‹ Dossiers du procès criminel de Charlotte de Corday, devant le TribunalChapitre 80 sur 90 · PLAINTE DE M. DE GOEDAT · texte numérisé non relu

PLAINTE DE M. DE GOEDAT

qu'après sept heures du soir pour signer la clôture du Procès verbal, il n'arriva point, le Commissaire et les Officiers municipaux s'enfurent, un moment après le dit de Corday partit aussi, il rencontra sur la Paroisse de Montpinçon, au carrefour du nommé Durand (voyez lettre B), le dit Bellauney* avec un nommé Gauvigni de Garnetot, causant avec plusieurs personnes ; Bellaunay et Gauvigny quittèrent ces personnes et suivirent le dit de Gorday jusques dans la bruiere de Montpinçon (voyez lettre G), au bas de laquelle parurent, le Commissaire, les deux Officiers municipaux et le sieur du Ghesnes, greffier ; un d'eux fit signe à Bellaunay de venir à Eux, au lieu d'y aller, le sieur Bellaunay sans rien dire, se jetta sur le sabre que le sieur Gorday portait à sa main, et n'en eu que le foureau : alors, le sieur Bellaunay leva un cours bâton ayant une petite massue au bout sur le sieur Gorday, lequel pour éviter le coup, porta au dit Bellaunay à l'estomach un coup de la pointe de son sabre qui n'entra pas, mais qui déchira un peu la veste du dit Bellaunay, celui-ci rendit le foureau en disant qu'il avait eu tort, ensuite le sieur Bellaunay s'appercevant qu'il était légèrement blessé à la main s'emporta de nouveau, et dit plusieurs fois au sieur Gorday, « si je voulais, je vous oterais votre sabre, » il suivit le sieur Gorday jusqu'au grand chemin de Livarot à Trun (D), en répétant toujours, « si je voulais, je vous oterais votre sabre, » et là voyant plusieurs personnes, entr'autres trois bûcherons des Bois du Mesnil-Imbert et de Garnetot, le sieur Bel-

launai s'emporta de nouveau et dit : vous m'avez blessé, il feut que

vous m'ayés ou que je vous aye; ayant son bâton levé, il avança sur le sieur Cordai, ce dernier avait gardé son sabre nud pour empêcher Bellaunai de l'approcher, le dit sieur Cordai dit : « vous voyés que je ne veux pas vous tuer, n'approchés pas, vous me forceriés de vous tuer. » Dans ces entrefaites, paru le nommé Dupont, Menuisier de la paroisse du Thilleul, qui cria à Bellaunay : — finis donc Bellauney, sans que celui-ci cessât de poursuivre le sieur Corday : alors il passa quelqu'un entre le sieur Gorday et le sieur-Bellauney, ce qui obligea le sieur Corday à baisser son sabre. Le sieur Bellaunay profita du moment et, par derrière le passant, saisit le sieur Cordai au collet en disant : « Je te tiens

1. Ce nom est écrit tantôt Bellauney, par un e, tantôt Bellaunay par un a, quelquefois par un i, et à la ligne suivante par un y, nous n'avons pu que suivre ces variations sans nous prononcer entre elles. — Il en est de même du nom de Gorday que Ton trouve écrit indifféremment par un i et par un y. L'orthographe vraie est Cwday.

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de ce coup la, te voila bien empoigné, » en tenant toujours son bâton haut ; alors le sieur Gorday porta de toutes ses forces à bras raccourci un coup de la pointe de son sabre à Testomach du dit Beliauney, lequel coup n'entra pas plus que le premier, ce qpii fit que le sieur Gorday jugea que le dit Bellaunay était garni. Le sieur Bellaunay quitta le sieur Gorday. Gelui-ci dit à Gauvigny, en présence de Dupont : pourcpioy n'empêchiés vous pas le sieur Bellaunay : ne voyiés-vous pas bien que je ne voulais pas le tuer. Gauvigny répondit : qpie voulés vous que j^eusse fait, j'étais trop loin de luy. Dupont dit au sieur Gorday : Je ne vous conseille pas de passer devant la porte de Bella^unay (E), il est capable de vous tuer. Le sieur Gordai répondit, ce n'est pas mon intention. Ensuite il passa dans une herbage nommée le clos Percy (F), pour s'écarter. Il apperçu le sieur Beliauney armé d'un fusil à deux coups, qui montait le long de la haye, le sieur Gordai traversa le grand chemin, passa dans lesBruieres du sieur Lesage (G) et s'enfuit à la ferme située à Montpinçon, occupée par la veuve Robert Motte (H). Le sieur Bellaunay le poursuivait tou* jours avec son fusil à deux coups, criant de toutes ses forces, il faut que je te tue bougre, arrête ce bougre là, arrête le voleur. Le sieur Gordai traversa la maison de la ferme et se sauva par le jardin ; pendant ce temps là, le sieur Bellaunay faisait beaucoup de tapage dans la maison en cherchant le sieur Gordai, et disant toujours qu'il voulait le tuer.

D'après cela, le sieur Gorday ne se trouvant point en sûreté, déclare prendre son domicile en la ville de Gaen, paroisse Saint Pierre, à l'hôtel de la Coupe â!or, chés le sieur Le Valois ;

De tout ce que dessus le dit sieur Gordai rend la présente plainte et fait la présente dénonciation pour luy être rendu Justice ainsi qu'il appartiendra, ce qu'il a affirmé véritable et a signé avec nous à chaque page et à la fin.

Signés Jacques François de Gorday et Le Sénéchal, avec paraphe.

Le sieur Gordai a requis de poursuivre l'auteur du délit, et déclare produire pour témoins en outre, les personnes dénommées dans la plainte, la veuve, la fille, le domestique et la servante de la veuve Robert Motte.

Ge dit jour et an.

Signé Jacques François de Gordai.

La présente Expédition a été délivrée par nous. Juge de paix et Officier de police de sûreté sus dit et soussigné, conforme à la minute le treize juin mil sept cent quatre vingt-douze.

Signé Le Sénéchal.

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