‹ Dossiers du procès criminel de Charlotte de Corday, devant le TribunalChapitre 69 sur 90 · UEMOIEE ADRESSE AUX NOTABLES · texte numérisé non relu

UEMOIEE ADRESSE AUX NOTABLES

SOUS Charles VII, étaient : 1® illégales, 2® injustes, 3<» contraires au bien public.

lîlégaleSf puisque le Tiers-Ordre, aussi libre que lés deux autres, ne pouvait être que de son consentement chargé des contributions de la Noblesse et du Clergé.

Injustes, n'est-il pas inique que la partie la plus pauvre de la population contribue seule à des impôts qui profitent aux plus riches? Peuton, de sang-froid, voir arracher des mains du journalier une partie du pain qu'on lui accorde, moins comme salaire de son travail que pour le mettre en état de le continuer?

Contraires au bien public. Plus une nation paie d'impôts, plus elle est riche, lorsque ces impôts sont bien employés. Ce qu'elle verse d'un côté lui rentre de l'autre, par suite de l'accroissement de la prospérité générale, résultant elle-même de l'amélioration des grandes routes, rivières navigables, ports, manufactures, etc.

Mais pour cela, il faut que les impôts, qui profitent à tous, soient acquittés par tous.

H faut qu'ils soient proportionnés aux fortunes.

Il faut enfin qu'ils soient établis par des hommes compétens, qui sachent calculer nos intérêts, nos besoins, juger de la nécessité de nos contributions, de leur étendue, des moyens de les faire rentrer et surtout de s'assurer qu'elles ne seront pas détournées de leur destination.

Ce résultat obtenu, peu nous importe que ceux qui nous représentent soient de la Noblesse, du Clergé ou du Tiers : étant tous citoyens de l'Etat, ils ne forment qu'une famille qui n'a qu'un même intérêt. On ne verra plus les grands ouvrages d'utilité publique faits gratuitement par le journalier pour l'avantage du propriétaire sans qu'il reste rien à ce manœuvre qui dépense en travaillant l'argent qu'il gagne, tandis que le propriétaire retire par la vente de ses denrées, l'argent qu'il paie à l'artisan.

Telle est en substance l'idée fondamentale de ce mémoire : l'impôt est un signe et même une source de richesses dans un pays, à la condition d'être créé avec mesure, réparti avec justice et dispensé avec économie.

Le développement de cette idée fournit à l'auteur l'occasion de s'occuper des primes à décerner aux manufactures, de l'influence des machines sur la main-d'œuvre, du défrichement des terres, des rapports

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entre le commerce et la circulation du numéraire, enfin de ce qui était la grande question du moment : de la banqueroute. M. de Gorday la repousse avec énergie. On reconnaît facilement dans cet écrit le langage et les principes des Economistes. Ce n'est évidemment qu'une ébauche, mais à travers Timperfection du style on remarque une cer* taine vigueur de pensée» une grande honnêteté de sentiments, une préoccupation constante des intérêts et des droits du pauvre. Ces caractères se retrouvent dans les lignes suivantes qui terminent et résument le travail de M. de Gorday et que nous citons textuellement :

if Si vos peuples se plaignent de ne pouvoir se défaire de leurs denrées, si leurs terres sont en friche, augmentez leurs impôts, mais employez-les à leur faire faire des routes, des ports, des canaux; ils vendront leurs denrées, cultiveront leurs terres, et ces provinces qui paraissent pauvres deviendront bientôt riches.

» Au surplus, occupé, comme les autres, de mon bien-être, je le cherche dans Pinterest général.

» Occupé de la culture oiï je trouve mon avantage et celui de ma famille, jouissant comme homme de condition du privilège des exemptions, mon interest particulier sembleroit devoir me faire approuver le sentiment opposé, si un homme sans préjugés pou voit avoir des interests contraire {sic) au bonheur public et ignorer que l'avantage général n'est que la masse de tous les avantages particuliers! »

Gorday d'Armont.

Un homme sans préjugés, — Le mot est précieux à retenir. Il indique ce qu'étaitM. de Gorday d'Armont, et fait comprendre l'influence qu'il a pu exercer sur sa fiUe^ que nous trouverons professant et pratiquant les mêmes principes.

Voici le passage du Journal de Perlet, n<> 297, du Lundi 15 juillet 1793. p. 354, in fine.

« Organe du Gomité de sûreté générale, Ghabot se présente à la Tri- » hune. Gharlotte Gordé, fille de N.... Gordé, ci-devant écuyer, dit sieur » dUArmandy native de Gaen, et âgée de 25 ans est, dit-il, l'assassin de > Marat... » Suit le rapport de Ghabot...

On voit la justification de ce que dit M. de Gorday : quoique les

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noms fussent mal rendus^ Corde pour Gorday; d'Armand, pour à^Armontk

Charlotte de Gorday dit de son côté, dans son interrogatoire, « qu'elle était abonnée au Journal d« Perlet, » comp. ci-dessus p. 12. Il y avait donc accord entre les idées de Charlotte et celles de son père, en matière politique, puisque, vivant dans deux villes distinctes, ils étaient abomiés au même journal.

Cependant M. de Gorday ne connaissait pas encore officiellement la mort de sa fille, mais il ne la devinait que trop.

Nous disons qu'il ne devait pas encore connaître l'exécution, parce que le récit ne se trouve que dans le Journal de Perlet, du «ewdrcrfi 19 juillet, numéro qui .ne pouvait être arrivé à Argentan le 20, jour oh avait lieu l'interrogatoire de M. d' Arment.

Le Moniteur était encore bien plus en retard. Le compte-rendu du procès de Charlotte de ('orday ne commença que dans le n** 210, qui est daté du 29 juUlet 1793.

Et le Vendredi trente du dit mois d'Août, en présence des dits Juge, Adjoint (Coffinhal et Fouquier-Tîn ville), de l'Accusateur public et du Commis-Greffier, avons continué l'Interrogatoire du dit Lauze Deperret, ainsi qu'il suit. (La première partie de l'interrogatoire contenait déjà quelques questions relatives à Charlotte de Gorday, mais sans intérêt.)

D. S'il n'avait jamais été dans la maison où habitait la fille Gorday.

R. Qu'il y avait été deux fois, scavoir le vendredi au matin ou pour mieux dire, le lendemain de l'arrivée à Paris de la fille Gorday, jour auquel elle était venue le trouver chez lui ; que le dit jour il avait été la voir le matin sur les onze heures ainsi qu'il lui avait promis la veille, pour de là se rendre chez le Ministre de l'intériour, qu'il y était également revenu le soir sur les huit heures du même jour.

D. Quels étaient les motifs qui avaient nécessité le dit Duperret à faire deux visites dans la même journée à la fille Gorday?

R . Que n'ayant pas trouvé le Ministre visible, le portier leur ayant dit qu'il le serait le soir à huit heures, et étant convenu avec la demoiselle Gorday, en présence du portier, d'y retourner à la ditte heure. C'était à cette fois qu'il s'était rendu de nouveau chez la fille Gorday.

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