‹ Dossiers du procès criminel de Charlotte de Corday, devant le TribunalChapitre 45 sur 90 · MONTANÉ · texte numérisé non relu

MONTANÉ

« Président du Tribunal révol.

« Paris, 21 juillet 1793, â« de la République. >

M. Doulcet de^^Pontécoulant 'ne se borna'pas'^à écrire au président du Tribunal révolutionnaire, il s'adressa à tous les journaux qui avaient publié son prétendu refus de défendre M"* de Corday, et il leur envoya la réclamation suivante, en forme de circulaire :

« Citoyen,

« Je lis dans votre journal du que j'ai refusé d'être

le défenseur officieux de Marie Corday.

« Je vous prie de vouloir bien insérer dans un de vos prochains numéros les lettres ci-jointes, qui constatent que c'est quatre jours après son exécution que le Tribunal révolution-^ naire m'a donné avis du choix qu'avait fait Marie Corday.

c( Gustave Doulcet. »

M. de Ponlécoulant fit plus : il réclama du président du Tribunal révolutionnaire la remise de la lettre de M"' de Corday, ainsi que l'atteste la réponse même de Montané.

Tribunal criminel révolutionnaire établi à Paris, au Palais, par la loi du\0 mars 1793, Van 11^ de la République.

PRÉSIDENT DU TRIBVWAL.

c< Citoyen Représentant ,

« Je vous renvoyé suivant vos désirs, la lettre de Marîe- Anne-Charlotte Corday : je croyais vous l'avoir renvoyée avec celle de l'Accusateur public qui ne vous était pas parvenue vu la brièveté du temps et l'ignorance de votre véritable logement.

« Salut et fraternité ,

« J.-B.-M. Montané.

« Paris, ce 22 juillet, 2« de la République. »

Observation. — Loin d'être un lâche, Doulcet de Pontécoulant avait fait ses preuves de valeur militaire au siège de Lille, etc., et montré le plus grand courage civil à la Convention, notamment lors du procès de Louis XVL Nous ne parlerons point du duel à dix pas raconté dans les mémoires de M. de Girardin {Mém. de Brissot, vol. III, p. 172, à la note), mais de sa conduite dans le duel à mort engagé entre la Gironde et la Montagne. Buzot, dont on connaît le noble et austère esprit, a payé à Doulcet de Pontécoulantl'hommago

le plus honorable dans sa relation des événements des 31 mai et 2 juin.

« Doulcet est inconsolable, dit-il, d'avoir été effacé du registre des proscriptions : aussi manifeste-t-il chaque jour un courage qui doit lui mériter Thouneur d'une réinscription. »

(Mémoires de Bu%ot^ chez Béchet. — Paris, 1823, in-8%p. 311.)

Une personne qui a beaucoup connu M. de Pontécoulant nous affirme lui avoir entendu dire plusieurs fois : « Si j'avais su que mademoiselle Corday m'avait chargé de la défendre devant le Tribunal révolutionnaire, j'y serais allé. » Il ajoutait : « J'ai toujours regretté d'avoir ignoré le choix dont j'avais été l'objet, et je le regrette encore aujourd'hui. >»

Les écrits de Doulcet de Pontécoulant, ses lettres, ce que l'on sait de son caractère, autorisent à croire que son regret était sincère, et qu'il n'aurait pas décliné le périlleux honneur de défendre mademoiselle de Corday (1).

(1)V. Charlotte de Corday et Doulcet de Pontécoulant, par M. Renard, p. 10 à 12. — Mémoires de M. Doulcet de Pontécoulant, p. 217*

Page 1