau
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fils , allez maintenant toujours vers te mïdi ; vous trouverez une beUô rivière , qu'on appelle Meuse : suivez-la jusqu'à un port où l'on vous passera. Vous aurez alors devant vous un château, nommé Château-* fort, qui appartient à mon frère Hugues^ Faites-vous, mener près de ce seigneur : il vous armera chevalier et vous enseignera le chemin de Mayence. Et quand vous aurez puni le traître, pensez à moi. et aidez^mo* à bâtir ici une abbaye de moines, — Ce disant, il S'en retourne, P. 7J-80.
L'enfant chevaucna longtemps, suivi d*un cerf qu'il avait élevé. — Enfin , il arriva au port dont son père lui avait parlé et vit un homme assis dans un bateau, -• — II le salua gentiment. -~ Mais le vilain remarqua son air novice : oc Qu'est-ce ? lui demanda-t-ûl, et que cherchezi-vous ? Êtesrvous chevalier du roi Arthur ? — • Sire, répond Doolin sans s'apercevoir qu'on se moque de lui, passez-jnoi, s'il vous plaît. -^-Avez^vous de l'argent ? reprend le batelier » -« t/enfant est fort surpris d'une pareille question, et, comme le batelier refuse de le pas« ser s'il ne paye bel et grassement, il se fâche. — Oa en vient aux mains; le vilain est vaincu, il s'humilie, et pro* met à Doon de le mener £ l'autre bord ; mais il avait été si fort blessé qu'il meurt avant d'y arriver. — Doon ne savait pas manier un aviron , et malgré tous ses efforts il ne peut empêcher le batelet de sui-* vre le cours de l'eau. P, 80-» 5.
Il descendit ainsi une grande lieue, tant qu'enfin il rencontra un homme dans un bateau qui eut pitié de lui et l'aida à traverser la rivière, -»- Il se trouvai! en ce moment près d'un castel où l'on faisait grand bruit : les cloches sonnaient, les ouvriers martelaient, les vilains frappaient de leurs fléaux, les gens criaient, les chiens aboyaient, les cheminées fumaient. — ce Parles saints du ciel I se dit l'enfant effrayé, ce doit être l'enfer dont mon père m'a tant parlé ; fuyons nous-en d'ici ! » — Mais il n'était pas encore loin qu'il yh} «ÇÇQurir yçr§ lui son cerf poursuivi par |çs jeas (Jn
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haftieau * « Vilains, leur dit-il, laissez cette bête ! »
— Les vilains n -ont souci de ses paroles et font déchirer le serf par leuft chiens. — Doolin furieux en tue ou blesse une trentaine, Quatre vilains seulement pu» rent s'enfuir et aller chercher du secours au château.
— Le seigneur monte lui-même à cheval avec une quinzaine d'hommes armés, et, quand l'enfant les voit sortir par cette porte qu'il avait prise pour Pentrée de l'enfer, il a grand peur : « Ce sont diables, pense-t-il, qui me viennent emporter! Mais, si Dieu m'aide, je fendrai jusqu'aux dents le premier qui m'approchera, et le second aussi, » — il tient parole et en tue d'abord six ou sept. — Le seigneur lui-même, homme de grande valeur, -serait tombe, sans l'aide de ses chevaliers* sous tes coups de Doolin. — Il fait sus* pendre le combat : « Seigneurs , dit-il. retirez-vous Un peu ; il faut, pour qu'il nous ait résiste si longtemps* qu'il soit messager de Dieu et issu de haute- parenté» Et vous, vassal ? dites-nous qui vous êtes etd où vous. venez ? » Doolin raconte ses aventures et finit par se nommer : a On m'appelle, dit-il, Doon de Mayence la grande, non pas Je cette Mayence dont chantent quelques-uns, qui est près de Hanstonne, au delà de là mer, mais de Mayence sur les bords du Rhin, près de l'Allemagne ou sont les Allemands. Maintenant, si vous voulez recommencer à combattre, je suis tout
{>ret. » — Mais le seigneur se met à genoux devant ui et lui tend son épée par la garde : « Je suis ton homme lige, s'écrie-t-il, le frère de ton père Gui ; je suis Hugues de Châteaufort 1 » — Le neveu embrasse son oncle et se laisse conduire par lui dans son caste!. P. 85-97.
Dès son arrivée, on le fit dîner richement : il mangea avec plaisir du bon pain de froment, car U y avait longtemps qu'il n'en avait vu ; il but du vin avec plus déplaisir encore; il en but dételle sorte que, si on ne le lui eût ôté, il n'eût bientôt plus connu ni ami nî parent — Le lendemain son oncle lui fit donner de
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beaux vêtements , le mena au moutier et l'arma chevalier. — Nul n'osa jouter avec lui, excepté un baron, nommé Géant à cause de sa taille, et qui était bien le plus mécréant qu'il y eût au monde; car il avait été excommunié, et depuis sept ans il vivait avec* sa fille, de qui il avait un enfant. — Doon le tua. — Le même jour il se mit en route pour Mayence ; son oncle voulait lui donner un sommier chargé d'argent et une escorte de chevaliers , il refusa tout et partit seul. — Les fils du Géant s'étaient embusqués dans un bois pour le tuer ; mais, quand ils le virent, ils furent pris d'une terreur subite et n'osèrent l'attaquer : « Beau doux frère, fit Lambert l'aîné, j'ai le cœur si effrayé que je n'irais avant pour l'or d'une cité. — Après tout, repartit l'autre, il ne nous a pas fait si grand tort ; car notre père consommait tout notre vin et notre blé et ne gagnait pas un denier. » — Cependant, ils le suivent de loin, espérant trouver l'occasion de l'attaquer. — Doolin rencontre un riche baron qui le mène en son château : ce seigneur était le frère du Géant. — Lambert survient et refuse d'embrasser son Oncle : o Sire, lui dit-il, ce vassal que vous honorez ainsi a tué mon père ; vengez votre frère, ou je ne vous aimerai de ma vie ! » — Le baron saisit un gros bâton et vient sur Doolin. — Mais celui-ci le désarme et le tue, massacre ou met en fuite tous ses serviteurs, et reste maître du château, dont il ferme solidement la porte. P. 97-109.
L'enfant avait grand faim : il descendit dans la cuisine et y trouva des viandes tout apprêtées, du vin et du pain, du claret et du piment. — Tout â coup, au moment où il allait se mettre à table, il entend une voix qui chantait doucement : « Seigneur 1 faitil, c'est la mère de Dieu qui chante ainsi, ou c'est un ange du ciel, ou une sirène de mer, ou quelque instrument fait par enchantement. Certes, je ne mangerai pas avant de savoir qui s'en va ainsi chantant 1 » — Il parcourt la maison et arrive à une chambre bien fer-
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niée; il regarde par un pertuis et voit sur un lit à franges d'or une pucelle richement vêtue, blanche et vermeille, aux yeux amoureux, à la bouche riante, aux beaux cheveux plus brillants que de l'or épuré. — C'était la fille du seigneur du château qui venait de dormir, et qui, ignorant le sort de son père, chantait pour se mieux éveiller. — Doon ne Ta pas plus tôt aperçue qu'il se sent le cœur percé d'une flèche empennée que l'Amour lui a lancée. — Il frappe doucement : « Belle, dit-il, ouvrez-moi cet huis, s'il vous plaît. » — En fille bien apprise, la pucelle ouvre sur-le-champ. — Doolin la prend par la main et lui demande ce qu'elle fait ainsi toute seule. — a Hélas l répond-elle, je me désole, parce que je dois épouser demain un vieillard qui est sire de toute la contrée. — Belle, dit Doolin, il n'est plus question de cela ; c'est moi que vous devez épouser. II y a longtemps que je vous aime, pour avoir entendu parler de votre beauté en mon pays. Je vous ai demandée à votre père, et j'ai son consentement. Or, il est d'usage, en mon pays, que nul n'épouse une femme avant de l'avoir une nuit baisée etacolée; donc, tous les gens du château sont partis . et il n'y a plus ici que nous deux.
— Sainte Dame 1 s'écrie la pucelle en pleurant, cette coutume me semble étrange, et j'y croirais mieux si elle m'était contée par mon père. — Belle, ne pleurez mie, vous allez voir que je n'ai pas menti. » Doolin va dans la salle où gisait le seigneur du château, lui enlève sa ceinture et revient près de la pucelle. a Vous connaissez, lui dit-il, cette courroie ; votre père me Ta donnée afin que vous ayez confiance en moi. » — La pucelle ne doute plus et se laisse baiser quatre fois sur la bouche. Puis les deux enfants, après avoir soupe, vont se mettre au lit côte à côte.
— Ils étaient fort innocents ; mais l'Amour les sut bien enseigner, et ils prirent si grand plaisir à la leçon qu'ils eussent voulu que la nuit durât un an entier. P. 109-113.
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Cependant, le fils du seigneur du château, qui avait nom Gautier, avait rassemblé ses vassaux pour assiéger Doon de Mayence, et commandé à Foucher, son ingénieur, de lui construire un pont d'où l'on pût s'élancer sur les créneaux du palais. Doolin, réveillé de grand matin par le bruit des marteaux, courut voir ce que c'était. Il eut d'abord un peu peur ; mais la hauteur des tours et la profondeur des fossés le rassurèrent,*— «Par saint Léger, pensa-t-il. ils ne sont pas près d'avoir fini ! Allons toujours reveiller ma mie et mangeons largement. Tant qu'on est en vie. ii faut se donner du bon temps* » ^ — Il jeta par la fenêtre les corps de ceux qn il avait tués la veille-, et cria aux assiégeants auc^ s'ils les voulaient avoir , ils n'avaient qu'à les faire pêcher ; puis il retourna près de Nicolette, qui dormait encore, a Douce amie, lui dit-il, levez-vous, et ne vous effrayez pas de ce que vous verrez. Le vieillard qui vous avait demandée il votre père nous assiège; «nais flous saurons bien lui échapper. — Je vous suivrai partout, répond-elle, et, si jamais mon corps se doit séparer de vous, mon âme au même instant se séparera de lui. » — Les deux •enfants s'habillent et apprêtent leur repas, qui lon- >guement dura, car entre chaque bouchée ils se donnaient un baiser. — Doolin alla ensuite donner à manger à son cheval et à deux autres chevaux qu'il trouva dans l'écurie. — Pendant ce temps-là ? l'ingénieur Foucher travaillait toujours. — Le soir venu, Dootia et Nicolette, après avoir mangé des lapins rôtis «t bu du vin en quantité, s'allèrent coucher, car ils le désiraient fortement. — Un peu avant le jour, ils se levèrent <t sellèrent leurs cnevaux. — Doolin dit à la «belle de le suivre de très près. — « A votre volonté, répondit-elle, et qie Dieu vous conduise ! » — Au moment où ils sortaient du château, le jour parut, et un des assiégeants tes aperçut. — Il vint contre Doon la lance baissée; mais Doon le jeta à terre tout sanglant — Au tant, les compagnons du
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mort s'éveillent, et accourent revêtus de leurs armures. — Doolin se fait à coups d'épée une large voie.
— Nicolette le suit, car elle l'aimait tant que, s'il fût entré en un feu allumé, elle y serait entrée après lui.
— Ils traversent le bourg, toujours poursuivis. — Gautier les atteint et prend le cheval de sa sœur par les rênes. — Doolin lui fend la tête et arrive à la porte du bourg, qu'il trouve ouverte. — Déjà il était dehors, et Nicolette allait sortir à son tour, quand un sergent, qui était sur le mur, abat la porte coulisse et sépare les deux amants. — Doolin retourne vers la porte et la heurte fortement; mais elle résiste. — • Nicolette tombe pâmée et meurt de douleur. P. 113-
Grande aussi fut la douleur de Doon, mais il se souvint de sa mère et continua son chemin. — Après avoir marché une lieue, il rencontra un cousin d'Herchembaut, nommé Hermant, et lui dit oui il était et où il allait. — Hermant aurait bien voulu nuire à Doolin. Trop couard pour, l'attaquer, il essaye de l'égarer ; mais l'enfant se méfie et demande son chemin aux passants. — Il fallait se hâter, car déjà le traître sénéchal avait rassemblé ses hommes et commandé les apprêts du supplice. — Doolin chevauche le plus vite au'il peut et arrive en un bois épais. — « Sire, lui dit Hermant, cette forêt est bien ombragée et la chaleur est forte : si vous désarmiez votre tête, cela vous rafraîchirait grandement. » — L'enfant ôte son heaume et le pend à l'arçon de sa selle dorée. — Hermant vient alors par derrière pour le frapper ; mais son épée rencontre une branche d'arbre rie coup est détourné et ne fait qu'effleurer l'épaule de Doolin. — Doolin furieux tire son glaive et fend le heaume du traître. — Hermant blesse "enfant au bras.
— a Doon ! s'écrie-t-il, quand je vous aurai arrangé de même l'autre bras, mes cousins vous redouteront* peu : ils brûleront votre mère et vous pendront à un arbre. » — Sa joie fut courte , car il reçut aussitôt
Doon de Maience. m ç
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sur la tête un tel coup que la peau du front lui tomba sur les yeux. — « Sire Hermant! fit à son tourDoolin, qu'est-ce donc ? Où avez-vous été 1 Vous avez Pair d'un mouton qu'on aurait écorné. 1 » — Voyant t qu'il ne peut se venger, le félon prend la fuite et échappe à Doolin. P. 126 134.
Hermant connaissait le pays : il fut bientôt à Mayence. — Herchembaut et Droart étaient dans une grande plaine avec tous leurs barons et s'apprêtaient à faire brûler la mère de Doolin. — Hermant alla vers son cousin : « J'ai rencontré, lui dit-il, dans la forêt, le fils du comte Gui, et c'est lui qui m'a arrangé comme vous voyez. Il vient ici ; allez-vous-en avec toute votre compagnie; car. s'il vous. trouve j il vous fera voler la tête de dessus les épaules. — Tu mens, répond Herchembaut. J'ai fait jeter dans la mer les trois fils du comte Gui , il y a de cela dix ans. » — Cependant il envoie quatre sergents au-devant de Doolin et hâte le supplice de la comtesse. — » Il la prend par les cheveux et la traîne vers le bûcher.
— Mais Samson de Clairvent avait entendu le récit d'Hermant. Il s'avance à la tête de ses chevaliers : — «Sire, dit-il à Herchembaut, laissez cette dame; j'entends dire qu'il lui vient un champion. Vous devez fut donner répit jusqu'au dîner. » Herchembaut met la main à son glaive. — Bataille. — P. 1 34.-142.
Doolin, échappé aux coups des quatre sergents, paraît au milieu des combattants et demande pourquoi se battent tous ces chevaliers. — Samson le lui apprend. — « Me voici prêt, s'écrie-t-iï ; c'est moi qui défendrai cette dame contre Herchembaut et Droart.»
— En même temps il se nomme. — Joie des barons fidèles et de la comtesse Marguerite. — Les deux traîtres recommandent à leurs amis de tenir ouvertes les portes de la ville, afin de pouvoir s'y réfugier ;
Îuis ils se précipitent, lance baissée, contre Doolin. — /enfant soutient ce double choc sans être ébranlé, et jette rudement Droart à bas de son cheval. — Il tire
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son épée, oui avait été forgée par un ouvrier de Galan, et blesse Herchembaut à la tête. « Vous voilà couronné comme prêtre nouveau, lui crie-t-il ; c'est un grand honneur pour vous que de porter ainsi chaperon rouge. » — Telle est la fureur du traître qu'il rente Dieu et ses bontés, et jure de brûler tous les moutïers et de tuer tous les ermites qu'il rencontrera. — Aussi ne tarde-t-il pas à recevoir une nouvelle blessurej et se voit enlever cette fois un tel morceau de chair qu'un boucher de France ou de Champagne l'eût vendu au moins trois deniers. — Il s'enfuit vers la cité : Doon le poursuit, mais son épée lui échappe des mains. Il est fait prisonnier et entraîné dans la ville, dont on referme les portes. — Samson ne peut le délivrer; il le venge en jetant dans le feu Droart, qui était resté sur le champ de bataille. Le diable vint aussitôt emporter son âme avec un grand bruit qui fut entendu de tous. — Quant à dame Marguerite, le preux sire de Clairvent l'emmena dans son château, où il l'honora beaucoup. P. 142-1 $9.
Ooolin s'était défendu tant qu'il avait pu, et, sans autre arme que son poing carré, avait tué ou blessé plus de vingt ennemis. Mais il fut enfin accablé par le nombre et jeté dans un cachot, en attendant qu Herchembaut, qui était grièvement blessé, eût décidé de son sort.— Resté seul, l'enfant se lamente tout haut, plaint sa mère, dont il ignore la destinée, et invoque son père, qu'il ne verra plus, a Mon doux père, s écrie-t-il, vous m'avez maintes fois conté qu'au jour où je suis né naquirent aussi Charles le baron et Garin de Monglane, et qu'en cette journée la terre trembla, le ciel rougit et trois grandes foudres tombèrent : l'une à Paris, l'autre ici même, et. la troisième au pays de Garin ; et dans chaque endroit où la foudre était tombée s'éleva un grand arbre qui existe encore. C'était signe, disiez-vous, que ces trois enfants étaient destinés par Dieu à glorifier son nom et à conquérir à Jésus-Christ les terres des Sarrasins félons. Et
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pourtant je vais mourir ici ! — Vassal , qui êtesvous ? » dit tout à coup une voix. — Doon crut que c'était le diable et chercha un bâton ou une pierre
g>ur se défendre. Mais cette voix était celle du preux audouin, que jadis Herchembaut avait fait jeter au fond de la même tour où Doon se trouvait en ce moment. — Tous deux se nomment, se racontent ce qui leur est advenu et s'embrassent en pleurant. P. 159-
Un sergent qui était à l'étage au-dessus avait entendu leur récit ; touché de pitié, il promet de leur venir en aide. — Mais un chevalier nommé Thierry arrive avec quinze hommes d'armes, et, se défiant du sergent , l'envoie rejoindre les deux prisonniers. Puis il se désarme et se met à manger avec les siens.
— Leur repas n'était pas achevé, que le sergent Vaudry, Baudouin et Doon de Mayence sortent de leur cachot au moyen d'une échelle, saisissent les armes des traîtres et fondent sur eux. — Thierry et ses compagnons sont massacrés ou précipités dans les fossés. — Vaudry ferme soigneusement les portes de la tour et lève le pont. P. 166-171.
Ils passèrent ainsi la nuit. Le lendemain matin, lorsqu'ils ont amplement déjeuné, Doon déclare à Baudouin et à Vaudry qu'il ne restera pas plus longtemps enfermé , et Qu'il ira attaquer Herchembaut dans son palais. — aes compagnons approuvent ce projet. — Vers l'heure de midi, quand on fut sorti du moutier, les amis du traître sénéchal l'allérent trouver et lui annoncèrent que Doon avait tué Thierry et ses sergents et s'était emparé de la tour.
— « Il sera pendu, s'écria le blessé. Donnez ordre qu'on assiège la tour. — Sire, répond un des barons, il n'en ira pas ainsi, car les bourgeois nous trahissent, et je sais Qu'ils ont promis à Samson de lui ouvrir les portes de la ville. Si vous l'accordez, nous nous en irons d'ici. » Herchembaut se décide à suivre ce conseil, se fait panser par les médecins de manière à
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pouvoir supporter le voyage, et ordonne de seller les chevaux. — En ce moment Doon , Baudouin et Vaudry arrivent, l'épée au poing, et massacrent tout ce qu'ils rencontrent. — Les bourgeois, de leur côté, envahissent le palais. Herchembaut se cache ; mais on finit par le découvrir ; on le traîne à la queue d'un cheval et on le pend aux fourches. P. 1 71-181.
Lorsque cette nouvelle se répandit dans la contrée, tous les barons vinrent jurer fidélité à leur légitime seigneur. — Doon restaura le château de Baudouin, que les traîtres lui avaient détruit, fit Vaudry chevalier et lui donna le fief d'Herchembaut. — Il appela sa mère près de lui, alla voir son père dans son ermitage et le nomma abbé d'un monastère qu'il fonda en cet endroit sous l'invocation de la Trinité.— De retour à Mayence, il tint son fief en paix jusqu'au jour où il se brouilla avec Charles^ qu'on avait nouvellement couronné en France. Ici finit la jeunesse de Doon. On verra par la suite comment il épousa Flandrine la courtoise, fille de l'Aubigant, qui était sire de Vauclère. P. 181-182.
Ce fut au temps que les oisillons chantent et que les rosiers fleurissent. Doon de Mayence, revenant d'un tournoi avec nombreuse compagnie de barons, ne daigna s'arrêter à Paris pour saluer Charlemagne. — Le roi en fut très irrité : « Qui est ce Doon ? dit-il. Il est sorti tout à coup on ne sait d'où, pauvre et chétif, seul et sans écuyer, et s'est emparé de Mayence sans aucun droit. » Il y avait là un cousin de Doon nommé Richer, oui tenait Mons en Hainaut. Il veut prendre le parti de son parent; mais Charles le frappe sur la tête avec un bâton de pommier. - Il monte aussitôt à cheval et court raconter à Doon les propos injurieux du roi. — Le preux fils du comte Gui revient sur ses pas et rentre à Paris avec sept cents chevaliers armés. — Charlemagne n'avait avec lui
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ue peu de barons, tous désarmés comme lui. Quand il vit s'avancer au milieu de sa cour tous ces hommes, Fépée au côté et le heaume lacé, il trembla de peur, et eût voulu n'être point là pour l'or de deux cités. — a Vassal, demanda-t-il à leur chef ; que voulez-vous ? — Je suis Doon, répondit celui-ci ; je suis né à Mayence, et de France est issue toute ma parenté. Vous m'avez appelé, m'a-t-on dit, ribaud et enfant trouvé. Vous m avez frappé à mort un mien cousin germain; si je n'étais votre homme, je vous aurais déjà démembré; mais vous allez sur-le-champ me donner satisfaction, ou je vous mettrai mon épee par le milieu du corps. » — A ce langage, qu'approuve le comte de Poitiers , le roi répond fort numblement que, se trouvant sans armes, il est à la merci de son vassal, et qu'il fera ce qu'on voudra. — a Sire, dit un chevalier oui était de Saint-Florent, donnez à Doon le comte de Nevers. » — Le fier vassal trouve ce don mesquin et le rejette avec dédain. — « Sire, dit à son tour le comte de Poitiers, donnez-lui la cité de Laon, votre nièce Hélissant, et 60,000 marcs pour payer ses dettes. — Très volontiers, répondit le roi. » — Mais Doon fronça le sourcil et fit un pas en avant, la main sur la poignée de son épée. Charles trembla de peur, et eût voulu n'être point là pour un plein val d'argent. — « Par le saint Sauveur ! s'écria le comte de Mayence, faites un pareil don à quelqu'un de vos hommes d'armes ou de vos vassaux pour l'entretien de son cheval, mais avec moi soyez moins avare , sire roi , ou vous mourrez maintenant ! — Eh bien ! demande ce que tu voudras : puisqu'il le faut, je te l'accorde d'avance. — Voilà qui est parler, répond Doon, et de cette façon nous pourrons nous entendre. Donnez-moi donc, poursuit-il, la cité de Vauclère, au delà du Rhin, près de la mer, en Saxe la grande. Elle est au pouvoir d'un païen nommé Aubieant, qui l'a conquise avec mille Sarrasins. Ce mécréant a une fille qu'on nomme
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Flandrine, parce que sa mère étoit de Flandre. La bonne dame a élevé chrétiennement la pucelle, qui a douze ans maintenant, et qui est bien la plus belle qu'on puisse voir. Le roi de Danemark Ta demandée en mariage pour son neveu Gautier, et, comme l'Aubi-
tant la lui a refusée, les deux païens se guerroyent. ire, si vous voulez que nous soyons amis, donnezmoi la cité de Vauclère et Flandrine pour épouse. — Beau sire Dieu! pensa Charles, cet homme veut ma mort quand il me demande ce qui n'est pas en mon pouvoir, une ville si grande et si forte que mon père Pépin n'en osa approcher avec cent mille combattants! » Et il trembla de nouveau. — « Doon, dit* il, demandez-moi plutôt Paris et tout mon royaume ; mais n'exigez pas que je vous donne ce qui ne m'appartient point. » — Mais le vassal courroucé mit la main sur son glaive : « Sire, je veux la cité de Vauclère : octroyez-moi seulement la permission de l'aller conquérir ; prêtez-moi un millier de chevaliers, et je vous ferai sire de tout le royaume de l'Aubigant. Que si vous me refusez , je vous couperai la tète surle-champ et vous ferai démembrer. » — Charles recula , mais la colère lui donna du cœur : « Doon, fit-il, écoute ce que je vais te dire; : Tu vas combattre contre moi là-bas dans cette prairie, l'écu devant la poitrine et le heaume lacé. Si tu es vainqueur, je te donnerai Vanclère et Flandrinette au beau visage ; j'irai avec toi les conquérir à la tête de soixante mille chevaliers. Mais, si je te peux vaincre, tu quitteras la ville de Mayence et t'en iras errer outre mer, chétif et en pauvreté. » Doon accepte : on va chercher un misse], et les deux champions jurent d'exécuter fidèlement les conditions du combat P. 183-198.
Charlemagne est armé par ses barons : il ceint Duraodal , qu'il avait conquise sur Bremant quand, chassé de France par Heintroy et Hendri (')> il com-