CHAPITRE H
>. assis à l'abri, je ne sais où, dans les obs- » curités de sa gloire ! . . . »
Le vieillard s^est interrompu . Raymond, le front baissé , sentait son cœur, gonflé d'indignation, peser au fond de sa poitrine, comme une pierre au bas d'une fronde.
« — Il est des liommes , poursuit Roger » avec une sombre amertume , que la for- » tune se plaît à frapper ignominieusement )» du pied sans motif, tandis qu'elle en cou- )) ronne d'autres sans raison : je compte » parmi les premiers. Raymond ! mes )) épreuves furent longues. J'ai regardé le » long de ma route , et qu'ai-je vu de droite » et de gauche! l'honneur et la justice vain- )) eus, le crime et l'infamie triomphans. )) Prends exemple parmi les tiens : ton )) aïeul, frappé d'anathême, est mort lâche- » ment dégradé : c'était pourtant un prince
» sage '. Ton père, prisonnier au Louvre, » chassé de sa terre natale , est sans appui , » proscrit, dépouillé : cViait pourtant un » noble monarque =. Ta sœur, en otage à » Paris, est arrachée à sa famille, sans pa- )) trie et sans héritage ^ : c'^est pourtant M une ame sans tache. Toi enfin, toi, à ton » printemps, sans états, presque sans fa- » mille , il ne te reste rien que ton nom ; )) tu n'as pourtant commis aucun crime. Et )) tu crois, jeune homme, au grand juge ! à )» sa balance ! à ses décrets ! . . . Prends-y )> garde ! avec ces idées , on marche mal » parmi les hommes ; on trébuche , on n'ar-
' Paul Periin, Histoire des Albigeois, 1. 2, p. 121 , édit. de Genève, 1619.
' Voyez sur ses malheurs et sa prison an Louvre, Paul Perrin, Histoire des Albigeois, 1. 2, p. 130 et: suivantes. — Histoire du Languedoc , fol. 34,
3 Voyez les auteurs cités plus haijt.