‹ Dossiers du procès criminel de Charlotte de Corday, devant le TribunalChapitre 63 sur 90 · MAISON DE LA RUE BU BÈGLE · texte numérisé non relu

MAISON DE LA RUE BU BÈGLE

mont, fut immédiatement résolue d'office, sans qu'aucune commission, aucune réquisition, fût venue mettre les autorités municipales en demeure d'agir.

Le cas échéant, deux membres du Conseil général, le citoyen Fèval et le citoyen Raux, furent chargés de se transporter chez Monsieur de Corday, l'interroger, vérifler ses papiers et y apposer les scellés.

Les Commissaires du Conseil de la Commune durent donc se rendre au domicile de M. de Corday d'Armont, rue du Bègle. Cette rue s'étend parallèlement à la rivière de l'Orne ; elle en longe les bords à -100 mètres environ de distance, et en est séparée par des jardins qui forment quai sur la rivière. Là était Tancien rempart, ballium, d'où est venu probablement le nom de Bègle ^ qu'on a écrit à tort belge i.

C'est bien dans cette rue que demeurait M. d'Armont, mais, dans quelle maison ? L'interrogatoire ne le dit pas. La tradition locale indiquait une habitation ayant un certain style, et portant le no 34 . C'est bien, en effet, une maison historique : aussi elle trouvera place dans notre récit, lorsque nous retracerons les massacres dont l'image a pu se refléter dans l'esprit de Charlotte, au moment où elle conçut son projet et arrêta sa détermination.

Le seuil de cette demeure a été taché du sang de Barbot-Tiercèville, qui fut l'une des victimes de la Révolution à Argentan. Mais là n'habitait pas la famille de Corday. Nous avons longtemps cherché en vain : ce n'est qu'en explorant les archives municipales d'Ar-

1. Cette étymologie, qui nous avait été suggérée par un habitant d'Argentan, n'est pas admise par les hommes compétents, parce qu'elle ne rend pas compte de la présence du g dans le mot. — Il existe à 5 kilomètres de Bordeaux un village qui porte ce même nom de Bègle. Ce village est situé à l'intersection de la Garonne et d'un petit ruisseau appelé jadis Estey Najou. C'est ce qu'en langue celtique on nommait un Bec, Beggo, d'où le Bec d'Ambès, le Bec d'Allier, l'Abbaye du Bec, etc. Suivant les archéologues du pays, le mot serait passé dans la basse latinité et devenu Beccas, avec le diminutif Becculus^ de là en français le nom de Bègle, H ne nous appartient pas de nous prononcer sur cette étymologie ; mais nous pouvons dire qu'à Argentan la rue du Bègle est située dans la pointe formée entre l'Orne et le Rû Tanaret, qui s'y jette en cet endroit.

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