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Ba yreol'emportait vers la maison, du plus vigoureux galop qui
cé Mid Lit
fût dans ses moyens.
Personne ne souffla mot, durant le trajet, dans les deux équipages. Chacun avait trop à faire avec ses propres 5 pensées. Les cochers n’avaïent pas eu besoin d'ordres pour miener leurs équipages ventre à terre! tandis que les yeux des promeneurs suivaient R trace du passage de
Dosia, marquée par un filet d’eau non interrompu dans la“
poussière.
xo Enfin, les chevaux hors d’haleine s’arrêtèrent devant le
perron.
Malgré la hâte générale, Platon fut le prémier dans la
salle à manger, et Île premier objet qui frappa ses yeux fut .
Dosia, déjà déshabillée et revêtue d’un grand peignoir de 15 flanelle appartenant à sa mère.
Elle était debout, très pâle et tremblant de ‘froid. La
masse de ses effets mouillés gisait sur le plançher devant .
elle.
— Je n’ai pas pris la peine de monter, me an, dit-elle 20 en voyant sa mère: gén m'a mis vos habits. Voyez comme c’est drôle! T1 Porn Elle riait, mais ses dents claquaient, quoi qu'elle en eût.? “ On la coucha gur un canapé; on la roula dans une 25 chaude couverture ‘malgré ses protestations, et le samovar, grâce aux soins des domestiques intelligents, apparut aussitôt. Dès la seconde tasse de thé bouillant, Dosia cessa de trembler, et la couleur revint À ses joues. ‘ Alors madame Zaptine, jusque-là fort inquiète, entama 30 un sermon. ; |
— Maman, dit la jeune fille, er lui coupant peu céré
mnonieusément la parole, mon père m’a enseigné qu’il faut joujours secourir son sembläble, même au péril de sa vie;
or, iln y avait ducun péril. Bayard connaît le gué comme pas un;!— nous Paues j passé cent fois à nous deux.
— Et la fluxion de pôitrine, malheureuse enfant?
— Cela s'attrape aussi au bal, répondit philosophiquement Dosia; et alors cela ne profite à personne. Maman, s’il vous plaît, donhez-moi encore une tasse de thé.
Il fallut bien fèrminer là cette semonce. Mais Dosia avait une idée, et elle ne d'la mettre à exécution.
— N'est-ce pas, maman, que Bayard s’est bien conduit?
— J'avoue, dit madame Zapfine, que je n’attendais pas cela de lui.
— C’est que vous l'avez toujours méconnu, maman. Il a sauvé son semblable, ‘Bayard. Aussi, il mérite une récompense, n'est-ce pas?
— Certainement; Veux-tu que je lui fasse donner double ration d’avoine
— Un picotin d'honneur? Oui, c’est gentil; je vous remercie pour lui, maman, mais je voudrais autre chose.
— Quoi donc?
—= Jlne faut plus qu’il traîne le tonneau, maman! C’est un vrai chevalier, vous ne pouvez plus vouloir l’avilir.
Au milieu des rires de la société, madame Zaptine déclara solennellement que Bayard serait désormais dispensé du service domestique. Mais ce n’était pas assez qu’une promesse: il fallut convoquer les cochers et leur intimer l’ordre de ne plus chagriner la bonne bête.
Quand ils furent sortis:
— Je suis très contente, maman, dit Dosia, je vous re: mercie. Il me semble qu’à présent je dormirais bien.
— On va te porter dans ta chambre, fit la mère, pleine de sollicitude. | — Me porter! s’écria Dosia en éclatant de rire, me porter comme uné corbeille de linge qui revient de la 5 buanderie!... oh! non, j'irai bien sur mes deux pieds! Elle se leva, rejeta au loin là Couverture, dont le pan tomba dans la tasse de sa Sœur, et $e tirant avec une dextérité merveilleuse de son péignoir deux fois trop SE elle se dirigea vers la porté. Au moment de sortir, elle se 10 retourna et adressa aux assistants une révérence collec- : tive.
— Bonsoir! dit-elle; soupez . bon appétit; moi, je meurs de sommeil.!
Son regard évita celui de Platon qui ne l'avait pas 15 quittée depuis qu’il était entré, et l’on entendit son rire dans l’escalier qu’elle avait'pêine à monter, embarrassée par ses vêtements. =
Dosia dormit tout d’une traite;? madame Zaptine eut le cauchemar et Platon ne dormit pas du tout. Le soleil 20 de juin, qui se lève de bonne heute, le trouva assis sur son lit, les yeux ouverts, brisé par une nuit d’insomnie. Las de son immobilité, il s’habilla et descendit doucement au jardin. Quatre heures soñnaient comme il passait devant le coucou? de la salle à manger. Il enjamba deux 25 ou trois domestiques assoupis sur des nattes dans les corridors, suivant la coutume russe immémoriale, ouvrit la porte, fermée patriarcalément d’un simple loquet, et se: trouva sur le perron. Sous ses pieds, l'escalier casse-cou
lescendait vers la pelouse; il s’y aventura, le descendit hns encombre et se mit à parcourir le gazon à grands ED |
Tout était humide de rosée; le soleil envoyait des lames d'or à travers les rameauk 2 dessinait sur le sable des illées les masses capricieuses dü feuillage.‘ L’orchestre intier des oiseaux chantait l’aubade à plein gosier; le bétail, déjà réuni dans les pâturages, donnait de la voix dans le lointain comme une basse continue; parfois une vache laitière, retenue à l'écurie pour les besoins de la journée, répondait à cet appel par un mugissement sourd." Une abeille, éveillée de bon matin, frôla la joue de Platon et s’enfonça près de lui dans une grappe d’ acdéa jaune. Mais le jeune homme n'avait guère souci des séductions d’une matinée de pr temps! Dans la feuillée lointaine, le coucou v AE prépéter, dix-huit fois son à appel mélancolique: la superstition veut que le nombre des appels dù coucou, quand on l'interroge, | soit le même que celui des années destinées à l’être auquel on a songé; Dosia ne quittait pas les pensées ‘du j jeune officier; —et, bien qu’il ne fût pas Superstitieux, il sentit son cœur se serrer d’une nouvelle angoisse. Devait:elle mourir à dix-huit ans?
Peut-être en ce moment même Dosia se débattait-elle sous l’étreinte de la maladie? Peut-être la mort qu ’elle avait appelée la veille planäit-elle à son chevet? — Et si elle n’aimait pas la vie, cette vie «trop difficile», comme elle l'avait dit, Platon n° ’en était-il pas la cause? N’étaitce pas lui dont le rigorisme outré, la pédante sagesse avaient attristé ce jeune Cœur, jadis débordant de joie et de vie? Qu’avait-il besoin d’exiger d’elle une penses irréalisable ? à
mi
— Si elle meurt, se dit-il, que ferai-je? que sera ma vie?! Quels remords! et quels regrets!
Ses pas l’avaient conduit àu petit pavillon moisi. Il. s'assit sur le banc et regärda la charmille où, la veille,
5 Dosia lui était apparue.
ment, se dit-il, n’ ai-je pas compris alors qu’elle ne pare à.la vié? Comment dans ce regard navré n'ai-je pas lu la fatigue de la lutte incessante ?. | Il résta longtemps à cette place; la rivière brillait non zo loin d’un bleu froid; il sentit passer sur lui le frisson de l'onde glacée tel qu’il avait dû passer la veille sur Dosia. pendant qu’elle entrait si courägeusement. dans l’eau.
Il s’accabla de reproches, touten continuant à mar her
/ a hasard pendant longtemps. Lassé enfin, il rentra, se Vus jeta sur son lit et s’endormit
Il se réveilla à huit heures. Un bruit de ruche remplis. sait la maison sonore, entièrement construite en bois de sapin. Il se hâta de descendre dans la salle à manger où madame Zaptine préparait le café el-nemee en Phopmeur
20 de ses hôtes.
— Eh bien! madame, dit-il, Mes à peine le tetes de leur souhaiter le bonjour, comment va Do... qi à selle Théodosie ?
— Mademoiselle Théodosie £a à, répondit la voix lé-
25 gèrement enrouée de la jeune fille; je me chauffe au soleil sur le balcon, monsieur Platon.
En trois enjambées il franchit la distance qui le séparait de la porte et se trouva en présence de Dosia. Vêtue de laine blanche, elle s'était pelotonnée dans un grand
3° fauteuil; une ombrelle doublée de rose protégeait sa jolie. tête un peu pâle contre les rayons du soleil déjà brûlant.
— Vous ne ressentez aucun mal? dit Platon d’une voix aussi rauque que s’il avait subi l'immersion de la veille. I1 n’osait avancer la main vers celle de la jeune fille.
— Je n’ai rien du tout!! j'ai dormi comme un loir! Il n’est rien de tel qu’un bain froid pour faire dormir!
— Maïs à cette époque de l’année...
— Dans quinze jours, tout le monde se baignera par partie de plaisir! J'ai un peu devancé l’usage, voilà tout! Il n’y a pas là de "4 oh 1e le plus petit chat.*
Elle se tut et baissa les yeux. Il la regardait comme on regarde un trésor perdu et retrouvé soudain.
— Avez-vous pris votre café? dit-elle pour rompre le silence qui se prolongeait.
— Non!
— Faites-vous apporter votre tasse ici, nous déjeunerons ensemble.
Platon-obéit. L'instant d’après, un petit domestique apportait un guéridon avec le plateau du déjeuner.
La Cordialité vient en mangeant. Si cette vérité n’est pas proverbe, elle mérite de le devenir; mieux que tout le reste, le pain et le sel de l’hospitalité établissent promptement la communauté des impressions. Aussi Dosia se mit-elle bientôt À jaser comme autrefois. De temps en temps une ombre passait devant ses yeux, mais elle la chassait d’un geste enfantin, comme on écarte le sommeil en se frottant les paupières.
Quand les tasses furent vides, Dosia émietta sur le balcon le pain qui lui était resté, et les oiseaux arrivèrent de toutes parts pour profiter de cette aubaine.
— Ils me connaissent, fit Dosia en se laissant retomber
dans son fauteril d’un air heureux et fatigué; ils m'aiment bienid
Elle ferma les yeux sur cette parole. Ses cils noirs por taient une ombre foncée sur ses joues pâles, déjà précé.
s demment amaigries. Platon éprouva un vague sentiment d’effroi.
Le petit domestique vint chercher le plateau. Mourief, puis Sophie s’approchèrent tour à tour de Dosia pour prendre de ses nouvelles. Sophie alla rejoindre la famille
ro dans la salle à manger et ferma doucement la porte du balcon...
Platon était seul avec la jeune fille.
— Dosia! dit-il après un moment d’hésitation.
Elle ouvrit les yeux qu’elle avait refermés, et un flot de
15 sang lui monta au visage. |
— Dosia! reprit le jeune homme, j'ai été très dur avec. vous... je vous prie de me le pardonner.
Elle étendit sa main comme pour l'empêcher de parler; il prit cette main glacée et la garda dans la sienne.
20 — J'avais dans l’esprit, continua-t-il, un idéal de perfection chimérique; je voulais vous obliger à lui devenir semblable... J'ai eu tort: toute créature a ses instincts, ses sentiments, ses impressions qui lui sont propresiet qui lui font une originalité; — vous me pouviez pas. .…
25 — Ître pareille à Sophie? interrompit Dosia avec un soupir. Oh! non! 7
Elle retira sa main que Platon essayait timidement de retenir, poussa un second soupir et détourna les yeux.
— Telle que vous êtes, Dosia, reprit Platon, vous êtes
30 bonne et charmante; vous méritez l'estime et l'affection de tous... et vous l’avez. =
Un regard interrogateur, habitude de malice ou de coquetterie, glissa entre les paupières de la jeune fille, puis retomba. Elle rougit.
— Je tiens plus à l'estime de quelques-uns, dit-elie, qu’a l'estime de tous.
— L'un n'empêche pas l’autre, fit Platon. Vous m'avez inspiré un sentiment profond, que j'ignorais avant vous et qui changera ma vie...
Il s’interrompit, ému: ses yeux, fixés sur le visage de le jeune fille, en avaient dit plus long que ses paroles.! Elle se souleva brusquement dans son fauteuil et s’assit toute droite.
— J'ai honte, dit-elle d’une voix basse, mais ferme, j'ai grande honte, monsieur Platon, d’avoir volé une estime que je ne mérite pas. Vous m’aimez pour ma sincérité, pour ma franchise, — car d’autres qualités, je ne m'en vois guère h bien, cela aussi est de ma part hypocrisie et mensonge. J'aurais dû vous le dire il y a longtemps, mais vous étiez parfois sévère; je me disais: A quoi bon parler de toi à quelqu’un pour qui tu n'es rien? ... J'avais tort, je le vois aujourd’hui.
Platon l'écoutait, indécis. Une lueur de joie indicible filtrait dans son âme, mais il n’osait y croire.
— Vous venez, reprit-elle, de parler de sentiments qui changeront votre vie. Avant qu'il soit trop tard, avant que ces sentiments fassent votre chagrin comme ils ont fait...
Elle se mordit la lèvre, pâlit, puis reprit:
r —Je dois vous dire que je ne suis pas ce que vous - croyez. L'an dernier, à pareille époque, lasse de la con- …trainte dans laquelle j'étais tenue ici, j'ai fait une folie
Ps ISN
qui me coûtera le bonheur de ma vie... Dans un moment | d’exaspération, j'ai prié mon cousin Pierre de m'enlever. | Il ne m'aimait pas. Je crois bien que je le savais, même | alors: mais j'avais menacé... peu importe le moyen que j'employai; d’ailleurs, j'étais résolue à tout. Il consentit et m'emmena. Mais nous n’avions pas fait quatre verstes que j'avais compris ma faute. Personne n’en avait connaissance, je la regrettais, mon cousin voulut bien me ramener ici, sans me faire les reproches que j'avais mérités. Après cela, monsieur, après une faute qui n’a fait. tort qu’à moi, puisque Pierre est innocent, je ne suis plus digne de votre estime... pardônnez-moi de l'avoir usurpée si longtemps.
Elle se tut, deux grosses larmes roulèrent silencieusement sur la laine blanche de son peignoir. Elle voulut se contraindre, mais elle n’en eut pas la force; ses sanglots éclatèrent douloureux, brisés comme ceux d’une créature désespérée, pour qui la vie n’a plus de ressources, et elle cacha son visage contre le dossier du fauteuil.
— Dosia, dit la voix de Platon, si près qu’elle tressaillit; Dosia, vous êtes un ange... Je le savais!
Elle frémit de la tête aux pieds.
__ Vous le saviez! Et vous m’aimiez un peu tout de même ? |
— Non, je ne vous aimais pas, — pas assez, du moins, —— pas comme je vous aime à présent. Je me demandais si vous auriez assez de confiance en moi pour parler...
— J'ai voulu le faire cent fois, mais vous étiez si sévère, vous aviez si peu l'air de vous intéresser à moi... j'avais si grand’peur! de vous! A
— Et maintenant ?
: — Maintenant, fit Dosia en souriant, — ce sourire dans ses yeux mouillés lui donnait une grâce idéale, — j'ai encore un peu peur de vous, mais pas tant! Est-ce que vous m’estimez vraiment? Ah! j'ai bien souffert de cette estime que je croyais volée!
—— Oui, je vous estime quelque peu, répondit Platon en souriant aussi. Vous êtes comme Bayard: vous avez sauvé votre semblable. |
— Oh! quelle vétille! s’écria Dosia.
— Je n’en ai pas fait autant! mais comme je suis plus sage que vous, cela rétablit un peu la parité. Vous rappelez-vous ce jour où nous sommes tombés d’accord qu’il vous faudrait un mari très sage?
— J'ai bien pleuré ce jour-là! murmura Dosia.
— Vous ne pleurerez plus. Me trouvez-vous assez sage pour être votre mari?
Dosia le regarda, lui tendit les bras, puis, par un mouvement de pudeur virginale, les replia sur sa poitrine et s’affaissa dans le fond du fauteuil, toute pâle, mais sans le quitter des yeux.
I1 l’enleva et l’entraîna, — la porta presque, — jusque dans la maison.
Madame Zaptine eut alors une belle occasion de lever les bras au ciel à cette apparition incongrue, mais elle la
… manqua. Sophie la prévint d’un mot.
— Je crois, chère madame, dit-elle tranquillement, que mon frère a quelque chose à vous communiquer.
— Madame, dit Platon, veuillez m’accorder la main de mademoiselle Théodosie. (
Nous renonçons à peindre le tumulte qui s’ensuivit. Homère seul ne serait pas inférieur à cette tâche.
ZO
. Dosia, ressuscitée d’un coup de baguette, monta mettre
une robe, et au bout d’un quart d’heure réapparut, coiffée, | habillée, — digne, en un mot, de sa nouvelle position de | fiancée. On dansa, on joua à colin-maillard ; le vieil orgue de Barbarie qui jouait le Ca/ife de Bagdad et Aline, reine de Golconde,' fut si bien mis à contribution,? que la manivelle en resta’dans la main trop zélée de Mourief; enfin, on fit tant de bruit et l’on s’'amusa si bien que, jusqu’à l’heure du repas, les sœurs de Dosia n’eurent pas le temps de méditer sur la grande injustice que la destinée leur avait faite ce jour-là.
— Nous nous marierons dans huit jours, dit Platon. comme on servait la soupe. |
— Comment! comment! cria madame Zaptine, et le trousseau ?
—— Ce n’est pas le trousseau que j'épouse; nous aurons le trousseau plus tard. Mais nous nous marierons dans huit jours, en même temps que Sophie. N'est-ce pas,
— Certainement, fit celle-ci. J'emmène Bayard.
— Quel bonheur! s’écrièrent les sœurs toutes d’une voix.
— Ne vous réjouissez pas trop, fit Dosia en levant l’index d’un air menaçant; sans quoïije vous laisserais mon chien.
On demanda grâce, et il fut convenu que Dosia emmènerait aussi son chien.
En sortant de table, toute la société descendit l’escalier casse-cou, et madame Zaptine, fidèle à une habitude de sa jeunesse, alla s’asseoir sur la balançoire flexible. Depuis trente-huit ans elle venait y faire un peu d'exercice après le dîner pour activer sa digestion.
Elle n’était pas assise depuis une demi-minute que deux de ses filles vinrent l’y rejoindre, puis Dosia, suivie de Platon qui riait, enfin toute la compagnie, à l'exception de Mourief qui, debout, à dix pas, les regardait en fumant sa cigarette.
— Vous avez l'air d’un vol d’hirondelles perchées sur un fil télégraphique, dit-il en se délectant à cette vue; ma tante surtout, par sa diaphanaéité.
Madame Zaptine rit de bou cœur; elle était si contente ce jour-là qu’elle avait oublié d’être malade. La balançoire se mit en branle. Mourief les regardait sauter d’un air amusé.
— Dis donc, Dosia, s’écria-t-il, te souviens-tu? l’an dernier...
Il s'arrêta vexé, craignant d’avoir fait une sottise.
— Oui, je me souviens, répondit Dosia en regardant Platon. Tu n'étais pas aussi aimable qu'aujourd'hui! AI lons, viens aussi faire un tour de balançoire.
Pierre jeta sa cigarette, vint s’asseoir près de Sophie et donna une vigoureuse impulsion à la planche lourdement chargée. Au milieu des rires chacun prit le mouvement.
— Vous allez casser la balançoire, criait madame Zaptine en faisant de vains efforts pour s'arrêter.
— Ça ne fait rien,’ ma tante, répondit Mourief. Allons! Hop! hop! en famille!