CHAPITRE Xlll
nir. Le prince avait Toeil vif , le front
haut , la parole brève et puissante ; il
avait foi à ses destins : il se sentait à leur hauteur.
Louis , s^approchant de Raymond , lui adresse quelques paroles affectueuses. Il ne le questionne point sur la majesté ennemie dont il défendait la bannière 5 et , se retirant peu après, il le laisse auprès de sa mère.
Blanche, Tœilfîxé sur le comte , avait remarqué la vive impression qu'ail avait ressentie devant Phéritier de Philippe- Auguste : elle lui présente une lettre.
« — Sire chevalier ! lui dit-elle , je n'ai à » vous remettre aucune dépèche pour le )> chef de la maison de Coucy ; mais j\ti
» écrit au duc de Bourgogne : voils char- » gerez-vous du message? )»
Le Toulousain a hésité.
<( — Reine! . . . pardonnez ! . . . . répond-il. » mon devoir me défend peut-être. ...»
L'auguste veuve Tinterrompt.
<( — Je ne vous engage point à re- )) mettre mystérieusement à son adresse » un paquet furtif et caché. Serait-ce à )) renvoyé du sire de Coucy que je de- » vrais confier mes secrets politiques!.... )) Ma dépêche ne contient rien qui ne puisse )) être par moi hautement avoué. Si vous dé- M sirez la lire avant de la remettre au duc de » Bourgogne, brisez le sceau royal àCorbeil; » si , après mûres réflexions , vous n"'ôsiez
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)) ni la porter à Pierre de Dreux , ni , au )> préalable , Pouvrir : brûlez-la , je vous le » permets. »
Le comte accepte le message.
Raymond a retrouvé sa sœur. Quel jour de trouble et (rémotions !.. Jeanne, heureuse auprès de la reine , est comblée d''égards à sa cour. Près dVpouser un des
frères de Louis IX , elle est tout dévouement pour ses princes , tout enthousiasme pour Blanche.
Jeanne était tendrement aimée de Raymond. Il n'a osé heurter de ses profonds ressentimens les espérances d'amour et de bonheur dont s'entourait la jeune fille. Il a écouté ses paroles ; il en gardera souvenance.
La nuit s'étendait sur la plaine. Oh! Raymond ne saurait dormir. Il s'est placé en face de sa situation. Il considère silencieusement ses projets de vengeance aux prises avec ses maximes d'honneur , ses devoirs en opposition à ses intérêts , et son esprit en lutte avec son cœur. Soit en avant , soit en arrière , il enfonce en vain sa pensée dans l'espace, il n'y trouve aucun lieu de repos. Tout en lui se mêle et se brouille. Egaré