SUR LE
PORTRAIT DE CHARLOTTE DE CORDAY
Par J.-B. HAUER
faisant suite a la notice publiée avec le dossier judiciaire
du procès criminel
Une gravure est presque toujours une pièce muette, qui parle plus aux yeux qu'à l'esprit. Quelle est son origine? Dans quelle pensée a-t-elle été conçue ? Comment a-t-elle été exécutée? on l'ignore communément, trop heureux lorsqu'on connaît le nom du personnage, s'il s'agit d'un portrait, et celui du graveur. C'est donc une bonne fortune assez rare que de trouver l'historique complet d'une pièce de ce genre et c'est ce qui se rencontre ici. Nous avons pu réunir le récit du peintre qui a raconté lui-même dans quelles circonstances dramatiques il a retracé le portrait de Charlotte de Corday, d'après nature;
Le traité passé par lui avec le graveur du cuivre;
L'article du journal dans les bureaux duquel une souscription fut ouverte pour la vente de la graviœe.
Ce portrait est celui qui fut publié par J.-B. Hauer, peii de jours après la mort de Marat.
Dans la gravure originale, au-dessous de la figure, on lit ces mots :
« Dessiné d'après nature par Hauer. C'est le portrait annoncé dans le journal de Perlet du 27 Juillet 1793, N° 309, gravé par Tassaert, sous la direction d'Anselin. »
Le journal de Perlet ne renferme pas seulement un article sur le portrait de Charlotte de Corday : il en contient deux : le premier est du 20 Juillet. 1793, il annonce qu'Hauer, admis près de Charlotte dans l'intervalle qui sépara son jugement de son exécution pût ainsi perfectionner le dessin qu'il avait fait à l'audience et lui donner la plus entière ressemblance. Voici d'abord cet article : on trouvera plus bas le second, qui en forme la suite.
(Journal de Perlet, N* 302, du samedi 20 Juillet 1793).
Le citoyen Hauer, peintre, a dessiné, d'après nature, le portrait de Marie-Charlotte Corday. Il a été admis auprès d'elle dans Tintervalle qui sépara son jugement de son exécution. C'est là qu'il a perfectionné le dessin qu'il avait fait à l'audience. Aussi ce portrait est-il de la plus entière ressemblance, et rend-il parfaitement le calme extraordinaire que cette femme n'a cessé de montrer dans le plus terrible des moments. La réputation de cet artiste est établie et ce portrait y ajoutera beaucoup.
Le citoyen Hauer s'occupe maintenant du tableau. On nous assure qu'un autre artiste, qui a fait ses preuves de talent dans la gravure, n'attend que le tableau pour s'en occuper. Aussi si ces artistes ouvrent une souscription, nous l'annoncerons.
Le citoyen Hauer demeure rue Saint- André-des-Arts (p. 400).
On voit par cet article, que la pensée de faire graver le portrait n'était encore qu'à l'état de projet, le graveur n'était pas nommé. Cependant ces détails étaient parfaitement exacts : ils avaient dû être donnés au journal, dont les bureaux étaient situés dans la rue Saint-André-des-Arts, hôtel de Châteauvieux, par le peintre qui demeurait dans la même rue, N° 76 ^
Dès le lendemain, 21 Juillet, un acte intervenait entre Hauer et Anselin^, pour la gravure du portrait. Le traité original existe
1. Par un hasard étrange, c'est ce même Journal de Perlet que lisaient Charlotte de Corday et M. Corday d'Armont.
2. « Jean-Louis Ânselin, né à Paris en 1764, mort en 1823, bourgeois de Calais, élève d'Auguste Saint-Aubi^i.
« Anselin, nommé avec Bervic pour composer le Comité d'instruction de la Société populaire des Arts« était connu avant la Révolution par des pièces mythologiques et galantes, d'après Caresmes, Borel, et pour un portrait de madame de Pompadour en bergère, tenant des fleurs; en 1789 il grava le siège de
entre les mains de M. Hauer> fils du peintre (Président du Tribunal d'Arcis-sur-Aube)> qui a bien voulu nous le communiquer, il est ainsi conçu :
Les soussignés Jean- Jacques Haubr, peintre en portraits, demeurant à Paris, rue Saint- André-des- Arts, section du Théâtre Français, dite de Marseille, d'une part ;
Et Jean-Louis Anselin , graveur, rue du Théâtre-Français, même section, d'autre part :
Sont convenus de ce qui suit,
C'est à savoir :
Que le sieur Anselin, promet et s'oblige de graver ou faire graver en pointillé sous sa direction un dessin du citoyen Hauer, représentant Marie-Charlotte de Corday, tenant à sa main le couteau avec lequel elle a assassiné Marat, l'Ami du Peuple, le prix de laquelle gravure demeure modéré entre les parties à la somme de trois cents livres, sous la condition que la planche et son produit appartiendront aux dits soussignés en société et par égale portion.
Et de sa part, le citoyen Hauer s'oblige de donner au citoyen Anselin la somme de cent cinquante livres faisant la moitié du prix cidessus fixé, sous la condition expresse, qu'il partagera par égale portion avec le citoyen Anselin, dans le produit de la vente des gravures.
Et pour garantie de l'exécution des conventions ci-dessus, les soussignés déclarent qu'ils entendent que la dite planche soit enfermée dans une boîte fermante à double serrure et la clef de l'une sera en la possession dudit citoyen Hauer, et la clef de l'autre, en la possession dudit citoyen Anselin, de telle sorte que la boîte ne puisse être ouverte qu'en présence et du consentement desdits soussignés qui se réservent de déterminer entre eux,* lequel demeurera dépositaire de la dite boîte, ou entre les mains de quel notaire ou officier public en cas de difficulté entre eux le dépôt en sera fait.
Et pour établir la plus juste balance entre les soussignés, il est expressément convenu que les frais de papier, impression, cuivre, commission de marchands et autres de quelque nature qu'ils puissent être, seront supportés par moitié et égale portion, comme il a été également convenu pour la gravure, l'impression sera toujours partagé (sic) également entre les soussignés qui déclarent se soumettre tous les deux à tous les risques que l'on est exposé à courir dans le commerce.
Calais, d'après Barthélémy, très-graade pièce d'une belle facture qu'il dédia à l'Assemblée nationale. l\ fut un de ces burinistes, qui trouvent le moyen d'effacer dans leur œuvre à peu près toute trace du temps dans lequel ils vivent. » (Renouvier, Histoire de l'Art pendant la Bévolution, p. 282).
Et par suite du principe d'égalité que les soussignés veulent établir dans les bénéfices de la présente Société s'ils (sic) s'en trouvent, les papiers, soit billets ou lettres de change, qui seront reçues en payement seront également à charge ou profit des deux.
Fait double entre lesdits associés, le vingt-et-un Juillet mil sept
cent quatre-vingt-treize, deuxième de la République françoise et ont
signés (sic)