OBSERVATIONS
Quant à Fauchet, le nom de Charlotte Gorday ne fut même pas prononcé à son occasion i.
Un nommé Ceyrioux fut un instant soupçonné de complicité, et poursuivi. Nous publierons, en temps et lieu, la courte procédure à laquelle on se livra contre cet individu.
Mais il y avait une catégorie de personnes bien autrement désignées aux suspicions ; nous voulons parler des parents de Charlotte de Corday.
Son père et sa sœur, son grand'père et sa grand'mère, ses plus proches parents, en ligne collatérale, étaient réfugiés à Argentan.
Ni le Comité de Sûreté générale niFouquier-Tinville n'y songèrent, quoique Charlotte eût écrit une lettre à son père, adressée dans cette ville, rue du Bègle.
Ce furent les Bulletins des séances de la Convention, des Lundi 45, et Mardi 46 Juillet, qui, arrivant à Argentan vers la fin de la semaine, inspirèrent au Conseil de la Commune la pensée de faire une perquisition chez le père de celle qui avait donné la mort à Marat.
Nous avons dit que la famille de Corday tout entière était à Argentan, quoiqu'elle y fût cachée, et pour ainsi dire enfouie dans l'humble demeure dont nous avons reproduit Timage ; elle avait dans la ville une notoriété trop grande, pour que sa présence pût passer inaperçue. D est facile de comprendre qu'elle dût être l'émotion dans cette petite ville, lorsqu'on apprit que c'était M"^ de Corday qui avait frappé Marat.
Le Conseil de la Commune était en permanence sans doute, en raison des évéuements du fédéralisme; aussi, une visite chez M. d'Ar-
as été la dupe de Barbaroux. — Je te prie de déclarer si ce fait ii*esl pas exact. — Chabot : Ce fait est vrai et je crois que Duperret s'est rendu coupable par égarement plutôt que par un caractère naturel de malveillance (procès de Brissot. p. 184. Dans Bûchez et Roux. Vol. 30. p. 58).
1. Pendant les débats du procès, car il en est question dans l'interrogatoire de Fauchet devant R. F. Dumas, du 20 vendémiaire an H, mais en quelques mots seulement. — D. S'il a eu connoissance de l'arrivée, du séjour et du crime de Charlotte Corday, s'il a eu des rapports avec elle, si Duperret ne l'en auroit pas informé? — Que non sur le tout. (Arch. nat. W, 292, 204.)
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mont, fîit immédiatement résolue d'ofOce, sans qu'aucune commission, aucune réquisition, fût venue mettre les autorités municipales en demeure dagir.
Le cas échéant, deux membres du Conseil général, le citoyen FèTal et le citoyen Raux, furent chargés de se transporter chez Monsieur de Corday, Tinterroger, vérifier ses papiers et y apposer les scellés.
Les Conmiissaires du Conseil de la Commune durent donc se rendre au domicile de M. de Corday d'Armont, rue du Règle. Cette rue s'étend parallèlement à la rivière de TOme ; elle en longe les bords à 400 mètres environ de distance, et en est s^rée par des jardins qui forment quai sur la rivière. Là était lancien rempart, ballium, d'où est venu probablement le nom de Bègle^ qu'on a écrit à tort belge i.
C'est bien dans cette rue que demeurait M. d'Armont, mais, dans quelle maJson ? L'interrogaUure ne le dit pas. La tradition locale indiquait une habitation ayant un certain style, et portant le no 31 . C'est bien, en effet, une maison historique : aussi elle trouvera place dans notre récit, lorsque nous r^raœrons les massacres dont l'image a pu se refléter dans l'esprit de Charlotte, au moment où elle conçut son projet et arrêta sa détermination.
Le seuil de cette demeure a été taché du sang de Barbot-Tierceville, qui fut l'une des victimes de la Révolution à Argentan. Mais là n'habitait pas la famille de Corday. Nous avons longtemps cherché en vain : ce n'est qu'en explorant les archives municipales d'Ar-
1 . Cette élymologie, qui nous avait été suggérée par un habitant d*Argentan, n'est pas admise par les hommes compétents, parce qu'elle ne rend pas compte de la présence du g dans le mot. — \\ existe à 5 kilomètres de Bordeaux un village qui porte ce même nom de Bègle. Ce village est situé à l'intersection de la Garonne et d'un petit ruisseau appelé jadis Estey Najou. C'est ce qu'en langue celtique on nommait un Bec, Becco, d'où le Bec d'Ambès, le Bec d'Allier, l'Abbaye du Bec, etc. Suivant les archéologues du pays, le mot serait passé dans la basse latinité et devenu Beccits, avec le diminutif Becculus, de là en français le nom de Bègle, Il ne nous appartient pas de nous prononcer sur cette étymologie ; mais nous pouvons dire qu'à Argentan la rue du Bègle est située dans la pointe formée entre l'Ome et le Rù Tanaret, qui s'y jette en cet endroit
Maison de la rue du bègle. 49
gentan, que nous avons pu trouver les indications qui devaient nous conduire à assigner avec certitude le lieu de la rue du Bègle^ où M. d'Armont devait recevoir la Lettre célèbre, écrite de la Conciergerie.
Dans ces Archives, il existe un Registre des certifficats de résidence délivrés par la Municipalité d'Argentan, depuis le 7 Janvier 4793, l'An 2* de la République Française.
Sous la date du 44 de May^ on trouve la mention suivante :
« Donné un Certifflcat de Résidence au Citoyen Jacques François » d'Armont, demeurant en cette ville depuis le 4®' février 4793, » jusqu'à ce jour, en la maison des héritiers Jouïs, Rue du Beigle, » sur rattestation des citoyens Vautorte, Jean Aubert, Pierre Aubert, » Desmarets, Girard, Dollis père, et DoUis fils, tous neuf domiciliés » en cette ville, soussignés. — Suivent les signatures. »
D y avait déjà là une désignation très-claire : Maison des héritiers J&uis ; mais elle se précise encore davantage dans les deux certificats de résidence délivrés au père et à la mère de M. de Corday, à la date des 4" et 40 juin 4793.
a Donné un certificat de résidence au citoyen Jacques Adrien Corday, demeurant en la maison du citoyen Jouïs^ Cour Besnier^ depuis deux mois. »
Et la même indication se retrouve dans le certificat donné à la citoyenne Marie Belleau de Corday, la femme de Jacques Adrien de Corday.
La Cour Besnier^ il y avait là une indication de plus : une troisième se trouvait dans un plan visuel que possèdent les Archives d'Argentan. Nous en donnons un extrait :
Ce plan représente chacune des maisons de la ville, vue à vol d'oiseau, avec un numéro d'ordre, qui renvoie à des tables contenant les noms des propriétaires.
On y trouve sous le n° 232, les maisons et jardin du s' Jouïs, et à côté la Cour à Besnier^ dès Tannée 4755.
Nous avons voulu savoir si cet état de choses subsistait encore en 4 793, et nous avons appris par les titres que nous rapportons parmi les pièces justificatives, qu'à cette époque, Jouïs étant mort, sa pro-