ATJDITION DE TÉMOINS DEVANT FOUCAULT
Nous Etienne Foucault , juge au trilNinal extoar4iHaire et revolulionuaire établi par la loi du lo mars 1791 et en vertu des pouvoirs délègues au tribunal p^r la loi du 5 awil de la même année , vu la cedulle délivrée par le Préaident qui ordonne assignation à la requête de Taccusateur public en date du
Aux témoins indiqués par ledit accusateur public à l'effet de faire leur déclaration sur les faits contenus contre la nommée Corday, prévenue, et l'assignation donnée en conséquence le
A comparaître a ce jour, lieu et heure
En présence de l'accusateur puî)lic et assisté de Amie Ducray , conmiis greffier dudit irîbumfl ,
Avons recules dédaralions desdits témoitis afinsi qn tl suit :
Est comparae % citoyenne Evrard Simoime ^1), âgée de
(<i) gSSmoiiae Evsard., née h Touriius- Saint -André 9 le 6 iéwmx 1764^ Tivait maritalement avec Marat depuis le commencement «de l'année 179a Bile se f usait passer ;pQVLV Ja «œnr de Jffartft..» ^ais elle 'ét«itreu séaliiié «a concubine, et après la mort de l*Ami du Peuple, elle prit le titre de veuve JlfytvM*
Ou a très sowrent .ex *tr£^s .mal à propos confondu Simonne Evrard ay«c AYbertine Marat. Âlbertine était une sôenr de Manrr. Elle demeurait à Genève BU moment où 3an frêne to lra|)))é pai* Chaxlotte de jC^rday. £Be ne vint à Paris qu'après le 1 3 juillet 1793. JNous établirons ces dii-ers poinbpar àea actes authentiques dans l^édiûon annotée que nous préparons.
vingt -sept ans, demeurant rue des Cordeliers, nume'ro trente,
Laquelle déclare que le samedy treize du courant sur les midy, une jeune personne qu'elle a sçu depuis se nohamer Marie-Anne-Charlotte Corday se présenta à raritichambre de l'appartement du citoyen Marat , que cette jeune personne déclara avoir des choses très intéressantes et très pressées à communiquer au citoyen Marat, et qu'il falloit absolument qu'elle lui parlât , que la Déclarante lui refusa l'entrée de la chambre où étoit le citoyen Marat, en lui disant qu'il étoit très malade et que sa position ne lui permettoit de voir personne, que cette jeune demoiselle insista encore toujours sur le fondement des secrets importants qu'elle avoit à révéler au citoyen Marat, que malgré ses instances la déclarante refusa toujours l'entrée à cette personne qui s'en alla en lui demandant quand il faudroit qu'elle revînt , si c'étoit dans trois ou quatre jours , ou dans quinze jours.
A quoi la Déposante lui répondit qu'elle ne pouvoit lui dire l'époque ni le jour auquel elle pourroit revenir, que même elle lui ajouta qu'il étoit inutile qu'elle revint parce qu'elle ne lui parleroit pas , attendu qu'on ne sçavoit pas quand ledit Marat seroit rétabli.
Que cette même personne , malgré la réponse de la déposante, revint une seconde fois le même jour , mais que la déposante ne la vit pas cette seconde fois ; qu'enfin, laditte Charlotte Corday écrivit une lettre au citoyen Marat, qui lui fut remise le même jour : qu'une demie heure environ après que le citoyen Marat eut lu cette lettre, cette jeune personne se présenta pour la troisième fois environ sur les huit heures, qu'elle s'adressa d'abord à la citoyenne Pain, qui lui réitéra l'impossibilité où elle étoit d'être introduite chez le citoyen Marat, que ce dernier ordonna alors qu'on la fit entrer ; que la Déclarante qui étoit alors dans la chambre du citoyen Marat fit entrer laditte Corday et se retira un peu à l'écart dans
laditle chambre , de manière à ne pas entendre la conversation avec le citoyen Marat.
Que laditte Corday causa environ un grand quart d'heure avec le citoyen Marat qui dans le moment ëtoit dans son bain vêtu simplement d'un peignoir et occupé à ëcrire ce que lui disoit Charlotte Corday , sur une tablette arrangée à cet effet sur la baignoire.
Que dans le moment la sœur d'elle déclarante étoit occupée à écraser des morceaux de terre anglaise pour l'usage du citoyen Marat ; que la déclarante lui a dit qu'elle en écrasoît trop, et passa auprès du citoyen Marat pour lui montrer cette terre ; que le citoyen Marat lui dit qu'il n'y en avoit pas trop, mais qu'au surplus elle pouvoit en ôter un petit morceau , qu'ensuite elle emporta cette terre qu^elle remit à sa soeur, et apperçut en même temps deux plats sur lesquels il y avoit des ris de veaux et de la cervelle qu'elle emporta , et pendant que ladite Déclarante s'étoit absentée un initiant et étoit passée dans le sallon^ emportant les deux plats, la fille Corday profita de cet instant pour enfoncer un couteau dans le sein du citoyen Marat , qu'alors la Déclarante entendit des cris confias et s'écria : Ah ! mon Dieu , il est assassiné ! que de suite elle se transporta dans l'antichambre où elle trouva Charlotte Corday aux prises avec la citoyenne Pain y portière , et le commissionnaire qui porte ordinairement les feuilles chez le Ministre de la Guerre , qu'elle sauta sur elle, la prit par la tête, et tous trois ensemble la jetèrent par terre, quVprès l'avoir attérée, elle déclarante courut auprès de son frère qu'elle trouva baigné dans son sang, porta la main sur la playe pour arrêter le sang qui couloit à gros bouillons, que pendant ce temps il arriva des voisins à l'aide desquels on le retira du bain, on le plaça sur tin lit où il étoit déjà expiré; que la déclarante n'a point quitté son frère , mais qu'elle a toujours recommandé qu'on ne laissât pas échapper l'assassin.
Et e«t tout ce qu'^He'^ dit sçayf>ir»
Lecture faite à la Déclarante 4e $a dépj^^atiQp a per^^4 et signé avec ïkom^ et nptne ^commis greffieir^
ÉvhAAD, FotÈTCAfJLT.
Est aussy ^somparm la citoyenne Jeannette Mar^eha)^ âg^ de trente-deux ans, cuisinière chez la citoyoune Ëyrmljp chez laquelle le citoyen Marat demeffifoit.
Laquelle déclare que le samedy matia trei^^e do préseiity entre neuf et dix heures du matin, une jeune pçrjs^noç, que la déclarante a sça depuis s^appeler }ime^A»W' Charlotte Corday, s'est présenté à la portière che^ l^ue^le elle déclarante étoit, demanda l'adresse du çitoy^ll Margjtf qu'on lui dit que c'étoit au premier sur Je «devant, (^ ce^tta personne a monjbé l'escalier très lestement, que h déç^U* liante resta chez la f^ortière, où elle a vu redesoencke av^ec la même promptitude la iiUe >Corday •
Que le mâm^ jour «ntre sefit et huit heaces do soir, h déclarante étant dans l'antichsunbne k côté de l'ap^HSirtepiieM du citoyen Marat^ ellea vu revenir lajfille Corday qij^ a de*' mandé à parler au citoyen Marat, avec Jbeaucoup d# vivaçJAé.i que sur la répons^ qu'on lut fit qu'elle jKie f^ouvoitJiM^ p^ler» elle demanda si il avoitToçu la lettre iqu'eUe lui s^mt éQxif-^y que la portière qui. étoit occupée dans Pantichaixiil^re jt.ployer des feuilles, lui répondit que le citoyen fi/bmt mi^Kok beaucoup de lettres et qu'on ne poiuvoit lui dicejii la sienne lui étoit parvenue, qu'alors la citoyeiine Evraiïd, qi^ 3orM>iit de Tappartement du citoyen M^irat^ a paru et: a 4ijt ide .£aii:e entrer la fille Corday. Âpres l'prdra qu'en avoit ^domné ioi*méme le citoyen >Marat^ .qu!elle Déalacanie s'est joceup^e à donna* tme cuillère pour écraser des petits morceaux de terre carrés -dans une jcarafie d'eau d'amande , qu'il s'est tvouire'^jdeux plats .dej cervelle veit de ris de veau, (jue Ja ci-
tojenne Evrard a emporté ^daiis ssi chambre danô h ci^ainte qa^OTï ne jetta sur ces plats quelqrief chose qoi put empoisottnet Marat ; que dans ces entrefaites et pendant que lai citoyenne Evrard pdssoit daùâ le sallon pour entrer dans la chambré du citoyen Marat, là De'clarante a entendu lai portière et le commissionnaire crier à l'assassin et à la garde, et la citoyenne Evrard s^écria : Ah ! mon Dieu, on Ta as^^ sassiné ! Quelle Déclarante conjointement avec la citoyenne Evrard s'est jette sut la fille Corday, Tonl terrassé et l'ont empêché de se jettéi* par la fenêtre^ qu'ensuite la ci* toyenne Evrard s'est porté auprès du citoyen Marat pour lui porter du secours et arrêter le sang qtri côuloit de sa playe, que l'infortuné Marat étoit dans sa baignoire, lés yeux fixés sut la citoyenne Evrard , qu'on l'a relire du bain, qu'on l'a placé sur un'lit, où il a fait deux ou trois sou-^ pirs et est expiré; que laditte déclarante à ramassé le cou* teau dont s*étôit servi là fllle Cordây.
Et estjtout ce qu'elle a dit savoir.
Lecture faite de sa déclaration a persisté et avons signé avec notre commis-greffier,
La déposante^nous ayant déclaré ne savoir signer.
FôlICAtJtT. DUCRA-Ï*
Est aussi comparu la citoyenne Marie-Barbe Aublain, femme du citoyen Pierre-Dominique Pain, âgé de trente deux ans, portière et ouvrière chez le citoyen Marat, rue des
Cordeliers, n.° 3o.
Laquelle déclare que le treize du courant une jeune femme, que la déposante ascu se nommer Charlotte Corday, se présenta a deux fois différentes dans la matinée chez le citoyen
Marat.
Que la première fois on lui a refusé la porte, que la seconde fois elle est montée et est descendue tout de suite,
qu'elle s'est pre'sente' une troisième fois le même jour entre sept et huit heures du soir, qu'alors la Déclarante ëtoit dans Tantichambre du citoyen Marat, avec le commissionnaire qui attendoit les paquets, que la fille Corday demanda à parler au citoyen Marat, que la Déclarante lui répondit que cela étoit impossible, attendu que depuis sa maladie, il ne parloit à personne, que d'ailleurs il étoit dans son bain pour le moment ; qu'alors la citoyenne Evrard s'est présenté et a ordonné de faire entrer la tille Corday, qui a été introduite dans la chambre du citoyen Marat, qui étoit alors dans son bain ; que la citoyenne Evrard, avec sa scepr et sa cuisinière éloientsur le devant, que la citoyenne Evrard appella la déclarante pour lui faire voir un journal qu'on lisoit en face, que la Déclarante étant revenu dans la chambre, elle a entendu un cri perçant : A moi^ à woi^ ma chère amie ! qu'alors la déclarante est accourue et a apperçu la tiile Corday ouvrir la porte du cabinet et a vu le citoyen Marat baignant dans son sang, qu'elle s'est écrié : Malheureuse ! qu'as tu fait ! Qu'elle a couru sur elle avec une chaise pour l'empêcher de sortir, et a crié : A l'assassin ! à la garde ! qu'alors les deux sœurs et la cuisinière sont accourus, se sont empare' de la fille Corday, qu'ensuite la déclarante a couru chercher un chirurgien. Et est tout ce qu'elle à (Ut sçavoir.
Lecture faite de sa déclaration a persisté et a signée avec nous commis-greffier.
Fume Pain. Foucault. Ducray.