CHAPITRE XVi. Ml
teindre ce but ? Les preuves de sa félonie étaient entre les mains de Roger. Marie, le chapelain Eutrope, le rendez-vous de la foret , le billet saisi sur Tesclave , que d^accusateurs ! . . . Que répondre ?
Le prisonnier s^est décidé au silence ; il se taira devant ses juges. Puis, las de tout, fatigué de tout, il jettera de côte ses armes, ouvrira sa fosse lui-même ; et la mort , ennemi vulgaire auquel il ne daigna jamais faire la moindre attention, la mort le verra passer , insouciant , de cette terre à un autre monde , comme d^une réflexion vague à une pensée indéfinie.
Il lui semble que rien n'est plus assez puissant pour Tempècher de descendre au tombeau. Sa personne s^est donné quelque chose de pose qui n'est ni tranquille ni froid : on y reconnaît évidemment le parti pris de ne rien laisser arriver à sa physio-
J i2 DOUBLE RÈGiVE.
nomie des agitations de son ame. Oublieux delà piété, il s''est insurgé contre le sort. N^implorant nul appui d'en haut , il se ronge dans ses tourmens. Le grand consolateur Tabandonne.
L"'heure du soir avait sonné. Le comte de Toulouse, aux derniers rayons du jour, promène autour de lui ses regards. Pour la première fois depuis sa captivité, il examine avec curiosité Fenceinte qui lui sert de prison; elle est spacieuse et commode; rien n^a été omis pour en égayer la tristesse. L'ameublement est recherché. Raymond n'a pu s'empêcher de remarquer , dans les objets qui Tenvironnent , Tintérêt pris à sa position. Un ennemi n'eût pas songé à de minutieux détails d'intérieur pour adoucir sa détention ; il est évident que là , par ordre suprême, quelqu'un veille sur le captif: ce ne [)eut être qu'Enguerrand. Le déses-