MÉMOIRE ADRESSÉ AUX NOTABLES
SOUS Charles VII, étaient : 1® illégales, 2® injustes, 3® contraires au bien public.
Illégales, puisque le Tiers-Ordre, aussi libre que les deux autres, ne pouvait être que de son consentement chargé des contributions de la Noblesse et du Clergé.
Injustes, n'est-il pas inique que la partie la plus pauvre de la population contribue seule à des impôts qui profitent aux plus riches? Peuton, de sang-froid, voir arracher des mains du journalier une partie du pain qu'on lui accorde, moins comme salaire de son travail que pour le mettre en état de le continuer?
Contraires au bien public. Plus une nation paie d'impôts, plus elle est riche, lorsque ces impôts sont bien employés. Ce qu'elle verse d'un côté lui rentre de l'autre, par suite de l'accroissement de la prospérité générale, résultant elle-même de l'amélioration des grandes routes, rivières navigables, ports, manufactures, etc.
Mais pour cela, il faut que les impôts, qui profitent à tous, soient acquittés par tous.
Il faut qu'ils soient proportionnés aux fortunes.
Il faut enfin qu'ils so?ent établis par des hommes compétens, qui sachent calculer nos intérêts, nos besoins, juger de la nécessité de nos contributions, de leur étendue, des moyens de les faire rentrer et surtout de s'assurer qu'elles ne seront pas détournées de leur destination.
Ce résultat obtenu, peu nous importe que ceux qui nous représentent soient de la Noblesse, du Clergé ou du Tiers : étant tous citoyens de l'Etat, ils ne forment qu'une famille qui n'a qu'un même intérêt. On ne verra plus les grands ouvrages d'utilité publique faits gratuitement par le journalier pour l'avantage du propriétaire sans qu'il reste rien à ce manœuvre qui dépense en travaillant l'argent qu'il gagne, tandis que le propriétaire retire par la vente de ses djenrées, l'argent qu'il paie à l'artisan.
Telle est en substance l'idée fondamentale de ce mémoire : l'impôt est un signe et même une source de richesses dans un pays, à la condition d'être créé avec mesure, réparti avec justice et dispensé avec économie.
Le développement de cette idée'foumit à l'auteur l'occasion de s'occuper des primes à décerner aux manufactures, de l'influence des machines sur la main-d'œuvre, du défrichement des terres, des rapports
30 LE JOUBNAL DB PEftLBT.
entre le commerce et la circulation dn numéraire, enfin de ce qui était la grande question du moment : de la banqueroute. M. de Gorday la repousse avec énergie. On reconnaît facilement dans cet écrit le langage et les principes des Economistes. Ce n'est évidemment qu'une ébauche, mais à travers l'imperfection du style on remarque une certaine vigueur de pensée, une grande honnêteté de sentiments, une préoccupation constante des intérêts et des droits du pauvre. Ces caractères se retrouvent dans les lignes suivantes qui terminent et résument le travail de M. de Gorday et que nous citons textuellement :
V Si vos peuples se plaignent de ne pouvoir se défaire de leurs denrées, si leurs terres sont en friche, augmentez leurs impôts, mais employez-les à leur faire faire des routes, des ports, des canaux; ils vendront leurs denrées, cultiveront leurs terres, et ces provinces qui paraissent pauvres deviendront bientôt riches.
» Au surplus, occupé, comme les autres, de mon bien-être, je le cherche dans l'interest général.
» Occupé de la culture oîi je trouve mon avantage et celui de ma famille, jouissant comme homme de condition du privilège des exemptions, mon interest particulier sembleroit devoir me faire approuver le sentiment opposé, si un homme sans préjugés pouvoit avoir des interests contraire (sic) au bonheur public et ignorer que l'avantage général n'est que la masse de tous les avantages particuliers! »
Gorday d'Armont.
Un homme sans préjugés. — Le mot est précieux à retenir. Il indique ce qu'étaitM. de Gorday d'Armont, et fait comprendre l'influence qu'il a pu exercer sur sa fille^ que nous trouverons professant et pratiquant les mêmes principes.
Voici le passage du Journal de Perlet, n*> 297, du Lundi 15 juillet 1793. p. 354, in fine.
« Organe du Gomité de sûreté générale, Ghabot se présente à la Tri- » hune. Gharlotte Gordé, fille de N.... Gordé, ci-devant écuyer, dit sieur » d^ Armand, native de Caen, et âgée de 25 ans est, dit-il, l'assassin de » Marat... » Suit le rapport de Ghabot...
On voit la justification de ce que dit M, de Gorday : quoique les