CHAPITRE
» — Tu me comprends mal , Enguer- » rand. Lié à tes destins pour toujours , » je ne veux point rompre ma chaîne.
)> L'amour Tu vas rire de moi, car
» cet amour de date récente — Mais on » s'éprend si vite à mon âge; et, puis, )t sm* ce val de misères , on a si peu de » jours à aimer. Pardonne! ma tête s'égare. » Hélas ! pour peindre ce que j'éprouve , )» je ne sais où trouver des mots. Encore » une fois parle , mon frère I as-tu jamais » aimé ? réponds-moi . »
Le chef a un instant hésité.
« — Tu me demandes mes secrets ! as-tu )» mérité ma confiance ? Imprudent I ta )• question m'aurait irrité , si tes tourmens » n'étaient ton excuse. Je te l'avouerai » donc sans détour : j'ai aimé, Raymond,
284 DOUliLE RÉGNE.
j^aime encore ; mais le monde ignore ma > flamme.
» — Ah ! s'écrie Raymond transporté , puisque tu connais comme moi, les tourmentes du sentiment , je suis sauvé , tu m'absoudras. Ainsi donc , en voici la preuve nouvelle, pauvre et riche, grands et petits , pâtre et guerrier, vassal et roi, tout ce qui a vie sur la terre, murmure le doux mot : Amour ! Ainsi donc et à tout jamais , sur la bruyère ou sous la pourpre , houlette en main ou lance au poing , sur le roc ou au pied du saule , chacun a dit ou dira : J'aime ! Cri de la terre , écho du ciel , c'est le son de Téternité.
» — Raymond ! a repris Enguerrand.
» Que veux-tu faire? explique-toi !
» — Sauver d'abord ma bien aimée :