AUDITION DE TÉMOINS PAR ROUSSILLON
L'an mil sept cent quatre-vingt-treize, l'an deuxième de la République française, le mardy seize juillet.
Nous Antoine Roussillon, juge du tribunal extraordinaire et révolutionnaire établi par la loi du lo mars 1793, et en vertu des pouvoirs de'légue's au tribunal par la loi du 5 avril de la même année, vu la cëdulle dëlivre'e par le Président qui ordonne assignation à la requête de l'accusateur public en date du jourd'hui seize juillet.
Aux témoins indiqués par ledit accusateur public h l'effet de (aire leur déclaration sur les faits contre Marie-Anne- Charlotte Corday, prévenue et l'assignation donnée en conséquence cejourd'huy par Boucher huissier :
A comparattre à ce jour lieu et heure,
£n présence de l'accusateur public et assisté de Etienne Masson commis-greffier dudit tribunal.
Avons reçu les déclarations desdits témoins ainsi qu'il suit :
Est comparu Antoine-Clair Michon Lafondée, chirurgiendentiste, âgé de vingt-neuf ans, natif de Conflans-Sainte- Honorine, demeurant riie des Gordeliers, n.** 3o.
Lequel nous a déclaré qu'étant a travaillé chez lui le saniedy treize du présent mois, environ sept ou huit heures du soir, il entendit du bruit chez le citoyen Marat, et se mit à sa fenêtre pour voir quel était la cause du bruit ; il a vu un homme dans la pièce servant d'antichambre de l'appartement du citoyen Marat, dans l'encoignure de la fenêtre de ladite pièce, qui tenait une chaise dans ses deux mains, levée comme pour frapper une femme, et que sur les mots de co-
quine et de scélérate, le Déposant sortit de chez lui et vit une personne par laquelle il fut appelle de venir au secours du citoyen Marat qu'on venoit d'assassiner; le Déposant courut au plus vile, et vit une femme à lui inconnue étendue par terrCf et pour aller jusqu'au citoyen .Marat, le Déposant fut obligé de passer par dessus cette femme ; étant enlré dans la petite pièce oii étoit le citoyen Marat, il le vit baignant dans son sang sorti d'une blessure qui lui paru être à la poitrine, sur laquelle playe la citoyenne Evrard avoit la main droite appuyée ; qu'ensuite le déposant demanda du linge pour faire une compresse pour appliquer sur la playe. Laquelle faite, il leva la main de la citoyenne Evrard pour voir la playe et pour appliquer la compresse j c'est à ce moment que le Déposant vit la playe et qu'il vit le sang sortir gros comme le pouce, il lui appliqua néantmoins la compresse et prit le bras droit du citoyenMarat pour lui tater le pouljc^ n'en n'ayant pas trouvé, il porta la main sous l'aisselle et ne sentit aucun mouvement, alors il fit retirer le citoyen Marat du bain, et le fit porter sur son lit ; le déposant sur le seul mot de blessure avait crié que l'on aille chercher le citoyen Pelletan^ et à l'instant que le citoyen Marat fut déposésur son lit le citoyen Pelletan entra ; le déposant lui fit voir la playe et il jugea comme lui qu'il était expiré, et convinrent ensemble que probablement il fallait que l'artère axillaire fut coupée pour que le citoyen Marat ait expiré si promplement; qui est tout ce qu'il a dit scavoir.
Lecture faite de sa décclaration a dit icelle contenir vérité y persisté et a signé avec nous commis-grefiier.
Signé Michon Delafondée. RotJssiLLoif.
FOUQUIER-Tllf VILLE. E. MlSSON.
L'an mil sept cent quatre-vingt-treize, Pan demdème de la République française, le mardi seize juillet.
Nous Antoine Roussillon, juge du tribunal extraordinaire
et rëvoludonnaire établi par la loi du lo mars 1793 et en vertu des pouvoirs délégués au tribunal par la loi du 5 avril de la même année ; vu la cédulle délivrée par le Président qui ordonne assignation à la requête de l'accusateur public en date du seize du présent :
Aux témoins indiqués par ledit accusateur public à l'efTet de faire leur déclaration sur les faits contenus contre Corday prévenu en l'assignation donnée en conséquence cejourd'hui par Boucher, huissier :
A comparaître à ce jour lieu et heure,
En présence de l'accusateur public et assisté de Etienne Masson, commis-greffier dudit tribunal,
Avons reçu les déclarations desdits témoins ainsi qu'il suit :
' Est comparu Martin Cuisinier, âgé de quarante-sept ans, natif de Quentin, limonadier, demeurant au bas du pont Saint-Michel.
Lequel a dit que le samedi treize du présent mois, étant de garde au poste de la rue des Cordeliers, entre sept et huit heures du soir, comme il était sur la porte du corps de garde à prendre le frais, il entendit crier : A la garde ! A Tassassin ! on assassine Marat ! qu'aussitôt le déposant commandant le poste se porta avec sa garde au domicile du Citoyen Marat, qu'entré par la boutique qui donne sur la porte cochère, il s'est introduit avec la garde chez le Citoyeti Marat, où il demanda qui avait assassiné Marat, qu'alors on lui montra une femme assise sur une chaise, qu'on lui dit être la coupable et de laquelle il s'empara jusqu'au moment oii elle fut conduite à l'Abbaye ; qui est tout ce qu'il a dit savoir*
Lecture à lui faite de sa déposition, a dit icelle contenir vârité y a persisté et a signé avec nous et le commis-grefiier.
Signé Cuisiuier^ Roussillon^ Fouquier-Tinville,
E. Masson.
Et les dits jour et au que dessus, est comparu devant nous assisté comme de»suSy le citoyen Louis Branot, porlier de la maison appellée Phôtel de la Proviùencc, rue; des Yieux-Auguslins, natif de Chatellerot, âgé de trente aiiis.
Lequel nous a dit que depuis Parrivëe de la nommée Corday à riiôlel de la Providence, il a vu venir deu» ou trois fois.che^ elle un quidam qui une seule fois lui a de mandé si la citoyenne Corday était chez elle, que sur sa réponse il y est monte' ; que le déposant ne connoit point ce quidam, mais qu'il se rappelle être de la taille de cinq pieds environ trois ou quatre pouces, d'une assez forte corpulence, vêtu d'un habit qu'il croit être de soye d'un jaune vèrdâlre et âgé d'environ quarante ans passés ; qui est tout ce cju'.l a dit savoir.
Lecture a lui faite de. sa déposition, a dit icelle contenir vérité y a persisté et a signé avec nous et le commis-greffier.
Signé BlXVNBAV^ ROUSSILLON, FoLQUIER-TlNVILL£,.
E, MA3$ojRr., .
Et les dits jours* e^ an que: de$stiSiy • est compara disvant nous Juge assisté cpm»me dessus 1 1» citioyeiine Ma^ne-Lipuise Grolier, âgé de vingt-.si?L:atns, :Oativ€i,de.Qiatellttrot, tenant l'hôtel garni dite la Provid?^<?e, rue de& Vieux^Ajugustin^^ .,
Laquelle nous a dit que le onze juillet présent mois, sur lesidixheuresdu jmatin, lai nommée Coitlay est arrivée cbe^ elle conduite par un commissionnaire ; qu'en arrivant elle deiQfianda à faire: arranger son lit, comme pouti se coucher; qu'après un- mômeDt> elle dit au gareon de la déposanle, toutes réflexions faites, J9 ne. me couiçherai pas, j.e vais sortir pour aller, au Palais-Roy^,. et une rue doi^t elle ne se rappelle pas bien, mais qu^eile croit être aux environs du Louvre*;'défcla(re* Ta' ï)é^Ôsante àVôîr vu venir chez elle, pour parler à ladite -Cordày, un homme qu'elle ne connoit pas,
mais qu^elle se rappelle être vétii (run habit pistache, de la taille d'environ cin([ pieds quatre pouces, figure ronde et bourgeonnée, âge d'environ quarante à quarante-six ans, qui est tout ce qu'elle a dit savoir.
Lecture faite a elle de sa déposition, a dit icelle contenir vëritë y a persiste et a signe avec nous et le commis-greffier.
Signé Gkoliek, Roussillon, Fouquibr-Tinville,
E. M^ssoN.
AUDITION DE TÉMOINS ET INTERROGATOIRE DE ŒARLOTTE DE œRDAY PAR MONTANÉ.
Uah mil sept cent quatre-vingt-treize, Tan deuxième de la République française , le seize juillet.
Nous Jacques-Bemard-Marie-Montanë , président du tribunal extraordinaire et révolutionnaire établi par la loi du dix mars mil sept cent quatre-vingt-treize , et en vertu des pouvoirs délégués au tribunal par la Loi du cinq avril de la même année , vu la céduUe délivrée par le Président qui ordonne assignation à la requête de ^accusateur public, en date du jourd^huy : •
Aux témoins indiqués par ledit accusateur public, à reflfet de faire leur déclaration sur les faits contenus en les procès* verbaux contre Marie-Anne-Charlotte Corday, prévenue, et l'assignation donnée en conséquence ce jourd'huj par Auvray, huissier,
A comparoitre à ce jour, lieu et heure ,
£n présence de Taccusateur public et assisté de Etienne Masson^ commis greffier dudit tribunal.
Avons reçu les déclarations desdits témoins ainsi qu^il suit.
Est comparue Catherine Evrard, âgée de vingt et un ans (i), sans profession^ demeurant à Paris, rue des Cordeliers, numéro trente, maison du Citoyen Marat, laquelle nous a dit que samedy treize de ce mois^ entre huit et neuf heures
(i) Catherine Evrard , née le 6 septembre 1769 à Toumus-Saint- André, sœur de Simonne Evrard^ laquelle était la concubine de IVlarat; on a souvent considéré Catherine Evrard comme la maîtresse de IVlarat. C'est une erreur. Catherine épousa un imprimeur qui travaillait au journal di Marat. C'est sa sœur Simonne qui vivait maritalement avec Vjémi du Peuple,
du matiiii une jeune femme vêtue de brun , portant un cha^ peau Doir^ est venue demander le Citoyen Marat , que la Comparante lui a répondu qu'il n'ëtoit pas possible de lui parler, qu'elle s'est en allée ; elle est revenue le soir, sur les sept heures, et a demande si le Citoyen Marat avoit reçu la lettre qu'elle lui avoit écrit , que la sœur de la Comparante a averti le Citoyen Marat que cette jeune femme qui lui avoit écrit demandoit à lui parler, qu'il a alors permis qu'on la fit entrer; qu'elle est entrée, que la Comparante étant entrée aussi pour donner à boire au Citoyen Marat, a vu ladite jeune femme pleurer, et être consolée par ledit Citoyen Marat; que la Comparante étant passée dans une autre chambrp a entendu crier les personnes de la maison, est entrée et a vu qu'on relevoit la dite femme qu'on avoit couchée par terre, et Marat expirant dans la baignoire ; qui est ce qu'elle a dit savoir :
Lecture faite, a signé avec nous l'accusateur public et le greffier :
Signé Evrard , Montané , Lescot-Fleuriot ,
E. Masson.
Pierre-François Feuillard, âgé de trente-cinq ans, garçon de l'hôtel de la Providence, rue des Yieux-Augustins.
Lequel nous a dit que le onze de ce mois, sur les midy, une jeune femme sortant de la diligence de Caen , est venue demander un logement, que son paquet étoit porté par un commissionnaire , qu'elle vouloit d'abord se coucher , mais est sortie pendant environ trois quart d'heure après avoir demandé audit Comparant la rue Saint-Thomas-du-Louvre ; que dans l'après-midy elle a dormi ; que le lendemain elle est sortie à pied est rentrée en fiacre , et a été visitée environ trois ou quatre fois par un citoyen qu'il reconnoitroit; qu'elle a envoyée le Comparant chercher du papier et des plumes , que le Comparant lui ayant demandé des nouvelles, elle lui a dit que beaucoup de troupes alloient de Paris à Caen. mais que trois ou quatre cent seulement venoient de
Caen à Paris, qu'elle a demandé au G)inparant ce qu'on disoit de Marat , qu'il a dit qu'on le regardoit comme un bon citoyen , que cela a fait sourire cette jeune femme qui est tout ce qu'il a dit savoir.
Lecture faite , a signé avec nous et ledit accusateur public et le greffier.
Signé Feu illard, Montané, Lescot-Fleuriot ,