INFORMATION SUR LA PLAINTE
Maire, et le sieur Du Ghesne, Greffier de Gametot et la servante de la dame Motte de Montpinçon, mandés pour être entendus aujourd'hui comme témoins ; les deux premiers pour dix heures et demie du matin ; et Tautre, pour deux heures après-midi, n'ont point comparu, dont acte, les dits jour et an cy dessus.
Signés : le Sénéchal et J. N. Peschet, avec paraphe.
AUJOURD'HUI Mardi douze Juin mil sept cent quatre vingt-douze, l'An quatre de la Liberté, en notre demeure à Saint Martin de Fresney;
Nous François-Julien Le Sénéchal, Juge de Paix et Officier dte Police de Sûreté du canton de Notre Dame de Fresney, assisté de Jacques- Nicolas Peschet, notre greffier.
De la réquisition du sieur Cordai, et en conséquence de jiotre cédulle du neuf de ce mois, avons continué l'audition des témoins produite par le sieur Gordey, ainsi qu'il suit :
8. Jacques Desval, domestique^ laboureur, demeurant chez la veuve Desval, sa tante, en la paroisse de Notre-Dame de Fresney, âgé de vingt-trois ans, a déposé:
Qu'un jour de dimanche, étant dans le cimetière de Fresney, il vit le sieur Bellauney qui regardait son bâton, disant qu'il y avait des marques qui avaient paré des coups d'épée ou de sabre de Monsieur Darmont ; que le dit Bellauney dit que le sieur Darmont s'était sauvé chés la veuve Motte : qu'il s'était échappé ; mais que son bien était là. Et est tout ce que le déposant a dit savoir.
Signés : le Sénéchal et J. N. Peschet.
9. Gharles Aubri, cordonnier, demeurant en la paroisse de Saint Gervais des Sablons, âgé de vingt-neuf ans, a déposé :
Que le lendemain de l'affaire, qui était un dimanche, il entra chez Bellauney qui luy dit : Sais-tu ce qui m'est arrivé : Je rencontrai hier un sacré gueux d'aristocrate, où je manquai d'être tué ; je le rencontrai dans les Bruières, là oii il avait une canne dans laquelle il y avait un demi espadron. Je luy ai dit : Monsieur Darmont, il ne vous est pas permis de porter des armes dans un bâton, et vous risqueriés à vous le faire ôter. Monsieur Darmont répondit : qu'est-ce qui pourrait me l'ôter ? Bellauney luy a dit, qu'il se jetta au même instant sur la canne en disant : c*est moy, et la prit par le milieu ; Monsieur Darmont se retira
DE H. DE CORDAT. 53
en arrière, et il ne resta que le foureau dans la main de Bellanney. Bellanney, dit-il, s^arma de son bâton pour se défendre contre Monsieur Darmont ; Monsieur Darmont le blessa à deux endroits, dont le dit Bellauney fit voir les marques à luy déposant, Bellauney et Monsieur Darmont ensuite passèrent tranquillement les Bruières à côté Tun de Pautre ; et arrivés au grand chemin de Livarot à Tnin, Bellauney s'apperçut que
la main luy saignait; alors il dit au sieur Darmont : S.... M Tu
m^as blessé, il faut nous voir ; nous allons nous battre ; il se jetta sur le sieur Darmont avec son bâton ; le sieur Darmont se défendit avec son épée, le sieur Darmont sauta par dessus un fossé, et le sieur Bellauney luy a dit qu'il fut chercher son fusil pour tuer le sieur Darmont ; et que si la veuve Motte ne luy eut pas ouvert sa porte, il l'aurait clouté d'un coup de fusil. Si j'avais pu l'attrapper, dit-il hier, je l'aurais tué : je ne l'aurais pas manqué , mais nous ne sommes pas quittes d'ensemble, je le reverrai. Le déposant dit à Bellaunai : tu ne voudrais pas aller l'attendre pour le tuer; Bellauney luy répondit que non; mais que s'il savait qu'il fut à le guetter dans un endroit, il irait le trouver; qu'il se f-. . de mourir comme de vivre. Le déposant s'en fut avec Bellauney à Montpinçon, lequel Bellauney racontait les mêmes faits à ceux qu'il rencontrait, leur montrant son bâton et ses coups ; plusieurs luy dirent qu'il ne fallait pas se faire justice soi-même ; qu'il vallait mieux punir le sieur Darmont par la bourse, Bellaunay répondit : cela ne fait rien ; c'est toujours un Jean f.... ; il ne doit pas porter d'armes, apparemment qu'il a envie d'en faire un mauvais usage. En descendant à Montpinçon, Bellauney dit au déposant que le sieur Darmont n'était pas près de passer devant sa boutique ; qu'il avait tué des lièvres de bon cœur, mais qu'il aurait encore tué d'un meilleur le sieur Darmont. En quittant Bellauney, ce dernier dit au déposant qu'il allait aller à la Municipalité raconter l'affaire, et qu'il allait poursuivre le sieur Darmont. Signés: Charles Aubry, le Sénéchal et J. N. Peschet.
10, Témoin a déclaré ne rien savoir.
il. Pierre Fauvel, journalier, demeurant en la paroisse de Saint- (îeorges en Auge, âgé de soixante ans, a déposé :
Qu'un samedi au soir, il y a environ trois semaines ou un mois, en revenant du bois de Garnetot, il vit dans le grand chemin de Trun à Livarot, à peu près vis-à-vis la maison de Monsieur Lesage, deux hommes à côté l'un de l'autre, qu'on luy dit être l'un, le sieur Cordai Dar-
54 INFORMATION SUE Li PLilNTE
mont, et l'autre, Jean Louis Bellauncy. Le sieur Darmont remis son sabre dans une canne ou un bâton, Bellaunay qui avait une main pleine de sang luy dit : tu m'as blessé, tu portes une arme que tu ne doit pas porter, il faut que je Paye; il faut que tu me la donne. En même temps, Bellaunay saisi le sieur Darmont par son habit et luy dis : te voilà bien empoigné ; Darmont tira son sabre et laissa tomber par terre le bâton ou la canne ; il présenta le sabre au corps de Bellauney pour le percer, Bellaunay le lâcha et dit: Travaille s.... b..., je n'ai qu'un bâton. Le sieur Darmont fit son possible pour le percer, et Bellaunai paraît toujours avec son bâton. Le sieur Darmont se retira en arrière et en grinçant des dents ; il fonça avec la pointe de son sabre sur Bellaunay qui écarta le coup et le fis passer par sous son bras. Le sieur Darmont passa dans une petite herbage avec Dupont, menuisier ; Bellauney s'en fut chés lui et revint avec un fusil. Le sieur Darmont repassa dans le chemin^ et de Ih^ dans la cour de Monsieur Lesage. Bellauney le poursuivit avec son fusil. . .
Signé: P. Fauvel, etc.
12. Philippe Fauvel, journalier, demeurant à Saint Greorges en Auge, âgé de trente neuf ans, a déposé :
Qu'un samedi du mois de may dernier, en s'en revenant sur le soir du bois de Garnetot, il vit dans le chemin de Trun à Livarot^ trois hommes qui sortaient de la cour de Monsieur Le Sage : un nommé Gauvigni, un autre qu'on luy dit être le sieur Gorday Darmont et Jean Louis Bellaunay, maréchal au Ghesne au Loup ; le sieur Darmont avait un sabre nud à la main, il le remis dans une canne ou bâton. Jean Louis Bellaunay prit Darmont au collet, et luy dit : te voilà bien empoigné ; tu as un sabre avec lequel tu m'as blessé que tu ne dois pas porter ; il faut que tu le rende. Le sieur Darmont tira son sabre, jetta le bâton ou la canne par terre, et voulu avec son sabre percer Bellauney. Bellaunay le lâcha, se défendit avec son bâton, Darmont dit : Voilà un homme qui veut me forcer à le battre. Il se retira en arrière, et porta au dit Bellauney un coup de la pointe de son sabre. Bellaunay para, et le coup passa par sous son bras. Bellaunai dit au sieur Gordai : travaille, travaille. Le sieur Gordai ne voulut pas recommencer. Bellauney quitta, s'en fut et revint avec un fusil, et fut après le sieur Darmont qui s'échappa par dans la cour du sieur Le Sage.
Signés : Philippe Fauvel ; le Sénéchal et J. N. Peschet.
DE M. DE CORDAT. 55
13. Pierre Bienvenu, journalier, demeurant à Saint Georges en Auge, âgé d'environ trente ans, a déposé :
Qu'un samedi, il y a environ un mois, en s'en revenant de travailler du bois de Gametot, sur le soir, il vit dans le chemin de Trun à Livarot, le sieur Cordai Darmont, avec un nommé Bellauney, maréchal auGhesne au Loup. Le sieur Darmont avait un sabre ou épée nud à la main : Bellaunay tenait un bâton : ils s'escrimaient l'un et l'autre. Le sieur Cordai mis son sabre dans son foureau, et marchèrent à côté l'un de l'autre pendant quelques momens. Bellauney dit au sieur Darmont : tu as une arme que tu ne dois pas porter, il faut que tu la rende. Bellauney prit Darmont au collet ; ce dernier prit aussi Bellauney au collet, Bellaunay dit à Darmont : te voilà bien empoigné. Darmont tira son sabre et jetta le foureau par terre, et tenta par deux fois de percer Bellauney. Bellauney dit : travaille tant que tu voudras, tu as ton épée, et moi je n'ai qu'un bâton, cela ne fait rien. Le sieur Darmont dit à Bellauney : n'approchés pas, je n'ai pas envie de vous faire de mal. Ensuite le sieur Darmont dit à lui déposant et à ceux qui étaient avec luy : Messieurs, il vous ressouviendra que Bellauney me force de me battre avec luy, et que je ne veux pas. Ensuite, le sieur Darmont voulu porter un coup de la pointe de son sabre à Bellauney qui le para. Le sieur Cordai dit à Cauvigni : Pourquoi n'empêchiés-vous pas Bellaunay : ne voyiés-vous pas bien que je ne lui voulais pas de mal. Cauvigni répondit qu'il était trop loin de lui. Les sieurs Darmont et Bellaunay se séparèrent. Bellaunay revint avec un fusil, passa dans la cour de Monsieur Lesage, après le sieur Darmont, et cria : Arrête le voleur, arrête, arrête !
Signés : P. Bienvenu, le Sénéchal et J. N. Peschet.