DE BÉZIERS
A ce nom si grand , si fameux , le chapelain de la comtesse est accouru du fond de la salle. Il regarde — O quel cri de joie ! — il tombe aux pieds du chef suzerain.
(( — C'est bien lui î Roger 1 O mon
» prince ! »
Riant et pleurant à la fois , le bon prèlre appelle Raymond.
« — Mon hls .' — dis-lui donc quelque » chose. Je Pai reconnu... C'est lui-même. » Dieu Paura sauvé par miracle. Et vous » autres ! autour de moi , agitez-vous donc >' et parlez ! pour que je puisse croire à la » réalité de ce qui arrive ici : car voyez-
(IIAPITRE \. ;W9
n VOUS ! ma tête est si faible , après (ant n d'années de douleurs ! — Et lui ! Pa-t-on M assez torturé ! — Un chevalier si niagna-
» nime 1 et tant de gloire ! Viens ! llay-
» mond. Tes outrages — IN 'i m porte !
» viens. C'est ta famille enfin ! c'est ton » sang ! »
Eutrope lui tendait les bras.
Une sueur froide et corrosive inondait le corps de Raymond. Le feu allumé dans son cerveau y dévorait Tentendement. Son ame était comme dissoute ; et néanmoins, dans sa stupeur, il n'échappait à nulle torture. L'appel d'Eulrope, au milieu de ses angoisses , était , non l'atteinte la plus vive, mais, pour lui, le coup achevanl. C'était la goutte surabondanle : la ( ou])e des souffrances déborde.
Raymond tenait sa dague à la main.
« — Elle ! la fille des Montfort ! . . . . mur-
» mure -t-il d*'un accent sinistre ; lui ! le
» vicomte de Béziers ! — Et moi, garotté
» dans ma haine , je n'ai plus ni fer , ni
» vengeance. Oh ! quoi ! personne à insul-
» ter ! Rien à frapper , rien à combattre !
» personne qu"'on puisse tuer ! et j'ai la
» rage dans les veines, et j'ai le poignard
») dans les mains ! — »
Il s'interrompt , et brise sa dague.
Puis , jetant autour de lui un de ces regards puissans dans lequel se concentrent toutes les facultés actives d'un homme y toutes les forces intellectuelles d'une vie, un de ces rapides regards qui d'un seul coup et à la fois , embrassent , décident et jugent, Ravmond s'écrie hors de lui-même :