‹ Dossiers du procès criminel de Charlotte de Corday, devant le TribunalChapitre 81 sur 90 · INFORMATION · texte numérisé non relu

INFORMATION

SUR LA PLAINTE DE M. DE CORDAY d'ARMONÏ

(22 Mai et >I2 et 43 Juin 4792).

AUJOURD'HUI Mardi vingt deux mai Mil sept cent quatre vingt-douze, en notre demeure à Saint Martin de Fresney, L'An quatre de la Liberté.

Nous François Julien Le Sénéchal, Juge de Paix et Officier de Police de Sûreté du canton de Notre Dame de Fresney, assisté de Jacques Nicolas Peschet notre greffier.

En conséquence de la plainte rendue le dix huit de ce mois, par le sieur Jacques François de Gorday, de la paroisse du Mesnil-Imbert, demeurant à présent à Gaen, contre le sieur Jean Louis Bellaunay, maréchal, demeurant au Chêne au Loup, paroisse de Montpinçon, et sur notre Mandat du dix neuf de ce dit mois, avons procédé à l'audition des témoins produits par le dit sieur Cordai ainsi qu'il suit:

1. Le sieur Charles Motte, marchand et Officier Municipal de Montpinçon, y demeurant, âgé de cinquante quatre ans, non parent, allié serviteur ni domestique des parties, après avoir prêté le serment de dire vérité, et après avoir entendu la lecture de la plainte, a déposé qu'il n'a aucune connaissance des faits articulés dans la dite plainte, et est tout ce qu'il a dit savoir, a déclaré que sa déposition contient vérité, qu'il y persiste, et a déclaré ne vouloir signer quoi qu'il le sache après lecture.

Signés Le Sénéchal et J N Peschet avec paraphes ;

2. François Cauvigni, Marchand, demeurant à Garnetot, âgé de vingtsept ans, a déposé :

Que le samedi douze de ce mois, sur le soir, s'en revenant du Billot avec Jean-Louis Bellauney, le sieur Cordai les atteignit à la maison du nommé Le Yavasseur, au Chêne au Loup, et les passa. Le déposant et Bellaunai suivirent le dit sieur Cordai, etétant au milieu des Bruières (G), Bellaunay dit au sieur Cordai qu'il ne lui était pas permis de porter des armes, et que s'il voulait, qu'il le désarmerait bien. Le sieur Cordai fit réponse que jamais personne ne l'avait encore désarmé ; le déposant ne

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sait si c'est Beliaunay qui a ôté le foureau du sabre au sieur Cordai : ce qu'il sait, c'est qu'il a vu le sabre nud à la main du sieur Cordai et un bâton à la main de Bellauney ; le sieur Cordai allant à reculons, son sabre tendu, et Bellaunai avançait sur lui avec son bâton, Bellaunai dît au sieur Cordai : vous m'avez blessé, si je voulais, je vous ôterais votre sabre, et cela plusieurs fois. Bellaunai et le sieur Cordai continuèrent leur route jusqu'au grand chemin de Livarot à Trun (D), et là, Bellaunai s'emporta et dit : vous m'avés coupé la main. Beliaunay, avec son bâton, approcha du sieur Corday qui avait son sabre nud toujours en garde, le sieur Cordai allant toujours en arrière en se défendant, et le dit Bellauney avançant toujours avec son bâton sur le sieur Cordai. Le sieur Corday dit : vous voyés que je ne veux pas vous tuer, n'approchés pas, vous me forceriés de vous tuer. Là, paru le nommé Dupont, menuisier de la paroisse de Montpinçon, qui dit à Bellauney : finis donc Bellauney. Bellauney s'en fut chés lui (E), le sieur Cordai demeura un instant avec Dupont ; Bellauney revint avec un fusil à deux coups ; le sieur Cordai revoyant Bellauney redoubla ses pas par la maison de Monsieur Lesage (G), Bellauney avec son fusil, le poursuivit sur les Bruières de Monsieur Lesage. Auparavant, le sieur Cordai avait dit à luy déposant : pourquoi n'empêchiés vous pas le sieur Bellauney, ne voyiés vous pas bien que je ne voulais pas le tuer. Luy [susdit] Gauvigni répondit que voulés vous que j'eusse fait, j'étais trop loin de luy, et est tout ce qu'il a dit savoir, lecture faite, a déclaré que sa déposition contient vérité, qu'il y persiste, et a déclaré ne savoir signer qu'il ne fait que commencer à apprendre.

Signés Le Sénéchal et J. N. Peschet.

3 . Le sieur Thomas André, Marchand et Officier Municipal de la paroisse de Montpinçon, y demeurant, âgé de cinquante six ans, a déposé :

Que le samedi douze de ce mois, sur le soir, étant avec le sieur Hubert, Maire de Garnetot et du Chesne, Greffier de la Municipalité de Garnetot le long du fossé de la pièce de la veuve Robert Motte, située à Montpinçon, il vit deux hommes qui avaient l'air de se battre dans labruièrs aussi située à Montpinçon, avec des bâtons, il ne put distinguer les personnes, cependant il dit à sa compagnie ; on croirait que c'eét Monsieur Darmont, le déposant s'en fut.

Signés C, André avec Le Sénéchal et J . N. Peschet.

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4. Jacques Dupont, menuisier, demeurant à Montpinçon, âgé de trente-quatre ans, a déposé :

Que le douze de ce mois, sur le soir, en s'en revenant de chés le sieur Cordai, il rencontra dans 1© grand chemin de Livarot à Trun, devant la Bruière de Monsieur Lesage située à Montpinçon, le dit sieur Gorday et le sieur Bellauney, maréchal au Ghesne au Loup, oCl ils parlaient ensemble. Le sieur Bellaunay dit au sieur Gordai ; vois tu comme tu m'as blessé, le déposant apperçu la main de Bellaunay ensanglantée, Bellauney dit au sieur Gorday : tu porte un bâton défendu, le sieur Bellauney prit le sieur Gordai par sa redingotte, disant donne moy ce bâton, et en même temps, le sieur Gordai a tiré son épée ou sabre de dedans le foureau, disant je vais vous tuer, le sieur Bellaunay n'avait que son bâton pour se défendre, il s'est retiré, a été chés luy et est revenu avec un fusil et a crié : Ah ! 8.... B..., le sieur Gordai a prit la fuite, et le sieur Bellaunay a été après.

Telle est la déposition du dit Dupont qu'il a apportée par écrit et récitée sur l'écrit disant qu'il l'avait ainsi écrite dans la crainte de ne pas s'en ressouvenir.

Le déposant a ajouté que les sieurs Gordai et Bellaunay s'escrimaient ensemble ; le sieur Gordai avec son sabre, et Bellauney avec son bâton ; le sieur Gordai dit à Bellauney : retirés- vous, je vas vous tuer, le sieur Gordai en parlant ainsi, marchait en arrière, Bellauney dit ah ! S... B... Si je n'avais pas de prudence, j'ai trop de prudence, et est tout ce qu'il a dit savoir, etc.

Signé, J. Dupont, etc.

5. Pierre VmcENT, domestique, demeurant en la paroisse de Montpinçon, âgé de trente ans, a déposé :

Que le douze de ce mois, sur le soir, étant à bêcher dans le jardin de la ferme de la veuve Robert Motte (I), située à Montpinçon, il entendit crier Bellaunay, maréchal du Ghesne au Loup, qui était dans l'herbage de Monsieur Lesage à Montpinçon, arrêta ; le déposant croyant qu'on criait après un malfaiteur, rentra dans la maison, prit un fusil pour l'arrêter, sortit et fut à l'herbage du sieur Lesage ; il s'arrêta à la porte de l'herbage, et là, il vit Bellauney qui poursuivait grand train le sieur Gordai du Mesnil-Lnbert, dit Darmont. Le déposant s'apperçu que Bellaunay avait un fusil et criait à lui déposant : arrête. Le déposant dit : c'est ^[onsieur Darmont, je ne l'arrêterais pas, ce n'est pas un voleur.

Le sieur Cordai passa dans la cour de la ferme de la dite veuve Motte, et dit à Luy déposant, sauvés moi la vie, voilà le maréchal du Ghesne au Loup qui est saoul comme un gueux, il me court pour me tuer. Le maréchal en passant, dit au déposant : pourquoi n'as tu pas arrêté cet homme là; il m'a maltraité ; en voilà les marques; le maréchal avait la main ensanglantée ; le sieur Cordai passa dans la maison, le maréchal le poursuivait toujours avec son fusil, disant que le sieur Cordai l'avait manqué, mais lui, qu'il n^allait pas le manquer. La veuve Motte luy dit : Bellauney, retirés-vous, ne faites pas de malheur chés nous. Bellaunai dit : comment vous voulés sauver la vie d'un [pareil] homme; il ne voulait pas sauver la mienne; il a voulu me tuer, en voici les marques, en montrant sa main et son estomach auquel il y avait deux marques de sang, si je n'eusse pas paré les coups, j'étais un homme mort. Bellaunay est entré dans la maison, disant qu'on avait retiré le sieur Cordai ; qu'il était dans les appartements, et qu'il voulait le chercher partout : on luy dit que Je sieur Cordai était sortie le sieur Bellaunai passa dans l'escalier ; et, ne trouvant rien, il se retira, en disant : si je l'attrape, je le tue, parceque s'il avait pu, il ne m'aurait pas manqué. Ils étaient neuf ou dix ; c'étaient des îgnorans, il aurait hien dû nous séparer. Le dit Bellaunay s'assit sur le perron de la maison, où il se répandit de sa main environ un demi verre de sang. Le déposant a ajouté que le fusil de Bellaunay était un fusil à deux coups, auquel il manquait une pierre ; et lorsque le sieur Bellaunay poursuivait le sieur Cordai, ils n'étaient pas à plus de cinquante pas de distance l'un de l'autre.

Le témoin a déclaré ne savoir signer.

Le Sénéchal. — Peschet.

6. Marie liEPRiacE, veuve de Robert Motte, demeurant à Mon tpinçon, âgée de quarante six ans, a déposé:

Que le samedi douze de ce mois, sur le soir, étant dans son jardin, elle entendit dans l'herbage de Monsieur Lesage, située à Montpinçon, Bellaunay, maréchal au Chesne au Loup crier, arrêtés, arrêtés ; elle fut à la barrière de l'herbage du sieur Lesage, le sieur Cordai dit Darmont, du Mesnil-Imbert, passa et dit à elle déposante, sauvés moi la vie, voilà le maréchal du Ghesne au Loup qui me court, il est saoul comme un gueux ; il veut me tuer. Le maréchal arriva, elle lui dit : Bellauney, je vous prie: qu'il n'y ait pas de tapage chés nous, et je vous prie de ne pas Je tuer; sur cela, Bellaunay répondit : vous avés bien peur de la mort

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d'un homme, vous n'avés pas peur de la mienne, il dit : voyés comme il m'a coupé la main, la main était ensanglantée ; il montra encore son estomach oii il y avait deux marques de sang à deux places où la peau était percée. Ensuite il dit : j'ai agi avec trop de prudence avec le sieur Dannont, si j'avais voulu, je l'aurais tué. Le sieur Cordai passa dans la maison et ensuite dans le jardin (J). Bellaunay avait un fusil à deux coups auquel il manquait une pierre ; il entra dans la maison et dit : je veux le tuer, je m'en vais le tuer ; la déposante a ajouté que Bellauney poursuivant le sieur Cordai dans l'herbage de Monsieur Lesage, iceluy Bellaunay n'était pas beaucoup éloigné du dit sieur Cordai.

A déclaré ne vouloir signer, quoi qu'elle le sache.

Signés Le Sénéchal et J. N. Peschet.

7. Marie Motte, épouse de Michel Laine, demeurante à Montpinçon, âgée de dix-sept ans, a déposé :

Que le samedi douze de ce mois, sur le soir, étant dans le jardin de la ferme de sa mère (I), située à Montpinçon, elle entendit crier dans l'herbage du sieur Lesage, situé (G) à Montpinçon : — Arrête. Elle fut à l'herbage du dit sieur Lesage ; elle vit le sieur Bellauney, maréchal du Chesne au Loup armé d'un fusil, lequel poursuivait le sieur Cordai fils, dit Darmont, du Mesnil-Imbert, en criant ; — Arrête. Alors, ils n'étaient pas beaucoup éloignés l'un de l'autre : le sieur Cordai passa et dit à elle déposante, ainsi qu'à sa mère et au domestique: « Sauvés moi la me, voila le maréchal du Chesne au Loup qui veut me tuer, U est saoul comme un gueux, » Le sieur Cordai gagna du côté de la maison, et de là, passa dans le jardin (J). Bellaunay le poursuivait et dit en passant : « Il faut que je le tue; » il n'a pas eu peur de me tuer; il m'a donné un coup à la main et deux coups à l'estomach ; la mère de la déposante voulut arrêter le dit Bellauney en luy disant Bellaunay : ne faites pas de malheur chés nous. Bellaunay entra dans la maison après le sieur Gorday, disant qu'il était dans les bâtimens. On luy dit de chercher par tout, qu'il n'y était pas . Bellauney sortit par la porte de devant et fut jusqu'au four (K) ; et, voyant qu'il ne trouvait point le sieur Cordai, il cessa ses poursuites.

A refusé de signer, et a requis taxe.

Signés : le Sénéchal et J. N. Peschet.

Tels sont tous les témoins qui se sont présentés. Le sieur Hubert.

Maire, et le sieur Du Ghesne, Greffier de Garnetot et la servante de la dame Motte de Montpinçon, mandés pour être entendus aujourd'hui comme témoins ; les deux premiers pour dix heures et demie du matin ; et Tautre, pour deux heures après-midi, n'ont point comparu, dont acte, les dits jour et an cy dessus.

Signés : le Sénéchal et J. N. Peschet, avec paraphe.

AUJOURD'HUI Mardi douze Juin mU sept cent quatre vingt-douze, l'An quatre de la Liberté, en notre demeure à Saint Martin de Fresney;

Nous François- Julien Le Sénéchal, Juge de Paix et Officier de Police de Sûreté du canton de Notre Dame de Fresney, assisté de Jacques- Nicolas Peschet, notre greffier.

De la réquisition du sieur Cordai, et en conséquence de notre cédulle du neuf de ce mois, avons continué l'audition des témoins produite par le sieur Gordey, ainsi qu'il suit :

8. Jacques Desval, domestique, laboureur, demeurant chez la veuve Desval, sa tante, en la paroisse de Notre-Dame de Fresney, âgé de vingt-trois ans, a déposé:

Qu'un jour de dimanche, étant dans le cimetière de Fresney, il vit le sieur Bellauney qui regardait son bâton, disant qu'il y avait des marqpies qui avaient paré des coups d'épée ou de sabre de Monsieur Darmont ; que le dit Bellauney dit que le sieur Darmont s'était sauvé chés la veuve Motte : qu'il s'était échappé ; mais que son bien était là. Et est tout ce que le déposant a dit savoir.

Signés : le Sénéchal et J. N. Peschet.

9. Gharles Aubrt, cordonnier, demeurant en la paroisse de Saint Gervais des Sablons, âgé de vingt-neuf ans, a déposé :

Que le lendemain de l'affaire, qui était un dimanche, il entra chez Bellauney qui luy dit : Sais-tu ce qui m'est arrivé : Je rencontrai hier un sacré gueux d'aristocrate, où je manquai d'être tué ; je le rencontrai dans les Bruières, là où il avait une canne dans laquelle il y avait un demi espadron. Je luy ai dit : Monsieur Darmont, il ne vous est pas permis de porter des armes dans un bâton, et vous risqueriés à vous le faire ôter. Monsieur Darmont répondit : qu'est-ce qui pourrait me l'ôter ? Bellauney luy a dit, qu'il se jetta au même instant sur la canne en disant : cest moy, et la prit par le milieu ; Monsieur Darmont se retira

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