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. tendent à remplacer partout les navires à voiles, et qui, par la rapidité de leur mouvement, représentent chacun de quatre à six navires à voiles d’égal tonnage, l’on voit que peu naviguent sur l’océan dans la direction des ports commerçants de l’ancien monde; ainsi, pendant les trois mois d’avril, mai et juin 1877, sur 2i3 navires à vapeur chargés, qui ont quitté les Etats-Unis, 59 ou 27.60 p. 0/0 n’avaient pour destination que la Nouvelle-Écosse , le Nouveau-Brunswick et l’ile du Prince-Édouard, 56 ou 26.28 p.^ 0/0 l’île de Cuba, 5o ou 23.44 P- 0/0 la Columbie anglaise, 9 seulement l’Angleterre,
I le .lapon , 2 les possessions anglaises de l’Australasie , et le surplus les Antilles et les ports du golfe du Mexique , de sorte que 1 2 seulement ou 5.63 p. 0/0 partaient pour un lointain voyage. Pendant ce même trimestre-, 1 92 navires à vapeur sont revenus aux ports des États-Unis; sur ce nombre, 6 1 ou 3 1 .77 p. 0/0 arrivaient de la Nouvelle-Ecosse , du Nouveau-Brunswick et dp l’île du Prince-Édouard, 4i ou 2 1.38 p. 0/0 de la Columbie anglaise, 4o
ou 20.83 p. 0/0 de Cuba, 1 1 ou 5.72 p. 0/0 des ports du golfe du Mexique ,
7 ou 3.64 p. 0/0 seulement de l’Angleterre et 3 du Japon. Même, dans les ports occidentaux de l’Amérique du Sud, la marine des États-Unis ne peut plus supporter la concurrence des marines étrangères; ainsi, le fret par bateaux à vapeur de New-York à l’un de ces ports, en passant par l’isthme de Panama, coûte 2 24 francs par tonne, tandis que des ports de l Angleterre, il varie de 80 à loÔ francs; par les navires à voiles, des États-Unis, il est de 5o à 60 francs par tonne, et, des ports de l’Europe, seulement de I 6 à 3 2 francs.
La marine marchande des États-Unis, après avoir rivalisé pendant quelques années avec celle de l’Angleterre et avoir eu même un tonnage supérieur au sien, de i5 p. 0/0 environ en i853, s’est vue peu à peu confinée au commerce de cabotage et au transport sur les lacs et les rivières, qui lui ont été exclusivement réservés par la loi du 1" mars 1817. Nous avons vu qu’en 1876, sur les 26,934 navires de tontes sortes possédés par les Etats- Unis, 3,009 seule me ut étaient munis de certificats d’enregistrement les autorisant à faire le commerce avec l’étranger, soit 1 1.60 p. 0/0 seulement. L’annexe F montre la situation de la marine marchande du monde entier
en 1876.
Si 1 industrie des transports par mer est sérieusement atteinte, celle de lonuenM du larif la construction des navires n’est pas dans une meilleure situation, malgré d/hlontucIL les faveurs de toutes sortes que lui a accordées le législateur : privilège «avaleexclusif du trafic le long des côtes et sur les lacs et rivières des États-Unis, exonération des droits d importation sur tous les articles qui entrent dans la construction des navires, quand ceux-ci sont destinés à faire le commerce au long cours et ne doivent pas se livrer au cabotage pendant* une durée de plus de 3 mois par an, les navires caboteurs n’ayant pas à craindre la concurrence étrangère, Après avoir atteint 2,271 navires jaugeant 309,245 tonneaux en 1 SyS, le nombre de bâtiments construits n’est plus que de 1,112 en 1876, et tend à diminuer encore. Ce dernier total se décompose ainsi:
7 fi navires à voiles destinés à faire les voyages au long cours (.î/iip and barks),
3 bricks, 424 goélettes [$chooners), 269 sloops et barques à canaux, et 338 navires à vapeur. En ne considérant que la construction des navires an long cours [ships and harh), l’on remarque que leur nombre, qui avait atteint, pendant la période décennale de 1 84i à 18S0, i 28 par an, et s’était élevé à 3 56 par an pendant la période décennale de i85i à i8Go,est tombé à 68 par an pendant la période de 1867 k 1876; il n’a mèmeété que de i5 en
Pendant les cinq années ci-après mentionnées, voici l’état respectif de celte industrie aux États-Unis et en Angleterre, en laissant de côté les barques et les navires à canaux :
outre, que non seulement le tonnage, mais encore le nombre des navires à vapeur est bien plus considérable en Angleterre qu’aux États-Unis, ce qui donne encore une augmentation de tonnage. J’ajouterai, enfin , que 7 p. 0/0 à peine des navires à vapeur des États-Unis sont construits en fer, alors que presque tous le s bâtiments à va peur de l’Angleterre sont en fer : sur 1,208 naviresà vapeur inscrits, le 1" janvier 1867, en Angleterre, il n’y en avait que 53 construits en bois; cette proportion a faibli encore depuis cette époque.
Influence du tarif
sur k cnrîiiïierce internai ienaL
Ainsi , non-seulement l’industrie des transports maritimes est en pleine décadence, mais celle de la construction des navires souffre également, et le système de protection exagérée qu elles ont sans cesse invoqué les a conduites toutes les deux à la mine.
Si l’effet de ce système sur la marine marchande et sur l’industrie des constructions navales est visible pour tout le monde et ne peut pas être contesté, même par les esprits les plus prévenus, son influence sur le commerce international n’est pas moins funeste. Toutefois le mode d’évaluation du mouvement commercial rend la démonstration moins frappante et les rapprochements moins saisissants: pour ne citer qu’un exemple, la balance du commerce, qui ne donne que la valeur, semble accuser une grande diminution dans l’importation du thé, ce qui n’est pas exact î ü est vrai qu’en 1872 la valeur du thé importé est de ii2,84i,98Ô francs, tandis qu’en 1876 elle n’est plus que de 96,6o3,88ô francs, soit une diminution de près de i4.4o p. 0/0; mais, si l’on considère la quantité, seule mesure de l’importance de la consommation, on trouve, au contraire, que de 18,503,695 kilogrammes en 1872 elle s’est élevée à 28,353,2 25 kilogrammes en 1876, présentant, dans ce même intervalle, une augmentation de 82.88p. 0/0. D’autres articles offrent le même écart entre leur valeur et leur quantité; il n’est donc pas possible de tirer des conclusions utiles des rapprochements faits sur l’ensemble des importations. Il ressort toutefois d un examen attentif du mouvement commercial ce fait, quen dehors des produits naturels, qui sont une source inépuisable de richesse pour les Etats-Unis, et de quelques articles industriels, pour lesquels la fabrication mécanique a remplacé la main-d’œuvre humaine, la production de l’industrie américaine ne peut pas lutter avantageusement sur les marchés étrangers avec celle des fabriques européennes. Cet état d’infériorité ne peut être attribué, comme celui de l’industrie des constructions navales, qu’au système économique adopté , à l’exagération des droits qui frappent les marchandises étrangères et aux formalités qui accompagnent leur perception.
Dans tous les pays des deux Amériques, à l’exemple des Etats-Unis de l’Amérique du Nord, le produit des douanes forme le principal article du budget des recettes, quand il n’en constitue pas le seul article; et, à ce titre seul, en dehors de toute considération d’économie politique, le tarif sera toujours assez élevé , soit qu’il ait pour but unique de procurer des ressources au Trésor, soit qu’il serve en même temps à protéger l’éclosion ou le développement de quelques industries nationales, avec cette différence , toutefois, qu’un tarif, qui n’aurait en vue que la création de ressources pour le Trésor, frapperait proportionnellement toutes les marchandises importées etperdrail par conséquent tout caractère protectionniste. Si quelques esprits élevés n ont admis les droits d’iraporlation que comme un des moyens de subvenir aux besoins du Trésor, en cherchant à leur enlever tout caractère d’inégalité dans
la répartition des charges publiques, le législateur, sous la pression d’intérêts âpres et insatiables, a méconnu le plus souvent les devoirs de la justice distributive, et n’a vu, dans leur établissement, qu’un élément de protection des industries les plus Influentes et les mieux représentées ; les discussions irritantes que le tarif a fréquemment soulevées au sein du Congrès ont toujours eu pour causes l’incohérence du taux des droits, l’inégalité choquante de la protection accordée à certaines industries qui n’en avaient pas plus besoin que d’autres auxquelles elle était refusée, et le préjudice qu'il porte aux populations desÉtats exclusivement agricoles au profit de quelques industriels établis dans un petit nombre d’Etats manufacturiers.
Aux défauts qui précèdent vient se joindre le taux le plus souvent exagéré des droits, source d’encouragement et d’excitation â la fraude et à la contrebande. En créant des droits élevés, quel que fût le but à atteindre, le législateur aurait dû songer à organiser un service pour les percevoir et pour prévenir et réprimer les tentatives de ceux qui voudraient éluder leur payement; il n’aurait pas dû perdre de vue que les pénalités, même les plus sévères, n’effrayent les criminels qu’ autant qu'elles peuvent être appliquées, que les violations des lois fiscales qui restent impunies ne causent pas seulement un préjudice au Trésor, mais affectent surtout profondément le sens moral de la nation, et il aurait dû s’apercevoir depuis longtemps que les formalités auxquelles il a soumis les importations et les exportations ne sont qu’une gêne pour le commerce honnête sans être une entrave pour le commerce interlope, et quelles ne servent qu’à aggraver les charges d’un impôt déjà fort lourd.
Les marchandises étrangères, qui se présentent à la frontière américaine, qu’elles aient pour destination les Etats-Unis ou d’autres pays, doivent être décrites non seulement sur. des manifestes, dont un certain nombre de copies sont destinées aux employés qui abordent le navire et à la douane d’arrivée, mais encore sur des factures, dont l’exactitude doit être préalablement certifiée sous serment devant les consuls américains des lieux de départ. Dès leur arrivée, elles donnent lieu à une déclaration d’entrée sous serment, qui n’est reçue, sauf pour les introductions par la frontière de terre, qu autant qu’elle est faite par leurs propriétaires , à moins que leurs représentants ou leurs agents ne souscrivent une obligation cautionnée du montant des droits pour assurer le dépôt à la douane, dans un délai détermine, de leur propre déclaration d’exactitude des factures, certifiée sous serment devant les autorités compétentes. Elles sont soumises aux formalités de la visite au premier port d’arrivée, quand même elles auraient pour destination un port intérieur; il n’est fait exception à cette règle que dans certains cas exceptionnels et pour certains ports désignés.
La multiplicité des serments qui sont exigés du public, dans les circonstances les plus ordinaires, l’habitue à ne plus respecter leur sainteté : ce résultat funeste est reconnu et admis par le législateur lui-même, puisqu’il
n’inffige aux fausses déciaratlons que des pénalités adminislratives au lieu des peines du parjure. La nécessité de remettre des obligations cautionnées au service , même quand il a entre les mains les marchandises pouvant donner naissance aux droits qu’elles ont pour but de garantir, a pour résultat de leur imposer une charge nouvelle et d’accroître d’autant leur prix de vente aux consommateurs.
A ces formalités toujours onéreuses, il faut ajouter l’obligation d’opérer le débarquement des marchandises dans un délai limité, de ne se servir que des agents de transport commissionnés parl’Administration, etd’acquitter les droits au comptant, quand elles entrent immédiatement dans la consommation, ou d’en garantir le payement, quand elles ont à séjourner dans les entrepôts.
L’inefficacité du serment pour assurer la sincérité des déclarations de la valeur des marchandises, la difficulté pour le service de relever les évaluations inexactes, ne sont plus aujourd’hui contestées. Après avoir voté un tarif qui ne renfermait, comme celui du 3o juillet i846, que des droits ad valorem, le législateur a été peu à peu amené à y insérer d’abord des droits mixtes, à la fois ad valorem et spécifiques, et ensuite beaucoup de droits spécifiques. Cependant un trop grand nombre d’objets sont encore taxés d’après leur valeur, et, dans tous ses rapports annuels, le Secrétaire du Trésor signale tantôt un article, tantôt un autre, tantôt les soies, tantôt les gants, qui donnent lieu à des déclarations inexactes, sans que le service puisse relever efficacement les fausses évaluations.
L’évaluation, quelle soit confiée à des employés spéciaux ou à des commerçants experts, prête trop à l’arbitraire et ne donne aucune sécurité aux importateurs. Elle manque tout à fait de base, quand elle doit s’appliquer à des articles fabriqués exclusivement pour l’exportation, qui ne sont pas cotés sur les marchés des pays d’expédition, et qui, n’étant pas achetés directement par les négociants américains, sont adressés par les fabricants à leurs agents des Etats-Unis chargés d’en opérer la vente sur place. Même quand elle doit porter sur les autres articles, elle est entourée de difficultés qu’il est difficile de surmonter, et elle aboutit à léser, soit les intérêts des importateurs, soit ceux du Trésor; elle peut même entraîner le service, désireux de posséder les renseignements indispensables à l’accomplissement de sa mission, dans des démarches peu avouables auprès tles fabricants et' des cominerçants établis à l’étranger, comme le lui a reproché publiquement un ancien Président de la Confédération Suisse. Aussi, en présence des plaintes unanimes du commerce contre les évaluations arbitraires , de l’inégalité de taxation qui en résulte d’un port à un autre, des pertes que le Trésor éprouve, des cas de concussion qu’il est impossible d’éclaircir, et peut-être de l’obstacle que le système de la tarification ad valorem oppose à l’élévation déguisée de l’impôt, ce système, bien que profondément juste en théorie, paraît condamné par la pratique : toutes les modifications apportées au tarif depuis quelques années ne reproduisent plus que des droits spécifiques.
Si l’évaluation d’un article qui fait l’objet de transactions courantes et se trouve dans des conditions ordinaires de vente n’est pas facile, quelles dilïicultés ne doit-elle pas présenter, quand elle s’applique à des marchandises avarices? Aucune règle ne peut être tracée dans ce cas pour diriger le service; aussi, irrite des abus qui jettent le désordre dans les transactions commerciales, 1 importateur américain va jusqu’à méconnaître la justice des réfactions auxquelles ces marcliandises ont droit, et demande simplement qu’il ne soit plus tenu compte à l’avenir pour elles de la perle de valeur que les avaries peuvent leur faire éprouver.
Si 1 évaluation est reconnue indispensable pour la liquidation des droits sur les marchandises taxées ad valorem qui entrent immédiatement dans la consommation, quelle nécessité d’y soumettre les articles qui sont dirigés sur les entrepôts et dont la destination future est inconnue? Pourquoi exiger le payement du droit additionnel de 20 p. 0/0, quand l’écart entre la valeur déclarée et celle constatée par le service est de top. o/b ou plus, alors que les marchandises peuvent se rendre d’un entrepôt dans un autre et finaieinent regagner l’étranger? Pourquoi de nouvelles évaluations à la suite de chaque déclaration de mise en entrepôt? Aux charges et aux droits additionnels que ces formalités font peser sur les marchandises, il y a lieu d’ajouter celles résultant de la nécessité de ne les déposer que dans un entrepôt réel, de souscrire une obligation cautionnée du double du montant des droits, de ne les y laisser séjourner qu’un an sous peine d’acquitter un droit additionnel de 10 p. o/b, sans que la durée de leur séjour puisse dépasser trois ans, de faire peser, mesurer et marquer tous les colis, de les faire sortir dans le même état où elles sont entrées et par quantité déterminée, de no confier leur transport qu’à des agents de transport commissionnés par rAdministration, et de n’obtenir la restitution que de 99 p, 0/0 des droits quelles ont acquittés, quand elles repartent pour l’étranger. Dans ces conditions, demander la suppression de la faculté d’entrepôt, comme l’ont fait quelques Représentants, équivaut à réclamer l’interdiction au commerce étranger do se présenter sur les marchés des Etats-Unis.
Le législateur ne s’est pas borné à faire mettre entre les mains du service les marchandises qui n’entrent pas immédiatement dans la consommation, il a exigé encore que les droits qui peuvent les atteindre fussent garantis par la souscription d’une obligation cautionnée du double de leur montant; ce n’est pas en édictant tomes ces précautions qu’il pouvait songer à accorder du crédit pour le payement de ces droits, quand les marchandises sont soustraites à sa garde et à sa surveillance pour entrer dans la consommation, soit immédiatement après leur arrivée, soit au sortir des entrepôts. Les droits de douane doivent toujours être payés comptant.
L’exportation des marchaudises nationales est seule affranchie de tout impôt en vertu de la Constitution. Quant aux marchandises étrangères, soit quelles ne touchent aux ports des États-Unis que pour êti’e transbordées et
regagner immécliatemenl l’étranger, soit quelles sortent des entrepôts, où elles ont séjourné moins de trois ans, après avoir acquitté ou sans avoir acquitté les droits, soit enfin qu elles proviennent de certains entrepôts spéciaux de fabrication ou de certains aleliérs autorisés à opérer leur transfor- Q-Q ^ leur pi'ocurer un certain perfectionnement, elles donnent tonjours lieu à la souscription d’une obligation cautionnée destinée à garantir non seulement leur départ des États-Unis, mais encore leur débarquement à l’étranger. Après avoir été repoussées pour ainsi dire du sol des Etats-Unis, elles ne peuvent plus le quitter sans l’accomplissement de formalités toujours onéreuses, et, quand les droits ont été acquittés, sans un prélèvement sur le montant à restituer : il est retenu i p. o/o, quand elles sont restées constamment sous la surveillance et la garde de la douane et qu elles partent dansl état exact où elles sont arrivées, sans qu elles puissent, en entrepôt, sauf pour les médicaments, être manipulées et remballées, et lop. o/b, quand elles ont subi dans les fabriques nationales un perfectionnement ou une transformation.
Si les États-Unis, admirablement placés pour servir d’entrepôt aux marchandises étrangères destinées à la consommation des populations de toute l’Amérique du Sud, n’ont pas su profiter de leur position exceptionnelle, ils n’en ont pas non plus tiré parti pour favoriser l’industrie des transports en facilitant le transit de leur territoire à celles à destination ou provenant des provinces limitiopbos du Dominion du Canada ou de la République du Mexique. Ils ne se sont pas bornés à demander la souscription d’une obligation cautionnée du double du montant des droits, formalité requise des marchandises étrangères qui voyagent à l’intérieur de leur territoire pour changer d’entrepôt ou pour gagner le bureau de sortie, ils ont exigé, en cas de transit, la souscription d’une obligation cautionnée du double de la valeur des marchandises et des droits; comme toujours, ils n ont autorisé leur transport que par l’intermédiaire des agents commissionnes par 1 Administration, après qu elles ont été mises sous cordes et plombs et que les colis ont été marqués, à moins quelle ne puissent être renfermées dans des wagons ou des compartiments fermés et mis sous scellés. Ces prescriptions ne leur ont pas paru suffisantes encore pour les mettre à l’abri des déchargements frauduleux; ils ne se sont pas contentes du certificat délivré parle service au bureau de sortie pour constater leur passage effectif à l’étranger, ils ont voulu encore que leur entrée sur le territoire étranger fut attestée par le certificat du service des douanes du Canada , si elles ont pour destination ce pays, ou le certificat de l’arrivée à l’étranger, comme lorsqu il s agit d’exportation, quand elles sont dirigées sur le Mexique.
• Toutes ces formalités de déclaration, de serment, de manifeste, de certificat, tontes ces obligations et ces justifications de transport et d’exportation, sont très onéreuses pour le commerce; la plupart n’ont cependant pour but que de sauvegarder les intérêts du Trésor et de suppléer à l’insuffisance du personnel de surveillance.
Le législateur américain s’est toujours montré sourd à toutes les propositions de création d’un service administratif convenable que quelques Secrétaires du Xrésor ont cru devoir lui soumettre. Il a paru redouter l’influence d’une bureaucratie puissante : la peur d’un mal l’a jeté dans un pire.
Dans un pays libre, chacun doit pouvoir aspirer à tous les emplois, mais il doit en même temps remplir les conditions requises de savoir, de pratique et d honorabilité pour les occuper. Si l’on proclame les droits des citoyens sans exiger l’accomplissement des devoirs, on est assuré d introduire le desordre dans la gestion des affaires publiques. Il ne s’agit pas, pour mettre quelqu’un en place, de lui reconnaître toutes les qualités d’un bon agent électoral, il faut trouver surtout en lui le savoir, l’habitude de traiter les questions inhérentes à l’emploi qu’il convoite, et un fonds incontestable et éprouvé de probité et d’honneur. Or, comment savoir que ces conditions sont remplies si les postulants ne sont pas soumis à des examens, s’ils ne subissent pas, au besoin, des concours, et si, une fois chargés d’une partie, quelque faible quelle soit, de l’administration publique , ils ne doivent pas leur avancement à leur seul mérite, aux témoignages irrécusables de leur probité, de leur savoir et de leur dévouement à la prospérité de la patrie, en un mot, à l’éclat des services qu’ils ont rendus Un chef d’industrie qui recevrait dans ses ateliers tous les ouvriers qui se présenteraient, sans les soumettre à des épreuves, qui nommerait contre-maîtres des individus incompétents, serait sûr d’arriver promptement à la ruine.
Ne semble-t-il pas que le Gouvernement ait voulu, dans l’organisation du service des douanes, donner un démenti au bon sens traditionnel du peuple des États-Unis? Tandis qu il a limite à quatre ans la durée de la commission qu’il délivre à chaque agent supérieur, il n’a fixé aucune limite de temps à celle qu’il remet aux employés inférieurs: ceux-ci, qui ne sont que les bras du corps administratif, doivent subir un examen et être munis de certificats de bonne conduite; ceux-là, qui en sont la tête, auxquels la direction et la surveillance sont confiées, n’ont à justifier d’aucun savoir, à faire preuve d’aucune connaissance pratique; ils n’ont à présenter qu’une obligation cautionnnée d’une somme déterminée qui ne peut témoigner que de leur fortune on de leur crédit* A.ussi qu arnve-t-il? Comme il n’est pas nécessaire, paraît-il, de savoir gérer ses affaires particulières pour ambitionner la charge de la gestion des affaires publiques, tous les déclassés, tous ceux qui, dans la lutte de la vie, ont toujours montré plus d’ambition que de jugement et de savoir, et n’ont pas pu trouver une occupation à leur convenance, s’agitent pendant la période électorale, espérant que leur parti triomphant leur tiendra compte de leur zèle et qu’ils obtiendront enfin des emplois destinés à rémunérer leur incapacité. Le résultat que doivent produire de semblables nominations n’a pas besoin d’être décrit, et c’est avec raison que le commerce d’importation se plaint des vexations auxquelles il est en butte de la part d’un service ignorant et rapace.
Le Gouvernement n’ignore pas que les pertes annuelles du Trésor proviennent bien plus du fait de ses agents que des actes de fraude accomplis par les particuliers 'sans leur complicité; mais, jusqu’à présent, il n’a wulu appliquer d’autre remède à un pareil état de choses que celui de réduire leur nombre et leur traitement.
Les poursuites exercées chaque année contre les agents supérieurs prouvent que la souscription d’une obligation, quelque considérable que soit son chiffre, ne garantit pas le Trésor contre les malversations et les vols, et que le meilleur cautionnement est celui qui repose sur la moralité et la probité d’a-^ents arrivés, après une carrière de dévouement, de travail intelligent et d’honnêteté incontestée, aux emplois élevés. C’est pour n’avoir pas voulu reconnaître que la carrière administrative exige , comme toutes les autres carrières, des connaissances pratiques et beaucoup d’intelligence et de dé-vouement, quelle a besoin, comme celles-ci, d’être suivie par un personne stable , ne devant sa nomination et son avancement qu’à son mente; c’est pour avoir oublié que, dans les services où l’employé, par son activité et par l’application intelligente des lois, crée pour ainsi dire des ressources au Trésor, tonte économie réalisée sur le personnel est trompeuse et se traduit en définitive par une diminution de recettes, que le législateur a appelé la délation au secours du service et n a pas craint d’ajouter un élément de démoralisation de plus à ceux qui existaient dejîl. ^
Les États-Unis, pressés, au début de leur existence, par les besoins d argent, n’ayant pour les satisfaire que les ressources de la douane, n’ont pas su se soutraire aux compétitions d’intérêts particuliers cachés sous le masque de l’intérêt générai. Une fois engagés dans celte voie, ils n’ont pas pu s’arrêter encore, et le tarif, objet de discussions irritantes, sert non seulement a procurer des ressources au Trésor, mais encore à favoriser les mduslries les mieux représentées au Congrès. C’est pour avoir méconnu les principes de liberté inscrits dans leur Constitution, qu’ils sont témoins aujourd’hui delà décadence de leur marine marchande, de crises industrielles sans exemple, de la désorganisation du travail et du paupérisme qui en est la conséquence.
Dans un pays qne la nature a comblé de ses dons, qui peut nourrir une population décuple de celle qui l’occupe, où les causes du malaise général frappent les yeux les moins clairvoyants, il n’est pas admissible que l’opmion publique persiste longtemps encore à supporter un pareil régime économique et n’en demande pas bientôt la suppression. Tout le monde, sauf quelques intéressés, finit par reconnaître cpie l’industrie nationale ne doit pas reclamer d’autre protection que celle qui peut lui permettre de lutter, à armes égales, sur son propre marché, aves les industries rivales étrangères; que toute mesure qui dépasse ce but est nuisible non seulement à l’intérêt général, mais encore à l’industrie qu’elle prétend favoriser, et 1 expose à des crises périodiques et à. des mines certaines.
Le législateur, chargé de procurer des ressources au Gouvernement, ne
doit avoir en vue, dans l’élaboration d’un tarif de douane, que l’établissement de charges égalés sur les articles similaires , tant étrangers que nationaux; cest à la détermination exacte des taxes, tant directes qu’indirectes, qui frappent les produits indigènes, à l’évaluation rigoureuse des dépenses qu imposent à leur fabrication les formalités de l’assiette et de la perception, quil doit consacrer tous ses soins, non seulement pour en réclamer l’équivalent aux produits etrangers qui arrivent sur son marché , mais encore pour le restituer aux produits nationaux qui cherchent leur écoulement au dehors. C’est pour être sorti de son rôle, pour avoir voulu se faire le dispensateur de la fortune privée, qu’il est cause que l’industrie des États-Unis n’a pas encore profité des avantages quelle aurait dû retirer de l’abondance du combustible et de la possession à bon marché de toutes les matières premières, depuis le coton jusqu au minerai de fer, qu’elle n’a apporté à sa production que de lentes ameliorations et qu’elle n’a pas toujours suivi les progrès de la fabrication étrangère. A ce dernier point de vue, je ne puis m’empècher de citer la réponse d’une fabricant anglais de crochets eu fer , à un agent officiel des Etats-Unis, qui lui faisait remarquer que, tout calcul fait, en tenant compte du taux des salaires, de l’habileté des ouvriers, de la durée des heures de travail, du prix de revient des matières premières, même en supprimant tout droit d’importation, ses produits, dont l’écoulement avait lieu surtout aux Etats-Unis, ne pouvaient pas lutter avec ceux de ce pays: « Je suis moi-même embarrassé pour rendre compte de cette situation;
« mais peut-etre sera-t-il facile d arriver à une solution, lorsque j’aurai dit que,
• nous trouvant serres de près, il y a quelque temps, par la concurrence de « 1 Allemagne , nous avons rejeté tous nos anciens appareils mécaniques, et « nous les avons remplaces par d autres d un modèle nouveau et perfectionné;
« quant aux machines que nous avons rejetées, nous les avons vendues pour être
• exportées aux États- Unis. »
Si 1 on excepte les industries qui ont recours, dans leur fabrication, à l’emploi d agents mécaniques, toutes les autres prennent prétexte du haut prix de la main-d œuvre pour demander à être protégées contre le travail pauvre, comme elles le qualifient, de l’Europe; elles font semblant de ne pas voir que l’élévation des salaires est la conséquence de la protection qu’elles réclament, et qu elle na aucune raison d’être dans un pays où l’agriculture prospère, où les vivres pourront être obtenus à bon marché et où tous les autres besoins de l’existence pourront être satisfaits à bon compte, quand un meilleur système économique sera adopté. Cet argument, qui peut flatter l’amour-propre de l’ouvrier américain , serait-il fondé, qu’il n’aurait encore qu une faible valeur; il suffit, pour s en convaincre, de considérer les salaires de 1 ouvrier anglais. En Angleterre, la main-d’œuvre est aussi bien rétribuée quelle lest aux Etats-Unis; elle l’est beaucoup mieux qu’en Allemagne, en Autriche-Hongrie, en-France, en Italie et en Russie; ce sont cependant les nations possédant la main-d’œuvre à meilleur compte, qui ne cessent de
demander à leur droits de douane )es moyens de les préserver de la concurrence anglaise; c’est que rinduslriel anglais a su compenser non seulement ce désavantage, mais encore celui du prix élevé des matières premières qu’d est obligé d’aller chercher au dehors, par les améliorations constantes qu’il apporte à sa fabrication, par un travail plus personnel, plus prudent, plus économique et plus énergique.
Si la prospérité des États-Unis est seulement ralentie, sans être sérieusement atteinte, ce résultat est dû aux ressources naturelles d’un territoire étendu et fertile , aux facilités naturelles de communication , à 1 extension rapide des voies ferrées, à l’abondance et au bon marche des matières premières, à un climat varié et salubre, à l’affluence considérable de la population et des capitaux de l’ancien monde, à la substitution incessante des machines au travail manuel, et à la liberté intérieure dont ils n ont cessé de jouir depuis leur séparation de la mère patrie. Les questions de tarif, trop irritantes encore à cause des intérêts en jeu, seront traitées avec plus de calme et plus de justice, quand les fortunes seront mieux assises et que l’exubérance de la production nationale réclamera l’ouverture des marchés étrangers.
Le peuple des États-Unis , bien que moins éprouvé que les peuples de l’ancien monde par les crises industrielles et commerciales dues à des causes artificielles, commence à comprendre quil a tout profit à retirer de la liberté des échanges; il se rend compte de la position exceptionnelle de son pays, et c’est en prévision de l’avenir commercial qui lui est réservé qu’il s’est déjà rendu maître du transit imparfait de l’isthme de Panama et qu’il ne craint pas d’afficher sa prétention à la possession exclusive de toute communication’ interocéanique a travers 1 isthme de 1 Amérique centrale, 11 n’ignore pas que la suprématie commerciale a de tout temps appartenu au peuple devenu maître du marché de l’extrême Orient, que cest a ce commerce qu’ Alexandrie , Venise , Gênes, ont dû leurs jours de gloire et de prospérité, que c’est lui qui donne le secret de la richesse et de la puissance maritime de l’Angleterre; c’est donc à sa conquête quil ne tardera pas à diriger ses efforts, quand ime tarification plus libérale et mieux adaptée à ses institutions politiques lui permettra de donner a sa production et a son commerce l’essor immense dont ils sont susceptibles.
Un pays qui a pu résister si longtemps, non seulement sans succomber, mais encore en augmentant sa population et sa richesse, aux influences funestes d’un pareil système économique, est assure d atteindre un degre de prospérité sans exemple le jour où, profilant des leçons de 1 expérience, il n’hésitera pas à s’en affranchir.
Paris, le 3o décembre 1877.
L’Inspeciear des Finances.
G. JACQUÈME.
Annexe A.
Coiistrtiil par , à Nombre de ponts, Nombie de mâts^