‹ Double règne (volume 2)Chapitre 59 sur 191 · CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI

possible. Ses regards ne se plongeaient vers le passé que comme an fond d'un abîme où toute issue était fermée , où toute lumière était morte. Amour, amitié, honneur, dévouement , tout lui était souffrance et supplice : tout cela , fatal à sa vie , tournait en lui au désespoir.

Qu^étaient devenus Blanche et son fils?... La perfidie triomphait-elle? Marie de Montfort, pour jamais, était-elle perdue pour lui ?... Oh ! déjà sans doute, Enguerrand ne songeait plus à son frère d^ armes qu^avec indignation et mépris : Fopinion de tous les partis allait flétrir le chevalier félon. Plus de carrière, plus de gloire : rien dans Favenir que la honte , et rien dans le cœur que la rage.

Examinant la catastrophe qui Pavait frappé , il pouvait à peine la comprendre. Néanmoins , devant ses gardiens , pas un

murmure, pas une plainte ne trahissaient ses vives angoisses. Il est dans un malheur non mérité des étonnemens et des souffrances qui tuent les manifestations extérieures et auxquels , eût-on même Pusage de la parole, il manquerait encore les mots.

Hélas ! la vie est implacable aux âmes ardentes , elle n^est facile qu^aux cœurs simples. Les chemins ignorés de la multitude ont sans doute éclat et' magie : mais le sol qu^on y foule brûle, et Tair qu'on y respire dévore.

Raymond ne tenait plus à Texistence ; il se fût débarrassé sans crainte et sans regret de ce poids accablant : la question n'était pas de mourir : tout vivant, n'est-il pas un condamné à mort? Non! de ce côté, nul souci; le point important à ses yeux était de soustraire le nom de ses pères à quelque sentence in'famante; mais comment at-

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