CHAPITRE II. 8Ô
» naître à lui. Un pèlerin, souvent, est sus- )• pect : on ne récoute point , on Técarte.
)» — Il est , je le sais , des obstacles.
» — Je les aplanirai, je le puis. Le sire » Enguerrand m'est connu.
» — Quoi ! tu me conduirais à lui ?
)» — Non. Je ramènerai à toi.
» — Se peut-il ! Et quand ?
)> — Cette nuit.
» — Cette nuit ! Et oii ?
»^ r— Ici même. »
Le vieillard de la maison forte a prononcé ces mots avec ce ton dVutorité irrésistible que peut seul prendre un chef puissant. Le pèlerin demeure interdit. Une secrète aversion le poussait à s'éloigner de cet homme ; et, pourtant, un lien insur-
86 DOUBLE REGINE,
inontable était là , Fenchainant à lui. Comment ? Pourquoi ? Mystères bizarres. Le jeune comte , imbu des superstitions du temps , en était presque venu à penser que Koger , nécromant perfide , avait sur lui quelque charme , invocation , herbe , pierre ou talisman qui lui soumettait les volontés humaines. 11 quitte la table à son tour. Sa voix brusque est impérieuse.
<( — Encore une fois , qui es-tu ?
)) — Je te Tai déjà dit, Raymond: un » serment me voue au silence.
)> — Mais , pour toi , interrompt le » comte, un serment est-ce quelque chose I » tu n^as ni croyances ni foi. Aucun voeu, » quelque solennel qu'il ait pu être , ne )) doit te sembler chose sainte. C'est une » religion qu'un serment : l'une rejetée , » l'autre est nulle.