‹ Dossiers du procès criminel de Charlotte de Corday, devant le Tribunal révolutionnaireChapitre 20 sur 84 · INTERROGATOIRE DE CHARLOTTE DE CORDAY · texte numérisé non relu

INTERROGATOIRE DE CHARLOTTE DE CORDAY

Cejourd'hui, seize juillet de Pan mil sept cent quatre-vingt treize, second de la République, unze heures du matin.

Nous Jacques Bernard-Marie Montanë, pre'sident du tribunal criminel révolutionnaire, ëtabii par la loi du dît mars mil sept cent quatre-vingt-lreize, sàrhs recours au tribunal de Cassation, et encore en vertu des pouvoirs delégui^s au tribunal par la loi du cinq avril de la mêmeamnee, assiste de Robert WoUT, commis greffier du tribunal, en l'une dès salles de l'auditoire au palais, et en présence de l'accusateur public , avons fait amener de la maison d'arrêt le nommée Cordaye auquel avons demandé ses noms, âge, profession, pays et demeure ?

A répondu se nommer Marie- Amie-Cbarlbtte Cbrday, âgée de vingt-cinq ans , fille de Jacques-François Corday, ci-devant noble, demeurante à Caen, chez la veûve LeCoutèllier de Bretleville, née aux Ligneries, district d'Argentan, département de l'Orne; le citoyen son père demeurant h Argentan.

D. A Elle demandé à quelle époque Elte a quitté Caen?

R. A répondu mardi dernier.

D. Ou Elle est allée en sortant dè'Gaèn?

R. A Paris.

D. De quelle manière Elle est arrivée à Paffe?

R. Dans une voilure qui part trois fois par ^maine pour Paris.

D, Sy Elté était «eule?

R. Qu'elle était seule de sa connaissance, mais qu'il y avait sept à huit personnes datis là voiture.

D. Si Elle connaissait quelques uue de ces personnes?

R. Que non.

D. Quel jour Elle esl arrivée à Paris?

* R. Jeudi dernier vers midi.

D. Où Elle est descendue en arrivant à Paris ?

R. Qu'elle a descendu où la voiture s'est arrêtée et que de làEllle a été logé rue des Vieux Augustins, hôtel de la Providence.

D. Qui lui avait indiqué Thôtel où Elle a logé '>

R. Par un des hommes qui sont au Bureau, qu'elle ne connaît pas.

D. Quel est le sujet de son voyage à Paris?

R. Qu'elle n'avait d^autre intention, et qu'elle n'est venue que pour tuer Marat.

D. Quels sont les motifs qui ont pu la déterminer à une action aussi horrible ?

R. Que c'est tous ses Crimes.

D. Quels sont les Crimes qu'elle lui reproche ?

R. La désolation de la France, la guerre civile qu'il a allumée dans tout le royaume.

D. Sur quoi Elle se fonde pour avancer la réponse cidesus?

R. Que ces Crimes passés sont un indice de ses Crimes présents, que c'est lui qui a fait massacrer au mois de Septembre, que c'est lui qui entretient le feu de la guerre civile, pour se faire nommer Dictateur, ou autre chose, et que c'est encore lui qui a attenté à la souveraineté du Peuple en faisant arrêter et enfermer des Députés à la Convention le le 3 1 roay dernier.

D. Quelle preuve Elle a que Marat fut l'auteur des maux dont Elle parle?

R« Qu'elle ne peut pas en faire la preuve ; mais que c'est l'opinion de la France, que l'avenir l'apprendra, et que Marat avait un masque sur la figure.

D. Ce qu'elle a fait en arrivant à Paris?

R. Qu'elle a été à l'instant de son arrive' chez le citoyen Duperrel, députe de la Convention.

D. Ce qu'elle y allait faire ?

R. Qu'elle était allé lui porter un pacquet de la part de Barbaroux.

D. Si Elle a trouve ce Dëputë?

R. Que non, qu'il n'ëtait pas chez lui.

D. Si Elle a laisse le pacquet?

R . Qu'elle l'a laissé à ses filles.

D. Par qui Elle a été' conduite chez lui ?

R. Elle y est allée seule et a pied.

D. Si Elle y est allée plusieurs fois dans le même jour?

R. Qu'elle y est retournée quatre heures après, parce que là on lui avait dit d'y retourner à cette heure là, qu'elle a trouvé alors le citoyen Duperret qui dînait.

D. Quel fut le sujet de leur entretien ?

R. Qu'elle y était allée relativement au pacquet dont Elle vient de parler, et pour l'engager à l'accompagner chez le Ministre de l'intérieur pour y retirer des papiers qu'elle avait envoyé depuis six mois et qu'elle demandait depuis huit jours.

D. S'il y a eu entre Elle et ledit Duperret quelqu'autre entretien ?

R. Que non.

D, Ce qu'elle a fait à Paris le deuxième jour de son arrivée ?

R. Qu'elle alla chez le Ministre avec Duperret le matin.

D. Pourquoi faire?

R. Pour lui redemander ses papiers.

D. Quels étaient ces papiers?

R. Qu'ils appartenaient à mademoiselle de Forbins, Chanoinesse de Troies, qui est en Suisse, et qu'elle était d'Avignon, parce que le district de Gaen refusait de lui payer son traitement de Chanoinesse comme émigrée.

D. Ce qu'elle a fait dans la méine joi»mee ?

R. Une Addresse qu'on a iFoavë sur Elle , et qu'ensuite Elle s'est reposée.

D. Ce qu'elle a fait le troisième jour ?

R. Qu'elle s'est promenée au Palais *Rojal dans la matinée et seule.

D. Ce qu'elle a fait au Palais-Royal et si Ellle j a achette' quelque chose ?

R. Que oui.

D. Ce qu'elle a achetlé ?

R. Un jugement rendu contre les assassins de Léonard Bourdon et un couteau de table à gaine, à manche noir, de grandeur onlinaire, |x>ur quarante sols.

D. Quel est le motif qui la déterminéa achetter ce couteau ?

R. Pour tuer Marat.

D. Ce qu'elle a fait le restant de la journée?

R. Qu'elle a été vers les unze heures ou unze heures et demie chez Marat avec un fiacre.

D. Ce qu'elle a fait en y îirrivant ?

R. Qu'elle a demandé à lui parler.

D. wSi Elle lui a parlé?

R« Que l'ayant fait demander dans son antichambre , il s'est présenté deux ou trois femmes qui lui dirent qu'elle n'entrerait pas; qu'elle insista , qu'une des fenmies alla dire à Marat qu'une citoyenne voulait lui parler, qu'il lui fut répondu quVile n'entrerait pas, qu'alors Elle s'en retourna chez elle, 011 elle rentra vere midy.

D. Ce qu'elle a fait le restant de la journée?

R. Qu'elle écrivit à l'instant à Marat.

D. Ce qu'elle lui disait dans sa lettre?

R. Elle cherchait à lui faire croire qu'elle avait des choses intéressantes à lui communiquer sur le Calvados.

D. Ce qu'elle a fait le reste de la journée et si Elle n'est, pas allée à la Convention Nationale ?

R. Qu'elle n'est pas sortie ^ ny nW allée à la Convention Nationale , qu'elle ignore même ou elle est situëe : puis se reprenant , dit qu'elle est sortie à sept heures du soir pour venir chez Marat.

D. Si Elle l'y a trouvé ?

R. Que oui.

. D. Qui est ce qui la introduite?

R. Les mêmes femmes qui l'avaient refusé le matin.

D. Quelle a été' sa conversation en entrant?

R. Qu'il lui a demandé quels étaient les troubles de Caen ; qu'elle lui a répondu que dix-huit Députés de la Convention d'accord avec le Département y fégnaient, que tout le monde s'enrôlait pour délivrer Paris des anarchistes, que quatre membres du département avaient conduits une partie des armées à Evreux, qu'il écrivit les noms des Députés qui sont à Caen , et quatre administrateurs du Département du Calvados.

D. Quels sont les noms des Députés et des Administrateurs dont elle parla à Marat ?

R. Ces députés sont : GoRSAS, LAKrvièii^, Buzor, Bar- BARoux, LouvET, Bergoïng , Petion , Cussi , Salle, Lesage, Valady, Kervellegant, Guadet, et cinq autres dont elle ne se rappelle pas les noms; que les Administra* teurs du Calvados sont : Lévêque, Président, Bougon, Procureur-Général, Ménil et Le Normand, Administrateurs.

D. Que répondit Marat?

R. Qu'il les ferait bientôt tous guillotiner à Paris.

D. Quelle fut la suite de la conversation?

R. Que ce fut le dernier mot, qu'à l'instant elle le tua.

D. De quelle manière elle le tua?

R. Avec le couteau qu'elle avait achetté au Palais-Royal qu'elle lui plongea dans le sein.

D. Si en lui portant le coup elle croyait le tuer?

R. Qu'elle en avait bien l'intention.

D. Si Elle savait qu'en dirigeant le coup où elle la porte elle le tuerait?

R» Que cVtait son intention.

D. A elle observé qu'une action aussi atroce n'a pu être commise par une femme de son âge, sans y avoir été excitée par quelqu'un?

R. Qu'elle n'avait dit ses projets à personne , qu'elle n'a pas crû tuer un homme, mais une bête féroce qui dévorait tous les Français.

D. D'oii Elle induit que Marat était une bête féroce?

R. Par tous les troubles qu'il a excité et par les massacres dont il est Tauteur ; que dernièrement à Caen, il faisait accaparer le numéraire à tout prix.

D. Comment elle sait que Mai*at accaparait le numéraire?

R. Â répondu qu'elle ne peut en donner la preuve, mais qu'un particulier a été arrêté muni d'ai^ent qu'il apportait à Paris, et qu'on fait actuellement son procès.

D. Ce qu'elle devint lorsqu'elle eut consommé l'assassinat?

R. Qu'elle fut arrêtée en sortant de la chambre où elle l'avait commis , qu'elle lut interrogée dans le sallon à côté de la chambre, qu'elle en sortit vers tes minuit pour être conduite à l'Abbaye.

D. A Elle demandé si en allant chez le Ministre de l'intérieur ce n'était pas pour l'assassiner ?

R. Que non, qu'elle ne le regardait pas assez dangereux pour cela.

D. Quel était l'état du mari de la citoyenne chez laquelle elle demeurait à Caen ?

R. Qu'il était Trésorier de France.

D. Si Elle a des enfans ?

R. Aucun.

D. Si c'est elle qui a élevée, Elle Déposante ?

R. Non, qu'il n*y a que deux ans qu'elle est chez elle.

D. A elle observé qu'une citoyenne bien née n'a pas l'ha-

bitude de voyager seule sartout à l'âge où elle est ; que fille d'un ci-devant , et en ayant tous les principes ^ elle devait tenir a cette étiquette j que sa parente n'a pas pu la laisser partir pour un voyage de Paris , sans savoir le motif?

R. Qu'avec un projet comme le sien on ne tient point aux Etiquettes, qu'elle avait fait cioire à sa parente qu'elle allait passer quelques jours chez son père à Argentan avec une de ses amies, et que c'est de cette manière qu'elle est partie de Gaen mardi dernier à deux heures après dîné.

D. Si Elle a indique le nom de son amie à sa parente?

R. Que non, qu'elle ne lui a même pas donné le temps de la réflexion.

D. Si £lle a été seule prendre la voiture?

R. Oui.

D. A Elle observé que cela paroi t étonnant et a du paroitre tel aux personnes chargées de ces voitures, notamment au Directeur, que tout cela conduit à croire quVUe a été introduite à la voiture par quelqu'un, qu'elle est sommée de s'expliquer sur cela ?

R. Qu'elle n'a été conduite à la voiture par personne et qu'elle s'est peu occupée de ce qu'on penserait d'elle.

D. Si Elle avait retenu sa place avant d'aller la prendre ?

R. Qu'elle l'avait retenue la veille sous son vrai nom.

D. Qui lui a donné l'argent dont elle s'est trouvée nantie lors de son arrestation?

R. Qu'elle l'avait, — que son père lui fournissait de. ^argent quand elle en voulait, qu'elle avait cent écus en espèces sur lesquels elle avait pris les cinquante écus dont elle s'est trouvée nantie.

D. Quel moyen Elle a employé pour se procurer le passeport par Elle annoncé?

R. Qu'elle lavait pris dans le mois d'avril dernier, d abord pour aller voir ses parens à Argenjl;an ; qu'ensuite se trouvante la municipalité avec une de ses amies qui en pre-

nail un, que la munipalilë se trouvant en train d'en donner, elle fit viser le sien pour Paris, étant toujours bien aise d'élre en ëtat de sVn servir dans un tems de re'volution., observant qu'elle n'avait aucun projet à cette époque.

D. A quelle époque Elle la fait viser?

R. Qu'elle croit que c'est dans le médoe mois ou dans l« commencement de may.

D. Quel est le nom de l'amie qui se trouvait avec elle à la Municipalité 7

R. Qu'elle s'appelle Beàumont, qu'elle demeure à Gaen, qu'elle croit qu'elle y était encore au moment de son départ.

D. A £lle représenté qu'il n'est pas présumable qu'une Demoiselle reste seule, qu'elle devait demeurer chez ses parens, et interpellé de nous dire dans qu'elle maisoii elle* demeurait à Gaen ?

R. Qu'elle demeurait à cette époque aux Buins-Nàtio* naux de Caen.

D. A qaelle époque elle a fait connaissance de Barbaroux et des autres collègues Députés qu'elle a désigné plus haut.

R. Que voulant faire finir l'affaire de madame Forbin, elle est allée trouver Barbaroux qu'elle connaissait pour être ami de: la famille de ladite dame Forbin et l'inviter à s'intéresser près d» district de Caen, et qd'it Itd a dit qu^il fallait qu'elle lit revenir les papôer» qu'elle avait envoyé au Ministre de l'intérieur.

D. CommeM et <m Elle a connu les autres Députés dbnt Elle a dit cklevânt le nombre?

R. Qu'étant tous logés à l'Intendâûce, Elle Réié troid fois voir Barbaroux, et a vu les autres en même temp^

D. SI Elle leur a parié c^ à quelques-ut^ é^ntre eux ?

R. Qu'elle a parlé à beaucoup d^èUx ladermèm fois qu'elle a été à l'intendance ?

Dv Sur quoi routait la eonVéirsâtiM ?

R. Que la conversation a roulé sur l'ardeur des haibitanis

de Cag^j à s'enrôler pour venir contre les anarchisteft de Paris.

D. Ce qu'elle entend par le mot anarchistes?

R. O^ux qui cherchent à détruire toutes les loix pour ëta« blir leur autorite'.

D» Si ces Députes ne tiennent point de séance publique à riulendânce et s'ils ne font point de proclamations ^ el ooti^ rir des papiers éonf Gorsas et Louvet soni le» «uteurs!

R. Quelle ignorait s'ils tenaient des séances; publiques et qn'elle n'y a poini assisté, que plusieurs d'entre eux font circulev Ass addresses^ des proclamations et même des chansoasi^ dont le but est de rappeler le peuple a k'^nièe" de la République.

D. St Elle ai lu quelques-unes de ces addresses, proclamations et charnsons?

R. Que oui, mais qu'elle les a briitées^ avant son dépaart pour Paris dans la crainte qu'on e» trouvât sur elle dans son voyage.

D. A Elle observé que paisqu?eUe craignait qa'on en trouvâtsur elle , Elle savait donc que ces papiers contenaient des mauvais principes et contraiires à l'ordre public?

R. A répondu qu'elle savait très bien que si Elle était trouvée nantie de ces papiers , ils déplairaient aux anarchistes. D. Si par ces papiers les^ auteurs n'encourageoieut pas les bons citoyens^ (selon eux) & assassici^r Mm*at , Robeipierre, Danton et autres Députés de bu Montagne défenseurs des droies du Peuple, et que ees-Dépu^ t^aitreset rebelles qualiflfienrl d'anarchistes?

R.' Que ces papiersl n'ont jamais répanda de pareils principe&.

Dl A Elle dbeetvé que si ces papiers* n« renferment point de> pateib principies^ ife ontt du loi* ôtire sng;i;ëré particulière** mentr soit^ par €6^ Déjputés, soil' par leurs^ créatures , car une personne de 9on<8€fxe et de son âge ne peut pas âtre déter^

terminée à ûiire un voyage de Paris pour y assassiner un homme qu^elle ne connaissait pas?

R. Qa'il suffisait bien de quatre ans de crime pour le lui faire connaître, et qu^elle nWait pas besoin de savoir ce que les autres en pensaient.

D. Quels sont les papiers-nouvelles qu^elle a lu depuis la révolution , et si , notamment , Elle n^a pas lu Goraas , le Pairiaie Français et diffërens autres ouvrages contraires à la révolution ?

R. Qu'elle était abonnée seulement au journal de Perlet ; mais qu^elle a lu quelques fois Garsas^ le Courrier Français j le Courrier Universel et de plus de cinq cents autres brochures pour et contre. la révolution, dans tous les genres.

D. Si Elle connaît FEvêque du département du Calvados?

R. Qu'elle l'a vu passer de sa croisée , mais qu'il n'était jamais venu chez sa parente , qu'elle ne lui a jamais parlé, et qu'elle n'avait pas assez d'estime pour lui pour cela.

D. Si Elle a eu connaissance du contenu du pacquet par elle remis de la part dje Barbaroux à Duperret ?

R. A répondu que le pacquet lui a été remis tout cacheté, qu'elle ignorait ce qu'il contenait , sinon qu'il y avait une lettre relative à l'affaire de madame Forbin.

D. Si le jeudy à la seconde fois qu'elle est retournée cliez Duperrety combien Elle y est restée de tems ?

R. Qu'elle n'y resta que deux ou trois minutes , le tems de lire la lettre, qu'ils ne s'assirent même pas.

D. Si Elle n'a point été à la Convention le même soir?

R. Que non ; qu'elle n'en a même jamais eu la pensée.

D. A Elle observé qu'il parait qu'elle ne nous dit point la vérité, car plusieurs indices portent Ql croire) qu'elle à été ce même soir dans une tribune de la Convention dans laquelle sont venus la trouver successivement deux particuliers et une femme , et que leur conversation a roulé sur le compte de Marat, contre lequel. Elle accusée, a déclamé beaucoup, que

même en sortant des tribunes, il fut question d'aller chez le Mimstre de l'intérieur?

R. Que le feit est faux, qu'on peut s'en informer à son hôtel, et qu'au surplus elle aurait ëtë fort maladroite.

D. Si depuis son arrivée à Paris,* Elle n'a point écrit et fait écrire différentes lettres à Caen ?

R. Pas une.

D. A Elfe observé qu'il parait cependant .-que quelqu'un qifi €st venu la voir plusieurs fois, a écrit trois ^lett^res pour elle, lesquelles même ont été vu sur le ilit ?

R. <5u'eHe n'a jamais fait écrire de lettres par personne, qu'on n'en a pas vu sur son lit ; qu'il n'y avait que PA^dressc qui a ^té trouvée sur eflle.

®. Quelles sont les personnes qui sont venues la voir, depuis qu'elle est logée à l'hôtel de la Providence ?

R. Personne que le citoyen Duperret qui Aait venu deux fois chez elle, l'une pour aller c^ez le ^Ministre de l'intérieur* et une seconde pour la dissuader d'aller diez le Ministre, airtendu qu'elle n'avait pas de procuration pour retirer ces papiers, ajoutant que Duperret la pria de iremettre une lettire k 'Barbaroux , lorsqu'elle retournerait à Caen ; qu'elle lui répondit qu^elle ne savait pas si elle y retournerait, et quandelle y retournait; que d'ailleurs, ^vant départir elle lirait eBe-méme lui dire, ou lui ferait dire, que le ^lendemain elle serait sortie toute la journée, qu'elle ne voulait f)as qu'il vint la voir, qu'au surpluselle l'avait engagé à aller lui-même àdaen parce qu'elle le croyait plus en-danger à Paris.

B. A Elle observé qu'il parait que Duperret est .allé chez elle cinq fois, et une autre personne deux fois.

R. Que Duperret n'est venu que deux fois et que nulle autre 'personne n'y était venue.

D. A quelle boutique elle a acheté le couteau avec lequel elle a commis l^assassînat, etisi <^'est un homme ou une fem* me qui le lui ont vendu ?

R. Que c'est un homme qui lui a vendu ce couteau, mais qu'elle ignore dans quelle boutique ni de quel côté, ne Tayant acheté qu'après avoir fait dix fois le tour du Palais -Royal.

D. Qui lui a donuë l'Addresse de Marat?

R. Qu'elle a dit a un fiacre de l'y conduire, que ledit fiacre lui dit qu'il ignorait sa demeure ; qu'elle lui a dit de s'en informer, qu'il s'en informa et l'y conduisit.

D. A Elle observé qu'il semble que dans ses précédentes réponses, elle a dit qu'elle y avait été à pied ?

R. Qu'elle n'avait point été à pied chez Marat, mais bien chez Duperret.

D: A Elle demandé qui a écrit une Addresse au crayon, trouvée sur elle lors de son arrestation, qui est l' Addresse de Marat ?

R. Que c'est elle qui l'avait écrite après l'avoir appris par le premier cocher de fiacre qui l'avait conduit chez Maïajt.

D. Comment Elle s'est déterminée à aller la première fois chez Marat à unze heures et demie du matin, lorsque le connaissant Député elle devait le supposer à son pqste ?

R. Qu'elle s'est informée à son hôtel si Marat allait toujours à la Convention, et que sur la réponse qui lui fut faite, qu'on ne le croyait pas, elle est allée chez lui, déclarant que son intention était, si elle ne l'avait pas trouvé chez lui, d'aller le tuer à la Convention même.

D. Si ce n'est pas au contraire Duperret qui lui a appris que Marat était malade et ne pouvait aller à la Convention ?

R. Qu'elle ne le croit pas, qu'elle croit que ce sont les gens de l'Hôtel, et qu'elle ne croit pas avoir parlé de Marat avec Duperret.

D. A Elle représenté de nouveau qu'elle ne persuadera à qui que ce soit, qu'une personne de son âge et de son sexe, ait conçu un pareil attentat pour l'exécuter même dans la Convention, si elle n'y avait pas été excitée et sollicitée par

quelques personnes qu'elle ne veut pas nous indiquer, et notamment par Barbaroux, Duperret et autres connus publiquement pour les ennemis de Marat.

R. Que c'est bien mal connaître le cœur humain, qu'il est plus facile d'exécuter un tel projet d'après sa propre haine que d'après celle des autres.

D« Si Elle n'a point été chanoinesse ou dans quelques couvents ?

R. Qu'elle n'a jamais été chanoinesse, ni religieuse, mais qu'elle a été plusieurs années pensionnaire à l'Abbaye de Sainte-Trinité de Caen.

D . Si Elle ne connaît pas la citoyenne de Précorbin et si elle ne la pas été voir à Paris ?

R. Qu'elle connaît le nom de la famille de Précorbin, mais qu'elle ignorait qu'il y en eut à Paris.

D. Si Elle a des frères et sœurs et oii ils sont ?

R. Qu'elle a deux frères et une sœur, que sa sœur est à Argentan avec son père, qu'elle ignore oii sont ses frères, qu'elle ne les pas vu depuis environ un an .

D. Quel était leur état?

R. L'un était officier au régiment ci-devant Normandie, et l'autre un enfant qui n'a pas encore d'état .

D. Si Elle n'a pas été mariée?

R. Jamais.

D. S'il n'est pas vrai qu'elle nous a dit qu'on voulait à Caen, l'unité et l'indivisibilité de la République?

R. Que le Peuple et les Administrateurs ont juré la République une et indivisible, et que c'est écrit sur toutes les bannières, qu^ils n'en veulent qu'aux anarchistes, et veulent délivrer les Parisiens .

D« Si Elle n^a point écrit une lettre aujourd'hui?

R. Qu'elle en a commencée une qui n'est point encore achevée, qu'elle a dans sa poche, laquelle elle a à l'instant tirée en demandant la permission de l'achever et de l'en-

voy,et ou du moins de r€nvoyer nous niâmes après l'avoir làe.

D . A qui s'addresse cette lettre ?

R . Que c'est à Bari)aroux.

D. Si Elle avart eu quelques conversations avec Bar* baroux?

■R . Qu^elle n'en avait eue aucune autre que relatif à l'affaire de la dame Forbin.

D . Si Baii)aroux lui a demandé le détail de son voyage , et s'il en isonnïiissait ie motif.

R . Qu'effectivement Barbaroux lui a demandé le détail de son voyage, par une lettre qu'il lui écrivit^ mais qu'il n'en connaissait pas le motif, qu'elle est fâchée d'avoir brûlé la lettre de Barbafoùx, parce que nous j verrions que tout le monde ignorait son vejage .

D . A Elle représeiité <pe si Barbaroux n'eut pas été informé du motif de son voyage pour Paris, il ne lui atn-ait pas promis le secre*, et xpte d'ailleurs «lie ne serait point éten** due d'une manière ^ complaisante dans la lettre en question , par elle commencée aujourd'hui sur l'assassinat par «lie <^omttns en la personne de Marat? ri

R . Que comme cette lettre est pour plusieurs personnes, elle est entrée dans plus de détails .

D . Si on ne l'avait pas persuadée qu'aussitôt qu^elle aurait àstsassivié Marat^ elle serait elle même massacrée ?

R . Que personne n\ivait oherdié à t'^n persuader, mais qu'elle le etoyait elle-mém(3, cpe c'est par la raison qu'elle en aviàit éctk le- motif ^aBS FAddresse qu'on a retrouvée sur elle et qu'elle voulaift qu'on cofmiut après sa mort.

D. A Elle demandée si elle a un Conseil?

R. Déclare (^i^lte Domme pour son Conseil ou Défen* 's^tèixt officieux, le citoyen Doulcet, Député de Caèn à la Con- ><stftion^ et que dans le <;as, ou il ne pourrait pas, attendu la déclîmartion ^e Paccusée qu'elle n*en connaît point d'autre ;

nous lui avons nommé d'office le citoyen Guyot , homme de

loy (I).

Avons à rinstaiit avec ladirtCe Corday^ lecfit Actusaieur Public, et notre commis greffier, cotte' et paraphe ladite lettre, dont est question commence'e par ladite Corday, contenant six pages et trois lignes d\ine septième, et a laditte Corday signé avec nous, ledit Accusateur Public et le commis greffier: i

Après avoir fait lecture du présent interrogatoire à ladiUrq Ccxrday, et qtfelle a déclarée y persisté et n'avoir rien à changer, augmenter ou diminuer.

Signé Cordat,^ Montané, Fouquier-Ti^ville,

WoLFF, commis greffier.

{^ Fou(}iûerrTImrille adressa à M. Doulcet de Pontécoulant, le. jour même, 16 juillet^ une lettre qui lui annonçait \e choix db Charlotte de (Corday — ^et ràâjoActibii d*ua défonienr <yof;^cc* Getca lettra a été publiéta ptr- M. Benard, de C^ien, possesseur d^une curieuse collectiou de livres et d'au» tographes sur la ïtévolution, dans une brochure intéressante' qti^ii' à fait pftraftrft et» Mv^ aous le tiore de CàarlottB de Cotdt^et Mm fU Pontécoula^t, chez Gharayay, à Paris, et Legost-CIérissc, à Caen.

M. Renard a eu la pièce autographe et d*iiutrcs qui s'y rattachent entre les mains, et en véritable amateur il les a reproduites dans leur pureté et avec leur orthographe priœrtîV«>. Nous suivons ce tètte très-préférable à celui doiBé. pvécé^fimment. par M. Louis Dubois dans son Essai historique sur Charlotte de Corday.

Paris y ce \6 juillet 1793 de la République.

Citoyen ,

^ûi l*bonnettr de vous fabe part que Marie -Anne -Charlotte Cordey, préve • nue d^ssassinat en la personne de Marat, vous a choisi pour son conseil, nonobstant l'observation qui lui a été faite, tant par le Présiclcnt que par moy, qu'un Député ne pouvait pas être son conseil, attendu qu'il était obligé... •• à' siMi peste! mûi^'tiéaimê^ jddoi» voua en: laiUs part^ ûKfttt kt 9êvm9 est indiquée à demain huit heures précises *,, ^.e vou$ observe de plus que pré« voyant qu'il serait possible que vos aiîaires ne vous permissent pas de Jù)ié Rendre à cette invitation^ j'ai- fait nommer un conseil adjoint.

Salut et fraternité.

L'^accusateur public du tribunal extraordinaire révolutionnaire.

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