CHAPITRE X
» — Mon amour, a repris le héros de la » ligue , ne me fera jamais transiger avec )) mon devoir. Le hasard des événemens » a mis malgré toi sous ma protection » celle que tu me destinais pour compa- » gne ; je veux savoir qui je défends. J\'\i » pour rival un frère d^ armes , je veux san voir qui nous aimons. Marie a fait sans Ai doute son choix ; et moi , Hé par mes » promesses , si Marie a choisi Raymond, » rhonneur m'impose un grand sacrifice — » Mais je veux savoir qui je perds.
» — Insensé ! clame le vieillard.
» — Audacieux I s'écrie Raymond.
n — Il ne s'agit plus de moi seul , in- » terrompt Coucy avec force. Il s'agit de » plusieurs destinées. Roger! dût ta révé- )) lation m'enlever a jamais celle qui m'est
» chère , je m'y résigne , je le dois. Romps » le silence : je Pordonne.
» — Ce serait vous frapper vous-même , » a répliqué le suzerain de la maison forte. » On ne m'arrachera point mon secret.
» — On t'arrachera du moins ta captive. »
Et le sire de Coucy, élevant sa main sur la
jeune fille comme pour la couvrir d'un
bouclier de salut, ajoute de l'accent d'un
maître :
« — Parle , Roger , ou sors d'ici ! »
Le vieillard agite sa dague.
« — Sortir ! s'écrie-t-il avec une exas- » pération croissante! — Sortir! — c'en »j est trop. Qu'ils soient tous frappés ! — » tous punis ensemble , à la fois ! Vous
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» Tarez ordonnez , niessires ! Tremblez ! le » père de Marie —
" — Achève !
» — Eh bien! c'est —
» — Hàte-toi.
)i — Le comte Amaury de MontfoH I »
Et ces mots ont été hurlés avec les horribles saccades d"*un rire de démon.
Puis : un long silence a suivi ; ou eût dit celui des tombeaux.
La comtesse soutient Marie. Coucy a paru atterré.
« — Horreur ! sVst écrié le prince ; ei » pour conditions à mon mariage , me " poussant à une guerre d^exlermination » contre les parens de ta captive, tu m'im-
» posais la ruine de sa famille , une sorte » de parricide : car, au champ d'*honneur, » mon épée —
» — Aurait percé le sein de Montfort, '> a poursuivi Thomme implacable. Oui , » meurtre , désastres , vengeance ; tu n^au- » rais eu Marie qu^à ce prix. Il me faut » le sang de Montfort, par toi , par Ray- » mond , ou par d^autres : il me le faut , » et je Taurai. Ce fatal instant , néanmoins, " m^écarte du but où je marche ; nMm-
» porte ! ou plus tôt ou plus tard , seul
» ou aidé, on m'y verra. »
Raymond , les deux mains sur son cœur, en contenait les pulsations avec la rage du délire. Il n"'avait plus rien entendu depuis Taffreux nom prononcé : rien n'arrivait plus à ses sens que ce mot horrible : " Mont-
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>j foii ! » Son œil saillit , ses lèvres écument.
Soudain il saisit son poignard.
« — Est-ce vrai ? »> dit-il à Marie.
Un geste vague répond : Oui,
« — Et toi, messager de Satan! a-l-il » continué : qui es-tu ? »
Et , Toeil fixé sur le vieillard , il tirait son fer de Tétui.
" — Je puis dire aujourd^'hui mon nom ,
» reprend Roger d'un ton solennel; Theure
» est venue, Fhonneur le permet. Apprenez
» donc que le vieux proscrit de la maison
» forte,, échappé au crime vainqueur, et 1. 22
)■> ressuscité de la tombe , est — le vicomte