AUDITION DE TÉMOINS PAR ROUSSILLON
L'an mil sept cent quatre-vingt-treize, l'an deuxième de la République française, le mardy seize juillet .
Nous Antoine Roussillon, juge du tribunal extraordinaire et révolutionnaire établi par la loi du lo mars 1793, et en vertu des pouvoirs délégue's au tribunal par la loi du 5 avril de la même année, vu la ce'dulle dëlivre'e par le Pre'sident qui ordonne assignation à la requête de l'accusateur public en date du jourd'hui seize juillet.
Aux témoins indiques par ledit accusateur public à Peffet de faire leur de'claration sur les faits contre Marie-Anne- Charlotte Corday, prévenue et l'assignation donnée en conséquence cejourd'huy par Boucher huissier :
A comparaître à ce jour lieu et heure,
En présence de Taccusateur public et assisté de Etienne Masson commis-greffier dudit tribunal .
Avons reçu les déclarations desdits témoins ainsi qu'il suit :
Est comparu Antoine-Clair Michon Lafondée, chirurgiendentiste , âgé de vingt-neuf ans, natif de Conflans-Sainte- Honorine, demeurant riie des Cordeliers, n." 3o.
Lequel nous a déclaré qu'étant a travaillé chez lui le sàmedy treize du présent mois, environ sept ou huit heures du soir, il entendit du bruit chez le citoyen Marat, et se mit à sa fenêtre pour voir quel était la cause du bruit; il a vu un homme dans la pièce servant d'antichambre de l'appaftement du citoyen Marat, dans l'encoignure de la fenêtre de ladite pièce, qui tenait une chaise dans ses deux mains, levée comme pour frapper une femme, et que sur les mots de co-
quine et de scëlërate, le Déposant sortit de chez lui et vit une personne par laquelle il fut appelle de venir au secours du citoyen Marat qu'on venoit d'assassiner; le Déposant courut au plus vite, et vit une femme à lui inconnue e'tendue par terre, et pour aller jusqu'au citoyeti Marat, le Déposant fut obligé de passer par dessus cette femme ; étant entré dans la petite pièce oîi étoit le citoyen Marat, il le vit baignant dans son sang sorti d^une blessure qui lui paru être à la poitrine, sur laquelle playe la citoyenne Evrard avoit la main droite appuyée ; qu'ensuite le déposant demanda du linge pour faire une compresse pour appliquer sur la playe. Laquelle faite, il leva la main de la citoyenne Evrard pour voir la playe et pour appliquer la compresse j c'est à ce moment que le Déposant vit la playe et qu'il vît le sang sortir gros comme le pouce, il lui appliqua néantmoins la compresse et prit le bras droit du citoyenMarat pour lui tater le poulx^ n'en n'ayant pas trouvé, il porta la main sous l'aisselle et ne sentit aucun mouvement, alors il fit retirer le citoyen Marat du bain, et le fit porter sur son lit ; le déposant sur le seul mot de blessure avait crié que l'on aille chercher le citoyen' Pelletan, et à l'instant que le citoyen Marat fut déposésur son lit le citoyen Pelletan entra ; \e déposant lui fit voir la playe et il jugea comme lui qu'il était expiré, et convinrent ensemble que probablement il fallait que l'artàre axiilaire fut coupée pour que le citoyen Marat ait expiré si promptemfint ; qui est tout ce qu'il a dit sçavoir«
Lecture faite de sa décclaralion a dit icelle contenir vérité y persisté et a signé avec nous commis-greffier^
Signé MicHON Delafovdêe. Rotjssi^lon.
FoUQUlER-TlNVILLE. E. MaSSOM.
L'an mil sept cent quatre^vingt-treiKe^ l'an deuxième de la République française, le mardi seize juillet.
!^^ous Antoine Boussillon, juge du tribimal extraordinaire
et révolutionnaire établi par la loi du lo mars 1798 et en vertu des pouvoirs dëlëgués au tribunal par la loi du 5 avril de la rtiéme année ; vu la cédulle délivrée par le Président qui ordonne assignation à la requête de Paccusateur public en date du seize du présent :
Aux témoins indiqués par ledit accusateur public à l'effet de faire leur déclaration sur les faits contenus contre Corday prévenu en l'assignation donnée en conséquence cejourd'hui par Boucher, huissier :
A comparaître à ce jour lieu et heure.
En présence de l'accusateur public et assisté de Etienne Masson, commis-greffier dudit tribunal^
Avons reçu les déclarations desdits témoins ainsi qu'il suit :
Est comparu Martin Cuisinier, âgé de quarante-sept ans, natif de Quentin, limonadier, demeurant au bas du pont Saint-Michel.
Lequel a dit que le samedi treize tlu présent mois, étant de garde au poste de la rue des Cordeliers, entre sept et huit heures du soir, comme il était sur la porte du corps de garde à prendre le frais, il entendit crier : A la garde ! A l'assassin ! on assassine Marat ! qu'aussitôt le déposant commandant le poste se porta avec sa garde au domicile du Citoyen Marat, qu'entré par la boutique qui donne sur la porte cochère, il s'est introduit avec la garde chez le Gtoyen Marat, oit il demanda qui avait assassiné Marat, qu^alors on lui montra une femme assise sur une cbafse^ qu'on lui dit être la coupable et de laquelle il s'empara jusqu'au moment où elle fut conduite à l'Abbaye ; qui est tout ce qu'il a dit savoir.
Lecture à lui faite de sa déposition, a dit icelle contenir vérité y a persisté et a signé avec nous et le commis-greffier.
Signé Cuisikier, Roussillok, Fouquier-Tjhvillb,
£. MasSON. :
Et les :dits jour et an que dessus, est comparu devant nous assisté comme dessus^ le citoyen Louis Brunot, portier de la maison appellée Thôtel de la Providence, rue des Yieux-Angustins, natif de Chatellerot^ âge de traite ans.
Lequel nous a dit que depuis Tarrivée de la nommée Cordaj à Phôtel de la Providence, il a vu venir deux ou trois fois chez elie un quidam qui une seule fois lui a de mande si la citoyenne Corday ëlait chez elle, que sur sa réponse il y est monté ; que le déposant ne connoit point ce quidam, mais qu'il se rappelle être de la taille de cinq [ûeds environ trois ou quatre pouces, d^une assez forte corpulence, vêtu d'un habit qu'il croit être de soye d'un jaune verdâlre et âgé d'environ quarante ans passés ; qui est tout ce qu'il a dit savoir.
Lecture a lui faite de sa déposition, a dit icelte contenir vérité y a persisté et a signé avec nous et le commis-greffier.
SignéBh.VNEAVy Roussillon, Fouquieb-Tinville,
Ë. Masson.
Et les dits jours et an que dessus , est com|>aru devant nous juge assisté ccmime dessus : la citoyenne Marie-Louke Grolier, âgé de vingt-six ans , native de Clmteilerot , tenant l'hôtel garni dite la Providence, rue des Vieuxr- Ai:^u8tins.
Laquelle nous a dit que le onze juillet présent mois, sur les dix heures du matin, la nommée Coi^ay est arrivée chez elle conduite par un commissionnaire; qu'en arrivant elle d^nanda à faire arranger son Ut, comme pour se coucher ; qu'après un moment elle dit au garçon de la déposante, toutes réflexions faites^ je ne me coucherai pas, je vais sortir pour aller au Palais-Royal, et une rue dont elle ne se rappelle pas bien, mais qu'elle croit être aux environs du Lou« vre; dédiare là Déposante avoir vu venir chez. elle, pour parier à ladite Corday, un homme qu'elle ne connoit pas,
mais qu'elle se rappelle être vêtu d'un habit pistache, de la taille d'environ cinq pieds quatre pouces, figure ronde et bourgeonnëe, àgë d'environ quarante à quarante*6ix ans, qui est tout ce qu'elle a dit savoir.
Lecture Ëtite a elle de sa d^>ositLOjQ, a dit icelle contenir vérité y a persisté et a signé avec nous et Te commis-greffier.
Signé GB.oi,i£Kf Roussillon, Fooquibr-Tin ville,
£• MissoN.
AUDITION DE TÉMOINS ET INTERROGATOIRE DE CHARLOTTE DE CORDAY PAR MONTANÉ.
L'an mil sept cent quatre-vingt-treize, i'aii deuxième de la République française , le seize juiUet.
Nous Jacques-Bernard-Marie-Montanë , président du tribunal extraordinaire et révolutionnaire établi par la loi du dix mars mil sept cent quatre-vingt-treize , et en vertu des pouvoirs délégués au tribunal par la Loi du cinq avril de la même année , vu la céduUe délivrée par le Président qui ordonne assignation à la requête de Faccusateur public, en date du jourd'huy :
Aux témoins indiqués par ledit accusateur public, à l'efiet de faire leur déclaration sur les faits contenus en les procèsverbaux contre Marie- Anne- Charlotte Corday, prévenue, et Passignalion donnée en conséquence cejourd'huy par Auvray, huissier,
A comparoitre à ce jour, lieu et heure ,
En présence de l'accusateur public et assisté de Etienne Masson^ commis greffier dudit tribunal.
Avons reçu les déclarations desdits témoins ainsi <{u'il suit.
'Est comparue Catherine Evrard, âgée de vingt et un ans (i), sans profession^ demeurant à Paris, rue des Cordeliers, numéro trente, maison du Citoyen Marat, laquelle nous a dit que samedy treize de ce mois^ entre huit et neuf heures
(i) Gatiierine Evrard ^ née le 6 septembre 1769 à Tourn us-Saint- André, sœur de Simonne Brrard^ laquelle était la concubine de Marat; on a souvent considéré Catherine Evrard comme la maîtresse de Marat. C'est une erreur. Catherine épousa un imprimeur qui travaillait au journal de Marat. C'est sa sœur Simonne qui vivait maritalement avec VAmi du Peuple,
du matin I une jeune femme vêtue de brun , portant un chapeau noir^ est venue demander le Citoyen Marat, que la Comparante lui a répondu qu'il n'ëtoit pas possible de lui parler, qu'elle s'est en allée ; elle est revenue le soir, sur les sept heures, et a demande si le Citoyen Maratavoit reçu la lettre qu'elle lui avoit ëcrit , que la sœur de la Comparante a averti le Citoyen Marat que cette jeune femme qui lui avoit écrit demandoit à lui parler, qu'il a alors permis qu'on la fit entrer; qu'elle est entrée, que la Comparante étant entrée aussi pour donner à boire au Citoyen Marat, a vu ladite jeune femme pleurer, et être consolée par ledit Citoyen Marat; que la Comparante étant passée dans une autre chambre a entendu crier les personnes de la maison, est entrée et a vu qu'on relevoit la dite femme qu'on avoit couchée par terre, et Marat expirant dans la baignoire ; qui est ce qu'elle a dit savoir :
Lecture faite, a signé avec nous l'accusateur public et le greffier :
Signé ËVRATiD , MoNTANÉ , Lescot-Fleukiot ,
£. Masson.
Pierre-François Feuillard , âgé de trente -cinq ans, garçon de l'hôtel de la Providence, rue des Vicux-Augustins.
Lequel nous a dit que le onze de ce mois , sur les midy , une jeune femme sortant de la diligence de Caen, est venue demander un logement, que son paquet étoit porté par un commissionnaire , qu'elle vouloit d'abord se coucher , mais est sortie pendant environ trois quart d'heure après avoir demandé audit Comparant la rue Saint-Thomas-du-Louvre ; que dans I'après*midy elle a dormi ; que le lendemain elle est sortie à pied est rentrée en fiacre , et a été visitée environ trois ou quatre fois par un citoyen qu'il reconnoitroit; qu'elle a envoyée le Comparant chercher du papier et des plumes , que le Comparant lui ayant demandé des nouvelles, elle lui a dit que beaucoup de troupes alloient de Paris a Caen^ mais que trois ou quatre cent seulement venoient de
Caen à Paris , qu'elle a demande au Comparant ce qu'on disoit de Marat , qu'il a dit qu'on le regardoit comme un bon citoyen , que cela a fait sourire cette jeune femme ^t est tout ce qu'il a dit savoir.
Lecture faite , a signe avec nous et ledit accusateur public et le greffier.
Signé Feu illard, Montané, Lbscot-Fleuriot ,
E. Masso».
Tjaurènt Bas, âge de vingt-neuf ans, commissionnaire, de*meurant rue de la Sonnerie à Paris, maison du citoyen Baille, lequel a dit qu'il est porteur des journaux de Marat , qu'il etoit occupe à ployer les papiers avec la portière de la mai* son, que sur les sept heures et demie du soir du treize de ce mois, une jeune femme est venue demander si la lettre qu'elle avoit envoyé à Marat lui étoit parvenue , qu'elle dësiroit fort le voir , que la citoyenne Evrard a été aveitir Matat^ que Marat a permis qu'on fit entrer la jeune femme, que sept à huit minutes après qu'elle a été' entrée , la citoyenne Evrad, étant dans une autre chambre et sa sœur sortant de donner à boire à Marat ^ le Comparant a entendu Marat dire d'une voix étouffée : jé moi^ mon amie ! je me meurs! qu'il a vu la jeune femme ouvrir la porte, et le sang rejaillir dans l'antichambre , que se trouvant seul avec elle, il la terrassée avec une chaise, qu'elle s'est relevée, qu'il la terrassée de nouveau , en la prenant par \e% mamelles , que la portière est entrée, ensuite le principal locataire, et quel* ques autres citoyens , que ladite femme a été arrêtée et que bientôt après la garde s'en est emparée , qui est tout ce qu'il a dit savoir.
Lecture faite , a signé avec nous Taccusateur public et le
greffier.
Signé : Laurent Bas , Montané , Lkscot-Fleuiiiot,
E. Masson.
INTEilROGATOIRE DE CHARLOTTE DE CORDA Y.
Cejourd'hni, seize juHlet de Tan mil sept cent quatre-vingt treize, second de la République, unze heures du matin.
Nous Jacques -Bernard-Marie Montant, président du tribunal criminel révolutionnaire, établi par la loi du dix mars mil sept cent quatre-vingt-treize, sans recours au tribunal de Cassation, et encore en vertu des pouvoirs délégue's au tribunal par la loi du cinq avril de la même année, assisté de Robert WolfT, commis greffier du tribunal, en l'une des salles de Taudiloire au palais, et en pre'sence de l'accusateur pu^ bKc , avons fait amener de la maison d^arrêt le nommée Cordaye auquel avons demandé ses noms, âge, profession, pays et demeure?
A répondu se tiommer Marie-Anne-Charlotte Corday, âgée de vingt-cinq ans , fille de Jacques-François Corday, ci-devant noble, demeurante à Gaen, chez la veuve Le Coutellier de Bretteville, née aux Ligneries, district d'Argentan, département de l'Orne; le citoyen son père demeurant à Argentan.
D. A Elle demandé à qaelle époqne Elle a Quitté Caen?
R. A répondu mardi dernier.
D. Où Elle est allée en sortant de Gaen?
R. A Paris.
D. De quelle manière Elle est arrivée à Paris?
R. Dans une voiture qui part trois fois par semaine pour Paris.
D. Sy Elle était seule?
R. Qu'elle était seule de sa connaissance, maïs qa'il y avait sept à huit personnes dans la voiture.
D. Si Elle connaissait quelques une de ces personnes?
R. Que non.
D. Quel jour Elle est arrivée à Paris?
R. Jeudi dernier vers midi.
D. Où Elle est descendue en arrivant à Paris?
R. Qu'elle a descendu où la voiture s'est arrêtée et que de là Elle a été logé rue des Vieux* Augustins, hôtel de la Providence.
D. Qui lui avait indiqué l'hôtel où Elle a logé ^
R. Par un des hommes qui sont au Bureau, qu'elle ne connaît pas.
D. Quel est le sujet de son voyage à Paris?
R. Qu'elle n'avait d'autre intention, et qu'elle n est venue que pour tner Marat.
D. Quels sont les motifs qui ont pu la déterminer à une action aussi horrible ?
R. Que c'est tous ses Crimes.
D. Quels sont les Crimes qu'elle lui reproche ?
R. La désolation de la France, la guerre civile qu'il a allumée dans tout le royaume.
D. Sur quoi Elle se fonde pour avancer la réponse cidesus ?
R. Que ses Crimes passés sont un indice de ses Crimes présents, que c'est lui qui a fait massacrer au mois de Septembre, que c'est lui qui entretient le feu de la guerre civile, pour se faire nommer Dictateur, ou autre chose, et que c'est encore lui qui a attenté à la souveraineté du Peuple en faisant arrêter et enfermer des Députés à la Convention le le 3i may. dernier.
D. Quelle preuve Elle a que Marat fut l'auteur des maux dont Elle parle?
R. Qu'elle ne peut pas en faire la preuve ; mais que c'est l'opinion de la France, que l'avenir l'apprendra, et que Marat avait un masque sur la figure.
D. Ce qa'eile a fait en arrivant à Paris?
R. Qu^elle a été à l'instant de son arrivé chez le citoyen Duperret, députe de la Convention.
D. Ce qu'elle y allait faire ?
R. Qu'elle était allé lui porter un pacquet de la part de Barbaroux.
D. Si Elle a trouvé ce Député?
R. Que non, qu'il n'était pas chez lui.
D. Si Elle a laissé le pacquet?
R . Qu'elle l'a laissé à ses filles •
D. Par qui Elle a été conduite chez lui ?
R. Elle y est allée seule et a pied.
D. Si Elle y est allée plusieurs fois dans le même jour?
R» Qu'elle y est retournée quatre heures après, parce que là on lui avait dit d'y retourner à cette heure là, qu'elle a trouvé alors le citoyen Duperret qui dînait.
D. Quel fut le sujet de leur entretien ?
R. Qu'elle y était allée relativement au pacquet dont Elle vient de parler, et pour l'engager à l'accompagner cliez le Ministre de l'intérieur pour y retirer des papiers qu'elle avait ' envoyé depuis six mois et qu'elle demandait depuis huit jours.
D. S'il y a eu entre Elle et ledit Duperret quelqu'autre entretien ?
R. Que non.
D. Ce qu'elle a fait à Paris le deuxième jour de son ar * rivée ?
R. Qu'elle alla chez le Ministre avec Duperret le matin.
D. Pourquoi faire?
R. Pour lui redemander ses papiers.
D. Quels étaient ces papiers?
R. Qu'ils appartenaient à mademoiselle de Forbins, Chanoinesse de Troies , qui est en Suisse , et qu'elle était d'Avignon, parce que le district de Gaen refusait de lui payer son traitement de Chanoinesse comme émigrée.
D. Ce qu'elle a fait dans la méaie journtfo ? '
R. Une Âddresse qo^on a trouve' sur Elle , et {^'ensuite Elle s^est reposée.
D. Ce qu'elle a fait le troisiènne jour ?
R. Qu'elle s'est promenée au Palais-'Rojal dans la matinée et seule.
O. Ce qu'elle a fait au Palais-Royal et si Elle y a achetle quelque chose ?
R. Que oui.
D. Ce qu'elle a achette'?
R. Un jugement rendu contre les assassins de Léonard Bourdon et un couteau de table à gaine, à manche noir, de grandeur onlinaire , pour quarante sols.
D. Quel est le motif qui la déterminé a achetter ce couteau ?
R. Pour tuer Marat,
D. Ce qu'elle a fait le restant de la journée?
R. Qu'elle a été vers les unze heures ou unze heur^ et demie chez Marat avec un fiacre.
D. Ce qu'elle a fait en y arrivant ?
R. Qu'elle a demandé à lui parler.
D. Si Elle lui a parlé ?
R« Que l'ayant fait demander dans son antichambre , il s'est présenté deux ou trois femmes qui lui dirent qu'elle n'entrerait pas ; qu'elle insista , qu'une des fennnes alla dire à Marat qu'une citoyenne voulait lui parler, qu'il lui fut répondu qu'elle n'entrerait pas, qu'alors Elle s'en retourna chez elle, oii elle rentra vers^^midy.
D. Ce qu'elle a fait le restant de la journée?
R. Qu'elle écrivit à l'instant à Marat.
D. Ce qu'elle lui disait dane sa lettre?
R. Elle cherchait à lui faire croire qu'elle avait des choses intéressantes à lui communiquer dur le Calvados.
D. Ce qu'elle a fait le reste de la journée et si Elle n'est pas allée à la Convention Nationale ?
R. Qu'elle n'est pas sortie ^ n j n'est allée à la Convention Nationale , qu'elle ignore même ou elle est située : puis se reprenant , dit qu'elle est sortie à sept heures du soir pour venir chez Marat.
D. Si Elle l'y a trouvé ?
R. Que oui.
D. Qui est œ qui ia introduite ?
R. Les mêmes femmes qui l'avaient reftisé le matin.
D. Quelle a été sa conversation en entrant?
R. Qu'il lui a demandé quels étai(^t les troubles de Caen ; qu'elle lui a répondu que dix-huit Députés de la Convention d'accord avec le Département y r^^naient, que tout le monde s'enrôlait pour délivrer Paris des anarchistes, que quatre membres du département avaient conduits une partie des armées à Ëvreux, qu'il écrivit les noms des Députés qui sont à Caen, et quatre administrateurs du Département du Calvados.
D« Quels sont les noms des Députés et des Administrateurs dont elle parla à Marat ?
R. Ces députés sont : Gorsas, Lariviâre, Buzot, Bar- BAHoux, LotJVET, Bebgoing , Petioh , Cussi ^ Salle, Lesage, Valadt, Kervellegajvt, Guadet, et cinq autres dont elle ne se rappelle pas les noms; que les Administrateurs du Calvados sont : Lévêque, Prési<lent, Bougon, Procureur-Général, Ménil et Le Normand, Administrateurs.
D. Que répondit Marat?
R. Qu'il les ferait bientôt tous guillotiner à Paris.
D. Quelle fut la suite de la conversation?
R. Que ce fut le dernier mot, qu'à l'inistant elle le tua.
D. De quelle manière elle le tua?
R. Avec le couteau qu'elle avait achetté au Palais-Royal qu'elle lui plongea dans le sein.
D. Si en lui portant le coup elle croyait le tuer?
R. Qu'elle en avait bien Hirtentiofl.
D. Si Elle savail qu'en dirigeant le coup où elle Fa porté elle le tuerait?
R. Que cVtait son intention.
D. Â elle observe qu'une action aussi atroce n'a pu être commise par une femme de son âge, sans y avoir été excitée par quelqu'un?
R. Qu'elle n'avait dit ses projets à personne , qu'elle n'a pas crû tuer un homme, mais une béte féroce qui dévorait tous les Français.
D. D'où Elle induit que Marat était une béte féroce?
R. Par tous les troubles qu'il a excité et par les massacres dont il est Tauteur ; que dernièrement à Caen, il faisait accaparer le numéraire à tout prix.
D. Comment elle sait que Marat accaparait le numéraire?
R. A répondu qu'elle ne peut en donner la preuve, mais qu'un particulier a été arrêté muni d'argent qu'il apportait à Paris, et qu'on fait actuellement son procès.
D. Ce qu'elle devint lorsqu'elle eut consommé l'assassinat?
R. Qu'elle fut arrêtée en sortant de la chambre où elle l'avait commis , qu'elle fut interrogée dans le sallon à côté de la chambre, qu'elle en sortit vers les minuit pour être conduite à l'Abbaye.
D. A Elle demandé si en allant chez le Ministre de l'intérieur ce n'était pas pour l'assassiner ?
R. Que non, qu'elle ne le regardait pas assez dangereux pour cela.
D. Quel était l'état du mari de la citoyenne chez laquelle elle demeurait à Caen ?
R. Qu'il était Trésorier de France.
D. Si Elle a des enfans?
R. Aucun.
D. Si c'est elle qui a élevée, Elle Déposante ?
R. Non, qu'il n'y a que deux ans qu'elle est chez elle.
D. A elle observé qu'une citoyenne bien née n'a pas l'ha-
bitude de voyager seule sartout à l'âge où elle est ; que fille d^un ci-devant y et en ayant tous les principes, elle devait tenir a cette étiquette , que sa parente n'a pas pu la laisser partir pour un voyage de Paris , sans savoir le motif?
R. Qu'avec un projet comme le sien on ne tient point aux Etiquettes, qu'elle avait fait croire à sa parente qu'elle allait passer quelques jours chez son père à Argentan avec une de ses amies, et que c'est de cette manière qu'elle est partie de Gaeii mardi dernier à deux heures après dtnë.
D. Si Elle a indique le nom de son amie à sa parente?
R. Que non, qu'elle ne lui a même pas donne le temps de la réflexion.
D. Si Elle a ëtë seule prendre la voiture?
R. Oui.
D. A Elle observé que cela paroit étonnant et a du paroitre tel aux personnes chargées de ces voitures, notamment au Directeur, que tout cela conduit à croire qu'elle a été introduite a la vcHture par quelqu'un^ qu'elle est sommée de s'expliquer sur cela?
R. Qu'elle n'a été conduite à la voiture par personne et qu'elle s'est peu occupée de ce qu'on penserait d'elle.
D. Si Elle avait retenu sa place avant d'aller la prendre ?
R. Qu'elle l'avait retenue la. veille sous son vrai nom.
D. Qui lui a donné l'argent dont elle, s'est trouvée nantie lors de son arrestation?
R. Qu'elle l'avait, — que son père lui fournissait de. l'argent quand^ elle en voulait, qu'elle avait cent écus en es[)èces sur lesquels elle avait pris les cinquante éous.dont elle, s'est trouvée nantie.
D. Quel moyen Elle a employé pour se procurer le passeport par Elle annoncé?
R. Qu'elle lavait pris dans le mois d'avril dernier, d a« bord pour aller voir ses parens à Argentan; qu'ensuite se trouvant à la mumdpatité avec une de ses amies. qui en pre-
nait uo, que la munipaUlé se trouvant en train d'en donn^, elle fit viser le sien pour Paris, ëtanl toujours bien ^se d'être en état de s'en servir dans un tems de révolution, observant qu'elle n'avait aucun projet à celte époque.
D. A quelle époque Ellle la fait viser?
R. Qu'elle croit que c'est dans le mémo mois ou dans le commencement de may«
D, Quel est le nom de l'amie qui se trouvait avec elle à la Municipalité?
R. Qu'elle s'appelle Beaumont, qu'elle demeure à Caen, qu'elle croit qu!eUe y était encore au moment de son départ.
D. A Elle représenté qu'il n'est pas présumable qu'une Demoiselle reste seule, qu'elle devait demeurer chez ses parens, et interpellé de nous dire dans qu'elle maison elle demeurait à Caen ?
R. (^'elle demeurait à cette époque aux Bains-Nationaux de Caen.
D. A quelle époque elte a fait connaissance de Barharoux et des autres collègues Députés qu'elle a désigné plus haut.
R. Que voulant faire finir l'affaire de madame Foiiiin, elle est allée trouver Barharoux qu'elle connaissait pour être ami de la famille de ladite dame Forbin et l'invitar à s'intéresser près du district de Gaen, et qu'il lui a dk qu^l fallait qu'elle fit revenir les papiers qu'elle avait envoyé au Ministre de l'intérieur.
D. Gomment et oii £Ue a connu les autres Députés dbnt Elle a dit cî*devant le nombre ?
R. Qu'étant tous logés à l'Intendance^ Elle a été trois fois voir Barharoux, et a vu les autres en même temps;»
D. Si Elle leur a parlé ou à quelques-uns diantre eux ?
R. Qu'elle a parlé à beaucoup d'eux iacfemière £6»$ qu'elle a été à l'intmdance ?
D. Sur quoi roulait la c<mvarsation ?
R. Que la conversation a rouie sur l'ardeur des lud^ilanis
de Caen, à s'enrôler pour venir contre le$ anarchistes de Paris.
D. Ce qu'elle entend' par le mot anarchistes? R. Ceux qui cherchent à détruire toutes les lois pour éiu^ blir leur autorité.
D. Si ces Députés ne tiennent point de séance publique à rintendance et s'ils ne font point de proclamations , et cou* rir des papiers dont Gorsas et Louvet sont les auteui> !
R. Qu'elle ignorait s'ils tenaient des séances publiques et qu'elle n'y a point assisté^ que plusieurs d'entre eux font circuler des addresses, des proclamations et même des chansons, dont le but est de rappeler le peuple à l'unité de la République.
D. Si Elle a lu quelques-unes de ces addffesses, proclamations et chansons?
R. Que oui, mais qu'elle les a brûlées avant son départ pour Paris dans la crainte qu'on en trouvât sur elle dans son voyage.
D. A Elle cheetyé que puisqu'elle craignait qu'on en trouvâisur elle. Elle savait donc que ces papiers contenaient des mauvais principes et contraires à l'oitire public?
R. A répondu qu'elle savait très bien que si Elle était trouvée nantie de ces papiers y ils déplairaient aux anarchistes. D. Si par ces papiers les auteurs n'encourageoient pas les bons citoyens (seloa eux) à assasûner Marat , Rdbespierre, Danton et autres Députés de la Montagne défenseurs des droits du Peuple, et que ces Députés Uraitres et rebelles qualiffienl d'anarchistes ?
R • Que ces papiers n'ont jamais répandu de pareils principes.
D» A Elle observé que si ces papiers ne renferment point de pareils principes, ils ont du lui être suggéré particulièrement soil par-c^ Députés, soit par leurs créatures^ car une personne de son sexe et de son âge ne peut pas être déler-
terminée à faire un voyage de Paris pour y assassiner un homme qu^elIe ne connaissait pas ?
R. Qo^il suffisait bien de quate'e ans de crime pour le lui faire connaître, et qu^elle n'avait pas besoin de savoir ce que les autres en pensaient.
D. Quels sont les papiers-^nouvelles qu'elle a lu depuis la révolution , et si , notamment , Elle n^a pas lu Gorsas , le Patriote Français et diflfërens autres ouvrages contraires à la révolution?
R. Qu'elle était abonnée seulement au journal de Perlet ; mais qu'elle a lu quelques fois ChreaSj le Courrier Français , le Courrier Universel et de plus de cinq cents autres brochures pour et contre la révolution, dans tous les genres.
D. Si Elle connaît l'Evêque du département du Calvados?
R. Qu'elle l'a vu passer de sa croisée y mais qu'il n'était jamais venu chez sa parente , qu'elle ne lui a jamais parlé, et qu'elle n'avait pas assez d'estime pour lui pour cela.
D. Si Elle a eu connaissance du contenu du pacquetpar elle remis de la part de Barbarous à Duperret ?
R. A répondu que le pacquet lui a été remis tout cacheté, qu'elle ignorait ce qu'il contenait , sinon qu'il y avait une lettre relative à l'afTaire de madame Forbin.
D. Si le jeudy à la seconde fois qu'elle est retournée chez Duperret, combien Elle y est restée de tems ?
R. Qu'elle n'y resta que deux ou trois minutes , le tems de lire la lettre, qu'ils ne s'assirent même pas.
D. Si Elle n'a point été à la Convention le même soir?
R. Que non; qu'elle n'en a même jamais eu la pensée.
D. A Elle observé qu'il parait qu'elle ne nous dit point la vérité, car pluiûeurs indices portent Ql croire) qu'elle a été ce même soir dans une tribune de la Convention dans laquelle sont venus la trouver successivement deux pardaitiers et une fenmie , et que leur conversation a roulé sur le compte de Marat, contre lequel. Elle accusée, a déclamé beaucoup, que
même en sortant des tribunes , il hi question d^aller chez le Ministre de Tintérieur?
R. Que le fait est faux , qu'on pcfut s'en informer à son hôtel, et qu'au surplus elle aurait ëte' fort maladroite.
D. Si depuis son arrivée à Paris; Elle n'a point écrit et fait écrire différentes lettres à Caen ?
R. Pas une.
D. A Elle observé qu'il parait cependant que quelqu'un qui est venu la voir plusieurs fois, a écrit trois lettres pour elle, lesquelles même ont été vu sur le lit ?
R. Qu'elle n'a jamais fait écrire de letlres par personne, qu'on n'en a pas vu sur son lit ; qu'il n'y avait quefAddresse qui a été trouvée sur elle.
D. Quelles sont Les personnes qui soot venues la voir, depuis qu'elle est logée à l'hôtel de la Providence ?
R. Personne qae le citoyen Dupemet qui ^tait v<mu deux fois chez elle, l'une pour aller chez le Ministre de l'intâri^ur^ et une seconde pour la dissuader d'aller chez te Ministre, attendu qu'eNe n'avait pas de {^'ocuration pour retirer ces papi^^s, ajoutant que Duperret la pria de remettre une lettre à Barbaroux, lorsqu'efle retournerait à Caen; qu'elle lui répondk qu^elle ne savait pas si ^Ue y retournerait , et quand éHe y retournait; que d'ailleurs, 9vant de partir ^lle irait elle-même lui dire, ou lui ferait dire, que le leedemiiin «die serait sortie toute la journée, qu'elle ne voulait pas qu'il vint la voir, <{a'au surplus elle i'avait engagé à aller lioi-même à Gaen «parce ^d'elle le eroyait plus en dMiger à Paris.
D. A Elle observé qu^il paraît que Doperret est ^Ué ehez elle cinq fois, et une autre personne d(3UK fois.
R. Que Duperret n'est venu que deux fois et que nulle autre personne n'y édait venue.
D. A qudle boutique elle a aoheté le cputeau avec lequel elle a commis l'assassinat, et si e'est un horaqie ou une femme qui le lui ont v^ndu ?
R. Que c'est un homme qui lui a vendu ce couteau, mais qu^elle ignore dans quelle boutique ni de quel côté, ne Payant acheté qu'après avoir fait dix fois le tour du Palais -Royal.
D. Qui lui a donné TAddresse de Marat?
R. Qu'elle a dit a un fiacre de l'y conduire, que ledit fiacre lui dit qu'il ignorait sa demeure ; qu'elle lui a dit de s'en informer, qu'il s^en informa et l'y conduisit.
D. A Elle observé qu'il semble que dans ses précédentes réponses, elle a dit qu'elle y avait été à pied ?
R« Qu'elle n'avait point été à pied chez Marat,' mais bien chez Duperret.
D. A Elle demandé qui a écrit une Addresse au crayon, trouvée sur elle lors de son arrestation, qui est l'Addresse de Marat ?
R. Que c'est elle qui l'avait écrite après l'avoir appris par le premier cocher de fiacre qui l'avait conduit chez Marat.
D. Comment Elle s'est déterminée à aller la première fois chez Marat à unze heures et demie du matip, lorsque le connaissant Député elle devait le supposer à son poste ?
R. Qu'elle s'est informée à son hôtel si Marat allait toujours à la Convention, et que sur la réponse qui lui fut faite, qu'on ne le croyait pas, elle est allée chez lui, déclarant que son intention était, si elle ne l'avait pas trouvé chez lui, d'aller le tuer à la Convention même.
D. Si ce n'est pas au contraire Duperret; qui lui a appris que Maratf était malade et ne pouvait aller à la Convention ?
R. Qu'elle ne le croit pas, qu'elle croit que ce sont les gens de l'Hôtel, et qu'elle ne croit pas avoir parlé de Marat avec Duperret.
D. A Elle représenté de nouveau qu'elle ne persuadera à qni que ce soit, qu'une personne de son âge et de son sexe« aîA conçu un pareil attentat pour l'exécuter même dans la Convention, si elle n'y avait pas été excitée et sollicitée par
quelques personnes qu'elle ne veut pas nous indiquer, et notamment par Barbaroux, Duperret et autres connus publi* quement pour les ennemis de Marat.
R. Que c'est bien mal connaître le cœur humain, qu^il est plus facile d'exécuter un tel projet d'après sa propre haine que d'après celle des autres.
D. Si Elle n'a point été chanoinesse ou dans quelques couvents ?
R. Qu'elle n'a jamais été chanoinesse, ni religieuse, mais qu'elle a été plusieurs années pensionnaire à l'Abbaye de Sainte-Trinité de Caen. •
D . Si Elle ne connaît pas la citoyenne de Précorbin et si elle ne la pas été voir à Paris ?
R. Qu'elle connaît le nom de la famille de Précorbin, mais qu'elle ignorait qu'il y en eut à Paris.
D. Si Elle a des frères et sœurs et oii ils sont ?
R. Qu'elle a deux frères et une sœur, que sa sœur est à Argentan avec son père, qu'elle ignore oii sont ses frères, qu'elle ne les pas vu depuis environ un an .
D- Quel était leur état?
R. L'un était officier au régiment ci-devant Normandie, et l'autre un enfant qui n'a pas encore d'état .
D. Si Elle n'a pas été mariée?
R. Jamais.
D. S'il n'est pas vrai qu'elle nous a dit qu'on voulait à Caen, l'unité et l'indivisibilité de la République?
R . Que le Peuple et les Administrateurs ont juré la République une et indivisible, et que c'est écrit sur toutes les bannières, qu'ils n'en veulent qu'aux anarchistes, et veulent délivrer les Parisiens .
D. Si Elle n^a point écrit une lettre aujourd^ui?
R. Qu'elle en a commencée une qui n'est point encore achevée, qu'elle a dans sa poche, laquelle elle a à l'instant tirée en demandant la permission de l'achever et de l'en-
voûter ou du moins de l'envoyer noas mêmes après l'avoir Yite.
D . A qui s^addresse cette lettre ?
R . Que c'est à Barbaroux.
D. Si Elle avait ea quelques conversations avec Barbaroux ?
R • Qu^elle n'en avait eue aucune antre que relatif à Faffaire de la dame Forbin.
D . Si Barbaroux lui a ëemandtf le détail de son voyage y et s'il en connaissait le motif.
R . Qu'effectivement Barbaroux lui a demande le détail ée son voyage^ par xme lettre qu'il lui écrivit, mais qu'il n'en connaissait pas le motif, qu'elle est fâchée d'avoir brûlé k lettre de Barbaroux, parce que nous y verrions «{ue tout le monde ignorait son voyage .
D . Â Elle représenté que si Barbaroux n'eut pas été informé du motif de son voyage pour Paris, il ne lui aurait pas promis le secret, et que d'ailleurs elle ne serait point éten** due d^une manière si complaisante dans la lettre en question , par elle commencée aujourd'hui sur l'assassinat par elle <;omiiiis en la personne ée Marat?
R . Que comme cette lettre est pour plusieurs personnes^ elle est entrée dans plus de détails .
D . Si on ne l'avait pas persuadée qu'aussitôt qu^elle aurait aâsassifié Marat^ elle serait elle même massacrée ?
R • Que personne n\ivait cherché à l'en persuader, mais qu'Ole le croyait elle-même, que c'est par la raison qu'elle en arvait écrit le motif dans FÂddreisse qu'on a retrouvée sur elle et qu'elle voulajft qu'on connut après ea mort ,
D. A Elle demandée si elle a un Conseil?
R . Déclare quelle nomme pour siem Conseil ou Défen • ^ufr officieux, te citoyen Douket, Dépisté de Caen h la Convention, et que dans le cas, où il ne pourrait pas, attendu la déclatiatioù ée Paecusée qu'elle n'en connaît point d'autre ;
nous lui avous nomme d'office le citoyen Guyot , homme de
loy (I).
Avons à riostaiA a^ec ladhte Cordajr^ le^tAeeusaieur Public, et notre commis greffier, cotte et paraphé ladite lett^re, dont est question commencée par ladite Corday, contenant six pages et trois lignes d^une septième, et a laditte Corday signé avec nous, ledit Accusateur Public et le commis greffier :
Après avoir fait lecture du présent interrogatoire à laditte Corday, et qu'elle a déclarée y persisté et n'avoir rien à changer, augmenter ou diminuer.
Signé Cordât, Montinê, Fouquier-Tinville,
WoLï"?, commis greffier.
(i) Foa(|uier-TiiiTiUe «dressa à M. Doulcet de Pontécoulant, le jour roéme, 16 jiullet, une lettre qui tu! annonçait le choix ^ Charlotte dis* Corday •«•• c!f l'adjdBntMB. dfun. défcoseiu* 4'officc. Cette lettre a été pullliée jpw M. Renard^ de Caen^ possesseur d'une curieuse collection de livres et d'au* tograplies sur la RéVolutiûn, dans une brochure intéressante ^'|f a Ikit pâ*' raitre eii j8éo> sous le tear M ÇAarlaêts dû Cûté^ et Mm Je Poni^coulata^ chez Charavay, à Paris, et Legost-Glérisse, à Caen.
M. Renard a eu la pièce autOf;raphe e£ d'êtres qu( s'y rattachent enfre les mains, et en véritable amateur il les a reproduites dans leur pureté et avec leur orthographe primiti^^ev. Nous suivons ce tte&te très-préférable à celui donné pvécéilemaient par M. Louis Dubois dans son Essai historique sur Charlotte de Corday.
Parisy ce 16 juillet 1793 de la République, Ciioy^n ,
Jlii rbonneuF de voua faire part que Marie - Anne -Charlotte Cordey, prévenue d'assassinat en la personne de Marat, vous a choisi pour son conseil, nonobstant l'observation qni lui a été faite, tant par le Président que par moy,
qu'un Député ne pouvait pas être son conseil, attendu qu'il était obligé
» 4fM poMe! «itfit tttttimé, ya éùirn vous cm (niM p«rty- ttqpip in vmn^ est indiquée à demain huit heures précises; je vous observe de plus que pré* voyant qu'il serait possible que vos affaires ne vous- pertnissènt pas de vcms ^'endre à cette invitation, }'al fait nommer un conseil adjoint.
Salut et fraternité.
SiVuieusateur public du tribunal extraordinaire révolutionnaire.