SUR L'AUTHENTICITÉ
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PORTRAIT DE CHARLOTTE DE CORDAY
Par HAUER.
Jean-Jacques Hauer, né à Gau-Algesheim (Électoral de Mayence), le 10 mars 1751, mourut à Bîoîs en 1829 (1).
11 y aurait une notice intéressante à écrire sur Hauer, que nous ne craindrons p'as d'appeler rAdam Lux de la peinture, et qui s'exposa au sort funeste de son compatriote en professant le même culte pour Charlotte de Corday. Nous avons retrouvé de curieux renseignements sur le rôle politique d'Hauer pendant la Révolution, — nousjes donnerons en temps et lieu ; — nous ne voulons établir, quant à présent , que la parfaite authenticité du portrait existant au Musée de
(1) Voici i'ACte de naissance de Hauer, dont nous devons la communication à M. le conseiller Schmitt, membre de la cour d'appel de Mayence :
Anno 1737, die 10 Martii baptîzatus est in Ecclesiâ Gau-Algeshemenci ioannes Jacobus^ fil. lég. Georgii Philippi Hauer, sartoris et conciyis, as Suzanne conj. -:- Patrinus Joanaes Jacobus Hennefetter conciyis.
Versailles, et prouver qu'il a été réellement exécuté d'après nature. La mention banale et si souvent mensongère qui se trouve au-dessous de tous les portraits est ici une vérité.
Hauer, qui avait probablement servi avant d'être peintre , était commandant en second du bataillon de garde nationale de la section du Théâtre-Français. Grâce à cette position et à sa notoriété dans la Section, il fut admis à Taudience d'abord , puis à la Conciergerie entre le jugement et l'exécution de Charlotte de Corday, et là il put terminer l'esquisse qu'il avait ébauchée pendant les débats.
Ce fait est attesté par les journaux du temps, qui nomment le peintre allemand et constatent son admission dans la prison auprès de la condamnée.
Nous citerons seulement trois de ces journaux :
Le Courrier français.
<( Le citoyen Haver, peintre, a dessiné d*après nature le portrait de Marîe-Anne-Charlotte Corday. — Il a été admis auprès d'elle dans Vintervalle qui sépara son jugement de son exécution. — Les traits de son visage, comme les traits de son âme, présentoient un mélange étonnant de tous les contrastes. » {Courrier français, n* 202, 21 juillet 1793.)
Le Thermomètre du Jour.
« Pendant qu'on interrogeoit l'accusée , un peintre qu^oh dit être le citoyen Havre (c'est le nom allemand défiguré par la prononciation française), élève de David, dessinoit sa figure ; elle s'en est aperçue : Continuez, lui a-t-elle dit ; ne craignez pas que je change de position. » ( Thermomètre du Jour, journal rédigé par Dulaure. — N* du 24 juillet 1793.)
Enfin, le Journal de Perlet.
Cette feuille, à laquelle Charlotte était abonnée (V. !•' Dossier, p. 48), publia l'article suivant à la date du 21 juillet, le même jour et presque dans les mêmes termes que le Courrier français :
a Le citoyen Hauer, peintre, a dessiné d'après nature le portrait de Marie-Charlotte Corday. Il a été admis dans l'intervalle qui sépara sou jugement de l'exécution. C'est là qu'il a perfectionné le dessin qu'il avoit fait à l'audience. Aussi le portrait est-il de la plus exacte ressemblance et rend-il parfaitement le calme si extraordinaire que cette femme n'a cessé de montrer dans le plus terrible des moments. — La réputation de cet artiste est établie, et ce portrait y ajoutera beaucoup )» (Journal de Perlet, du 21 juillet 1793, n*» 202,
Dans un second article (n*" 309), Perlet revint sur l'admission de Hauer auprès de Charlotte, et ajouta :
« Le peintre Hauer nous a chargé d'annoncer qu'on est occupé maintenant de la gravure de ce portrait ; il sera fait à la manière anglaise , par Tassaert , sous la direction d'Anselin, graveur, etc Cette ennemie du peuple est représentée à mi-corps, en chapeau, tenant d'une main un couteau et de l'autre un éventail, w — Suivent les conditions de la souscription.
En 1839, Hauer était mort depuis dix ans : ses héritiers cédèrent à la direction des Musées^ moyennant une somme de 600 fr., l'original du portrait, esquissé à l'audience et terminé à la Conciergerie. Us remirent en même temps une notice qui parait avoir été écrite sous la dictée du peintre, et qui a été insérée in extenso dans le catalogue du Musée de Yei sailles , publié par M. Soulié, conservateur adjoint des musées im-