Voyez ci-dessous pièces justificatives, n» I
2. M. de Gorday est né le 2 septembre 1737. U avait donc en effet 56 ans, moins un mois et quelques jours.
DE M. DE GOBDAT D'aRMONT.
s^était retiré à Caën pour poursuivre Tassassin au district de Lisieux et qu'il a résidé hôtel de la Couppe d'or a, rue Venelle aux chevatuc aparténant au citoyen Levallois jusqu'au moment qu'il est venu habiter en cette Ville.
Interrogé des causes pour lesquelles on a voulu tanter à sa vie, et si il s'étoit attiré quelques ennemis soit par sa façon de penser sur les affaires politiques (aliàs publiques) ou autrement.
A Répondu qu'il n'avoit jamais eu de conversation avec celui qui l'avoit attaqué, qui étoit un maréchal qui se jetta tout d'un coup sur lui et voulut lui enlever son sabre sans qu'il en sut la raison, ce qui est plus amplement expliqué au procès fait devant le Juge de Paix du Canton de Preney District de Lizieux Département du Calvados 2.
Interrogé quelles ont été les suittes de cette affaire et si le procès a été jugé.
A Répondu que le criminel convaincu par douze témoins, sommé de se rendre devant le Juge de paix lui avoit répondu que ce n'étoit pas aînssy qu'on paroissoit devant un juge parce qu'il avoit paru armé d'un fusil et de pistolets, pourquoy le Juge de paix le terma à un autre jour; mais il ne parut pas; que le Juge de paix envoya la procédure au répondant qui étoit alors à Gaen pour la déposer au district de Lizieux, ce qu'il fit ; que le district de Lizieux prononça que le Juge de paix n'avoit pas fait son devoir puisqu'il n'avoit donné
1 . Voyez les Plans de Gaen : notamment celui de Buache , publié en 1747. — La Venelle aux Chevaux allait de la rue Saint-Pierre à la Place Royale, elle a été remplacée par la rue de Tlmpératrice, aujourd'hui rue de Strasbourg. Mais rinscriplion ancienne se voit encore gravée en lettres maigres du temps, sur la maison qui fait angle avec la place. L'hôtel de la Gouppe-d'Or était situé au coin de la Venelle aux Chevaux et de la rue Saint-Pierre. Il a disparu vers 1852.
2. Voyez plus bas la procédure criminelle suivie sur la plainte de M. de Gorday d'Armont contre un sieur Bellaunay, pièces justificatives, n" VI.
8 IRTERROGATOIBE
n y mandat d'arrêt ni mandat d'amener ; que la sentence fut ren* Toyée au Juge de paix qui lança un mandat d'amener qui ne fut point exécuté.
A lui Remontré qu'il ne peut ignorer des causes pour lesquelles on a voulu l'assassiner et lui interpellé de nous déclarer s'il n'a pas donné lieu à un dessein aussyi [sic) violent.
A Répondu qu'il n'en sait rien, qu'il a voulu seulement empêcher le dit Maréchale de chasser dans une petite garranne appartenante à lui répondant et qui étoit devant sa porte.
Interrogé des causes pour lesquelles il est venu demeurer en cette Ville, et ce qui a déterminé le choix de cette demeure.
A Répondu qu'il est venu demeurer en cette ville comme étant plus proche de son bien qui est situé dans ce district.
Interrogé du nombre de ses enfants et s'il a plusieurs filles.
A Répondu qu'il a deux garçons et deux filles.
Interrogé de l'âge des dittes filles et si elles sont demeurantes avec lui.
A Répondu que l'ainnée nommée Marie Anne Charlotte âgée de viron vingt cinq ans, n'a jamais demeurée avec lui depuis son veuvage, que pendant une seule année ; que depuis deux ans elle demeure chez une de ses parentes à Caen nommée Lecouteillier de BretewîUe, que la jeune nommée Jacqueline Eléonore âgée de viron vingt deux ans demeure avec lui en cette Ville ^
Interrogé combien il y a de tems qu'il est vœuf, et quelle est
i. n est à remarquer qu'elle ne fut pas interrogée, ce qu'on ne manquerait pas de faire aujourd'hui dans une information de ce genre.
I^E M. DE CORDAT D ÀRMONT. 9
réducation qu'il a donné à ses deux filles et parliculièrement à son ainnée.
A Répondu qu'il est vœuf depuis virpn onze à douze ans ; qu'à cette époque ses filles sont entrées à la ci devant Abbaye aux Dames à Caën où elles ont reçu leur Education >.
Interrogé si il n'est pas vray que lui répondant et ses deux filles ont toujours manifesté des opinions contraires aux principes qui ont été généralement adoptés et indiqués par nos Législateurs.
A Répondu que le citoyen Belzais-Courménil et le citoyen Lefessier-Dufaï, le premier Maire et Tautre Notable de cette Ville étoient plus en état d'en rendre compte que lui ; que dès les Assemblées provinciales et longtemps avant que personne demanda l'abolition des droits, étant lui répondant à la tête de l'administration de sa paroisse il avoit adressé un mémoire pour en demander la suppression à TAssemblée intermédiaire d'Argentan, dont le citoyen Belzais-Courménil étoit alors Procureur Syndic 2; que depuis ce tems il avoit écrit sur VEgalité des partages et fait imprimer son sentiment dont il va nous remettre un exemplaire et nous a en effet remis deux exemplaires dont un est intitulé VEgalité des partages et Tautre intitulé Suplement au sistème de Végalité^ et qu'actuellement il écrivoit encore son sentiment sur les lois lors de notre entrée ; il nous a fait apparoir un manuscrit
1. Comme pensionnaires exceptionnelles, TAbbaye de Sainle-Trinilé de Caen n'élevait pas de jeunes filles. Mais le roi avait le droit d^y placer cinq demoiselles appartenant à la noblesse pauvre de la province. C'est ainsi que Charlotte de Corday, pour laquelle M. d'Armont avait postulé une place à TAbbaye de Saint-Cyr, fut admise avec sa sœur à l'Abbaye aux Dames, très-probablement par rinfluence de madame de Pontecoulant, qui était alors coadjutrice de madame de Belsume, Abbesse de Gaen. — Nous publierons ultérieurement les pièces officielles à Tappui de tout ce que nous disons, et que nous n'avançons qu'avec les preuves.
2. M. de Corday d'Armont a été Syndic, puis Maire de la paroisse et plus tard de la commune du Mesnil-Imbert.
40 INTEBROGATOl&E
sur trois feuilles de papier commun dont les sept premières pages sont remplies et sur la huitième page son sept lignes et demies d'écriture, lequel manuscrit est intitulé ainsi : Les Principes du Gouvernement i.
Le dit Répondant interpellé de cotter et parapher devant nous les deux exemplaires qu'il vient de nous remettre et le manuscrit que nous lui déclarons déposer aux mains de notre GrefQer pour être le tout examiné par le Conseil générale permanent de cette Ville et être statué ce qu'il appartiendra ; ce à quoy le dit répondant a satisfait en signant les dits trois papiers qui ont été paraphés présentement de nous et de notre Greffier.
A lui Remontré que la réponse qu'il vient de nous faire sur la demande que nous venions de lui adresser sur ses opinions et celles de ses filles relatives aux objets politiques n'est point satisfaisante pour ce qui concerne ses dittes filles ; lui interpellé de nouveau de nous dire s'il n'est pas vrai que ses dittes filles ont conçu des sentiments tout à fait opposés aux lois qui émanent de la Convention.
A Répondu qu'il les avait toujours vues soumises à la loi et persuadées ainsi que lui, qu'avant qu'elles soient faites chacun peut dire et écrire son opinion pour s'éclairer mutuellement; mais qu'une fois faite et acceptée tout citoyen est coupable de les enfreindre.
Interrogé si lui Répondant et ses filles ont bien examiné les discutions qui se son faites à la Convention et s'ils n'y ont pas pris quelque part active, enfin quelle était leur opinion sur ces discussions et quel étoit le parti que lui et ses filles adoptoient.
1. A défaut de eelte pièce, nous publions une autre note de la même origine qui était dans les papiers de Louis Dubois et a passé de 14 dans la eoUection de M. de la Sicolière (V. aux pièces justificatives, n* II). Elle nous fait connaître quelles étaient les idées de M. d'Armont. Il appartenait à l'école des Economistes et professait des opinions très-hardies et très-avancées.
DE M. DE CORDiT d'ARMONT. 44
A Répondu qu'il ne croît pas que ses filles se soient jamais menées de discussions politiques i, que quand à lui persuadé que les bonnes loix doivent être adoptées de quelques mains qu'elles nous viennent, il n'a jamais reconnu d'autre parti que celui de la Raison.
Interrogé s'il est en correspondance avec sa fille ainée.
A Répondu qu'il lui écrivoit quellequefois et qu'il en recevoit des Réponses; mais que leur commerce littéraire, tout épistolaire, n'avoit pour but que de se donner réciproquement des marques d'amitié et des nouvelles de leurs santés.
Interrogé du lieu où sa fille aisnée est actuellement, si elle est encore demeurante à Caen.
A Répondu qu'il avoit reçu une lettre d'elle il y a eu jeudi dernier huit jours 2 dattée du mardi matin d'avant, où elle lui Mande qu'à son départ de Caën, elle met cette lettre à la Poste ; que quand, lui Répondant, la recevroit, elle ne seroit plus en France ; qu'elle ne croyoit pas que l'on pût y vivre tranquille d'ici à longtemps ; qu'elle le prioit de ne faire aucunes Démarches (on avait d'abord écrit
1. M. de Gorday d'Ârmont déclare que ses filles ne se sont jamais mêlées de politique, el que leur correspondance était purement littéraire. Cependant on voit par les interrogatoires de Charlotte qu'elle était abonnée au Journal de Perlet, mais qu'elle a lu quelquefois Gorsas^ le Courrier français, le Courrier universel, et plus de cinq cents brochures pour et contre la révolution dans tous les genres (V. Dossiers de C. de Corday, p. 48), et dans sa lettre à Barbaroux elle dit, en parlant des Girondins : « Si l'on trouve mes lettres chez mon père, la plupart sont vos portraits. » Il est probable que M. de Corday d'Armont avait caché cette correspondance avant la perquisition qu'il avait pressentie. D'un autre côté, la lettre de Charlotte Corday à Barbaroux ne fut connue qu'après le procès (17 juillet); elle ne pouvait donc être entre les mains des municipaux d'Argentan, qui n'avaient encore que des nouvelles du 16.
2. L'interrogatoire de M. d'Armont est du samedi20juiUet. Le jeudi précèdent est le IS; le jeudi antérieur est le 11 juillet. La lettre mise à la poste le 9 à Caen parvint donc à Argentan le 11. — Vérification faite du calendrier de l'année 1793, le 9 juillet tombe bien effectivement un mardi.
i2 INTEEROGATOIEE
recherches^ on a écrit par surcharge dénmrches) parce que personne ne savoit encore où elle alloit.
Le dit Répondant par nous interpellé de nous réprésenter à l'instant cette lettre dans le cas où il Tauroit sur lui, ou de nous déclarer dans quel endroit de son domicilie on pourroit la trouver;
A Répondu qu'il Tavoit jette aussytot de collère dans le feu ^.
A lui Remontré qu'il ne nous est guère possible de croire qu'il ait supprimé cette lettre et qu'il n'ait pas cherché les causes pour lesquelles sa ditte fille se déterminoit ainsy de quitter la France ; qu'au Moins lui Répondant n'a pu ignorer les sentiments que sa ditte fille avoit conçus avant de quitter sa patrie, que certainement elle lui en avoit fait part par quelques lettres précédentes 2, lui interpellé de nous déclarer la vérité ;
A Répondu qu'il n'en avoit aucune connaissance et qu'elle le connaissoit trop bien pour lui communiquer un projet qu'il n'auroit pu aprouvrer et dont il auroit empêché l'effet, et que quand à la lettre il persiste à sa Réponse ci-dessus.
Interrogé si il n'a pas connoissance de la Mort du citoyen Marat l'un des Représentants du peuple à la Convention et s'il ne sait pas quel est l'individu qui a avencé ses jours.
A Répondu qu'il avoit vu dans Perlet que Marat avoit été assassiné par une femme de Gaën nommée Charlotte Cordai, fille de M. Corday d'Armont. Quoy que les noms fussent mal rendus (Voyez
1. Cependant M. Ghéron de VillieFs a publié cette lettre. Oa la déclaration de M. de Corday était une fraude pieuse dictée par le besoin de la légitime défense, ou la lettre de M. Chéron de Yilliers n'est pas vraie. V. infra aux pièces justificatives n" V.
2. Quelques lettres précédentes. U résulte de la lettre de Charlotte à Barbaroux, qu'elle écrivait souvent à son père ; ~ on le savait probablement à Argentan.
DE M. DE COEDàY D*ABM0NT. ^13
Pièces justificatives, n® 111) la singularité du départ que sa fille lui avoit annoncé et les noms quoique mal mis lui firent appréhender quelle ne fut l'auteur de ce crime ; quoique ne concevant pas qu'une fille de cet âge pût se porter d'elle-mêmes à des choses si Extraordinaires ni qu'elle eût pu trouver un homme assez lâche pour en partager le projet et lui en laisser l'exécution.
Interrogé du lieu de la noissance de sa ditte fille ainée et s'il lui Répondant connoissoit en elle un esprit entreprenant et des connoîssances sufisantes pour entréprendre de grands projets et si enfin elle se mesloit des affaires politiques et en manifestoit ses sentiments.
A Répondu qu'elle étoit née en la paroisse des Ligneries canton de Trun, district d'Argentan, qu'il ne lui connaissoit aucuns.talens; Mais qu'il ne croioit pas qu'il en fut besoin pour commettre un Meurtre et qu'il a déjà répondu à la dernière question et qu'il y persiste.
Interrogé du diocèce don relevoit ci devant la paroisse des Ligneries ^
A Repondu du ci-devant Diocèse de Seez.
Représentation à lui par nous présentement faite d'un exemplaire du Bulletin de la convention Nationale à la séance du Mardy seize de ce mois par suitte de celle de la veille, quinze ; lui interpellé de prendre lecture devant nous de la relation qui y est emploiée, de l'interrogatoire prêté sur la Mort du citoyen Marat par une nommée Marie Anne Charlotte Cordai, ci devant d'Armont, native de la paroisse S* Saturnin des Ligneries, ci devant diocèse de Seez, âgée de vingt cinq ans moins quinze jours, vivant de ses (revenus),
1. Il y a ici une lacune dans l'exemplaire provenant du Ministère de la Justice. Nous la comblons à Paide de l'expédition parvenue au Comité de Salut Public par le Ministre de la guerre.
44 INTEBlOftATOHlfi
demeurant ordinairement à Caën, lieu de sa résidence et présentement logée à Paris rue des vieux Augustins hôtel de la Providence ;
A Repondu que voulez vous que je vous dise je ne puis répondre que ce que j'ai répondu ci devant;
Laquelle présente réponse a été faite par le répondant les larmes aux yeux.
Et avons cessé de l'interroger ;
Lecture a lui faitte des interrogats ci dessus et de ses réponses lui interpellé de déclarer si ses dittes réponses sont vray es, s'il y persiste et s'il veut signer.
A répondu que ses dittes réponses sont vrayes qu'il y persiste et a signé la minutte ; signé Corday d'Armont.
Ensuitte de quoi nous avons fait une perquisition la plus exacte dans les papiers du dit Citoyen Cordai d'Armont étant dans différents tirroirs de table, secrétaire, commodes et armoires sur différentes tablettes parmi lesquels papiers nous n'avons rien trouvé de relatif au crime dont il s'agit ni même rien de contraire aux loix de la République, nous n'y avons remarqué que différentes nottes sur l'histoire de France, sur les décrets et autres matières, sans nous être appercu d'aucune Critique.
De tout ce que dessus, nous avons dressé le présent procès verbal dont lecture a été faitte par notre greffier au dit Citoyen Cordai d'Armont; lui interpellé de signer avec nous, ce qu'il a fait: la minutte signée Cordai d'Armont, Feval, Raux, et Chapsal secrétaire greffier, avec approuve quatre mots rayés nuls.
DE M. DE COBDAT d'aRMONT. 45
Sa tache remplie, le citoyen Pèval, vint en rendre compte au Conseil de la Commune, ainsi qu'on le voit par les Registres municipaux d'où nous extrayons ce qui suit :
« Et le dit jour vingt Juillet au dit An.
Le Conseil général s'étant fait donner lecture du Procès verbal dressé, par le citoyen Fèval, Officier municipal des déclarations passées par le citoyen Corday darmont et de la perquisition par lui faitte dans Les papiers de ce dernier, a arrêté :
Qu'Expédition du dit Procès verbal en deux exemplaires et le manuscrit qui luy ont été remis seront envoyés par le prochain Courrier à la Convention nationale pour y avoir tel égard que de raison. »
Mêmes signatures que ci-dessus.
(Registre du Conseil général permanent de la Commune d'Argentan, année 4793.)
Le Conseil général ordonnait que le Procès verbal serait envoyé par duplicata et par courrier à la Convention. Ses ordres furent exécutés.
Une des deux expéditions s'est retrouvée classée parmi les papiers provenant de Tinsurrection du Calvados :
Fonds du Comité de Salut public, sous le titre de Police. —
SUBVEILLANCE.
Elle porte cette mention :
a Collalionné à L'Original par nous Officier municipal et secrétaire greffier de la Municipalité d'Argentan soussignés, » « Le 22 juillet 4793, l'an IP™« de la R. F**"% » « Chapsal, Secrétaire greffier. »
a Pour copie coUationnée juste et véritable, » Dufour. — Commissaire National, à Argentan. »
♦ L'autre expédition, parvenue par le Ministre de la Justice, a été versée dans les papiers du Département de la Seine, et fait partie de la Section législative et judiciaire.
La Minute originale parait perdue.