CHAPITRE XL
prises guerrières , il aimait les embarras , les aventures , les périls et les catastrophes : tout cela offrait des émotions à son courage, i\es hasards à son habileté, des couronnes à son génie. C^était une ame passionnée d'indépendance , sur laquelle il eût été impossible à la nécessité même , d'étendre sa règle de plomb. Il était à Tâge mûr de la vie : sa tête , large et forte comme celle des anciennes statues d'Hercule, avait à la fois le caractère marqué de Fobstination et le trait distinctif de Pimprévoyance. Son œil devant les tombeaux était sans larme et sans prière , car il n'avait ni foi ni piété. L'étoile du destin s'était levée brillante à ses yeux : il ne croyait qu'à la fortune.
Mais les prospérités de la vie sont comme les dernières chaleurs de l'automne : un instant d'orage les chasse, et la saison morte
y succède. Roger appelle les tourmentes ; et rhorizon , chargé de nuées , répond au défi téméraire. Il était merveilleusement hardi de provoquer ensemble au combat et les forces de la chrétienté et les volontés de Féglise. C^était braver la terre et le ciel : Roger sVn est senti la puissance.
A la voix de saint Dominique, au cri guerrier des catholiques , une foule innombrable de croisés s'est ruée sur les Albigeois. C'en est déjà fait de Toulouse , et Montfort assiège Béziers.
Un brouillard cache le précipice à ceux qui sont prédestinés à y tomber. Roger se rit des anathèmes, et croit impossible sa chute; il entasse exploits sur exploits ; on dirait la gloire incamée. De son héroïque bravoure, de son audace et de ses talens, il