CHAPITRE XVI. ir
» — Sans doute : car c'est les fermer. » Or, d''après les frocards, messire: mort, )) cVst rév eil ; nuit , c'est lumière. »
Et la voix saccadée du chef, entrecoupée de rires sauvages, imitait le grognement d'un ours.
Le ciel s'était chargé de nuages; et la troupe fatiguée demandait à grands cris le repos. Le prince a décidé qu'on passerait la nuit au hameau voisin ; et le camp s'y es! établi.
Le repas du soir était prêt. Eudes y a convié , comme de coutume , les principaux de son armée. Mais où se dressera la table? Le hameau n'a que des masures: pas un grand local , point de granges. Main de
hranze aperçoit un vaste cimetière entouré de hautes murailles.
« — Superbe enceinte ! s'écrie-t-il. Qu^on w serve en ce lieu le festin. Arrachez les )> pierres des tombes , et faisons-en des M pieds de table. Nous avons des planches » et des toiles. Notre appétit s^ aiguisera sur » ce sol de diète éternelle où le ver seul » mâchonne à sa guise. Nos chants égaie- » ront les sépulcres. Ricanez, gaillards à » linceul : foin du jeune î et vive la joie ! )»
Le capitaine est obéi ; la profanation commence. Le cimetière est envahi de toutes parts j on y dresse de larges tentes ; on y élève , à Faide de blocs tumulaires, une immense table à manger ; des pierres funèbres servent de bancs. Les tertres de la mort se couvrent de brocs de vin , de coupes de métal , de gibier, de fruits, d^dimens et de provisions de tout genre.