‹ Dossiers du procès criminel de Charlotte de Corday, devant le Tribunal révolutionnaireChapitre 81 sur 84 · AN SE LIN, HAUER · texte numérisé non relu

AN SE LIN, HAUER

Cet acte nous fiait assister aux détails intérieurs de Topération, entre le peintre et le graveur. Ils sont donc intéressants pour la technique de Fart pendant la Révolution. Nous voyons qu'il s'agit d'une gravure sur cuivre, et elle devait en outre être au pointillé y ceci explique la réserve d'Anselin de n'être que le directeur de l'œuvre et dç la fiaire graver sous sa surveillance. Le graveur adjoint par lui fut Tassaert S qui avait inventé un procédé au pointillé à l'aide duquel il croyait pouvoir rivaliser avec le dessin original. (Renouvier, p. 226.) C'est probablement lui qu'Anselin avait en vue lorsqu'il stipulait la faculté de se substituer un autre artiste pour l'exécution ^u travail.

Le prix est fixé à trois cents livres, somme assez considérable pour le temps et surtout pour le moment (20 Juillet 1793).

Mais ce qu'il y a de plus essentiel pour nous, c'est la qualification que prend Hauer de peintre de portraits. Telle est en eflfet sa spécialité. Ses compositions sont manifestement inférieures à ses têtes dans la série de tableaux qu'il a consacrés à Louis XVI (les adieux du Roi à sa famille, la confession, l'exécution), les personnages sont traités avec une certaine gaucherie qui ne nous déplaît pas, en ce qu'elle va jusqu'à la naïveté, et

1. J.-J. Tassaert, demeurant rue Christophe, section de la Cité. On cite de lui un certain nombre d'ouvrages qui répondent aux passions du moment, pendant la Révolution.

L'Amour de la Patrie inspire le courage.

J. Ghaslier, d'après Garesme.

Le 31 Mai, d'après Uarriet.

La nuit du 9 au 10 thermidor, par le même.

Le triumvir Robespierre exprimant un cœur humain dans une coupe. M. Latude, Lavoisler, Buonaparte, etc.

qu'elle liait ressortir le fini des figures, on reconnaît bien à ce signe l'homme habitué à faire le portrait. De là, le titre que se donne Hauer et qui, pour nous> a une grande importance, parce qu'il est une garantie de la ressemblance qu'il a pu atteindre dans réxécution du portrait de Charlotte de Gorday.

L'exécution suivit de près la signature du traité et, dès le 27 Juillet, un nouvel article du Journal de Perlet annonçait que la gravure pourrait être terminée dans un mois. C'est l'article auquel renvoie la note mise au bas de l'Estampe.

(Journal de Perlet, du samedi 27 Juillet 1793, N* 309.)

Le citoyen Hauer, peintre, fut aperçu au Tribunal par Charlotte de Corday , dessinant son portrait ; elle le fit prier de passer à la chambre criminelle, pendant qu'elle y était à attendre le résultat de la délibération du Tribunal^ elle lui demanda à voir le portrait, le trouva déjà bien fait et ressemblant, et lui offrit de poser si cela pouvait lui être utile, pendant qu'on la jugeait; il l'accepta avec plaisir, et elle posa avec une tranquillité et une gaîté dont on ne peut pas se faire une idée.

Il en est résulté que ce portrait est d'une ressemblance frappante suivant tous ceux qui l'yont vu.

Le peintre Hauer nous a chargé d'annoncer qu'on est occupé maintenant de la gravure de ce portrait; il sera fait à la manière anglaise, par Tal (faute typographique pour Tassaert), sous la direction du citoyen Anselin, graveur connu par différentes productions qui lui font honneur tels (sic) que le siège de Calais, etc., etc. Cette ennemie du peuple est représentée à mi-corps, en chapeau, tenant d'une main un couteau et de l'autre un éventail.

On peut se faire inscrire dès à présent pour retenir des épreuves, chez Hauer, peintre, rue Saint- André-des- Arts, N» 76.

Chez Anselin, graveur, rue et place du Théâtre-Français, et au bureau du présent journal *. Prix : 5 livres.

On pourra délivrer des épreuves sous un mois.

Nous ne nous arrêtons pas à relever ce qu'il y a de précieux pour l'histoire de Charlotte de Corday dans cet article, ni à résou-

1. Certaines épreuves, notamment une de celles du cabinet des Estampes, portent en outre :

Et chez Hauer, négociant^ rue Guérin-Boisseau, N" 9, près de la rue Saint-Denis.

dreles diflScultés qu'il soulève. Nous ne voulons nous occuper que des détails iconographiques qu'il renferme.

On voit que la publication avait lieu sous forme de souscription;

Que cette souscription était ouverte tant au bureau du Journal de Perlet que chez le peintre et chez le graveur, que le prix était de 5 livres,

La gravure que Ton trouve communément est en noir. Cependant à Rouen nous avons vu dans la collection de Baratte une épreuve, tirée en couleur. La robe de Charlotte de Corday est verte, ce qui indique qu'on la considérait comme royaliste.

< L'exécution, dit Renouvier, p. 224, en est fine et vigoureuse : l'expression est vive et malgré des signes évidents d'enjolivure, c'est un des meilleurs éléments du portrait vrai que l'on puisse avoir. »

Aujourd'hui cette gravure est devenue rare, elle se vend de 16 à 20 francs, suivant l'état de l'épreuve. C'est ce qui nous aurait engagé à la faire reproduire, alors même qu'elle n'eût pas été une pièce capitale pour l'iconographie de Charlotte de Corday, puisqu'elle est, suivant l'heureuse expression d'un critique, la gravure princeps de l'œuvre d'Hauer ^ celui que nous avons surnommé l'Adam Lux de la peinture.

Nous avons déjà publié la gravure du Portrait à l'huile existant au Musée de Versailles. Nous continuerons en donnant prochainement : la mort de Marat, par Hauer, de manière à former un Album^ marchant parallèlement avec le recueil des documents imprimés.

1. M. Léon Lagrange. Compte-rendu de l'Exposition artistique d'Alençon, en 1865.

Noj?ent-le-Rotrou, imprimerie de A. Gouverneur.

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