‹ Doon de Maience chanson de geste publiee pour la premiere fois d'apres les manuscrits de Montpellier et de ParisChapitre 5 sur 9 · XXV11J · texte numérisé non relu

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fils, allez maintenant toujours vers le midi; vous trouverez, une belle rivière, qu'on appelle Meuse : suivez-la jusqu'à un port où l'on vous passera. Vous aurez alors devant vous un château, nommé Châteaufort, qui appartient à mon frère Hugues. Faites-vous mener près de ce seigneur : il vous armera chevalier et vous enseignera le chemin de Mayence. Et quand vous aurez puni le traître, pensez à moi et aidez-moi à bâtir ici une abbaye de moines. — Ce disant, il

L'enfant chevauena longtemps, suivi d'un cerf qu'il avait élevé. — Enfin , il arriva au port dont son père lui avait parlé et vit un homme assis dans un bateau. — Il le salua gentiment. — Mais le vilain remarqua son air novice : « Qu'est-ce ? lui demanda-t-il, et que cherchez-vous ? Êtes-vous chevalier du roi Arthur ? — Sire, répond Doolin sans s'apercevoir qu'on se moque de lui, passez-moi, s'il vous plaît. — A vez-vous de l'argent ? reprend le batelier » — L'enfant est fort surpris d'une pareille question, et, comme le batelier refuse de le passer s'il ne paye bel et grassement, il se fâche. — On en vient aux mains; le vilain est vaincu, il s'humilie, et promet à Doon de le mener à l'autre bord ; mais il avait été si fort blessé qu'il meurt avant d'y arriver. — Doon ne savait pas manier un aviron , et malgré tous ses efforts il ne peut empêcher le batelet de suivre le cours de l'eau. P. 80-85.

Il descendit ainsi une grande lieue, tant qu'enfin il rencontra un homme dans un bateau qui eut pitié de lui et l'aida à traverser la rivière. — 11 se trouvait en ce moment près d'un castel où l'on faisait grand bruit : les cloches sonnaient, les ouvriers martelaient, les vilains frappaient de leurs fléaux, les gens criaient, les chiens aboyaient, les cheminées fumaient. — « Par les saints du ciel 1 se dit l'enfant effrayé, ce doit être l'enfer dont mon père m'a tant parlé ; fuyons nows-en d'ici ! » — Mais il n'était pas encore loin qu'il vit accourir vers lui son cerf poursuivi par les gens du,

Digitteed

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hameau : « Vilains, leur dit-il, laissez cette bête ! »

— Les vilains n'ont souci de ses paroles et font déchirer le cerf par leurs chiens. — Doolin furieux en tue ou blesse une trentaine. Quatre vilains seulement purent s'enfuir et aller chercher du secours au château.

— Le seigneur monte lui-même à cheval avec une quinzaine d'hommes armés, et, quand l'enfant les voit sortir par cette porte qu'il avait prise pour l'entrée de l'enfer, il a grand peur : « Ce sont diables, pense-t-il, qui me viennent emporter! Mais, si Dieu m'aide, je fendrai jusqu'aux dents le premier qui m'approchera, et le second aussi. » — Il tient parole et en tue d'abord six ou sept. — Le seigneur lui-même, homme de grande valeur, serait tombe, sans l'aide de ses chevaliers, sous les coups de Doolin. — Il fait suspendre le combat : « Seigneurs, dit-il, retirez-vous un peu ; il faut, pour qu'il nous ait résisté si longtemps,

Îu'il soit messager de Dieu et issu de haute parenté. 'X vous, vassal ? dites-nous qui vous êtes et d où vous venez ? » Doolin raconte ses aventures et finit par se nommer : « On m'appelle, dit-il, Doon de Mayence la grande, non pas ae cette Mayence dont chantent quelques-uns, qui est près de Hanstonne, au delà de la mer, mais de Mayence sur les bords du Rhin, près de l'Allemagne où sont les Allemands. Maintenant, si vous voulez recommencer à combattre, je suis tout

Ïwêt. » — Mais le seigneur se met à genoux devant ui et lui tend son épée par la garde : « Je suis ton homme lige, s'écrie-t-il, le frère de ton père Gui ; je suis Hugues de Châteaufort 1 » — Le neveu embrasse son oncle et se laisse conduire par lui dans son

castel. P. 85-07.

Dès son arrivée, on le fit dîner richement : il mangea avec plaisir du bon pain de froment, car il y avait longtemps qu'il n'en avait vu ; il but du vin avec plus déplaisir encore ; il en but dételle sorte que, si on ne le lui eût ôté, il n'eût bientôt plus connu ni ami ni parent — Le lendemain son oncle lui fit donner de

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beaux vêtements , le mena au moutier et Parma chevalier.— Nul n'osa jouter avec lui, excepté un baron, nommé Géant à cause de sa taille, et qui était bien le plus mécréant qu'il y eût au monde; car 11 avait été excommunié, et depuis sept ans il vivait avec sa fille, de qui il avait un enfant. — Doonle tua, — Le même jour il se mit en route pour Mayence; son oncle voulait lui donner un sommier chargé d'argent et une escorte de chevaliers , il refusa tout et partit seul. — Les fils du Géant s'étaient embusqués dans un bois pour le tuer ; mais, quand ils le virent, ils furent pris d'une terreur subite et n'osèrent l'attaquer : a Beau doux frère, fit Lambert l'aîné, j'ai le cœur si effrayé que je n'irais avant pour l'or d'une cité.— Après tout, repartit l'autre, il ne nous a pas fait si grand tort ; car notre père consommait tout notre vin et notre blé et ne gagnait pas un denier. » — Cependant, ils le suivent de loin, espérant trouver l'occasion de l'attaquer. — Doolin rencontre un riche baron qui le mène en son château : ce seigneur était le frère du Géant. — Lambert survient et refuse d'embrasser son oncle : a Sire, lui dit-il, ce vassal que vous honorez ainsi a tué mon père ; vengez votre frère, ou je ne vous aimerai de ma vie ! » — Le baron saisit un gros bâton et vient sur Doolin.- — Mais celui-ci le désarme et le tue, massacre ou met en fuite tous ses serviteurs, et reste maître du château, dont il ferme solidement la porte. P. 97-1 09.

L'enfant avait grand faim : il descendit dans la cuisine et y trouva des viandes tout apprêtées, du vin et du pain, du claret et du piment. — Tout à coup, au moment où il allait se mettre à table, il entend une voix qui chantait doucement : « Seigneur ! faitil, c'est la mère de Dieu qui chante ainsi, ou c'est un ange du ciel, ou une sirène de mer, ou quelque instrument fait par enchantement. Certes, je ne mangerai pas avant de savoir qui s'en va ainsi enantant! »— *Il parcourt la maison et arrive à une chambre bien fer-

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mée; il regarde par un pertuis et voit sur un lit à franges d'or une pucelle richement vêtue, blanche et vermeille, aux yeux amoureux, à la bouche riante, aux beaux cheveux plus brillants que de l'or épuré. — C'était la fille du seigneur du château qui venait de dormir, et qui, ignorant le sort de son père, chantait pour se mieux éveiller. — Doon ne Ta pas plus tôt aperçue qu'il se sent le cœur percé d'une flèche empennée que l'Amour lui a lancée. — Il frappe doucement : « Belle, dit-il. ouvrez-moi cet huis, s'il vous plaît. » — En fille bien apprise , la pucelle ouvre sur-le-champ. — Doolin la prend parla main et lui demande ce qu'elle fait ainsi toute seule. — a Hélas! répond-elle, je me désole, parce que je dois épouser demain un vieillard qui est sire de toute la contrée.—- Belle, dit Doolin, il n'est plus question de cela ; c'est moi que vous devez épouser. Il y a longtemps que je vous aime, pour avoir entendu parler de votre beauté en mon pays. Je vous ai demandée à votre père, et j'ai son consentement. Or, il est d'usage, en mon pays, que nul n'épouse une femme avant de l'avoir une nuit baisée etacolée; donc, tous les gens du château sont partis , et il n'y a plus ici que nous deux.

— Sainte Dame ! s'écrie la pucelle en pleurant, cette coutume me semble étrange, et j'y croirais mieux si elle m'était contée par mon père. — Belle, ne pleurez mie, vous allez voir que je n'ai pas menti. » Doolin va dans la salle où gisait le seigneur du château, lui enlève sa ceinture et revient près de la pucelle. m Vous connaissez, lui dit-il, cette courroie ; votre père me l'a donnée afin que vous ayez confiance en moi. » — La pucelle ne doute plus et se laisse baiser quatre fois sur la bouche. Puis les deux enfants, après avoir soupé, vont se mettre au lit côte à côte.

— Ils étaient fort innocents; mais l'Amour les sut bien enseigner, et ils prirent si grand plaisir à la leçon qu'ils eussent voulu que la nuit durât un an entier. P. 1 05^-1 13-

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Cependant, le fils du seigneur du château, qui avait nom Gautier, avait rassemblé ses vassaux pour assiéger Doon de Mayence, et commandé à Foucher, son ingénieur, de lui construire un pont d'où l'on pût s'élancer sur les créneaux du palais. Doolin, réveillé de grand matin par le bruit des marteaux, courut voir ce que c'était. Il eut d'abord un peu peur ; mais la hauteur des tours et la profondeur des fossés le rassurèrent. — a Par saint Léger, pensa-t-il, ils ne sont pas près d'avoir fini ! Allons toujours réveiller ma mie et mangeons largement. Tant qu'on est en vie, il faut se donner du bon temps. » — Il jeta par la fenêtre les corps de ceux qu il avait tués la veille , et cria aux assiégeants que, s'ils les voulaient avoir , ils n'avaient qu'à les faire pêcher ; puis il retourna près de Nicolette, qui dormait encore. * Douce amie, lui dit-il, levez-vous, et ne vous effrayez pas de ce que vous verrez. Le vieillard qui vous avait demandée à votre père nous assiège ; mais nous saurons bien lui échapper. — Je vous suivrai partout, répond-elle, et, si jamais mon corps se doit séparer de vous, mon âme au même instant se séparera de lui. » — Les deux enfants s'habillent et apprêtent leur repas, qui longuement dura, car entre chaque bouchée ils se donnaient un baiser. — Doolin alla ensuite donner à manger à son cheval et à deux autres chevaux qu'il trouva dans l'écurie. — Pendant ce temps-là, l'ingénieur Foucher travaillait toujours. — Le soir venu, Doolin et Nicolette, après avoir mangé des lapins rôtis et bu du vin en quantité, s'allèrent coucher, car ils le désiraient fortement. — Un peu avant le jour, ils se levèrent et sellèrent leurs chevaux. — Doolin dit à la belle de le suivre de très près. — « A votre volonté, répondit-elle, et que Dieu nous conduise!» — Au moment où ils sortaient du château, le jour parut, et un des assiégeants les aperçut. — Il vint contre Doon la lance baissée; mais Doon le jeta à terre tout sanglant. — Au bruit, les compagnons du

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mort s'éveillent, et accourent revêtus de leurs armures. — Doolin se fait à coups d'épée une large voie.

— Nicolette le suit, car elle l'aimait tant que, s'il fût entré en un feu allumé, elle y serait entrée après lui.

— Ils traversent le bourc, toujours poursuivis. — Gautier les atteint et prend le cheval de sa sœur par les rênes. — Doolin lui fend la tête et arrive à la porte du bourg, qu'il trouve ouverte. — Déjà il était dehors, et Nicolette allait sortir à son tour, quand un sergent, qui était sur le mur, abat la porte coulisse et sépare les deux amants. — Doolin retourne vers la porte et la heurte fortement; mais elle résiste. — Nicolette tombe pâmée et meurt de douleur. P. i ij-

Grande aussi fut la douleur de Doon, mais il se souvint de sa mère et continua son chemin. — Après avoir marché une lieue, il rencontra un cousin d'Herchembaut, nommé Hermant > et lui dit oui il était et où il allait. — Hermant aurait bien voulu nuire à Doolin. Trop couard pour l'attaquer, il essaye de l'égarer ; mais l'enfant se méfie et demande son chemin aux passants. — Il fallait se hâter, car déjà le traître sénéchal avait rassemblé ses hommes et commandé les apprêts du supplice. — Doolin chevauche le plus vite ou il peut et arrive en un bois épais. — a Sire, lui ait Hermant, cette forêt est bien ombragée et la chaleur est forte : si vous désarmiez votre tête, cela vous rafraîchirait grandement. » — L'enfant ôte son heaume et le pend à l'arçon de sa selle dorée. — Hermant vient alors par derrière pour le frapper ; mais son épée rencontre une branche d'arbré : le coup est détourné et ne fait qu'effleurer l'épaule de Doolin. — Doolin furieux tire son glaive et fend le heaume du traître. — Hermant blesse l'enfant au bras. — - « Doon ! s'écrie-t-il, quand je vous aurai arrangé de même l'autre bras, mes cousins vous redouteront peu : ils brûleront votre mère et vous pendront à un arbre. » — Sa joie fut courte , car il reçut aussitôt Doon de Maience. c

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sur la tête un tel coup que la peau du front lui tomba sur les yeux. — « Sire Hermant! fit à son tourDoor lin, qu'est-ce donc ? Où avez-vous été ! Vous avez l'air d'un mouton qu'on aurait écorné. ! » — Voyant qu'il ne peut se venger, le félon prend la fuite et échappe à Doolin. P. 126 134.

Hermant connaissait le pays : il fut bientôt à Mayence. — Herchembaut et Droart étaient dans une grande plaine avec tous leurs barons et s'apprêtaient à faire brûler la mère de Doolin. — Hermant alla vers son cousin : « J'ai rencontré, lui dit-il, dans la forêt, le fils du comte Gui, et c'est lui qui m'a arrangé comme vous voyez. Il vient ici ; allez-vous-en avec toute votre compagnie ; car. s'il vous trouve, il vous fera voler la tête de dessus les épaules. — Tu mens, répond Herchembaut. J'ai fait jeter dans la mer les trois fils du comte Gui , il y a de cela dix ans. » — Cependant il envoie quatre sergents au-devant de Doolin et hâte le supplice de la comtesse. — Il la prend par les cheveux et la traîne vers le bûcher.

— Mais Samson de Clairvent avait entendu le récit d' Hermant. Il s'avançe à la tête de ses chevaliers : — « Sire, dit-il à Herchembaut, laissez cette dame ; j'entends dire qu'il lui vient un champion. Vous devez lui donner répit jusqu'au dîner. » Herchembaut met la main à son glaive. — Bataille. — P. 1 34.-142.

Doolin, échappé aux coups des quatre sergents, paraît au milieu des combattants et demande pourquoi se battent tous ces chevaliers. — Samson le lui ap-

Srend. — a Me voici prêt, s'ccrie-t-il ; c'est moi qui éfendrai cette dame contre Herchembaut et Droart.»

— En même temps il se nomme. — Joie des barons fidèles et de la comtesse Marguerite. — Les deux traîtres recommandent à leurs amis de tenir ouvertes les portes de la ville, afin de pouvoir s'y réfugier ; puis ils se précipitent, lance baissée, contre Doolin. — L'enfant soutient ce double choc sans être ébranlé, et . jette rudement Droart à bas de son cheval. — Il tirç

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son épée, oui avait été forgée par un ouvrier de Galan, et blesse Hercherabaut à la tête. « Vous voilà couronné comme prêtre nouveau, lui crie-t-il; c'est un grand honneur pour vous que de porter ainsi chaperon rouge. » — Telle est la fureur du traître qu'il renie Dieu et ses bontés, et jure de brûler tous les moutiers et de tuer tous les ermites qu'il rencontrera. — Aussi ne tarde-t-il pas à recevoir une nouvelle blessure ? et se voit enlever cette fois un tel morceau de chair qu'un boucher de France ou de Champagne l'eût vendu au moins trois deniers. — Il s'enfuit vers la cité : Doon le poursuit, mais son épée lui échappe des mains. Il est fait prisonnier et entraîné dans la ville, dont on referme les portes. — Samson ne peut le délivrer: il le venge en jetant dans le feu Droart, qui était resté sur le champ de bataille. Le diable vint aussitôt emporter son âme avec un grand bruit oui fut entendu de tous. — Quant à dame Marguerite, le preux sire de Clairvent l'emmena dans son château, où il l'honora beaucoup. P. 142-1 59.

Doolin s'était défendu tant qu'il avait pu, et, sans autre arme que son poing carré, avait tué ou blessé plus de vingt ennemis. Mais il fut enfin accablé par le nombre et jeté dans un cachot, en attendant qu Herchembaut, qui était grièvement blessé, eût décidé de son sort.— Resté seul, l'enfant se lamente tout haut, plaint sa mère, dont il ignore la destinée, et invoque son père, qu'il ne verra plus. « Mon doux père, s'écrie-t-il, vous m'avez maintes fois conté qu'au jour où je suis né naquirent aussi Charles le baron et Garin de Monglane, et qu'en cette journée la terre trembla.

l'une à Paris, l'autre ici même, et la troisième au pays de Garin ; et dans chaque endroit où la foudre était tombée s'éleva un grand arbre qui existe encore. C'était si^ne, disiez-vous, que ces trois enfants étaient destinés par Dieu à glorifier son nom et à conquérir à Jésus-Christ les terres des Sarrasins félons. Et

le ciel rougit et trois

tombèrent :

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pourtant je vais mourir ici ! — Vassal , qui êtesvous ? » dit tout à coup une voix. — Doon crut que c'était le diable et chercha un bâton ou une pierre pour se défendre. Mais cette voix était celle du preux Baudouin, que jadis Herchembaut avait fait jeter au fond de la même tour où Doon se trouvait en ce moment. — 1 Tous deux se nomment, se racontent ce qui leur est advenu et s'embrassent en pleurant. P. 159-

Un sergent qui était à l'étage au-dessus avait entendu leur récit ; touché de pitié, il promet de leur venir en aide. — Mais un cnevalier nommé Thierry arrive avec quinze hommes d'armes, et, se défiant du sergent , l'envoie rejoindre les deux prisonniers. Puis il se désarme et se met à manger avec les siens.

— Leur repas n'était pas achevé, que le sergent Vaudry, Baudouin et uoon de Mayence sortent de leur cachot au moyen d'une échelle, saisissent les armes des traîtres et fondent sur eux. — Thierry et ses compagnons sont massacrés ou précipités dans les fossés. — Vaudry ferme soigneusement les portes de la tour et lève le pont. P. 166-171.

Ils passèrent ainsi la nuit. Le lendemain matin, lorsqu'ils ont amplement déjeuné, Doon déclare à Baudouin et à Vaudry qu'il ne restera pas plus longtemps enfermé , et qu'il ira attaquer Herchembaut dans son palais. — Ses compagnons approuvent ce projet. — Vers l'heure de midi, quand on fut sorti du moutier, les amis du traître sénéchal l'allérent trouver et lui annoncèrent que Doon avait tué Thierry et ses sergents et s'était emparé de la tour.

— « Il sera pendu, s'écrie le blessé. Donnez ordre qu'on assiège la tour. — Sire, répond un des barons, 1 1 • bourgeois nous trahissent,

' Samson de lui ouvrir les

portes de la ville. Si vous l'accordez, nous nous en irons d'ici. » Herchembaut se décide à suivre ce conseil, se fait panser par les médecins de manière à

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pouvoir supporter le voyage, et ordonne de seller les chevaux. — En ce moment Doon , Baudouin et Vaudry arrivent, l'épée au poing, et massacrent tout ce qu'ils rencontrent. — Les bourgeois, de leur côté, envahissent le palais. Herchembaut se cache; mais on finit par le découvrir ; on le traîne à la queue d'un cheval et on le pend aux fourches. P. 171-181.

Lorsque cette nouvelle se répandit dans la contrée, tous les barons vinrent jurer fidélité à leur légitime seigneur. — Doon restaura le château de Baudouin, que les traîtres lui avaient détruit, fit Vaudry chevalier et lui donna le fief d'Herchembaut. — Il appela sa mère près de lui, alla voir son père dans son ermitage et le nomma abbé d'un monastère qu'il fonda en cet endroit sous l'invocation de la Trinité. — De retour à Mayence, il tint son fief en paix jusqu'au jour où il se brouilla avec Charles, qu'on avait nouvellement couronné en France. Ici finit la jeunesse de Doon. On verra par la suite comment il épousa Flandrine la courtoise, fille de l'Aubigant, qui était sire de Vauclère. P. 181-182.

Ce fut au temps que les oisillons chantent et que les rosiers fleurissent. Doon de Mayence, revenant d'un tournoi avec nombreuse compagnie de barons, ne daigna s'arrêter à Paris pour saluer Charlemagne. — Le roi en fut très irrité : « Qui est ce Doon ? dit- il. Il est sorti tout à coup on ne sait d'où, pauvre et chéûf, seul et sans écuyer, et s'est emparé de Mayence sans aucun droit. » Il y avait là un cousin de Doon nommé Richer, qui tenait Monsen Hainaut. Il veut prendre le parti de son parent; mais Charles le frappe sur la tète avec un bâton de pommier. — Il monte aussitôt à cheval et court raconter à Doon les propos injurieux du roi. — Le preux fils du comte Gui revient sur ses pas et rentre à Paris avec sept cents chevaliers armés. — Charlemagne n'avait avec lui

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que peu de barons, tous désarmés comme lui. Quand il vit s'avancer au milieu de sa cour tous ces hommes, Tépée au côté et le heaume lacé, il trembla de peur, et eût voulu n'être point là pour l'or de deux cités. — « Vassal, demanaa-t-i! à leur chef, que voulez-vous ? — Je suis Doon, répondit celui-ci ; je suis né à Mayence, et de France est issue toute ma parenté. Vous m'avez appelé, m'a-t-on dit, ribaud et enfant trouvé. Vous m avez frappé à mort un mien cousin ermain; si je n'étais votre homme, je vous aurais éjà démembré; mais vous allez sur-le-champ me donner satisfaction, ou je vous mettrai mon épee par le milieu du corps. » — A ce langage, qu'aprouve le comte de Poitiers , le roi répond fort umblement que, se trouvant sans armes , il est à la merci de son vassal, et qu'il fera ce qu'on voudra. — « Sire, dit un chevalier oui était de Saint-Florent, donnez à Doon le comte de Nevers. » — Le fier vassal trouve ce don mesquin et le rejette avec dédain. — « Sire, dit à son tour le comtç de Poitiers, donnez-lui la cité de Laon, votre nièce Hélissant, et 60,000 marcs pour payer ses dettes. — Très volontiers, répondit le roi. » -— Mais Doon fronça le sourcil et fit un pas en avant, la main sur la poignée de son épée. Charles trembla de peur, et eût voulu n'être point là pour un plein val d'argent. — « Par le saint Sauveur ! s'écria le comte de Mayence, faites un pareil don à quelqu'un de vos hommes d'armes ou de vos vassaux pour l'entretien de son cheval, mais avec moi soyez moins avare , sire roi , ou vous mourrez maintenant 1 — Eh bien ! demande ce que tu voudras : puisqu'il le faut, je te l'accorde d'avance. — Voilà qui est parler, répond Doon, et de cette façon nous pourrons nous entendre. Donnez-moi donc, poursuit-il, la cité de Vauclère, au delà du Rhin, près de la mer, en Saxe la grande. Elle est au pouvoir d'un païen nommé Aubigant, qui l'a conquise avec mille Sarrasins. Ce mécréant a une fille qu'on nomme

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Flandrine, parce <jue sa mère étoit de Flandre. La bonne dame a élevé chrétiennement la pucelle, qui a douze ans maintenant, et qui est bien la plus Délie qu'on puisse voir. Le roi de Danemark l'a demandée en mariage pour son neveu Gautier, et, comme l'Aubigant la lui a refusée, les deux païens se guerroyent. Sire, si vous voulez que nous soyons amis, donnezmoi la cité de Vauclère et Flanarine pour épouse. — Beau sire Dieu! pensa Charles, cet homme veut ma mort quand il me demande ce qui n'est pas en mon pouvoir, une ville si grande et si forte que mon père Pépin n'en osa approcher avec cent mille combattants! » Et il trembla de nouveau. — « Doon, ditil, demandez-moi plutôt Paris et tout mon royaume ; mais n'exigez pas que je vous donne ce qui ne m'appartient point. » — Mais le vassal courroucé mit la main sur son glaive : « Sire, je veux la cité de Vauclère : octroyez-moi seulement la permission de Palier conquérir ; prêtez-moi un millier de chevaliers ? et je vous ferai sire de tout le royaume de l'Aubigant. Que si vous me refusez , je vous coupejai la tête surle-champ et vous ferai démembrer. » — Charles recula ; mais la cofère lui donna du cœur : « Doon, fit-il, écoute ce que je vais te dire : Tu vas combattre contre moi là-bas dans cette prairie, l'écu devant la poitrine et le heaume lacé. Si tu es vainqueur, je te donnerai Vauclère et Flandrinette au beau visage ; j'irai avec toi les conquérir à la tête de soixante mille chevaliers. Mais, si je te peux vaincre, tu quitteras la ville de Mayence et t'en iras errer outre mer, chétif et en pauvreté. » Doon accepte : on va chercher un missel, et les deux champions jurent d'exécuter fidèlement les conditions du combat. P. 183-198.

Charlemagne est armé par ses barons : il ceint Durandal , qu'il avait conquise sur Bremant quand, chassé de France par Heinfroy et Hendri il cora-

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