‹ Dossiers du procès criminel de Charlotte de Corday, devant le Tribunal révolutionnaireChapitre 26 sur 84 · ET DE LA PAIX · texte numérisé non relu

ET DE LA PAIX

« Jusqu^à quand, ô malheureux Français, vous plairés vous dans le trouble et les divisions, assés et trop long temps des factieux et des scëldrats ont mis Tintérest de leur ambition à la place de Pinti^rest gënërale, pourquoi, ô infortnaës (i) victime de leur fureur, pourquoi vous égorger, vous anéantir vous même pour établir Fédifice de leur tyrannie {%) sur les ruines de la France dësolée (3).

« Les factions éclatent de toutes parts ; la Montagne triomphe par le crime et par l'oppression ; quelques monstres, abreuvés de notre sang conduiseiit ses détestables complots (4) et nous mènent au précipice par mille chemins divers.

€ Nous travaillons à notre propre perte avec plus d'énergie que l'on n'en mit jamais à conquérir la lihecté ! O' Français, encore un peu de temps, et il ne restera de vous que le souvenir de votre existence !

« Déjà les départements itidigoés marchent suc Paris; déjà je feu de la Discorde et de la. guerre civile embrase la moitié de ce vaste Empire , il est encore un moyen de l'é-

(i) M. de Lamartine a retranché ces mots, qui« i( faut le reoâcKnaHrô, ne sont rien moins qu'euphoniques.

(2) Au lieu de Védifice de la, tyrannie^ on lit dans Téditiou des Girortdins (Furnc* 1^7, in-ô^o) : le désir de leur tyraimie^ — Peuti^tre n'y a-r-il là qu^unc erreuv typographîqoe',

(5) Le mot désotée est retranché dans VHîstoire des Girondins*

(0 C!e passai^e est supprimé depuis — et nous mènent»

teindre, mais ce moyeu doit être promi)t. Déjà le plus vil des scélérats, Marat, dont le nom seul présente Pimage de tous les crimes, en tombant sous le fer vengeur, ébranle la Montagne et fait pâlir Danton et Robespierre, les autres brigands assis sur ce trône sanglant, environna de la fondre, que les Dienx vengeurs de Phamanité ne suspendent sans doute que pour rendre leur chute plus éclatante, et pour efirayer tous ceux qui seraient tentés d'établir leur fortune sur les ruines des peuples abusés !

u Français! votis connaisses vos ennemis, levés vous! marchés ! que la Montagne anéantie ne laisse plus que des frères et des amis ! J'ignore si le ciel nous réserve un Gouvernement républicain, mais il ne pent nous donner un Montagnard pour maître que dans l'excès de ses vengeances

« O France, ton repos dépend de l'exécution de la loi, je n'y porte point atteinte en tuant Marat^ condamné par l'univers, il est hors la loi.... quel tribunal me jugera? Si je suis coupable , Alcide l'était donc lorsqu'il détruisait les monstres (i); mais en rencontra-t-il de si odieux? O amis ile l'humanité, vous ne regretterés point une bâte féroce engraissés de votre sang, et vous tristes AristO(»'ates que la

Révolution n^ pas assés ménagés, vous ne le regretterés pas non plus, vous n^avez rien de commun avec lui.

« O ma patrie ! tes infortunes décliirent mon cœur^ je ne puis t'offrir que ma vie, et je rends grâce au ciel de la liberté que j7ai d'en disposer ; personne ne perdra par ma mort, je n'imiterai point Paris en me ^uant, je veux que mon dernier

(i) M. de Lamartine supprime le surplus de 1* alinéa. Ce passage nous parait cependant d'uné'grande importantre pour l'appréciation «les opivioBs^po- Ihiqnes ^- Cha r lo t t e ^Oorday-et^-de fikts, André Chonio rita.tgatlmt4>resitne littéralement dons ces vers -de son Ode-à Càafiotte :

Tu voulais, enflammant les courages ttmi<ks, KévelQer les poignards sur tous ces parrrcides. De rapines, de sang, d'infamie engraissés.

soupir soit utile à mes concitoyens, que ma tête, portée dans Paris, soit un signe de ralliement pour tous les amis des loix, que la Montagne chancelante voye sa perte écrite avec mon sang, que je sois leur dernière victime, et que l'univers vengé déclare que j'ai bien mérité de l'humanité, au reste, si l'on voyait ma conduite d'un autre œil, je m'en inquiétte peu.

<« Qu*à l*uni?ers surpris , cette grande action

ce Soit un objet d'horreur ou d'admiration,

<« Mon esprit^ peu jaloux de vivre en la mémoire,

<« Ne considère point le reproche ou la gloire :

c Toujours indépendant et toujours citoyen ,

ce Mon devoir me suffit, tout le reste n'est rien.

« AlléS| ne sont^cs plus qu'à sortir d'esclava^^e!.. (i).

Mes parents et amis ne doivent point être inquiettés, personne ne savait mes projets. Je joins mon extrait de Baptême à cette Adresse pour montrer ce que peut la plus foible main conduite par un entier dévouement. Si je ne réussis pas dans mon entreprise, Français , je vous ai montré le chemin, vous connaisses vos ennemis, levés vous, marchés et frappés. »

Observation — Voici Thistorique de cette pièce importante qui ne se trouve pas au dossier des Archives :

D'après M. Quërard, Vjidresse aux Français, Amis des Lios et de la Paixy fut publiée, sous ce titre, 1 798 , in-80, (V. Archives d* Histoire Littéraire^ par M* Quërard, a.* année i856^ p. 44^0

Depuis cette époque, la proclamation trouvée sur Charlotte s'était dérobée aux recherches curieuses de l'histoire, dit M. de Lamartine {Les GirondinSy vol. VI, p. 'i^iy édition de[^Fume , in-80). Au cours de la publication des Girondins une copie de la pièce fut envoyée à Fauteur, par M. Paillet, qui possédait Toriginal. L'illustre historien ayant désiré prendre connaissance de la pièce ellemême (1), put en donner la description suivante : « Elle (l'Adresse)

(1) Ces vers sont de Voltaire. — JI£ort de César, Acte III, se. 2.

(a) Lettre de M. de Lamartine à M. Pailleté du 8 avril 1846.

« M. de Lamartine désirerait savoir si M. Paillet pourrait lui laisser

voir la proclamation de la main de Charlotte, dont il a bien voulu lui envoyer copie. > Catalogue de M. Laverdet- (Vide iifrà,)

est écrite de la main de Charlotte Gorday, d'une écriture à grands traits, mâle, ferme, fortement tracée, et comme destinée à frapper

de loin les regards. La feuille de papier est pliée en huit ; elle

est percée de lîuit piqûres encore visibles par l'épingle qui l'attachait sur le sein de Charlotte. »

M. de Lamartine ne donna que les principaux passages de cette Adresse, ainsi qu'il le dit lui-même, et quoique ces passages fussent indiqués comme cités textuellement , on a vu que par la faute du copiste ou par la volonté de l'historien, 1^ texte ne fut pas reproduit avec une entière exactitude.

En i855^ la pièce originale comprise dans une vente d'autographes qui eût lieu à l'hôtel Sylvestre, fut mise sur table à 3oo francs et poussée jusqu'à 770. (Quérard, Archives, vol. I, p. 199.) Elle fait aujourd'hui partie de la précieuse collection de M. le comte de H...«.

Dans le catalogue qui avait précédé la vente, M. Laverdet ( i ) avait publié, à titre de spécimen, la première partie et la fin de l'Adresse de Charlotte. Dans ces deux fragments, le texte et même l'orthographe ont été respectés avec une fidélité scrupuleuse et intelligente. Nous les avons reproduits en les complétant à l'aide d'un passagfe emprunté à l'Histoire des Girondins»

Nous avons noté les retranchements qui avaient été opérés par M. de Lamartine.

(i) Catalogue d*une belle collection de lettres autograph(^, à Paris, chez Levenlet, expert en autographes^ i855.

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