CHAPITRE II
» rive point. Garde - toi d'adopter pour ). compagnon de route ce que le vulgaire )• appelle vertu ; car , pour atteindre à la » fortune , ce guide est rarement un aide , )» il est presque toujours un obstacle. »
Le vieux châtelain s'est arrêté pour donner à ses atroces paroles le temps de pénétrer plus profondément dans le cœur du jeune guerrier.
(( — Toi qui connais si bien tous mes pères! » dit le comte d'une voix sourde, ne puis- » je savoir qui tu es !
» — Non. Le dire m'est défendu. J'ai )) juré de ne révéler mes destins à personne » pendant un certain laps de temps. L'é- » poque approche où je serai délié de mon » vœu. Cette époque sera solennelle pour » moi. Sitôt que je l'aurai saluée, je repar- )) tirai , rajeuni, pour le vaste champ des
» vengeances. T'y retrouverai - je , Ray- » mond? nous y poumons marcher côte à » côte.
» — Non, vieillard : j'y veux marcher )) seul.
» — As-tu une route tracée ? une direc- » tion ? quelque plan ? ce ne sont ni maximes » morales ni principes pieux qui te rendront » sceptre et couronne. Si toutes ressources » te manquent
» — Il me restera mon épée.
» — Raymond ! c'est peu.
» — Roger! C'est assez. Quand je n'au- » rai plus terres ni villes, bourg ni castel, » vivres ni or, j'enfoncerai la pointe de » mon fer sur quelque grève aride et dé- » serte, je me coucherai à côté; et seul, dans )) la paix du Seigneur, là m'effaçant moi- » même du monde , sans reproche, l'ame